La société St-Jean Baptiste

25 mars, 2002

Cap-de-la-Madeleine, le 11 mars, 2002

La Société St-Jean-Baptiste
de la Mauricie, Trois-Rivières, Qc
ssjb.mauricie@tr.cgocable.ca

Réponse à l'article de M. Réal Boivert, Président de la SSJB,
paru dans La Gazette Populaire de Trois-Rivières, le 26 février 2002. -->Cliquer ici pour voir l'article<--

"La souveraineté : une solution moderne",

Remarque : Mon article était destiné à La Gazette Populaire, mais après vérification auprès de M. Jean-Marc Lord, Directeur Général du journal, je suis informé que l'article de M. Boisvert est en fait une publicité payée par la SSJB et il serait difficile de faire des remarques à son sujet dans le même journal. De plus, la formule du journal ne comporte pas de section "opinions du lecteur", je vous adresse dons mes commentaires en espérant que vous en tiendrez compte lorsque vous ferez des déclarations au nom de la SSJB.

Cher Monsieur Boisvert,

D'abord, je me dois de souligner l'implication de la SSJB depuis décennies pour la défense des droits des Canadiens-Français et le dévouement de tous ses membres au cours de ces années. Toutefois, je ne puis accepter qu'un membre utilise la notoriété du mouvement pour tomber dans la politicaillerie.

Je suis assez d'accord avec les trois premiers thèmes de votre article, mais je ne suis pas d'accord avec le dernier : "La souveraineté : une solution moderne", car ce qui est moderne n'est pas nécessairement meilleur. Je dois vous avouer que j'ai voté en faveur du Oui aux deux référendums, mais après une longue période de réflexion je me suis demandé si le Québec n'aurait pas vécu une catastrophe pire que le fédéralisme en se séparant. Bien sûr, du point de vue idéologique, l'indépendance et l'autonomie qui en résulte sont indiscutables, mais sur le plan pratique le résultat n'est pas aussi évident. Analysons de plus près différents aspects de la question :

L'IDÉOLOGIE

C'est assez ennuyeux de voir un pays rapatrier sa constitution de garder jalousement ses symboles de la monarchie : effigie de la reine sur les billets de banque, le gouverneur général, le lieutenant gouverneur et le sénat, mais si l'on remplaçait la tête de la reine par celle de M. Landry, le dollar vaudrait quand même 60 cents, c'est une question de politique économique. Il faut choisir entre une relative autonomie monétaire avec un dollar qui vaut 60 cents et un dollar au pair avec les USA sans avoir trop de pouvoir sur les politiques monétaires. Un Québec séparé ne serait pas moins confronté à ce dilemme et deviendrait une proie plus facile pour l'ogre du sud.

LE MODE ÉLECTORAL

Remplacer le sénat par un système à deux chambres de députés élus, ça ne changerait pas le fait qu'avec le système électoral actuel les députés élus ne représenteraient pas légitimement la population.

En effet, les gouvernements provinciaux élus depuis 20 ans, 7 fois sur 10 sont élus sans avoir la majorité des voix au niveau provincial. Aux dernières élections, M. Lucien Bouchard et ses députés n'ont eu que 40% de votes et la même situation s'est répétée à plusieurs reprises. Il existe un mode de scrutin qui revient sur le tapis à chaque fois qu'un parti est défait en ayant la majorité de voix, c'est le vote proportionnel. Malheureusement, il n'a jamais été adopté car le gouvernement au pouvoir à cause du vieux système et ne veut pas le changer.

Un nouveau mouvement (réf. RDN)* commence à faire des pressions pour que les gouvernements provincial et fédéral adoptent un mode de scrutin plus équitable qui tiendrait compte des votes exprimés ; qu'un vote ait la même valeur dans toute la province. Par exemple : dans certaines circonscriptions de Montréal un député représente environ 420,000 électeurs, alors que dans Jonquière il en représente seulement environ 30,000.

Il faut se rappeler quelques résultats aberrants : les élections provinciales de novembre 1998, ceux, tout aussi antidémocratiques, les élections municipales montréalaises ayant reporté au pouvoir le maire Bourque et son parti, Vision Montréal et les élections fédérales de 1997 qui ont reporté au pouvoir les libéraux de Jean Chrétien. Ces trois partis jouissent d'une majorité parlementaire fabriquée artificiellement par un mode de scrutin surreprésentant le vainqueur. En effet, les péquistes n'ont obtenu que 42,9% des votes ; Vision Montréal 40,2% et les libéraux fédéraux encore moins, 38%. En contrepartie, les partis d'opposition sont sous-représentés. S'il s'agit de tiers partis, dont la création est souvent suscitée par de nouveaux courants sociaux, ils le sont toujours de façon démesurée.

Le système actuel date du début de la colonie ; les colonies du Bas et du Haut Canada ont été dotés par l'Angleterre en 1791, mais qui est demeuré inchangé depuis. Dans les trois quarts des démocraties du monde, au contraire, on a tenu compte de l'évolution socio-politique qui s'est produite depuis le début du XIXe siècle en adoptant la représentation proportionnelle, beaucoup mieux adaptée à des sociétés pluralistes comme la nôtre et beaucoup plus équitable pour l'ensemble des citoyens et des partis.

MAUVAISE ADMINISTRATION ET DILAPIDATION DES FONDS PUBLICS

Aux deux niveaux de gouvernements, nous avons un système corrompu qui travaille uniquement en vue d'une réélection et du triomphe de son l'idéologie politique. Les révélations des médias, les vérificateurs, tant au niveau provincial qu'au niveau fédéral, publient régulièrement : les irrégularités, les malversations et la manipulation des fonds publics corroborent mes énoncés. La télé en fait mention une fois au bulletin de nouvelles, puis c'est oublié. Ce qui est encore plus inquiétant c'est que les anomalies découvertes ne représente que la pointe de l'iceberg, le dossier complet serait effarant. La gangrène ronge notre système politique, songer à un remède serait futile, il faut l'amputer. Le système actuel à un seul parti fait qu'une fois élus, les députés sont obligés d'obéir au chef, de respecter la ligne de parti, en oubliant le reste des électeurs ; c'est la négation de la plus élémentaire démocratie. Il ne faut pas oublier que le député, une fois au pouvoir, est chargé d'exécuter les volontés, non seulement de ses militants, mais aussi celles des tous les électeurs de sa circonscription. Malheureusement, les partis d'oppositions qui s'offrent comme alternative obéissent aux mêmes principes et appliquent les mêmes règles. Une solution résiderait dans le changement en profondeur de notre mode de scrutin, pas seulement un "trafiquage" de la carte électorale.

Les décisions du gouvernement Bouchard : d'écarter, à grands frais, 5000 employés les plus expérimentés du réseau de la santé(pour présenter un déficit zéro factice), de ne pas prévoir la formation d'infirmières et de médecins en nombre suffisant, de ne pas prendre les décisions nécessaires pour affecter les médecins dans les régions où le besoin se fait sentir (appliquer simplement son droit de gérance, sans se défiler avec les commissions et les consultations-bidon (Clair - Yves Séguin – Montmarquette et Chevrette qui manipule les rapports), les structures intentionnellement inefficaces et "manipulables" (RRSSS), sont les seules responsables du marasme que nous devons subir dans le système de santé depuis plus de cinq ans.

Dans la même veine, la création par M. Bernard Landry de compagnies fictives, sans but lucratif, le 30 mars dernier pour camoufler 800 millions de surplus et de nommer ses bons amis péquistes comme administrateurs, c'est bien loin des principes de transparence et de saine gestion ; ces compagnies sont soumises à aucun véritable contrôle et sont la voie idéale pour des manipulations politiques. Je doute fortement qu'un Québec indépendant ne fasse prendre à nos chefs des décisions plus respectueuses de la population ; bien au contraire, je crois qu'ils seraient encore plus arrogants. De plus, vous parlez d'efficacité fiscale je comprends mal l'entêtement du gouvernement provincial de se payer des services en double. Le Québec se paye le luxe d'un service d'impôt particulier alors que neuf provinces sont satisfaites de faire collecter leurs impôts par le service fédéral. Pourtant, lorsque je poste mes deux déclarations en même temps, je reçois un chèque du fédéral après seulement trois semaines, tandis que le provincial n'arrive jamais avant quatre mois. Selon le principe d'efficacité fiscale, nous devrions au moins se servir des services pour lesquels nous payons au fédéral, en attendant l'indépendance.

L'INDÉPENDANCE, OUI, MAIS PAS À TOUT PRIX

Évidemment, comme beaucoup de québécois je me sens plus québécois que canadien. Je n'ai aucun attachement aux symboles monarchiques car ils favorisent des structures onéreuses et inutiles. Il faudrait aussi revoir le régime de taxation ; le fédéral à commencé à collecter des impôts pour couvrir les frais de la guerre 1939-45, il n'y a pas de raison que cette taxation continue, d'autant plus que la population est loin d'être convaincue de l'utilité des dépenses militaires ; ce n'est pas une priorité. Le fédéral devrait limiter ses levées de fonds pour couvrir uniquement les domaines de sa juridiction sans envahir les domaines de compétence provinciale. Ce n'est pas demain la veille que le fédéral renoncera à ces privilèges ; c'est évident qu'une des solutions est l'indépendance du Québec ou une fédération du genre marché commun européen. Toutefois, avant même de penser à ces réformes il faut :

- Modifier en profondeur notre conscience politique, remettre de l'avant l'honnêteté et la saine administration des partis politiques, des élus, ainsi que l'administration publique à tous les niveaux.

- Réformer le mode de scrutin, représentation proportionnelle avec un gouvernement multi-partis pour redonner à l'expression : "élection démocratique" un sens réel ; car M. Chrétien n'est certainement pas le plus populaire dans la province, mais les manigances du système le reportent au pouvoir depuis plus de 30 ans.

- Instaurer un système de contrôle plus rigoureux des dépenses publiques, indépendant du pouvoir politique, avec pouvoir de sanction sur les délinquants ; le système multi-partis donnerait plus de transparence à cette fonction puisque des membres de tous les partis siégeraient aux postes de décision.

- en bref,

- Il faut présenter l'indépendance pour ce qu'elle est, une idéologie politique, mais sûrement pas comme un outil infaillible de libération économique. Il ne faudrait pas se fier aux rapports biaisés que présentent le parti québécois aussi bien que ceux du gouvernement fédéral pour prendre une décision éclairée.

- La réforme du mode de scrutin devrait faire l'objet d'une consultation populaire ; pourquoi pas lors de la prochaine élection générale puisque M. Bouchard doit modifier la loi sur les référendums pour en rendre la chose possible.


P.S. À mon avis, ce message ne cadre pas du tout avec les orientations du mouvement.


* Références : Mouvement pour une Démocratie Nouvelle (MDN) - Mouvement pour une Démocratie Nouvelle

Gaétan Yelle
Cap-de-la-Madeleine, Qc
Gateyel@hotmail.com Courriel

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