Les archives sélectionnées de Societas Criticus/D.I.
Quelques textes que nous retenons en ligne un certain temps pour notre bon plaisir, car tous nos numéros antérieurs sont disponibles à :
- Bibliothèque et Archives Canada
- Bibliothèque et Archives nationales du Québec

Societas Criticus
Le capitalisme solidaire, stade suprême du capitalisme!
La Conquête ou les leçons politiques d'un film!
La liberté de croyance et la science
L'économie qui oublie ses origines!
L'enseignement de l'anglais, un sujet qui suscite des débats au Québec!
Faut vérifier l'info avant de renvoyer un message!
La dialectique politico-économique québécoise!
Pour une nouvelle approche économique, sociale et politique ou réflexions d'après G-20!
Deux éditos en cette journée. 31 mai 2010 sanglant! Libre choix! Pour qui?
Vu le débat sur l'habillement et les croyances religieuses...
Les accommodements… et les croyances!
Dans la merde naissent les plus beaux fruits!
La religion, c’est une croyance!
L’Iran : appuyons le mouvement de changement!
La fausse nation : en voilà la preuve!
Est ce que la croyance est un droit?
Expelled,no intelligence allowed
Le feu n'est pas pris... sur les accomodements
Vous n’y êtes pas, bande de caves!
Texte à sketches… Psycho mystico thérapeutique! (Dossier)
Spécial dossier de L’ex-carrière Francon
D.I., Delinkan Intellectuel, revue d'actualité et de culture
Écrits de Marcel Rioux. Et, après, quelles en seront les suites?
Le livre : papier ou électronique? Suivi d'un commentaire sur Maurice Joly, Dialogue aux enfers entre Machiavel et Montesquieu, et sur Charles de Secondat, baron de la Brède et de Montesquieu, Esprit des lois
The ides of march / Les marches du pouvoir
« HA ha!... » de Réjean Ducharme et Putty Hill de Matthew Porterfield
Salomé, les Hommes et Dieu! (Opéra et cinéma)
A toi, pour toujours, ta Marie-Lou (Théâtre)
Le Consul de Giancarlo Menotti (Opéra)
Werther : tempête et passion (Opéra)
Deux films pour éclairer nos débats actuels: Fausta et la journée de la jupe!
Papa à la chasse aux lagopèdes
MACBETH OU L’OBSESSION DU POUVOIR (Opéra)
LA VIE DES AUTRES (THE LIVES OF THE OTHERS)
Quand idéologies religieuses et politiques s’emmêlent!
LA DAME AUX CAMÉLIAS (Théâtre)
Le capitalisme solidaire, stade suprême du capitalisme!
Societas Criticus, revue de critique sociale et politique, Vol. 13 no 10, Essais : www.societascriticus.com
Commentaires
de Michel Handfield (
I. L'économie sociale et solidaire versus l'économisme ambiant!
II. Postscriptum : occupons Montréal
III. République : un abécédaire populaire
I. L'économie sociale et solidaire versus l'économisme ambiant!
Si j'ai tardé à faire ce texte sur le Forum International sur l'Économie Sociale et Solidaire (FIESS) 2011, c'est que j'avais du ménage à faire dans les choses accumulées au fil des ans. Tant qu'à être dedans, cela a pris de l'ampleur! On regarde une chose, puis une autre. On l'évalue, on la conserve ou on en dispose! C'est de même pour le capitalisme. Au cours des ans, il a accumulé des incohérences. Un grand ménage est à faire. D'ailleurs, un film fort intéressant est sorti sur le sujet : « Survivre au progrès ». (1) On ne peut continuer ainsi l'exploitation des ressources au-delà de ce que la terre produit sans nous mettre à risque. On est partie d'une chaine, alors tout ce que l'on fait reviendra nous hanter un jour ou l'autre, ce que montre aussi très bien « Trou story » de Richard Desjardins. (2)
Avec la spéculation, aujourd'hui, il est plus payant de vendre une entreprise que de produire des biens et services. On est loin d'Adam Smith. Mais, avec la pression à la baisse sur l'impôt des entreprises (3), quand ce n'est pas carrément de les subventionner pour qu'elles produisent, ce qui devrait pourtant être leur objectif, on est à des années-lumière de David Hume (1711-1776):
« Tout État est affaibli par une trop grande disproportion entre les citoyens. Chacun, si c'est possible, devrait jouir des fruits de son travail, par la pleine possession de tout ce qui est nécessaire à la vie, et de plusieurs des choses qui la rendent agréable. Nul ne peut douter qu'une telle égalité soit ce qui s'accorde le mieux avec la nature humaine et qu'elle ôte bien moins au bonheur du riche qu'elle n'ajoute à celui du pauvre. Elle augmente aussi le pouvoir de l'État, et elle est cause que les taxes ou impositions extraordinaires seront payées de meilleur gré. Là où les riches s'engraissent sur le dos d'un petit nombre, il faut que leur contribution aux nécessités publiques soit très large; mais dès lors que les richesses sont répandues sur une multitude, le fardeau semble léger à chaque épaule, et les taxes n'apportent pas de différence bien sensible dans la façon de vivre de chacun. » (4)
Ça ne veut pas dire de jeter le bébé avec l'eau du bain, car si le capitalisme a accouché de la spéculation, il a aussi permis bien des progrès qu'on ne peut nier sans être injuste. Mais, poussé à l'extrême, il devient contreproductif. C'est l'effet Némésis! (5) Je ne parle pas d'en venir au communisme, mais à un autre stade du capitalisme : celui de l'économie sociale et solidaire! Voilà un nouveau modèle alors que nos politiciens, même ceux qui se drapent dans le manteau du renouveau, tournent en rond entre étatisme et privatisation. C'est comme si on ne pouvait sortir de cette dichotomie!
On peut en changer la teinte, l'emballage ou le discours, mais cela se résume toujours à un affrontement idéologique entre le secteur public, qui aime les contrôles et les structures, et le privé, qui voudrait fonctionner avec un minimum d'entraves, voir sans entraves. Le rêve de l'autorégulation dans l'utopie du laissez-faire!
Alors, selon le gouvernement en place on a plus ou moins de privé ou de public; plus ou moins de règlementation dans les secteurs économiques et du travail. Puis, dès que l'État abuse de son pouvoir ou que le privé abuse de l'absence de règles, les citoyens recommencent à regarder de l'autre côté et à revendiquer un retour du secteur public ou son retrait. C'est le jeu du pendule entre ces deux modèles, car l'équilibre ne peut jamais être atteint indéfiniment, l'un ou l'autre voulant voir jusqu'où il peut aller, ce qui fait toujours basculer le système. Triste et prévisible comme si on ne pouvait pas fonctionner avec un mélange de liberté et de contrôles permettant une certaine créativité sans dérives! Ou on étouffe, ou on disjoncte! Ça donne des conventions collectives qui bloquent toutes créativités d'un côté ou des systèmes si créatifs que les fraudeurs en profitent en toute légalité de l'autre. On n'a qu'à penser à certains « succes story » de la finance qui se sont finalement révélés n'être rien d'autre que des grandes fraudes!
C'est que le marché nous a montré qu'il était capable du pire avec les produits financiers toxiques (6) qui faisaient passer le profit avant l'éthique. Ne serait-ce que pour ça, on devrait revenir à une règlementation de la finance par les États. Mais, l'idéologie de la libération des marchés est forte. Si forte, que les États, au lieu de règlementer les marchés après la crise de 2007, ont plutôt aidé les entreprises à l'origine de cette crise financière! (7) Alors, dans un libre marché sans règlementation digne de ce nom, le seul autre moyen de contrôle est d'accroitre la concurrence.
Si on ne peut le faire par des entreprises d'État, on doit regarder ailleurs, car il y a autre chose que ces modèles archiconnus. Il faut favoriser les entreprises collectives et de l'économie sociale, mais aussi règlementer les prises de contrôle hostile et les fusions qui visent à éliminer la concurrence. Juste de l'autre côté du pont de Québec, par exemple, il y a une coopérative financière importante : Desjardins! Cela pourrait donner des idées même si on peut parfois être critique à son égard. Mais, ce n'est pas une banque privée. Le modèle coopératif est d'ailleurs un modèle que l'économie sociale et solidaire promeut. Pourquoi pas d'avantage d'entreprises d'économie sociale pour répondre aux besoins de l'État, car en économie sociale et solidaire on parle de participation des membres et d'intercoopération! Difficile de faire de la collusion avec de telles conditions ou de délocaliser ces entreprises vers des pays de complaisance! N'est-ce pas là un modèle à regarder pour combattre la collusion quelle qu'elle soit (8) plutôt que de s'en remettre aveuglément au marché? D'ailleurs, Jonathan Bland, directeur général de SBI, et ex-directeur général de Social Entreprise Coalition UK, a dit, dans un atelier du FIESS, qu'il fallait mieux dépenser les fonds publics pour obtenir davantage par euros. Il a donné en exemple les entreprises sociales comme nouveaux fournisseurs de soins (« care service »). Mais, je suis convaincu qu'on pourrait s'en remettre à de telles entreprises dans plusieurs secteurs, pas seulement la santé. Je pense au modèle de l'Émilie-Romagne sur lequel j'ai lu il y a quelques années; un modèle fondé sur le réseautage pour concurrencer les grandes entreprises! (9)
Une autre solution pourrait être de favoriser une participation des employés au capital des entreprises ou à l'achat de celle-ci lorsque le propriétaire veut vendre. C'est ce qu'on s'évertue à faire a dit Alain Bridault, président de la fédération canadienne des coopératives de travail, dans un atelier sur « La coopérative comme formule pour la relance d'entreprise et la sauvegarde des emplois ». Mais, pour ce qui est de contrer les prises de contrôle hostiles, on n'a pas assez de moyens pour le faire a-t-il répondu à ma question. Par contre, le Mouvement Desjardins est déjà intervenu dans certains dossiers a-t-il complété.
Si on a parlé de coopératives, on a aussi parlé d'entreprises privées, car certaines sont à l'avant-garde et socialement responsables. (10) Inversement, et il ne faudrait pas l'oublier, les dirigeants d'entreprises sociales sont aussi des patrons! Il y a donc des lignes de convergences! C'est ce dont a parlé Emmanuel Boutterin, président de l'Association des Employeurs de l'Économie Sociale (France).
Je ne pouvais assister à tout. Une journée je me suis même partagé entre deux ateliers qui m'intéressaient pour en avoir un aperçu général. Il est donc évident que je ne peux tout dire ici. Mais, j'ai pris une dizaine de pages de notes, ce qui me servira certainement. C'est que ce type de congrès constitue du ressourcement pour moi, c'est-à-dire que même lorsque je n'écris pas directement sur le sujet, les informations et les références que j'y trouve servent à enrichir mes réflexions, donc certains textes à venir.
Naturellement, ce n'est pas toute la population qui peut participer à de telles activités, mais c'est ensuite relayé dans différents milieux par les nombreux acteurs qui y étaient, qu'ils soient du secteur communautaire, coopératif, syndical ou gouvernemental par exemple. Des citoyens individuels et des acteurs du secteur privé pouvaient aussi y être, car l'économie sociale et solidaire est ouverte sur la société civile. Bref, la dissémination des idées se fera, ce même si les médias traditionnels ne parlent pas assez de ces alternatives.
Par contre, on a présentement la chance d'avoir un film qui regarde justement ces nouvelles voies : « République : un abécédaire », d'Hugo Latulippe. L'occasion ne peut être mieux trouvée, car le système vit actuellement une crise majeure, où crises économiques, politiques et sociales se conjuguent en une crise de sens. La question est alors « créer de la richesse ou mieux la partager? » Et, s'il fallait plutôt apprendre à gérer la décroissance pour mieux vivre? Voilà le genre de questions que pose ce film et qui sont complémentaires à ce forum sur l'économie sociale et solidaire. Un film à diffuser largement.
Finalement, on doit se demander si on est encore dans une démocratie, avec des politiciens qui ne prennent plus de décisions, mais qui vont vendre leur État aux investisseurs étrangers! On est passé de l'État législatif à l'État quêteux! Si on remonte aux penseurs grecs qui ont inventé la démocratie, n'est-ce pas triste comme perspective que le markéting et la finance soient devenus le stade suprême de la démocratie? N'est-ce pas là une des causes de la désaffection de la population pour la politique? Vivement une nouvelle révolution économique et démocratique; vivement l'économie sociale et solidaire. La Grèce en aurait bien besoin de nos jours.
Ma Conclusion :
L'économie sociale et solidaire, stade suprême du capitalisme!
À souligner :
2012, l'année internationale des coopératives.
II. Postscriptum : occupons Montréal
(Photo Michel Handfield)
Le mardi 18 octobre (2011), un large groupe du forum est allé au square Victoria en appui au mouvement occupons Montréal, car il y a des liens. D'ailleurs, l'économie solidaire est inscrite dans la constitution de l'Équateur pour contrer les lois injustes du marché. Ximena Ponce, ministre de l'Inclusion du Conseil Économique et Social en Équateur, présente au FIESS a même pris la parole au square Victoria. A-t-on vu des ministres d'ici prendre la parole aux côtés des indignés?
À
quand pareille initiative dans nos pays qui se disent développés?
C'est le genre de chose sur lesquelles un tel forum peut mettre la
lumière, car s'y retrouvent des gens de la société
civile, mais aussi des institutions et de la politique. Des lignes de
réflexions et de dialogues s'y développent. Reste à
savoir s'il y aura des suites du côté politique. (11)
1. Voir notre court commentaire sur ce film en annexe : Survivre au progrès.
2. Voir notre court commentaire sur ce film en annexe : Trou story.
3. Hélène Buzzetti, Ottawa - La baisse d'impôt des sociétés est maintenue, in Le Devoir, 9 novembre 2011 : www.ledevoir.com/politique/canada/335654/ottawa-la-baisse-d-impot-des-societes-est-maintenue
4. La liberté comme nécessité historique, in Garandeau, Mikaël, 1998, Le libéralisme, Paris: GF Flammarion, corpus, p. 63
5. Toutes choses poussées à l'extrême a l'effet contraire à celui recherché. Lire ILLICH, Ivan, 1975, Némésis médicale, Paris: Seuil, coll. Points.
6. http://en.wikipedia.org/wiki/Toxic_asset
7. http://en.wikipedia.org/wiki/Financial_crisis_of_2007-2011
8. La collusion peut se passer entre fonctionnaires, entre l'État et des entreprises privées ou entre des entrepreneurs. Tout est question d'intérêts communs, qu'ils soient stratégiques ou financiers.
9. Lazerson, Mark H., Organizational growth of small firms : an outcome of markets and hierarchies?, in American Sociological Review, 1988, Vol. 53 (June : 330-342). C'est l'article que j'avais en tête. Par contre, pour les internautes, j'ai aussi trouvé celui-ci :
Robert Fitch, The cooperative economics of Italy's Emilia-Romagna holds a lesson for the U.S. In Bologna, Small Is Beautiful: www.uwcc.wisc.edu/info/bologna.html
10. Morville, Pierre, 1985, Les nouvelles politiques sociales du patronat, Paris: La Découverte, coll. repères.
11. Pour un descriptif de cette rencontre entre les gens du forum et les indignés, je vous invite à consulter l'article de Nicolas Falcimaigne : FIESS - Les congressistes s'indignent, in Ensemble, presse coopérative et indépendante : www.journalensemble.coop/article/2011/10/fiess-les-congressistes-sindignent/123
Documentaire réalisé par Harold Crooks et Mathieu Roy, Québec, 2011, 86 minutes. Avec la participation de Marc Levine, Gary Marcus, Ronald Wright. Voir www.survivingprogress.com
Commentaires de Michel Handfield
Le progrès, c'est un changement, qu'il soit bon ou mauvais! Mais, c'est aussi une fuite en avant. Le capitalisme, qui ne semble pas pouvoir faire autrement que de créer toujours plus de valeurs, en est un bon exemple. Cela pose en gros deux problèmes :
i) Comme il ne redistribue pas la richesse qu'il crée, cela accentue les inégalités et fait apparaitre des conditions favorables à la révolte, que l'on contrôle par la répression.
ii) Pour assurer sa croissance continue, il doit puiser de plus en plus de richesses, ce qui vide les réserves pour l'avenir et sabote la survie même de l'humanité si on ne change pas de modèle. Depuis les années 1980 on gruge dans le capital ressource de la terre nous dit le film!
Bref, ce modèle économique est de plus en plus en plus déconnecté de la réalité. La seule voie d'avenir est de consommer moins. On en revient ainsi à « Small is beautiful » de Schumacher, (Paris: 1978, Seuil, coll. Points)
Documentaire politico-social réalisé par Richard Desjardins et Robert Monderie, Québec, 2011, 79 minutes. Avec la participation de Charlie Angus, John Rodriguez. Narration Richard Desjardins. http://troustory.onf.ca/#/troustory
Commentaires de Michel Handfield
Une histoire des mines et du Canada! Si, aujourd'hui, les entreprises nous envahissent par l’argent, autrefois on était soumis militairement! La colonie fut au service de la France, puis de l'Angleterre. Bref, on ne s'est jamais appartenu! Notre sous-sol intéressait ensuite nos voisins états-uniens pour ce qu'il contenait, mais ils n'ont pas eu à nous envahir. Ils ont tout simplement acheté nos entreprises et les droits d'exploitations de nos richesses à vil prix! Ceci n'est pas nouveau : dès nos débuts le Canada fut en quelque sorte vendu, soit à la Compagnie de la Baie d'Hudson! (1)
Le pire, c'est que rien ne change. On continue à vendre nos droits d'exploitation à si bas prix que cela ne couvre même pas les dommages auxquels on devra faire faire face à la fin de l'exploitation! Un marché de dupes où nous sommes dupés avec la complaisance de nos gouvernements! Il en est ainsi soi-disant parce que cela crée de l'emploi et que si les droits d'exploitation sont trop élevés ils iraient ailleurs. Mais, ces produits se raréfiant, un jour ils n'auraient pas le choix que de venir à nos conditions! Pourquoi les laisser vider la banque maintenant et les subventionner pour le faire? Voilà le genre de question que pose ce film.
Ce film m'a aussi donné l'impression qu'on est restés des colonisés : on vend notre minerai à l'étranger et après on importe des produits finis, ce qu'on pourrait faire nous-mêmes, à 3, 4 ou 5 fois le prix de ce que l'on a vendu! Parlez-moi d'être souverain si on n'est même pas capable de voir ça! Et ce n'est pas une attaque contre le Québec, car on peut dire la même chose de l'Ontario et du Canada.
Note
1. http://fr.wikipedia.org/wiki/Compagnie_de_la_Baie_d'Hudson
III. République : un abécédaire populaire
Un film d'Hugo Latulippe. http://esperamos.ca/2010/10/re-publik/
Le
cinéaste poursuit ici sa réflexion sur le Québec
contemporain. Il réunit 53 personnalités inspirantes;
gens d’action, penseurs et intellectuels québécois.
Ensemble, ils évoquent l’A à Z d’une
République inspirée, espérée et
« profondément moderne », de ce
Québec du troisième millénaire.
Manger le
soir, fais-moi rêver, Keep it moving, nos bâtons de
Hockey, les Grecs, le Désordre… autant de leitmotivs
pour ce pays rêvé, formulé par une succession de
convives de différents acabits, hommes et femmes, âgées
de 25 à 85 ans. Parmi ceux-ci : Claude Béland, Serge
Bouchard, Dominic Champagne, Ève-Lyne Couturier, Pierre Curzi,
Françoise David, Luc Ferrandez, Julius Grey, Steven
Guilbeault, Brigitte Haentjens, Atim Leon, Nancy Neamtan, Lorraine
Pagé, Francine Pelletier, Éric Pineault, Guy Rocher,
Annie Roy et Christian Vanasse.
Commentaires de Michel Handfield
La vérité est en dehors du cadre! On est dans une crise économique, politique et sociale, donc de sens! Des millions d'années d'évolution pour en arriver à tondre le gazon... et à aimer ça! C'est Serge Bouchard qui le dit.
L'Occident s'est développé sur l'exploitation des ressources. Tout est ressources, mais après? Si les désirs sont insatiables, poussés par le markéting, les ressources, elles, ont une fin. Ne pensons qu'aux espèces animales qui ont été éradiquées de la terre par la surexploitation! Il faut donc repenser notre rapport à l'économie, la politique et l'environnement. Être mieux avec moins! Small is Beautiful! (1) Mais ce sera difficile, car la surconsommation c'est confortable. Cela donne un sentiment d'opulence. Serge Bouchard a très bien démontré ce sentiment quand il a parlé d'automobile. La voiture, c'est fait pour être seul. C'est la dernière place où tu te sens avec toi même, mais c'est justement ce sentiment de bienêtre qui est poison, car on ne veut plus se passer de l'automobile même si ce n'est pas le moyen le plus rationnel de transport urbain! Pourtant, la question écologique obligerait d'agir. Mais, veut-on le faire? Sait-on le faire? La croissance éloigne l'échéance, mais elle n'en sera que plus dure lorsqu'elle arrivera. C'est ce qu'a soutenu en substance Gilles Gagné, sociologue et professeur.
Un film où tout pourrait être noté tellement c'est bon. Qu'il sorte en DVD et/ou sous forme papier, car dans les deux cas il me semble un essentiel de référence. On devrait le diffuser dans les écoles d'ailleurs; au premier chef dans les facultés d'administration!
Note
1. Schumacher, E F, 1978, Small is beautiful, Paris: Seuil, coll. Points.
Alphabétiser pour un développement durable : www.ongalphadev.org (Sénégal)
Committee for the Promotion and Advancement of Cooperatives : http://copac.coop
Desjardins, Mouvement Desjardins :
http://fr.wikipedia.org/wiki/Caisses_Desjardins
Émilie-Romagne : http://en.wikipedia.org/wiki/Emilia-Romagna
Forum International sur l'Économie Sociale et Solidaire : www.fiess2011.org
Occupons Montréal : www.facebook.com/occupymontreal
Occupy together : www.occupytogether.org
OCDE : www.oecd.org
OCDE LEED :
www.oecd.org/department/0,3355,fr_2649_34417_1_1_1_1_1,00.html
OIT : www.ilo.org/global/lang--fr/index.htm
Réseau africain d'économie sociale :
Réseau Intercontinental de Promotion de l’Économie Sociale et Solidaire : www.ripess.org
Revue Développement social : www.revueds.ca
Social Business International: http://socialbusinessint.com
Social Entreprise Coalition UK : http://www.socialenterprise.org.uk/
La Conquête ou les leçons politiques d'un film!
Societas Criticus, revue de critique sociale et politique, Vol. 13 no 9, Éditos : www.societascriticus.com

L’ascension de Nicolas Sarkozy portée sur grand écran!
LA CONQUÊTE : l'histoire d'un homme qui gagne le pouvoir et perd sa femme.
6 mai 2007, second tour de l'élection présidentielle. Alors que les Français s’apprêtent à élire leur nouveau Président, Nicolas Sarkozy, sûr de sa victoire, reste cloitré chez lui, en peignoir, sombre et abattu. Toute la journée, il cherche à joindre sa femme Cécilia, qui le fuit. Les cinq années qui viennent de s'écouler défilent : elles racontent l'irrésistible ascension de Sarkozy, semée de coups tordus, de coups de gueule et d'affrontements en coulisse.
Réalisé par Xavier Durringer, ce portrait fidèle retraçant les cinq années de campagne de Nicolas Sarkozy jusqu'à son élection en 2007, est le tout premier drame biographique à s’inspirer de la vie d’un homme politique français toujours en fonction. Très bien documentée, cette fiction est servie par un casting d’exception. La performance de Denis Podalydès, dans le rôle de Nicolas Sarkozy, a été unanimement acclamée par la critique en France. Les jeux d’acteurs de Bernard Le Coq (Jacques Chirac), Florence Pernel (Cécilia Sarkozy) et Samuel Labarthe (Dominique de Villepin) sont également sidérants de réalisme. Scénarisé par l’historien politique Patrick Rotman, les répliques ciselées tantôt drôles, tantôt assassines, ont pour la plupart été réellement prononcées.
Un film novateur qui décrypte, de façon magistrale, les mécanismes du pouvoir de la politique française.
Commentaires
de Michel Handfield (
Nicolas Sarkozy. (1) Dans le milieu on connaissait son ambition, mais on ne le trouvait pas assez « classe » ou intello pour le poste! Un populiste de droite sachant naviguer entre les courants de gauche et de droite et y prendre ce qu'il faut, même à gauche, pour atteindre ses fins! Pour comprendre le personnage ici, je dirais une personnalité entre Trudeau et Chrétien, avec certaines idées proches de Reagan, Bush et Harper! Ça donne une idée. On pouvait le trouver attachant sans être d'accord avec toutes ses idées, de quoi attirer le vote des indécis dans une première élection. On verra bien ce que fera Sarko dans la présidentielle de 2012, maintenant que les Français le connaissent! À quelques mois des élections, la presse française parle même de fin de règne, d'autant plus que la gauche a gagné le sénat! (2)
À droite, comme à gauche, on jugeait qu'être un intellectuel était un prérequis pour le poste. C'était le cas de son principal rival, Dominique de Villepin (3), qui a écrit plusieurs livres et est reconnu comme un écrivain. (4) Si Sarko a aussi écrit, on dirait que ça n'a pas eu la même portée. Par contre, il sait se médiatiser. Malgré une différence de 2 ans entre les deux hommes, on dirait que Sarko est davantage de la génération de la télé! Comme ministre de l'Intérieur, il sera souvent là pour commenter ce qui arrive dans la rue! Bref, il sera vu des Français. Il leur parlera; il les touchera!
Populiste, il saura rassurer en soutenant la répression! Il dira à la police qu'ils sont là « pour réprimer les petits bandits pour que le Français moyen n'ait pas la peur au ventre quand il entre chez lui! » Avec quelques soulèvements dans certains quartiers chauds, probablement repris en boucle dans les médias, le message porte, car Sarko c'est un « basic », pas un intello qui cherche les causes socioéconomiques de cette délinquance, ni des solutions à long terme comme l'investissement social. Un populiste, mais aussi un stratège. Il saura naviguer pour prendre la tête de l'UMP (5) contre toutes attentes et ainsi se positionner pour devenir le candidat de la droite aux élections de 2007.
Dans ce film, on voit très bien que plusieurs ministres travaillent davantage leur position stratégique pour l'avenir que la gouvernance, ce pour quoi ils sont censés être là. Ce sont donc les fonctionnaires qui s'occupent des choses courantes. Il faut donc des proches, voire des amis, ce qui ouvre certainement la porte au favoritisme et à quelques dérives. Si cela ne va pas trop loin, on n'en entendra pas parler, mais, sinon, on peut voir des scandales poindre à l'horizon médiatique. Parfois de tailles, parfois pétards mouillés, on en attendra plus ou moins parler de ce côté-ci de l'Atlantique! (6)
On peut aussi penser que c'est partout pareil. Au Québec, par exemple, il semble que les relations entre l'État et l'entreprise privée, dans un partenariat public-privé idéologique (7), aie conduit à quelques déroutes dans le domaine de la construction de nos infrastructures à des couts plus que prohibitifs! Bref, un film où on en apprend beaucoup sur le système, car, malgré quelques différences régionales, la politique se ressemble un peu partout : il faut recueillir de l'argent pour être élu et ceux qui donnent généreusement s'attendent généralement à quelque chose en retour, que ce soit un changement de lois ou des contrats! Bref, voir ce film, c'est comme lire Machiavel!
Dans un autre angle, ce film nous montre aussi le « spin off » pour créer un présidentiable! Comment fait-on image? Cecilia (8), sa femme de l'époque, a d'ailleurs joué le jeu, et très bien, même si son cœur était ailleurs. Elle l'a conduit à la présidence avant de s'éclipser. Si c'est elle qui l'a poussé à jouer le jeu des médias, elle n'a cependant pas poussé l'abnégation plus loin. Elle n'avait pas ce désir du pouvoir au point de rester à ses côtés comme d'autres l'auraient fait! Si elle lui a rendu service, elle aura surtout su prendre sa liberté en même temps, sachant que Nicolas aura une nouvelle maitresse, le pouvoir, pour l'oublier!
Notes
1. http://fr.wikipedia.org/wiki/Nicolas_Sarkozy (né le 28 janvier 1955)
2. Voici quelques liens sur le sujet (avec la collaboration de Luc Chaput) :
Agence France-Presse, Victoire de la gauche au Sénat - Une menace pour la réélection de Sarkozy, in Le Devoir, 27 septembre 2011 :
Agence Reuters, Une première dans l'histoire de la Ve République - Victoire historique de la gauche au Sénat, in Le Devoir, 26 septembre 2011 :
La revue de presse d'Europe 1 du 29/09/2011, 06:49 : Un parfum de fin de règne. Nicolas Sarkozy est en mauvaise passe suite aux polémiques visant ses hommes de confiance. Écouter Michel Grossiord : www.europe1.fr/MediaCenter/Emissions/La-revue-de-presse/Sons/Un-parfum-de-fin-de-regne-742745/
Le point titre « Un parfum de fin de règne », Numéro 2037 - 29 Septembre 2011. Voir www.lepoint.fr/html/lepoint/en_kiosque.jsp
Dans le dossier « ÉLYSÉE 2012 » du Point (www.lepoint.fr/politique/election-presidentielle-2012/) on trouve cet article : « Présidentielle - Plus des deux tiers des Français voient Sarkozy perdant en 2012 » (Le Point.fr - Publié le 03/10/2011 à 07:45). On y dit que « Même au sein de l'UMP, 54 % seulement des sondés font confiance à l'actuel chef de l'État. » Voir ce texte sur
Suffit de googler « Sarkozy: une fin de règne » pour en savoir plus!
3. http://fr.wikipedia.org/wiki/Dominique_de_Villepin (né le 14 novembre 1953)
4. Nous avons d'ailleurs parlé de Le requin et la mouette, France : Plon/Albin Michel (2004), dans notre Vol 7 no 2 (juin 2005). Encore très actuel soit dit en passant. Voir http://collections.banq.qc.ca/ark:/52327/bs62007
5. http://fr.wikipedia.org/wiki/Union_pour_un_mouvement_populaire
6. Comme l'affaire Woerth-Bettencourt : http://fr.wikipedia.org/wiki/Affaire_Woerth-Bettencourt. Quant à l'affaire Clearstream (http://fr.wikipedia.org/wiki/Affaire_Clearstream_2), dont on parle dans le film, Sarko fut, semble-t-il, victime d'un coup monté politico-économique pour le tenir à l'écart de la course à la présidence! Mais, ça n'a visiblement pas fonctionné!
7. Monique Jérôme-Forget, dans une entrevue au Devoir, dit que les partenariats public-privé (PPP) responsabilisent les entreprises partenaires et diminuent les risques de fraude, raison pour lesquelles ont a cédé à certains lobbys et reculé sur les PPP après son départ comme ministre des Finances et « ministre responsable des Infrastructures jusqu'à sa démission en avril 2009. »
Par contre, c'est là faire fi des autres problèmes de cette formule, comme le fait qu'une fois coulé dans le béton, on était pris avec! Si cela peut être bon pour certains projets, pour d'autres, ce n'est certes pas la bonne formule. « Trop simple » comme remarque de l'ex-ministre tel que lui répond Jean-Robert Sansfaçon dans Le Devoir du lendemain!
C'est d'ailleurs pour toutes ces raisons et quelques autres que j'ai souvent dit et écrit qu'on devrait aider le développement d'entreprises coopératives et d'économie sociale en concurrence avec le secteur privé, car il est beaucoup moins facile de prendre le contrôle d'une coop ou d'une entreprise d'économie sociale que d'une entreprise privée par des gens mal intentionnés. On aurait alors une vraie concurrence et un étalon pour comparer l'efficacité réelle du secteur public, ce même dans le domaine de la santé, où le privé n'est pas nécessairement la bonne solution!
Pour les articles auxquels je fais référence ici :
Nadeau, Jessica, Privatisation des soins - Pourquoi payer plus pour en avoir moins?, («Dans tous les pays qui financent leurs soins de façon privée, on voit une augmentation des coûts»), in Le Devoir, 1er octobre 2011 : www.ledevoir.com/societe/sante/332710/privatisation-des-soins-pourquoi-payer-plus-pour-en-avoir-moins
Robitaille, Antoine, Monique Jérôme-Forget au Devoir - Le génie-conseil a tué les PPP, (Le gouvernement Charest a cédé à un «gros lobby», dit l'ancienne ministre des Finances), in Le Devoir, 3 octobre 2011 : www.ledevoir.com/politique/quebec/332803/monique-jerome-forget-au-devoir-le-genie-conseil-a-tue-les-ppp
Sansfaçon, Jean-Robert, PPP - Trop simple!, in Le Devoir, 4 octobre 2011 : www.ledevoir.com/societe/actualites-en-societe/332851/ppp-trop-simple
8. http://fr.wikipedia.org/wiki/Cécilia_Attias
Hyperliens
L'ORDRE JUSTE : L'OPA de l'UMP sur les centristes, en panne de nom. Par François Krug / Rue89 / 10/09/2011 / 16H37
www.rue89.com/2011/09/10/coincee-entre-le-centre-et-le-fn-lump-cherche-le-mot-juste-221442
Voir le texte de Luc Chaput (collaborateur de Societas Criticus) sur le site de la revue Séquences, qui prend un autre angle : le couple et le microcosme politique!
www.revuesequences.org/2011/09/semaine-du-9-au-15-septembre-2011/#more-12206
La liberté de croyance et la science
Societas Criticus, revue de critique sociale et politique, Vol. 13 no 7, Éditos : www.societascriticus.com
Commentaires
de Michel Handfield (
La liberté de croyance est protégée par la charte des droits. Pas la science...
J'ai mis ce mot sur mon Facebook concernant cette affaire d'une femme décédée et d'une autre encore hospitalisée suite à « des traitements et des soins énergétiques » dans un établissement de Durham-Sud. « La locataire de l'endroit, Daïva Goulet, 60 ans est connue pour donner des conférences sur les bienfaits des herbes et des plantes ainsi que pour offrir des traitements énergétiques et des ressourcements par la terre. » nous apprend le site de Radio-Canada/Nouvelles (1)
Quoi qu'en dise la science, on a le droit de croire! En n'importe quoi! Cela est protégé. Pas surprenant, car la Charte canadienne des droits et libertés est « fondé[e] sur des principes qui reconnaissent la suprématie de Dieu et la primauté du droit » et non « la souveraineté du Peuple et la primauté du droit » par exemple. (2) Ce serait pourtant plus rationnel comme formulation puisqu'on n'a aucune preuve que Dieu existe ou non. L'acte fondateur d'une charte des droits et libertés devrait être agnostique par essence. (3) Ainsi, elle n'irait pas contre les croyances des citoyens et n'induirait pas de croyances à l'État. Sa neutralité respecterait tant les croyants que les athées.
Mais, si Dieu existe, qui est-il? Puis, est-il le seul Dieu ou existe-t-il d'autres divinités? A-t-il vraiment parlé aux Hommes, les religions étant pour la plupart fondées sur des révélations rapportées par des Hommes? Nous parle-t-il encore? Comment le fait-il? Par des songes ou des indices semés dans la nature? Si c'est par des indices, devrions-nous écouter davantage les scientifiques, notamment ceux qui suivent l'environnement, car n'y a-t-il pas là beaucoup d'indices? De façon rationnelle, on voit rapidement qu'on ne peut rien dire, car ce sont des idées et questionnements plus près de la philosophie que de la rationalité scientifique.
Même les religions sont en désaccord entre elles sur Dieu et les signes qu'il aurait faits. Quant aux prophètes, certains sont reconnus par les uns et non par les autres. C'est loin d'être un terrain solide. Quoi qu'on en dise, on ne peut rien prouver, ni pour ni contre. Si, d'y croire n'est pas une preuve, de ne pas y croire n'est pas davantage une vérité. Comme l'a écrit Nietzsche : « … la croyance forte ne prouve que sa force, non la vérité de ce que l'on croit. » (4)
Certains apporteront l'argument massue : rien ne pourrait être sans Dieu, car il fallait quelqu'un pour créer toutes choses! Mais, à la question « Qui a créé Dieu? » ils répondront qu'il s'est auto créée ou qu'il était là! Pourtant, deux minutes auparavant ils auront affirmé que l'auto création ne se peut pas! Bref, on peut y croire ou non, mais on ne peut résoudre la question. Ni eux, ni moi. Comme je l'ai déjà écrit à l'occasion d'un film sur le dessein intelligent, cette question est philosophique :
« Par contre, il est vrai qu’on ne connait pas l’origine. Comment tout a commencé. Même pour les opposants au dessein intelligent, on ne sait pas quel était le point de départ. Un hasard ou Dieu? Qui a mis les éléments du hasard en place? Dieu? Mais, qui a créé Dieu? Dieu aurait-il créé les Hommes et les Hommes l’auraient-ils créé en retour? L’un serait-il le miroir de l’autre finalement! Ni la science, ni la religion, ni la philosophie n’ont la réponse. La religion se bloque sur un dogme; la science cherche hors des dogmes; le philosophe se questionne! Mais, tous se butent à la question du commencement! Il y eut un début! C’est tout ce que l’on peut en dire. » (5)
Par contre, la science tente de résoudre les problèmes de façon rationnelle et vérifiable. Si l'on trouve des protections pour la « liberté de conscience et de religion » dans notre Charte canadienne des droits et libertés (6), il n'y a aucun mot sur la science et les scientifiques! Eux, ont peut même les faire taire! (7) Mais, la liberté de croyance et de religion, elle, elle est bien protégée! Cela en dit long sur nos sociétés démocratiques et nos valeurs : Croyances 1, Sciences 0!
Je suis donc pour qu'on amende notre Charte canadienne des droits et libertés en une charte canadienne des droits, libertés et responsabilités d'une part et pour qu'on y ajoute des articles sur la protection des sciences et de la recherche scientifique. Rien de moins, car on ne peut se dire une société avancée et protéger les croyances sans protéger les sciences! L'histoire nous a pourtant montré qu'on a tué bien des avancées scientifiques et des savants au nom de croyances. Pensons seulement à Galilée, condamné par l'Église romaine en 1633. Il lui faudra attendre plus de 400 ans pour que l'Église reconnaisse enfin ses torts à son sujet! (8) Cela dit tout il me semble.
Notes
1. Radio-Canada, nouvelles, samedi 30 juillet 2011 :
www.radio-canada.ca/regions/mauricie/2011/07/29/002-traitement-inquietant-durham.shtml
2. Michel Handfield, Il faut mettre fin au carnage! Ou propos sur la démocratie, 10 juillet 2007, in Societas Criticus, revue de critique sociale et politique, Vol. 9 no 5, Essais
3. Voici la définition d'agnosticisme telle que trouvée sur Wikipédia :
« L'agnosticisme est la position philosophique selon laquelle la vérité de certaines propositions, le plus souvent théologiques, concernant l'existence de Dieu ou des dieux est inconnaissable. En d'autres termes, être agnostique consiste à croire qu'une force divine peut exister, et peut ne pas exister.
C’est une pensée fondée sur le doute tant qu'il n'existe pas de vérité scientifique établie. Cela consiste en une approche rationnelle et empirique des choses. La vérité parfaite et absolue, par définition fondée sur le dogme, ne peut être certaine. » (http://fr.wikipedia.org/wiki/Agnosticisme)
4. Vu dans le métro de Montréal, le 8 février 2010 www.metrocogito.com. Je l'ai retrouvé dans Nietzsche, F., 1995, Humain, trop humain, Paris: Le livre de poche, Classiques de la philosophie, 15e pensée du premier chapitre, Des choses premières et dernières, p. 45, mais cette pensée est beaucoup plus longue que cette phrase.
5.Commentaires de Michel Handfield (29 juin 2008) sur EXPELLED: NO INTELLIGENCE ALLOWED, in Societas Criticus, revue de critique sociale et politique, Vol. 10 no 4, Essais
6. Les libertés fondamentales, protégées par la charte, sont les suivantes :
a) liberté de conscience et de religion;
b) liberté de pensée, de croyance, d'opinion et d'expression, y compris la liberté de la presse et des autres moyens de communication;
c) liberté de réunion pacifique;
d) liberté d'association.
7. A titre d'exemple, alors que la liberté de croyance ou d'opinion existe, Mélissa Guillemette rapportait « Le cas d'une scientifique tenue au silence » dans Le Devoir du 29 juillet dernier : www.ledevoir.com/politique/canada/328354/le-cas-d-une-scientifique-tenue-au-silence-souleve-la-colere. Mais, tentez de tenir au silence un(e) croyant(e)?!
8. http://fr.wikipedia.org/wiki/Galilée_(savant)
Hyperlien
Charte canadienne des droits et libertés : http://laws.justice.gc.ca/fra/charte/
L'économie qui oublie ses origines!
Societas Criticus, revue de critique sociale et politique, Vol. 13 no 6, Éditos : www.societascriticus.com
Michel
Handfield (
Deux dossiers font actuellement parler: celui des gaz de schistes et celui du nouvel amphithéâtre de Québec, où on espère faire revenir un club de hockey de la LNH. Dans les deux cas, les promoteurs ne veulent pas être contrôlés par l'État. C'est comme si l'économie décidait de tout. C'est oublier ses origines: l'économie politique!
À l'origine, l'économie était un moyen de développement au service la société, donc sous le contrôle de la politique! L'oublier, c'est l'ouvrir à l'arbitraire, car son seul objectif devient de créer de la richesse pour quelques-uns en oubliant les conséquences et les afférents de ses actes, c'est-à-dire les dommages collatéraux et les couts que la société devra assumer sans en avoir les bénéfices. Ses actionnaires, qui se disent dans leur droit d'exploiter les richesses du sous-sol ou d'avoir un amphithéâtre payé par l'État, car ils apportent un savoir-faire, oublient un détail : le capital ressource, et souvent monétaire, est la plupart du temps de propriété collective. Alors, nous avons le droit d'être contre certains projets puisque c'est de nos ressources qu'il s'agit. Faire semblant de ne pas le comprendre, il est là le mépris!
Références
Ligue nationale de hockey : http://www.nhl.com/
Antoine Robitaille, «L'amphithéâtre, j'en ai plein le casque», peste Labeaume, in Le Devoir, 28 mai 2011 :
La Presse canadienne, Amphithéâtre: Khadir craint le favoritisme dans l’octroi du contrat à Quebecor, in Le Devoir, 27 mai 2011 :
La Presse canadienne, L’ancien premier ministre Lucien Bouchard s’est emporté contre Amir Khadir, in Le Devoir, 31 mai 2011 :
Marie-Andrée Chouinard, Gaz de schiste - Le client a toujours raison, in Le Devoir, 2 juin 2011 :
www.ledevoir.com/economie/actualites-economiques/324543/gaz-de-schiste-le-client-a-toujours-raison
L'enseignement de l'anglais, un sujet qui suscite des débats au Québec!
Societas Criticus, revue de critique sociale et politique, Vol. 13 no 3, Éditos : www.societascriticus.com
Michel
Handfield (
Dans le discours d'ouverture de la 2e session de la 39e législature du Québec, le 23 février 2011, le premier ministre Jean Charest a annoncé qu'on s'occuperait de l'enseignement de l'anglais langue seconde. Certains diront « enfin! » Voici ce qu'on en dit sur le site du premier ministre :
« Depuis 2003, le gouvernement a augmenté le temps consacré à l’étude et à la maitrise de la langue française. Il n’y a aucune opposition entre la pleine maitrise du français et la connaissance d’une 2e et d’une 3e langue. Ainsi, les élèves de 6e année du primaire consacreront la moitié de leur année à l’apprentissage intensif de l’anglais. Des séances de formation au civisme et des codes de vie centrés sur le respect seront aussi implantés dans toutes les écoles du Québec. » (1)
Ceci a fait jaser, ça va de soi. Et ça discute encore autour de ce sujet une semaine plus tard, car lorsqu'on parle de langue au Québec c'est toujours polarisé et prenant comme discussion. Il y a des pour et des contre. Ainsi, le politologue Christian Dufour est contre ce bilinguisme imposé contrairement à Gérald Larose et Gérard Bouchard qui sont pour. (2)
Pour certains l'immersion en anglais en 6e année, c'est l'occasion d'acquérir un anglais fonctionnel alors que pour d'autres c'est la voie vers un bilinguisme, voir un biculturalisme, de facto! Pour les uns, un plus, car c'est reconnaitre que nous vivons dans une mer anglophone et que nous avons besoin de l'anglais, alors que pour d'autres, c'est le début de l'assimilation tranquille, car si on maitrise l'anglais, pourquoi conserverions-nous le français?
Si la question est bonne de façon théorique, il faut aussi la regarder de façon pratique.
Si on est pour le français mur à mur, alors pourquoi, dans la moindre entrevue d'embauche, faut-il qu'on nous pose des questions en anglais? Même à la ville de Montréal, pourtant la plus grande ville française d'Amérique! À tout le moins, l'État se devrait d'être conséquent et dire que toute entrevue pour un poste dans la fonction publique doit être en français seulement! Mais, même sous le Parti Québécois (PQ), tel n'était pas le cas. L'anglais y avait une place, parfois de choix! (3) Si on est vraiment pour le français intégral au Québec, au point de vouloir empêcher le transfert vers les cégeps anglophones, ce que certains prônent au PQ, à quand une telle disposition dans la loi du travail, au minimum pour la fonction publique?
Sinon, si on accepte que la plupart des postes exigent l'anglais dans le monde actuel, car on est en Amérique, entourée d'anglophones, alors à quand une éducation ne limitant pas les capacités d'embauche des francophones, pas assez bilingues? J'en sais quelque chose, car malgré mon nom à consonance anglophone je suis francophone; très francophone même! En fait, si je lis en anglais, mon anglais parlé n'est pas assez « fluent » par manque de pratique, ce qui m'a couté quelques possibilités au niveau du travail. En partant, j'ai beaucoup plus difficilement accès au marché du travail du reste du Canada et des États-Unis par exemple. Mais, avoir eu un excellent anglais, donc davantage qu'un anglais fonctionnel, j'aurais pu avoir accès à ce marché. J'aurais aussi pu alterner les études universitaires entre le français et l'anglais pour de plus grandes perspectives d'avenir par exemple, car, avouons-le, le français nous limite parfois, même au Québec! Mais, je suis un produit de la revendication du Québec français des années 1970 et je l'assume!
Alors, où nous acceptons l'enseignement de davantage d'anglais à l'école, tout en étant conscients des risques que cela comporte, ou nous préservons le français comme un joyau. Mais, dans ce dernier cas, ne faisons pas les autruches et empêchons le recours à toutes les questions en anglais dans des entrevues d'embauche pour la fonction publique au Québec, car c'est se tirer dans le pied sans cela, les francophones ne maitrisant pas nécessairement bien l'anglais au Québec. (4) Cette règle devrait donc s'appliquer autant au monde municipal qu'au secteur parapublic, sauf pour les postes dans les commissions scolaires et les institutions anglophones! Quant au secteur privé, un pourcentage maximal d'anglais fonctionnel pour certains postes pourrait être accepté, mais moins de 50%.
En fait, on ne peut pas mettre comme critère d'embauche la connaissance d'une langue que l'on refuse d'enseigner ou d'acquérir collectivement! S'il faut continuer de répondre à des questions en anglais pour pouvoir travailler au Québec, il faut alors enseigner bilingue! Cela pourra être triste pour certains nationalistes, mais c'est de la « realpolitik »! (5) Sinon, c'est donner un avantage indu à ceux qui ont les moyens de payer pour une éducation en anglais digne de ce nom, comme le recours aux écoles passerelles par exemple, ce qui pose une limite aux capacités d'embauche et d'avancement de la majorité francophone à long terme. Une injustice érigée en système au nom d'une idéologie nationale qui dit nous protéger!
Notes :
1. www.premier-ministre.gouv.qc.ca/actualites/communiques/2011/fevrier/2011-02-23a.asp
2. L'anglais intensif dès le primaire, une solution? Avec Gérald Larose et Christian Dufour à Christiane Charrette, le mardi 1er mars 2011 :
www.radio-canada.ca/emissions/christiane_charette/2010-2011/chronique.asp?idChronique=137640
Lisa-Marie Gervais, Gérard Bouchard au Devoir - Tourner le dos à l'anglais serait «criminel», in Le Devoir, 2 mars 2011 :
3. Extraits de La langue de chez nous?, Édito du 11 février, 2005 dans Societas Criticus, Vol. 7 no. 1 :
Le 4 décembre 2002, j’envoyais cette question à la Direction des ressources humaines du CLSC des Faubourgs (à laquelle je n’ai jamais reçu de réponse naturellement):
«Ayant vu votre annonce dans La Presse pour un agent de recherche j’ai quelque peu hésité. Êtes-vous vraiment prêt à avoir un esprit critique analytique comme le laisse croire votre annonce? Si oui, ma première question est, connaissant ce secteur près de la Polyvalente Pierre-Dupuis, pourquoi « bonne connaissance de la langue anglaise » et non pas du français? Car ce secteur est francophone et vous êtes affilié à l’Université de Montréal, pas à MC Gill? »
Et en 2001, à la Conférence de Montréal, les Sud-Américains n’avaient pas honte de leur langue et la parlaient sans gène, car la traduction simultanée était disponible pour toutes les personnes présentes dans la salle; les représentants du Fédéral passaient pour la plupart du français à l’anglais dans leurs présentations, le Fédéral étant le défenseur du bilinguisme officiel; mais Thierry Vandal, « Executive Vice President – Generation of Hydro Québec », une société du Gouvernement du Québec, promoteur du Québec français, lui, a fait toute sa conférence en anglais! Était-ce parce que c’est la langue qui compte vraiment parmi les élites économiques? (Handfield, Michel, La conférence de Montréal, texte du 19 et 20 avril, 2001 in Vol. 3, No. 2 de Societas Criticus. Ce numéro est disponible sur le site de Bibliothèque et Archives Canada: http://collection.nlc-bnc.ca/100/201/300/societas_criticus/html/2001/v03n02/v03n02.htm)
« Dans l'ensemble du pays, le taux de bilinguisme des francophones atteignait 41 %, un taux presque cinq fois plus élevé que celui des anglophones (9 %). Le taux de bilinguisme des francophones vivant à l'extérieur du Québec (84 %) présentait une différence encore plus marquée avec celui des anglophones (7 %). À l'opposé, le taux de bilinguisme des anglophones vivant au Québec (62 %) était près de deux fois plus élevé que celui des francophones de cette province (34 %). » (Site du Ministère des Ressources naturelles du Canada / L'atlas du Canada / Langues officielles, 1996. http://atlas.nrcan.gc.ca/site/francais/maps/peopleandsociety/lang/officiallanguages/englishfrenchbilingualism/1)
5. De l'Allemand! Voir http://fr.wikipedia.org/wiki/Realpolitik
Faut vérifier l'info avant de renvoyer un message!
Societas Criticus, revue de critique sociale et politique, Vol. 13 no 2, Éditos : www.societascriticus.com
Michel
Handfield (
Comme
j'ai reçu quelques dizaines de chaines de lettres depuis cet
été annonçant "ce vendredi c'est la
Journée mondiale contre le cancer", voici la vraie
information: c’est le 4 février 2011! L'autre vendredi 4
février, c'était en 2005! Est-ce dire que ce message
circule sur internet depuis ce temps? C'est possible, les gens le
renvoyant à tout leur bottin sans vérifier
l'information. Suffit pourtant de la googler pour trouver la vraie
réponse:
Journée
mondiale contre le cancer
4 février 2011
Le
cancer constitue la première cause de mortalité dans le
monde. L'OMS estime que le cancer aura fait 84 millions de morts
entre 2005 et 2015 si aucune mesure n’est prise. Chaque année,
l’OMS, aux côtés de l’Union internationale
contre le cancer, met en avant des moyens susceptibles de faire
reculer la charge de cette maladie partout dans le monde.
www.who.int/mediacentre/events/annual/world_cancer_day/fr/index.html
Pour savoir quelles sont les journées mondiales, voici au moins 3 sources :
Calendrier des journées mondiales de l'ONU
http://fr.wikipedia.org/wiki/Journée_internationale
Par Michel Handfield, M.Sc. Sociologie. J'ai déjà agi comme facilitateur dans les groupes de travail à cette usine.
Societas Criticus, revue de critique sociale et politique, Vol. 13 no 1, Éditos : www.societascriticus.com
15 décembre 2010
Hier la compagnie Electrolux a annoncé la fermeture de son usine de l'Assomption pour 2013. Cela m'a fait un pincement au cœur, car j'y suis intervenu avec un groupe de consultant sous la direction de Lapierre-Bilodeau en 1993-1994. (1) L'usine s'appelait alors Frigidaire Canada, mais appartenait déjà à Électrolux.
Cette expérience aurait pu aller loin, car il s'agissait de groupes de travail (cellules) qui auraient pu prendre davantage de pouvoirs avec le temps. Naturellement, cela entrainait aussi des résistances et des craintes, que ce soit celle d'une perte de pouvoirs du côté de certains membres de la direction ou d'avoir à assumer des responsabilités dans les décisions et les choix difficiles du côté des employés. Bref, je crois qu'on ne s'est jamais rendu au bout des possibilités d'une telle approche.
Au début de ce mandat, c'était le nettoyage de linge sale si l'on peut dire. À mi-mandat, les employés cherchaient des solutions aux problèmes de production. Mais, vers la fin, la créativité commençait à poindre, que ce soit de penser de nouvelles façons de faire ou de nouveaux produits. Des idées émergeaient des groupes. Selon moi, on aurait pu en venir à des produits plus spécifiques, parfois quasi sur mesure, fait par des lignes autonomes plus petites. Mais, cela pouvait-il s'inscrire dans les plans d'une multinationale avec une gamme de produits standardisés? Peut être pas. On ne pourra jamais le savoir, car notre mandat s'est terminé avant d'en arriver là.
Par contre, aujourd'hui, de telles idées s'inscriraient-elles mieux dans le marché? Si la réponse est affirmative, il y a peut-être une voie pour cette usine. Une coopérative de travail formé des employés de l'usine actuelle pourrait-elle développer un partenariat avec Électrolux et d'autres joueurs du secteur pour y faire des produits de spécialité et sur mesure à partir des produits actuels? On a bien développé le bixi à partir du vélo traditionnel, alors pourquoi ne pourrait-on pas développer des produits de niche dans l'électroménager à L'Assomption? Pour les sceptiques, n'oublions pas que cela se fait bien dans l'industrie de l'automobile depuis longtemps! Suffit d'aller voir la créativité de certains employés pour comprendre que c'est une possibilité à regarder.
Penser combattre la fermeture avec de l'argent, ça risque de couter bien davantage que de regarder une telle avenue, car Memphis a mis le paquet nous apprennent leurs médias locaux :
« The city and county mayors will seek $20 million from each local government for public infrastructure, including roads into the industrial park. The state of Tennessee is putting up another $92 million for infrastructure and facilities at the industrial site.
That’s separate from tax incentives the company will seek in the form of a PILOT (payment-in-lieu-of-taxes). » (2)
Ce n'est donc pas le terrain sur lequel on peut se battre. Mais, la créativité, oui! Encore faut-il être rendu là dans nos façons de penser. I hope so! Pour les gens de l'Assomption et pour nous au nord des États-Unis.
Notes :
1. C'était une petite firme de consultants qui n'existe plus maintenant.
2. Andy Meek, Jobs Jackpot : Electrolux to invest $190M in Memphis oven plant, in The Daily news (Memphis), VOL. 125, NO. 244,Thursday, December 16, 2010,
www.memphisdailynews.com/editorial/Article.aspx?id=54939
La dialectique politico-économique québécoise!
Societas Criticus, revue de critique sociale et politique, Vol. 12 no 5, Essais : www.societascriticus.com
Michel Handfield (14 octobre 2010)
Depuis que l'Action démocratique du Québec (ADQ) s'est écrasée à la dernière élection, on plaide de plus en plus pour la création d'un nouveau parti de droite au Québec. La moindre réflexion autour de ces idées par des acteurs connus et près dès milieux politiques est immédiatement associée à la venue d'un nouveau parti politique par les médias! Pourtant, mis à part l'élection générale de mars 2007, où l'ADQ est allée chercher bien des mécontents qui ne voulaient pas voter pour les deux grands partis traditionnels (1) pour ainsi devenir l’opposition officielle, avec 30,84% du vote pour 41 députés, ce parti n'a jamais atteint les 10 députés, ce depuis sa création en 1994! (2) Il fut même 8 ans le parti d'un seul homme : Mario Dumont! (3) Mais, si l'ADQ ne lève pas, ça ne signifie pas moins un mécontentement face aux deux grands partis que sont le Parti libéral du Québec (PLQ) et le Parti Québécois (PQ). En fait, les taux d'abstentions croissants en font foi! (4) D'ailleurs, à la dernière élection (2008), le PLQ a pris le pouvoir avec 42,08% du suffrage (5) alors que le taux d'abstention fut de 42,57%. C'est dire que les abstentionnistes devraient être au pouvoir! Il y a donc malaise en la demeure.
La droite nous dit pourtant que c'est elle que l'on voudrait voir au pouvoir! Il est vrai que le PLQ et le PQ se partagent le centre, mais le PLQ est quand même un petit peu plus à droite que le PQ! Par contre, l'ADQ, parti de droite, n'a eu que 16,37% du vote! Alors, si on veut la droite au Pouvoir, ce n'est pas celle-là! Quant à la gauche, avec Québec solidaire, elle n'a récolté que 3,78% du suffrage, plusieurs gauchistes votant PQ pour la souveraineté même si le PQ n'est pas un parti de gauche au sens propre du terme. C'est plutôt une coalition de nationalistes, allant de ceux qui accepteraient bien un changement constitutionnel, pour faire enfin du Québec un territoire francophone reconnu comme tel en Amérique, aux indépendantistes purs et durs, de droite comme de gauche! Quant aux Verts, ils ont obtenu 2,17% du vote en 2008. Alors, la droite au pouvoir, ce n'est pas pour tout de suite. Mais, ce n'est pas une raison de fermer les yeux sur ce qu'elle dit. En effet, la droite a une capacité critique intéressante et pose souvent un bon diagnostic. (6)
Quand la droite met en cause les blocages bureaucratiques et la trop grande règlementation, elle ne se trompe pas toujours. Souvent, la créativité et le travail honnête sont paralysés par des normes qui l'encadrent trop. Crozier avait déjà écrit sur « la société bloquée » en France et cela s'applique ici aussi. (7) On l'a vu encore cette semaine dans un reportage de Radio-Canada sur les garderies illégales... indirectement subventionnées par les crédits d'impôt aux parents! Mais, les fonctionnaires n'y peuvent rien, Revenu-Québec ne pouvant donner d'informations au ministère de la Famille par exemple! (8) On peut trouver de telles aberrations dans bien des domaines gérés par l'État. Les médias ne s'en privent pas d'ailleurs. Après la saga du CHUM qui dure depuis des années, c'est maintenant le dossier médical électronique qui est sur la touche! Ce qui devrait être fait depuis des années est maintenant sorti de l'écran radar, nous dit le Devoir, pour cause de « Retards, manque de vision et de cohésion, bogues informatiques, [et] grave déficit au plan de la gouvernance. » (9) Le système public coute cher et est de moins en moins efficace dans certains secteurs, notamment la santé. On a droit aux primes et promotions politiques, mais plus rarement à l'efficacité, au savoir et à la créativité!
Par contre, si la droite a raison dans la critique, elle manque d'imagination dans les solutions, car elle revendique presque toujours davantage de privés. Pourtant, le privé est déjà bien implanté comme fournisseur de produits et services à l'État. Il n'est pas blanc comme neige non plus. On le voit bien avec les enquêtes journalistiques qui ont mis à jour des pratiques douteuses dans la construction des infrastructures et des routes par exemple. On le voit aussi avec les entreprises gazières qui ont le pouvoir de l'argent sur les citoyens et les petites municipalités, puis des avocats pour défendre leurs droits face aux citoyens et aux organismes qui ne s'en laissent pas imposer. Les poursuites sont parfois faciles pour faire taire les opposants! Il ne faut pas oublier que les entreprises jouissent maintenant des mêmes droits que les individus, du moins ici. Ce sont des citoyens corporatifs, mais qui ont davantage de moyens financiers à leurs dispositions pour faire valoir leurs droits que le simple citoyen ou l'Organisme à But non lucratif qui défend un principe de justice sociale. Ici, l'égalité confine à l'inégalité!
Alors, le privé, la solution? Non! D'ailleurs, si le gouvernement n'était pas si incompétent qu'on le dit, mais gérait ainsi pour que les citoyens revendiquent davantage de privés, voire une privatisation avancée de l'État? Il ne faut pas oublier que des pans entiers de l'État sont profitables et que le privé aimerait bien les gérer, voir en devenir le propriétaire! Quant à ce qui est moins rentable, il le laisserait tout simplement à l'État. (10) Ce n'est pas d'aujourd'hui qu'on le sait! (11)
D'ailleurs, si nos gouvernements sont si incompétents, comment expliquer que le privé, qui dit mieux gérer que l'État, recrute dans les hauts fonctionnaires, ministres et ex-premiers-ministres pour pourvoir des postes prestigieux ou siéger à des Conseils d'Administration? Parce qu'il manque d'incompétents pour pourvoir ces postes ou parce qu'ils ont une valeur ajoutée à apporter? Poser la question, c'est y répondre!
De toute façon, l'idéologie qui veut que le privé gère mieux a pris du plomb dans l'aile dernièrement, car la crise financière aux États-Unis n'est pas le fait de l'État, mais bien du privé qui voulait faire de l'argent sans tenir compte des principes de base de l'économie. (12) On parlait alors d'économie créative! Ce n’est pas la première fois non plus que la spéculation entraine quelques chutes dans le monde capitaliste. Il y eut l'affaire Bernard Madoff et Enron pour en nommer de célèbres, mais de plus petites aussi. Il y en aura encore d'autres après, car en échange d'un profit rapide on ne veut parfois pas voir... la réalité!
En fait, le problème est que l'on balance toujours entre la droite et la gauche dans un mouvement dialectique perpétuel – thèse-antithèse-synthèse (13) – qui, poussé à l'extrême, atteint la contreproductivité. C'est dire que le système devient moins productif jusqu'au point d'avoir l'effet contraire à celui recherché. (14) C'est ainsi qu'aux abus du privé sous Duplessis on a répondu par la modernisation de l'État avec la Révolution tranquille. Maintenant, vu certaines ratées inquiétantes du système public (15), certains prophètes disent que le privé ferait mieux! Mais, ils font fi des ratés du système privé, comme la surfacturation et la spéculation, et de son besoin du système public pour réussir, car le privé n'intervient qu'où il y a un marché rentable. Où il n'y en a pas, il ne fournit pas de services (16) ou, s'il le fait, il demande l'aide financière de l'État pour les donner! Sans le système public d'éducation, par exemple, le privé ne pourrait écrémer les élèves pour avoir les meilleurs, ce qui lui assure un classement de tête dans les comparatifs avec le public! Cependant, quand il s'en prennent au régime public, les gens de la droite ne disent pas ces choses-là. Sans balises de l'État, le privé sera loin d'être la solution idéale dont les idéologues parlent. Il faut en être conscient.
Alors, privé ou public? Ni l'un, ni l'autre exclusivement, car la solution n'est pas là! Choisir entre privé et public, c'est rester dans une dialectique qui va d'un côté du balancier à l'autre jusqu'à l'extrême! Quand le privé devient corrompu, on revient alors au public et quand le public devient trop inefficace on revient au privé. Duplessisme/Révolution tranquille! Révolution tranquille/Duplessisme! Puis, on recommence. Quelle évolution!?
Il faut donc trouver comment briser ce mouvement perpétuel. Il n'y a qu'une solution : accroitre les variables de l'équation. Aux secteurs privé et public, il faudrait ajouter le coopératif et les réseaux autonomes de créateurs et d'artisans par exemple. On peut penser ici au modèle de l'Émilie Romagne : de petites firmes qui s'intègrent en réseaux de coopération pour concurrencer des entreprises beaucoup plus importantes qu'elles! Mais, ce modèle bénéficie de conditions particulières à sa culture. (17) Il faut donc s'en inspirer peut-être, mais trouver nos propres modèles. On n'a rien sans travail de recherche et développement, même au niveau de la recherche sociale, mais c'est malheureusement là qu'on investit le moins et qu'on coupe à la moindre crise. Si on veut s'en sortir, ce sont d'abord ces réflexes politiques qu'il faut changer!
Mais, qui parle de ces autres modèles possibles? Pas grand monde! C'est que ces modèles nécessitent davantage que de travailler et de voter; ils nécessitent une implication sociale véritable. On ne peut être partie prenante d'un modèle coopératif ou en réseau sans participation et sans implication. Par contre, dans une société où près de la moitié de la population ne participe même plus à une journée de scrutin aux 4 ans, ce serait beaucoup demander qu'une telle participation! Alors, on tourne en rond entre des idées de gauche et de droite qui reviennent au gout du jour et on conserve ce sentiment d'insatisfaction dans le temps! Si on est heureux de même, pourquoi changer? On peut toujours continuer à se plaindre à défaut de voir qu'il existe des moyens de sortir de cette dichotomie!
Notes :
1. Le PQ, alors mené par André Boisclair, n'avait pas encore soigné les plaies de cette course à la chefferie à huit candidats qui avait certainement laissé quelques divisions dans l'électorat du parti! Puis, certains problèmes passés de cet ex-ministre l'ont rattrapé, comme « sa consommation de cocaïne alors qu'il était ministre sous Lucien Bouchard de 1996 à 2001. »
(http://perspective.usherbrooke.ca/bilan/servlet/BMAnalyse?codeAnalyse=81)
Vu les problèmes du PQ, les insatisfaits du PLQ se sont donc tournés vers l'ADQ, façon de ne pas voter pour le PQ. C'est ce qui a donné cet effet-surprise. Sur André Boisclair, voir aussi http://fr.wikipedia.org/wiki/Andr%C3%A9_Boisclair
2. http://fr.wikipedia.org/wiki/Action_d%C3%A9mocratique_du_Qu%C3%A9bec
3. http://fr.wikipedia.org/wiki/Mario_Dumont
4. En prenant les tableaux des résultats par parti politique du directeur général des élections pour les élections générales au Québec entre 1973 et 2008, nous avons les % de participation. Une simple opération mathématique (100 – X) nous donne alors le % d'abstention! Voici ce que nous donnent ces résultats :

Sources des infos :
http://www2.electionsquebec.qc.ca/corpo/francais/elections-generales-provincial.asp?even=1989&mode=n5§ion=resultats_gen#resul
6. Je l'ai d'ailleurs déjà écrit à l'occasion du film L’Illusion tranquille de Denis Julien et Joanne Marcotte : Handfield, Michel, Le paradigme de la grenouille : L’Illusion tranquille, (Texte autour du Film L’Illusion tranquille, de Denis Julien et Joanne Marcotte). Cette même Joanne Marcotte est d'ailleurs une instigatrice du Réseau Liberté Québec (www.liberte-quebec.ca) nous dit Radio-Canada.
(www.radio-canada.ca/nouvelles/Politique/2010/09/01/003-reseau-liberte-qc.shtml)
7. CROZIER, Michel, 1970, La société bloquée, Paris: Seuil, coll. Point.
8. Radio-Canada/nouvelles : Garderies en milieu familial : Des milliers de places dans des garderies sans permis, mercredi 22 septembre 2010. Voir www.radio-canada.ca/nouvelles/societe/2010/09/21/002-garderies-sans-permis.shtml
9. Louise-Maude Rioux Soucy, Dossier médical électronique - Le Québec, cancre de la classe, Le Devoir, 8 octobre 2010 : www.ledevoir.com/societe/sante/297719/dossier-medical-electronique-le-quebec-cancre-de-la-classe
10. Et si tel est le cas, le privé n'aiderait pas l'État à combler ses déficits puisqu'il lui enlèverait les possibilités de rentabilité qu'il a déjà! Sans les profits de la SAQ par exemple, l'État n'en aura pas moins des dépenses sociales!
11. À ce sujet, voir : Bernard, Michel et Lauzon, Léo-Paul, 1996, Finances publiques, profits privés, Québec: L'aut'Journal & Chaire d'études socio-économiques de l'UQAM.
Bernard, Michel, Lauzon, Léo-Paul, Patenaude, François, et Poirier Martin, 1998, Privatisations: l'autre point de vue, Québec: L'aut'Journal & Chaire d'études socio-économiques de l'UQAM.
12. Un excellent film sur ce sujet : Inside job! www.insidejob.com
13. On doit reconnaitre ce concept à Hégel et Karl Marx, mais bien d'autres en ont parlé. Voir http://fr.wikipedia.org/wiki/Dialectique
14. J'ai découvert ce concept dans ILLICH, Ivan, 1975, Némésis médicale, Paris: Seuil, coll. Point.
15. Les difficultés à atteindre nos objectifs alors que les couts augmentent par exemple! Pensons à l'informatisation du système de santé au Québec ou au cas du registre des armes à feu au niveau fédéral.
16. Combien de régions sont privées d'internet à haute vitesse faute de marché assez grand, car le privé ne répond pas aux besoins, mais à des critères de rentabilité. Au contraire, Hydro-Québec doit fournir des marchés non rentables au même titre et au même prix que des marchés rentables. C'est ça le service public !
17. « Analisys of social formation must also consider those particular national structures that encourage cooperation and solidarity, values that are not equally distributed and mutured across national bondaries. In my research in Modena, these institutions included the local administration, the Communist Party, and the C.N.A. But in the Veneto region north of Emilia Romagna, they also included the Christian Democratic party and its vast capilarity network (Bagnasco, Arnaldo, and Trigilia, Carlo, 1984, Societas e politica nelle aree di piccola impresa : Il caso di Bassano, Venice : Arsenale.) These political and social institutions' encouragement of collaborative arrangements and continuous intervention in the market has been necessary to prevent capitalism from destroying the environment in wich it flourishes (Polanyi, Karl, 1957, The Great Transformation : The Political and Economic Origin of Our Times. Boston : Beacon Press.), an event that would perhaps leave us with only hierarchies and no markets. » (Lazerson, Mark H., 1988, Organizational Growth of Small Firms : an outcome of markets and hierarchies, American Sociological Review, Vol 53 no 3 (June 1988), p. 340.
Voir aussi PIORE, Michael J, SABEL, Charles F, 1984, The second industrial divide, U.S.A.: Basic books, pp. 226-9, 266.
Pour une nouvelle approche économique, sociale et politique ou réflexions d'après G-20!

Societas Criticus, revue de critique sociale et politique, Vol. 12 no 3, Essais : www.societascriticus.com
Michel Handfield, sociologue et éditeur de Societas Criticus (19 juillet 2010) – Photo d'une affiche sur une boite à lettres de la rue Jean-Talon prise par l'auteur.
Le sommet du G-20 à Toronto, qui a eu lieu les 26 et 27 juin 2010, a conduit à un nombre record d'arrestations: 1090! (1) On en parle depuis, au point qu'on ne sait pas ce qui est sorti de ce sommet, ni le message des opposants! Toute l'attention médiatique a porté sur les manifestations, les arrestations et leurs suites! Peu sur le contenu. Deux semaines après l'évènement, « environ 1000 personnes ont [encore] manifesté pour protester contre le travail des policiers pendant le Sommet du G20 » (2) puis, aujourd'hui, plusieurs organismes ont lancé « une nouvelle coalition arc-en-ciel qui non seulement réclame une enquête publique sur le récent sommet du G20, mais compte soutenir concrètement les personnes aux prises avec des frais judiciaires et même des séquelles psychologiques après un séjour dans les cellules torontoises. » (3) C'est dire que cela a camouflé tout ce qui s'est dit à ce sommet, puis de la part des opposants. On n'en retient que la casse, ce qui est triste. Qui peut nous parler du contenu aujourd'hui?
Il faut cependant admettre que ces sommets donnent souvent peu de résultats, car ils se concluent sur des vœux pieux et pas très contraignants. (4) Pas surprenant, car la plupart des gouvernements n'aiment pas se lier au point de se mettre dans le trouble. À preuve:
« Le premier ministre Stephen Harper rejette la suggestion de ses fonctionnaires d'éliminer les allègements fiscaux pour l'exploration pétrolière, a appris La Presse canadienne. Au dernier Sommet du G20 à Pittsburgh, les pays membres se sont entendus pour examiner les cas où les gouvernements subventionnaient la consommation et la production de fossiles combustibles, puis éliminer ces subventions. » (5)
On peut donc jouer sur les mots et dire qu'un engagement n'est pas un contrat! Déjà, l'une des principales causes mises de l'avant par Stephen Harper à Toronto fut immédiatement réinterprétée par les différents pays membres du G-20 suite à leur signature:
« Le premier ministre s'est félicité d'avoir obtenu de ses 19 homologues l'engagement qu'il sollicitait en matière de réduction de leur déficit et de leur dette. Mais la question est maintenant de savoir si cet engagement fera une quelconque différence: la France a affirmé qu'elle ne se sentait pas liée par l'objectif canadien, la Grande-Bretagne et les États-Unis avaient déjà une cible aussi ambitieuse et le Japon a obtenu une exception. » (6)
Plus symbolique que contraignant, finalement, que ces sommets! D'ailleurs, une des choses qui fut ratifiée à Toronto fut la proposition de M. Harper contre l'imposition « d'une taxe sur les banques ou encore d'une taxe internationale sur les transactions financières. » (7) C'est tout dire. On vise la libéralisation du commerce, pas sa contrainte. Mais, pour le peuple, on ne semble pas avoir les mêmes préoccupations.
En effet, la libre circulation des personnes est loin d'être au même niveau que celle des biens, des services ou des capitaux! Peut-être est-ce plus sécuritaire? J'en conviens, mais si certaines contraintes sont nécessaires pour les individus, pourquoi n'en est-il pas ainsi pour les entreprises et les milieux financiers. Parce qu'on ne peut contraindre le marché, cette chose qui se passe entre vendeurs et acheteurs consentants que l'on appelle aussi l'offre et la demande? On juge bien certains produits illégaux malgré l'existence d'un marché! La drogue en est un bon exemple. Alors, pourquoi ne pas mettre des limites à d'autres produits et services pour des raisons de santé, de sécurité ou humanitaires? Si c'est vrai pour la drogue, ce devrait l'être pour les produits dommageables à l'environnement ou le commerce inéquitable. Pensons à l'eau par exemple. C'est là qu'on voit que ces forums internationaux ont aussi une teinte idéologique. Certains organismes ont raison de le dire.
Mais, souvent, le message ne passe pas dans les médias, sauf, parfois, un entrefilet. Il faut des gestes d'éclats pour être en première page, comme de la casse. Cependant, cela efface le message et la crédibilité: on ne retient que « des casseurs » ou « des barbares »! Qui se soucie du message? Qui le rapporte, sauf dans les pages d'opinions? Ainsi, cette opinion de Francis Dupuis-Déri, professeur de sciences politiques à l'Université du Québec à Montréal, parue dans la section « idées » du Devoir:
« En suivant la manifestation anticapitaliste du samedi 26 juin, j'ai pu constater son respect pour les autres manifestantes et manifestants, puisqu'elle s'est détachée de la marche des syndicats et des organisations non gouvernementales avant de commencer à lancer des frappes. J'ai aussi pu observer des dizaines et des dizaines de vitres éclatées et de façades couvertes de graffitis (et dire qu'un milliard de dollars a été dépensé pour la sécurité). Dans 99 % des cas, il s'agissait de cibles qui avaient une signification politique claire: banques, McDonald's, Starbucks, Nike, American Apparel (malgré son hypocrite discours sympathique), des panneaux publicitaires, un bar de danseuses nues, quelques véhicules de médias d'État ou privés et des voitures de la police. » (8)
Cette stratégie n'est pas nécessairement la bonne, car si on présente les briseurs aux informations on ne prend pas le temps d'expliquer leurs choix! Pourtant, il y a des motivations à expliquer, comme le fait que la loi n'oblige pas « l’étiquetage obligatoire pour les aliments avec OGM » (9, 10) ou d'inscrire le pourcentage (%) d'OGM dans ces aliments, car ils ne sont pas nécessairement génétiquement modifiés à 100%. Une manière de manipuler le consommateur en ne lui permettant pas d'avoir toute l'information à laquelle il a droit pour un choix éclairé, ce qui ne veut pas dire qu'il éviterait tous ces produits. Mais, il pourrait faire des choix. D'ailleurs, quand on nous parle du marché, on fait toujours référence à un choix éclairé des consommateurs. Alors, pourquoi retenir cette information? Pour ne pas nuire à certaines entreprises? Mais, n'est-ce pas nuire à celles qui font dans les produits sans OGM? Une manière d'avantages indus pour certaines entreprises, gracieuseté du gouvernement.
Il faudrait peut-être se poser enfin la question: que sont devenus nos gouvernements? Des facilitateurs du commerce? Des ambassadeurs économiques? Car ils sont de moins en moins pour les régulations et de plus en plus pour la dérèglementation. Il ne faut pas nuire au milieu des affaires nous dit-on! C'est ainsi que, depuis des années, on a vu les États aller vers le non-interventionnisme dans la sphère économique tout en soutenant les entreprises par de généreux programmes de subventions! Des magazines sérieux parlent même de « corporate welfare », genre de bienêtre social des entreprises. Une recherche Google avec cette expression m'a donné environ 6 990 000 résultats, dont l'article original du Time que j'ai lu en 1998! (11) Le préjugé favorable aux entreprises s'est même accru sous le régime de George W. Bush aux États-Unis, ce que suit Stephen Harper au Canada même si ce sont les démocrates qui sont présentement au pouvoir au sud de notre frontière. En matière économique, l'État se retire de plus en plus de certains de ses champs de compétence au profit des entreprises, car il ne faut pas nuire aux marchés. En matière sociale, il le fait au profit des compagnies d'assurance et des fondations privées et religieuses. Ainsi, sous l'ancienne administration républicaine aux États-Unis, qui est le modèle que suivent les conservateurs canadiens…
« Aside from its proselytizing mandate, the federal government will be reduced to the protection of property rights and "homeland" security.* Some Dominionists (not all of whom accept the label, at least not publicly) would further require all citizens to pay "tithes" to church organizations empowered by the government to run our social-welfare agencies, and a number of influential figures advocate the death penalty for a host of "moral crimes," including apostasy, blasphemy, sodomy, and witchcraft. The only legitimate voices in this state will be Christian. All others will be silenced. » (12)
On s'est donc tourné vers la libéralisation économique; la moralisation du support social, avec des organismes qui se sont vus coupés des fonds vu leurs positions éthiques (13) et politiques (14) difficilement tenables pour les conservateurs; et un renforcement des règles sur la délinquance individuelle; ce qui fait que vous risquez maintenant d'être davantage puni pour avoir brisé une vitrine dans une manifestation que pour avoir mis en marché des produits financiers qui ont créé la première crise économique du XXIe siècle! Il faut savoir où mettre ses priorités n'est-ce pas?! De toute manière, plusieurs fondamentalistes chrétiens américains sont pour le libre marché et la propriété privée d'une part (15), mais sont aussi méfiants des villes d'autre part (16), ce qui inclut des partisans de la droite canadienne! (17)
Cette idéologie conservatrice va plus loin encore que le néolibéralisme. Quant le privé devient la réponse toute faite et s'accompagne du désengagement de l'État, on n'est pas loin de l'anarchisme. Que dit l'anarchisme: à bas l'État! Que dit cette idéologie: l'État minimal, si possible ne conservant qu'un rôle policier (18) envers les citoyens, mais surtout pas une entrave au libre marché et aux entreprises! On est si près des anarcho-capitalstes (19) que les analystes de la politique ont forgé le terme de « libertarisme » pour qualifier ce nouveau courant, fusion entre les termes « libéral » et « libertaire », un synonyme d'anarchisme! (20) Mais, un anarchisme de droite, conservateur et capitaliste, qui accepte un État minimal et non interventionniste en matière économique. Ainsi, pendant qu'on en a contre les anarchistes de gauche, qui font de la casse pendant les sommets (que ce soit le G-8, le G-20 ou les travaux de l'organisation mondiale du commerce), les anars de droite, cravatés, y négocient la réduction de l'État, voir la privatisation des ressources! Normal, car ces anars sont diplômés en économie de grandes écoles qui suivent la pensée de l'école de Chicago! (21)
Bref, il y a des choses qui doivent être dites. Mais, des vitrines qui volent en éclat dans une manifestation ne sont pas la meilleure façon de le faire savoir. L'éducation serait mieux. De l'éducation populaire par exemple. Pourquoi ne pas ouvrir des locaux dans les écoles (22) pour le faire avec des gens qualifiés, car il y en a? Combien de diplômés universitaires en sciences humaines et sociales ont des difficultés d'employabilité? Plusieurs, dont un certain nombre pourrait monter des formations en éducation populaire par exemple. On nous dit d'être créatifs et de créer nos emplois, mais on ne devrait pas avoir à refaire la roue à chaque fois. Des infrastructures existent, il faut savoir les mettre au service de la population. Combien de débats tournent en rond faute de nouvelles façons de les approcher? Un exemple: le débat concernant l'État versus le privé! On entend souvent dire que l'État coute cher, question de privilèges, comme l'ancienneté, qui ne favorisent pas toujours les plus vaillants. Mais, est-ce une question d'État versus de privé ou d'organisation? Certaines grandes entreprises ne sont-elles pas construites sur le même modèle? Inversement, n'avoir aucune protection, n'est-ce pas favoriser l'arbitraire et le copinage? Puis, si le secteur public coute parfois cher, on a vu le privé gonfler indument la facture dans certains contrats avec l'État! Alors, privé ou public, ce n'est pas aussi simple que le disent les commentateurs! Pourtant, il existe d'autres voies.
Pourquoi ne propose-t-on pas des alternatives comme des entreprises en cogestion ou des coopératives de travail? Ce sont des possibles, mais qui en parle? Il est pourtant beaucoup moins facile de faire de la collusion dans une coopérative de travail ou financière qu'entre deux amis dans un « marché du siècle » en partenariat public-privé! Ces formations populaires seraient l'occasion de regarder vers d'autres modèles; des alternatives au changement de main entre les tenants du privé et du public au gré des scandales que révèlent les médias. On a parfois l'impression d'être conduit par des joueurs de poker qui s'échangent la main! Bref, on tourne en rond.
D'autres modèles économiques existent et il ne s'agit pas nécessairement du communisme. Loin de là d'ailleurs, car un État qui a la main haute sur tout peut être étouffant pour une société et tuer la créativité. Mais, le libéralisme a plus d'une couleur et nous offre plusieurs visages, incluant même la social-démocratie! On n'a qu'à penser au libéralisme social par exemple:
« Tout État est affaibli par une trop grande disproportion entre les citoyens. Chacun, si c'est possible, devrait jouir des fruits de son travail, par la pleine possession de tout ce qui est nécessaire à la vie, et de plusieurs des choses qui la rendent agréable. Nul ne peut douter qu'une telle égalité soit ce qui s'accorde le mieux avec la nature humaine et qu'elle ôte bien moins au bonheur du riche qu'elle n'ajoute à celui du pauvre. Elle augmente aussi le pouvoir de l'État, et elle est cause que les taxes ou impositions extraordinaires seront payées de meilleur gré. Là où les riches s'engraissent sur le dos d'un petit nombre, il faut que leur contribution aux nécessités publiques soit très large; mais dès lors que les richesses sont répandues sur une multitude, le fardeau semble léger à chaque épaule, et les taxes n'apportent pas de différence bien sensible dans la façon de vivre de chacun. » (23)
On peut aussi penser au modèle brésilien, à la fois procommercial et propauvres. Non pas un modèle à la Chavez (24), mais à la Lula (25); soit pour le social, mais aussi pour le commerce et la liberté d’entreprise. Une forme de libéralisme social contrairement au libéralisme économique états-unien, où le gouvernement est parfois perçu comme un ennemi du peuple; régime souvent proche de l’anarcho-capitalisme (26) selon moi, ce dont les États-Uniens ne semblent pas très conscients. Suffit de les regarder manifester contre toutes interventions de l’État, si minimes soient-elles, pour le comprendre! Seul son rôle policier et militaire semble toléré, mais, encore, il ne faut pas toucher le droit des citoyens de porter une arme (27)!
Parlant du Brésil, ceci me fait toujours remonter à une vie antérieure alors que j’étais consultant sur un modèle participatif de cellules de travail au Québec. Deux ans! À l’époque j’avais assisté à une conférence de Ricardo Semler, président de Semco S.A., du Brésil (28), à l’hôtel Hilton Bonaventure, où il présentait son modèle participatif! C’était le 25 novembre 1993! (29) Alors que la participation des employés dans l’entreprise fut une mode ici, Semco fonctionne toujours selon ce modèle et a vu son succès continuer! (30) Cette entreprise a toujours conservé sa façon de faire à ce que j’ai lu sur leur site: The Semco way (31)! (32) C'est dire que l'on pourrait aussi changer des choses dans nos entreprises et parler d'une véritable participation des employés.
Pour revenir aux formations populaires que je propose, on pourrait aussi y parler de coopération économique internationale et de commerce solidaire. La conscientisation est toujours mieux que de briser les vitrines d'un café-bistro du centre-ville! Mais, si nous pensons global, il faut agir localement! Alors, pourquoi ne pas aussi – voir surtout! – parler des couts de l'automobile et de l'étalement urbain dans cette nouvelle éducation populaire, mais aussi des solutions possibles comme la complémentarité et l'intermodalité régionale plutôt que l'affrontement entre la ville et ses banlieues sur le droit sacré à l'automobile et aux autoroutes! Il faut penser le transport autrement pour ne pas suffoquer, mais il faut aussi éduquer pour conscientiser la population! Sans éducation, difficile de changer les choses. Et, l'environnement a besoin de changements! Notre survie en dépend à long terme.
Le commerce aussi pourrait être repensé. Pourquoi reproduire le même modèle partout avec les mêmes bannières? La «Wal-martisation» de l'espace commercial n'est pas un passage obligé. Il peut y en avoir, mais il doit aussi y avoir autre chose. Pourquoi les gouvernements, ce qui inclut les municipalités, sont-ils quasi obligés de donner des permis sur demande comme s'il s'agissait d'un droit? Pour ne pas entraver le commerce? Mais, n'est-ce pas entraver la liberté de choix en limitant ainsi l'offre? Certaines zones peuvent accepter des « power-centers », mais d'autres doivent en être protégées pour créer un véritable libre marché, sinon cela conduira à la multiplication des mêmes commerces et à une diminution de l'offre pour les consommateurs. On ne peut faire confiance aux commerçants et aux manufacturiers comme l'a déjà écrit le maitre du capitalisme: Adam Smith lui-même! (33) En conséquence, entre l'État et l'entreprise privée il devrait y avoir autre chose, comme des mutuelles et des coopératives par exemple. D'ailleurs, au risque de nous répéter, ces entreprises sont beaucoup plus difficiles à contrôler par quelques-uns vu la multiplicité des parties prenantes. En concurrence avec les entreprises privées, elles peuvent conduire à un assainissement des manières de faire.
Ceci nous conduit à un autre point: les anarchistes! On en a beaucoup parlé au sommet du G-20 comme étant des casseurs. L'anarchie est souvent synonyme de chaos et de désorganisation dans les médias. Par extension, elle l'est aussi dans la population en général. Pourtant, elle nous a donné de grandes choses comme le soulignaient deux profs des HEC dans l'introduction de leur livre il y a quelques années:
« Proudhon fait là encore figure de précurseur en ce domaine. Il sera à la base d'idées telles que le mutualisme, l'autogestion, le syndicalisme, le régionalisme, le fédéralisme et le coopératisme. » (34)
Dans « Liberation management », Tom Peters, un gourou du monde des affaires des années 1990 a même titré une section d'un de ses livres « Toward productive anarchy »! (35) C'est tout dire. Avant de parler de la désorganisation que l'on associe à l'anarchie, il faudrait au moins lire ces quelques lignes de Malatesta:
« Si nous croyons qu'il ne pourrait pas y avoir d'organisation sans autorité, nous serions des autoritaires, parce que nous préfèrerions encore l'autorité qui entrave et rend triste la vie à la désorganisation qui la rend impossible. » (36)
La pensée anarchiste ne se réduit pas aux gestes de quelques casseurs et la réduire à cela serait injuste et malhonnête pour ce courant très à propos encore aujourd'hui. (37) Encore là, de la formation populaire est nécessaire pour bien comprendre ces modèles qui traversent nos débats – que ce soit le libéralisme, le communisme, l'anarchisme ou le conservatisme par exemple - et desquels on a retenu quelques éléments dans l'histoire de nos sociétés tout en en oubliant les origines tellement ils sont intégrés. Si on avait aussi parlé de ces éléments et fait un peu d'histoire en plus de parler des casseurs, cela aurait au moins eu un aspect éducatif. Mais, on ne l'a pas fait, car il est peut-être plus avantageux pour la classe dirigeante, ce qui inclut les milieux d'affaires, de présenter les opposants comme des casseurs et des pas de tête, ce qui leur enlève toute crédibilité dans la population et amenuise les chances de voir poindre des solutions de rechange de ce côté du spectre des idées. À défaut d'alternatives plausibles, l'élite s'assure de sa pérennité et de la poursuite du modèle qui la sert le mieux! Mais, comme l'a dit Adam Smith: « l'intérêt particulier de ceux qui exercent une branche particulière de commerce ou de manufacture est toujours, à quelques égards, différent et même contraire à celui du public. » (38) À ce sujet, on peut penser aux péripéties du contrat de renouvèlement des wagons du métro de Montréal ou à la construction du Centre hospitalier de l'Université de Montréal, dit le CHUM, mais qui ressemble parfois à une mauvaise histoire de « chums » autour d'une bière qui parlent et qui parlent sans qu'il y ait grand-chose qui avance!
Il faut vraiment regarder de nouveaux modèles économiques, mais cela ne peut se faire sans éduquer la population pour qu'elle comprenne les débats et vote en connaissance de cause et non pas seulement sur l'allure du candidat! Si le XXIe siècle en est un du savoir, il faut d'abord investir dans l'éducation. Mais, au G-20, il me surprendrait que ce fût réellement une préoccupation majeure. Quant aux opposants, si cela faisait partie des leurs, quel média l'a relayé, car on confond trop souvent encore vendre de la copie et informer! Le sensationnalisme a généralement meilleur gout dans la presse commerciale que l'analyse!
Addenda:
Un autre modèle de capitalisme est celui de Rhénan, plus social. Mais, je n'en ai pas parlé ici même si j'en ai déjà parlé dans d'autres textes. Pour ceux que cela intéresse, voir le livre de Michel Albert en biographie.
Notes:
1. Alec Castonguay , Le G20 de Toronto - La dérive, Le Devoir, 3 juillet 2010: www.ledevoir.com/politique/canada/291907/le-g20-de-toronto-la-derive
2. Sommet du G20, Manifestation dans la Ville Reine, Radio-Canada nouvelles, mise à jour le samedi 10 juillet 2010 à 18 h 32: www.radio-canada.ca/regions/Ontario/2010/07/10/002-g20_manifestation_toronto.shtml
3. Amélie Daoust-Boisvert, G20: une coalition en appui aux détenus, in Le Devoir, 19 juillet 2010: www.ledevoir.com/politique/canada/292845/g20-une-coalition-en-appui-aux-detenus
4. Pour les conclusions du G-20 de Toronto, voir:
http://g20.gc.ca/fr/sommet-de-toronto/documents-du-sommet/
5. Ottawa continuera de donner un coup de pouce à l'exploitation pétrolière. La Presse canadienne in Le Devoir, 28 juin 2010: www.ledevoir.com/politique/canada/291676/ottawa-continuera-de-donner-un-coup-de-pouce-a-l-exploitation-petroliere
6. Hélène Buzzetti, G20: Harper crie victoire, mais..., in Le Devoir, 28 juin 2010: www.ledevoir.com/international/actualites-internationales/291689/g20-harper-crie-victoire-mais
7. Hélène Buzzetti, Ibid.
8. Francis Dupuis-Déri, G20: n'attendez plus les barbares, ils sont là!, Le Devoir, Idées, Mardi 29 juin 2010, A 7: www.ledevoir.com/international/actualites-internationales/291694/g20-n-attendez-plus-les-barbares-ils-sont-la
9. www.ogm.gouv.qc.ca/regl_etiquetage.html
10. OGM ou Organisme génétiquement modifié. Voir:
http://fr.wikipedia.org/wiki/Organisme_génétiquement_modifié
http://www.greenpeace.org/france/campagnes/ogm
11. Donald L. Barlett and James B. Steele, Corporate welfare, Time, Monday, Nov. 9, 1998. Voir
www.time.com/time/magazine/article/0,9171,989508-1,00.html#ixzz0tlYwnhdS
12. D'abord, la note du texte (*) est la suivante:
« When George W. Bush was first elected, Pat Robertson resigned as head of the Christian Coalition, a sign to many that Bush was the first in an expected line of regents that will herald the coming of the Messiah. »
Quant à la référence du texte: Chris Hedges, Feeling the hate with the National Religious Broadcasters, Harper's magazine,May 2005, p. 58
13. Un exemple parmi d'autres:
« Alors que le gouvernement conservateur a coupé les vivres à plus de 12 groupes de femmes [qui avaient dénoncé le refus des conservateurs de financer l'avortement à l'étranger], les libéraux s'étonnent que des groupes religieux aient touché, eux, des fonds de l'Agence canadienne de développement international (ACDI). Ottawa a en effet versé plus de 800 000 $ à deux organisations, une formant des porteurs de la parole de Jésus, l'autre veillant à la traduction de la Bible dans différents dialectes. » (Hélène Buzzetti, Des sous pour la parole de Dieu, mais pas pour les femmes, Le Devoir, 6 mai 2010: www.ledevoir.com/politique/canada/288401/des-sous-pour-la-parole-de-dieu-mais-pas-pour-les-femmes)
L'ajout entre [] est tiré d'un autre texte sur le sujet aussi d'Hélène Buzzetti: Ottawa prive d'aide 12 groupes de femmes. Ils ont critiqué le gouvernement Harper à propos de l'avortement, Le Devoir, 5 mai 2010: www.ledevoir.com/politique/canada/288371/ottawa-prive-d-aide-12-groupes-de-femmes. On apprend aussi dans ce texte qu'« Une pléiade de groupes de femmes avaient déjà vu leurs subventions abolies il y a deux ans par le gouvernement conservateur, qui ne reconnaît plus la défense des droits comme un objectif légitime devant être financé. L'association nationale Femmes et Droit a dû fermer pour cette raison. »
Voir aussi Hélène Buzzetti, La droite religieuse contrôle-t-elle le gouvernement?, Le Devoir, 22 mai 2010: www.ledevoir.com/politique/canada/289516/la-droite-religieuse-controle-t-elle-le-gouvernement
14. A ce sujet, par exemple...
« M. Benoît explique que l'ACDI se concentre désormais sur un plus petit nombre de pays dans trois domaines: l'aide alimentaire, l'enfance et la croissance économique. La gouvernance n'est plus considérée comme une priorité. C'est de cette direction générale que provenait le financement de KAIROS. » (Hélène Buzzetti, Les vivres coupées - Ottawa se défend de punir KAIROS, Le Devoir, 9 décembre 2009: www.ledevoir.com/politique/canada/278892/les-vivres-coupees-ottawa-se-defend-de-punir-kairos)
Voir aussi...
Marco Bélair-Cirino, Le couperet tombe sur Alternatives, Le Devoir, 7 décembre 2009: www.ledevoir.com/societe/actualites-en-societe/278762/le-couperet-tombe-sur-alternatives
Libre opinion: Un Conseil menacé, par Brian Barton - Président de l'Association québécoise des organismes de coopération internationale, Le Devoir, 10 juin 2010 Canada: www.ledevoir.com/politique/canada/290582/libre-opinion-un-conseil-menace
15. Jeff Sharlet, Inside America's most powerful megachurch, Harper's magazine, May 2005, p. 47. Ce passage se lit ainsi:
« According to Ted, it was this army of Christian capitalists that took to the streets. "They're profree markets, they're pro-private property," he said. "That's what evangelical stands for. »
16. « Cities, therefore, are especially dangerous. » Et, cet autre passage, plus loin, sur la même page:
« Part of their antipathy is literally biblical: the Hebrew Bible is the scripture of a provincial desert people, suspicious of the cosmopolitan powers that threatened to destroy them, and fundamentalists read the New Testament as a catalogue of
urban ills-sophistication, cynicism, lust-so deadly that one would be better off putting out one's own eye than partaking in their alleged pleasures. » (Jeff Sharlet, Ibid., p. 49)
17. J'ai choisi le terme américain plutôt qu'étatsunien justement pour montrer l'inclusion d'une frange canadienne. En effet, « Le créationnisme, une affaire d'Américains... et d'Albertains » nous apprenait Le Devoir du 16 juillet 2010 sous la signature d'Hélène Buzzetti (www.ledevoir.com/societe/actualites-en-societe/292691/le-creationnisme-une-affaire-d-americains-et-d-albertains). Le premier ministre Harper demeure justement en Alberta...
18. Même ce rôle est en partie privatisé par le recours à des firmes privées pour assurer des mandats sécuritaires, que ce soit des patrouilles dans les cités ou du travail de mercenaire et de garde du corps dans des zones de conflits et de guerre.
19. Lemieux, Pierre, 1988, L'anarcho-capitalisme, Paris: PUF, que sais-je?
20. Arnsperger, Christian, et Van Parijs, Philippe, 2000, Éthique économique et sociale, France : La Découverte/repères – Chapitre II, Le libertarisme.
21. « L'École de Chicago est un groupe informel d'économistes libéraux. Ils sont généralement associés à la théorie néoclassique des prix, au libre marché libertarien et au monétarisme ainsi qu'à une opposition au keynésianisme. Leur nom vient du département d'économie de l'Université de Chicago dont la majorité des professeurs étaient membres de cette école de pensée.» (http://fr.wikipedia.org/wiki/École_de_Chicago_(économie))
22. Il y a environ 180 jours d'école par année au Québec... sur 365 jours dans une année. On pourrait donc facilement prendre une cinquantaine de jours par année pour offrir de l'éducation populaire près des gens!
23. David Hume (1711-1776), La liberté comme nécessité historique, in Le libéralisme, 1998, Paris: GF Flammarion, coll. Corpus, p. 63
24. Chàvez : http://en.wikipedia.org/wiki/Hugo_Chávez
25. Lula : http://en.wikipedia.org/wiki/Luiz_Inácio_Lula_da_Silva
26. Lemieux, Pierre, 1988, L'anarcho-capitalisme, Paris: PUF, que sais-je? Arnsperger, Christian, et Van Parijs, Philippe, 2000, Éthique économique et sociale, France : La Découverte/repères – Chapitre II, Le libertarisme.
27. « Les marchands d'armes américains ont de quoi être heureux. Par cinq voix contre quatre, la Cour suprême des États-Unis a décrété que le deuxième Amendement de la Constitution, qui garantit le droit de tout individu de posséder une arme, s'applique aux États et aux localités. Dans les attendus, les juges soulignent, en guise de justification, que le droit à l'autodéfense est au coeur de la conception américaine de la liberté «ordonnée», en prenant soin de ne pas se prononcer sur la constitutionnalité des lois des États où la propriété de pistolets et fusils est interdite. » (Serge Truffaut, La Cour suprême des États-Unis - À droite toute!, In Le Devoir, 30 juin 2010: www.ledevoir.com/international/etats-unis/291760/la-cour-supreme-des-etats-unis-a-droite-toute)
29. Ricardo Semler avait écrit un livre à l’époque pour présenter son modèle : Maverick, 1993, U.S.A.: Warner books.
30. Deux références sur le sujet, mis à part le site officiel de Semco (note 28) :
http://en.wikipedia.org/wiki/Ricardo_Semler
www.duperrin.com/2007/05/24/il-ny-a-pas-que-la-pensee-unique-qui-permet-de-reussir/
31. The Semco Way:
www.semco.com.br/en/content.asp?content=3&contentID=605
32. Ces deux paragraphes viennent en partie de Commentaires de Michel Handfield (6 novembre 2009) sur « The world Next supermodel » (www.icarusfilms.com/new2009/wns.html), Societas Criticus, Vol. 11 no 6, Textes ciné et culture : www.societascriticus.com
33. Voici ce passage:
« Cependant l'intérêt particulier de ceux qui exercent une branche particulière decommerce ou de manufacture est toujours, à quelques égards, différent et même contraire à celui du public. L'intérêt du marchand est toujours d'agrandir le marché et de restreindre la concurrence des vendeurs. Il peut souvent convenir assez au bien général d'agrandir le marché, mais de restreindre la concurrence des vendeurs lui est toujours contraire, et ne peut servir à rien, sinon à mettre les marchands à même de hausser leur profit au-dessus de ce qu'il serait naturellement, et de lever, pour leur propre compte, un tribut injuste sur leurs concitoyens. Toute proposition d'une loi nouvelle ou d'un règlement de commerce, qui vient de la part de cette classe de gens, doit toujours être reçue avec la plus grande défiance, et ne doit jamais être adoptée qu'après un long et sérieux examen, auquel il faut apporter, je ne dis pas seulement la plus scrupuleuse, mais la plus soupçonneuse attention. Cette proposition vient d'une classe de gens dont l'intérêt ne saurait jamais être exactement le même que l'intérêt de la société, qui ont en général intérêt à tromper le public et même à le surcharger, et qui en conséquence ont déjà fait l'un et l'autre en beaucoup d'occasions. » (Adam Smith (1776), 1976, Recherches sur la nature et les causes de la richesse des nations, France: Gallimard/idées, pp. 122-3. Ce livre se trouve aussi en version numérique, produit par Jean-Marie Tremblay, professeur de sociologie au Cégep de Chicoutimi dans le cadre de la collection « Les classiques des sciences sociales »: une collection développée en collaboration avec la Bibliothèque Paul-Émile-Boulet de l'Université du Québec à Chicoutimi. Cette citation est alors en p.64. Pour le document électronique: http://classiques.uqac.ca/classiques/Smith_adam/richesse_des_nations_extraits/richesse_nations_extraits.pdf.)
34. CHANLAT, Jean Francois, SEGUIN BERNARD, Francine, 1983, L'analyse
des organisations une anthologie sociologique tome I: les
théories de l'organisation, Saint Jean (Qc): éd. Préfontaine, p. 48
35. Peters, Tom, 1994, Liberation Management, New York: Fawcett Columbine, p. 596.
36. Malatesta, E., L'Agitazione, Ancône, Nos 13 et 14, 4 et 11 juin 1897, cité in Révolution et réaction, in Guérin, Daniel, 1970, 1976, Ni Dieu ni Maître, Paris: FM/petite collection Maspero, tome III. Ce texte est aussi reproduit dans Chanlat, Jean-François, et Séguin-Bernard, Francine, 1983, Op. Cit., p. 332)
37. « Aujourd'hui, lorsqu'on lit ou relit les anarchistes, dégagé des nombreux stéréotypes qu'on leur a accolés, on ne peut s'empêcher d'être frappé par la modernité de leurs critiques et l'actualité de leurs propos. La réaffirmation de l'importance de la personne, la critique de la bureaucratie et de l'étatisme, le désir de démocratie industrielle, la volonté de rendre le pouvoir au citoyen et de décentraliser les organisations, l'intention de désétatiser tout en socialisant ne constituent-ils pas en effet les thèmes majeurs de nos débats contemporains? Les récents travaux sur les effets pervers des grandes organisations, sur la contre-productivité organisationnelle et sur l'utilité des petites unités de production ne sont-ils pas également les vrais héritiers de l'intention anarchiste originale? » (Chanlat, Jean-François, et Séguin-Bernard, Francine, 1983, Ibid.,p. 49)
38. Déjà cité à la note 33.
Biographie ou quelques livres et articles que j'aurais pu citer aussi!
Albert, Michel, 1991, Capitalisme contre capitalisme, Paris: Seuil, l'histoire immédiate (copie 2 dans la coll. Points Actuels)
Arvon, Henri, 1974, L’anarchisme, Paris: PUF, que-sais-je?
Courville Léon, 1994, Piloter dans la tempête, Montréal: Québec/Amérique-Presses HEC
GROUPE DE LISBONNE, 1995, Limites à la compétitivité, Québec: Boréal
GUERIN, Daniel, 1965, L'anarchisme, France, Gallimard, coll. Idées.
Klein, Naomi, Disaster capitalism: The new economy of catastrophe, Harper's magazine, October 2007, pp. 47-58
Lapham, Lewis H., Tentacles of rage: The Republican propaganda mill, a brief history, Harper's magazine, September 2004, pp31-41
Neurrisse, André, 1983, L'économie sociale, Paris: P.U.F.: coll. que sais-je?
Phillips, Kevin P., Numbers racket: Why the economy is worse than we know, Harper's magazine, May 2008, pp. 43-47
Quelques hyperliens sur les libertariens:
http://fr.wikipedia.org/wiki/Libertarianisme
http://en.wikipedia.org/wiki/Libertarianism
http://fr.wikipedia.org/wiki/Parti_libertarien_(États-Unis)
http://plato.stanford.edu/entries/libertarianism/
http://www.libertarianism.com/
http://fr.wikipedia.org/wiki/Robert_Nozick
http://fr.wikipedia.org/wiki/David_Friedman
Michel Handfield (21 février 2010)
Societas Criticus, revue de critique sociale et politique, Vol. 12 no 1, Essais : www.societascriticus.com
Présentation
Suite à la crise économique de 2007-2009, de laquelle on n'est pas encore sortie même si nous sommes dans une accalmie, résultat de la crise des prêts à haut risque (« subprimes »), de l'éclatement de la bulle immobilière et de la crise du marché hypothécaire, qui s'est transformée en crise financière, contaminant ainsi l'ensemble de l'économie étasunienne, puis, par vases communicants, de l'économie mondiale, nous avons vu apparaître des plans de sauvetage du système financier. (1) Mais, on n'a pas touché la base du problème, soit l'organisation du système économique, notamment la mondialisation.
Les économies se sont spécialisées depuis le milieu des années 80, transférant les productions à forte main-d'œuvre vers les pays en développement, de façon à réduire leurs coûts de production. Mais, ce faisant, elles ont aussi perdu des emplois rentables qui permettaient à des familles de vivre et de consommer, ce qui est la base du système capitaliste. L'économie de service ne pouvait pas remplacer tous ces emplois, car les salaires ne sont pas les mêmes dans un comptoir de « burger-frites » que sur une chaîne de montage de Ford ou de GM! À ce transfert s'est ajoutée l'automatisation du travail qui venait encore réduire le nombre d'ouvriers spécialisés. (2) Pour un nombre d'automobiles données, moins de travailleurs étaient nécessaires à leur production. La sauvegarde de l'emploi passait dorénavant par la hausse de la consommation et la baisse des coûts. Les fabricants se sont alors tournés vers les économies émergentes et les pays en développement pour se fournir à grande échelle en pièces et produits meilleurs marchés! On a aussi accru le crédit et déréglementé des pans entiers de l'économie pour réduire les coûts et favoriser la consommation de masse (3), voir la surconsommation. Ce n'est pas étranger aux défis environnementaux qui se profilent à l'horizon.
Mais, l'économie financière, qui jouait sur les disparités géographiques et culturelles, devenait rentable au point de cacher ces problèmes. Ce qu'on perdait en salaire, on le gagnait en valeur comptable. On bénéficiait aussi d'une certaine baisse des prix, cela venant des disparités régionales, mais jamais autant que les entreprises en bénéficiaient pour accroître leurs profits par contre! C'est ainsi que le T-shirt qui se vend entre 30 et 40$ en magasin peut coûter environ 2$ pièce, incluant le transport, aujourd'hui! (4) Mais, on en trouve aussi à 10$ ou moins dans certains « magasins d'escomptes » et à grand volume, le logo en moins! Le marketing, ça se paie parfois cher.
En prêtant sur le profit à terme, notamment la hausse de la valeur des maisons, on pouvait soutenir la consommation, en hypothéquant pour s'acheter un 4X4 ou un bateau par exemple, sauf qu'un jour la bulle éclata! (5) Là, le système s'effrita, car il était de moins en moins basé sur la production, mais de plus en plus sur la spéculation! Il est bien d'avoir une économie de service, mais encore faut-il avoir une base industrielle pour soutenir l'édifice! On s'en rend compte aujourd'hui! (6) On est donc dans le paradoxe du rendement, thème sur lequel j'ai écrit il y a 14 ans.
Le paradoxe du rendement
Texte paru dans le Journal Les Affaires, 27 janvier 1996, en page éditoriale (p. 6)!
Une
des choses qui me fascine quand je lis les nouvelles économiques,
c'est le nombre de fois que l'on peut appliquer le principe de la
contreproductivité (Ivan Illich, 1975, Némésis
médicale, Seuil).
À long terme, les décisions ont souvent l'effet inverse à celui recherché.
Au
nom de la recherche du profit, les entreprises ont localisé
leurs productions consommatrices de main-d'oeuvre dans les pays où
les salaires sont moins élevés et ont automatisé
leurs opérations dans les pays développés.
Cela a eu pour effet de réduire le bassin de consommateurs. On parle alors de surcapacité de production, mais l'on pourrait aussi parler de sous-consommation.
On
a cru que le tertiaire serait davantage créateur de richesse
et l'on a eu un engouement pour les secteurs de pointe.
Ce qui n'était pas de pointe pouvait être produit ailleurs. À nous les emplois qualifiés et payants!
Sauf que tous ne peuvent obtenir cette qualification, car tous n'ont pas les mêmes capacités intellectuelles et la même dextérité.
On se retrouve alors avec une pénurie de main-d'oeuvre dans certains secteurs en même temps que nous avons des surplus de travailleurs ailleurs.
On a cru que le tertiaire pouvait se tenir sans les niveaux d'en-dessous!
La résultante est le nombre élevé de sans-emplois, ce qui accroît nos charges sociales et diminue notre productivité et notre compétitivité.
On doit couper dans les dépenses publiques (santé, éducation, recherche et développement), ce qui hypothèque demain.
Les
secteurs primaire et secondaire ont une certaine utilité, ne
serait-ce que pour rendre productif les travailleurs que le tertiaire
ne peut absorber et ainsi faire rouler l'économie. Ils
consomment davantage s'ils ont des emplois et ils ne constituent pas
une charge pour les autres.
Il n'y a pas de mauvaise production, de mauvais secteurs économiques. Des entreprises minières ou manufacturières bien gérées peuvent aussi bien bien [sic] faire, sinon mieux, que certaines entreprises tertiaires.
Il ne peut y avoir qu'une mauvaise gestion ou de mauvaises stratégies.
Dans
les années 1980 les constructeurs automobiles américains
ont en partie abandonné le créneau des voitures bon
marché aux Asiatiques parce-que le profit n'était pas
intéressant. Les japonnais ont saisi l'occasion: ils ont pris
ce marché et ont su fidéliser la clientèle. Ils
ont élaboré leur gamme à mesure que cette
clientèle s'élevait dans l'échelle sociale.
Ainsi, Honda est passé de la Civic à l'Accord et
maintenant à l'Acura. Chrysler a compris cette stratégie
et a fait la Néon, son modèle d'entrée de sa
gamme. On ne peut qu'avoir la crème, il faut aussi utiliser le
lait et le petit lait pour être rentable.
Même
si certains produits ne rapportent pas, ils peuvent servir à
fidéliser la clientèle.
Leur rendement est alors positif pour l'entreprise. Malheureusement, ces considérations sont rarement prises en compte, car on est dans l'ère du court terme. Cela est vrai dans les affaires comme en politique, même si l'on est plus critique du second que du premier.
Les
décideurs devraient penser à l'impact à long
terme de leurs décisions, car celles-ci ont souvent un effet
boomerang qui les rejoint plus tard.
Les décideurs pensent cependant avoir trouvé la solution: baisser les coûts de production en ayant recours à de la main-d'oeuvre précaire.
Essayez-donc d'emprunter pour accéder à la consommation si vous êtes un travailleur précaire. Il est peut être temps que nos décideurs changent leurs paradigmes.
Mchel Handfield,
M.Sc. Sociologie,
Montréal
Conclusion
La société états-unienne voit donc son gouvernement intervenir pour aider les banques et les entreprises. Elle n'aime pas ça. Mais, on veut sauver le système capitaliste plutôt que de le réformer, car ce serait en partie donner raison à Marx qui disait que, comme tous les autres systèmes avant lui, celui-ci serait un jour dépassé et remplacé. Son erreur fut de croire que ce serait par le système qu'il proposait.
On pourrait cependant aller vers une forme plus sociale de capitalisme, comme l'Europe ou le Brésil (7), si les États-Uniens étaient moins anarchocapitalistes, car ils refusent l'interventionnisme d'État au nom de la liberté individuelle. On le voit avec la question de la réforme du régime d'assurance santé aux États-Unis. C'est la pierre d'achoppement qui peut faire dérailler la présidence de Barack Obama. Les États-Uniens espèrent tous s'en tirer seuls et devenir riches. Des « self-made man »!
Nos voisins du Sud croient toujours que l'esprit entrepreneurial les sortira de l'impasse, sauf qu'à l'ère des firmes multinationales, la petite entreprise est bien petite pour porter le sort du pays. On est dans l'idéologie de l'entrepreneuriat salutaire ici et le refus de voir la réalité en face: les grandes entreprises qui pourraient être porteuses, car très profitables, ne sont déjà plus nationales, mais multinationales. Elles se sont libérées de contraintes de la nation pour assurer leur profitabilité et tiennent dorénavant à cette liberté, car elles sont ainsi au dessus des États et peuvent les faire chanter à leur guise! Elles ne s'en privent d'ailleurs pas, jouant les nations les unes contre les autres pour en tirer le plus d'avantages possible contre la moindre promesse d'investissement. Au besoin, elles n'hésiteront pas à menacer leur pays d'origine, sachant que les électeurs pourraient tenir rigueur au gouvernement pour le départ d'un fleuron national, mais pas à elles si elles savent y mettre la forme! Parfois, une bonne campagne de relation publique peut être très payante! Suffit de bien savoir manipuler l'opinion! C'est ainsi que les choses ne pourront plus jamais être comme avant, les entreprises ayant le dessus sur des États prisonniers de leurs frontières nationales et des citoyens dépendant de ces États! Seule une réglementation mondiale pourrait changer la donne, mais les États ont plutôt choisi l'inverse: la dérèglementation, ce dès les années 1980.
Puis, ce fut la chute du communisme, qui, en libérant les forces en présence de l'obligation de choisir un des deux camps, communiste ou capitaliste, a permis une renaissance des idéologies religieuses et nationalistes. Ces idéologies ne tardèrent pas à s'affirmer dans des mouvements de revendication et de libération, soit nationale, soit idéologique! Le terrorisme en est un résultat.
Maintenant, ce sont les États-Unis, l'Europe, la Chine et la Russie qui s'affrontent pour un réalignement des forces d'influences du monde, certains voulant conserver leur position, d'autres empêcher de revenir à un monde bipolaire, préférant les garanties que pourrait offrir la multipolarité.
On est donc loin d'une voix unifiée des États face aux entreprises. Elles le savent. Celles-ci ont donc le haut du pavé et ne cesseront pas de si tôt d'imposer leurs désirs aux États qui veulent avoir des emplois sur leur territoire, allant jusqu'à demander des changements aux lois nationales si celles-ci ne font pas leurs affaires! Ce n'est donc pas demain que l'on pourra réformer le capitalisme malgré les vœux d'intellectuels et de penseurs allant en ce sens. Les patrons des grands groupes multinationaux semblent avoir la draguée haute encore pour un certain temps, le monde étant divisé sur des questions idéologiques pendant qu'eux en exploitent les faiblesses. Diviser pour régner. Ce vieux principe colonial fonctionne toujours, mais les colonisés sont maintenant ces citoyens devenus des clients. Quant aux colonisateurs, ce sont les grands entrepreneurs de ce monde qui savent en exploiter toutes les disparités! (8)
Notes:
1. http://en.wikipedia.org/wiki/Financial_crisis_of_2007–2009
2. C'était là l'objet de mon mémoire de maîtrise dans les années 80: « La Division Internationale du Travail et les Nouvelles Formes d'Organisation du Travail: une nouvelle perspective »
3. Phillips, Kevin, Numbers racket. Why the economy is worse than we know, Harper's magazine, May 2008, pp. 43-47
4. « Like Kim at Kie & Kie, Chang needed additional information, but he said that GW could offer a rate of about $2 per piece, which would include shipping. Not bad for a T-shirt that would probably retail at trendy stores for around $30 or $40. » (Silverstein, Ken, Shopping for sweat, in Harper's magazine, January 2010, p. 43)
5. We all fall down: The American Mortgage Crisis, 2009,
www.icarusfilms.com/new2009/fall.html. Nous en avons parlé dans Societas Criticus, Vol. 11 no 3, Textes ciné et culture.
6. Tonelson, Alan, Notebook: Up from Globalism , in Harper's magazine, January 2010, pp. 7-9.
7. The world Next supermodel, 2009, www.icarusfilms.com/new2009/wns.html, 48 minutes / colorD.I., in Societas Criticus, Vol. 11 no 6, Textes ciné et culture
8. Diviser pour régner. J'ai lu cette formule il y a longtemps dans un texte de Stephen A. Marglin, Origines et fonctions de la parcellisation des tâches. À quoi servent les patrons? (pp. 53 et 55) in GORZ, A., 1973, Critique de la division du travail, Paris, éd. Du Seuil, coll. Point.
Societas Criticus, revue de critique sociale et politique, Vol. 12 no 5, Éditos : www.societascriticus.com
Michel Handfield (21 octobre 2010)
Le 12 octobre 2010, le Devoir, reprenant un texte de la Presse canadienne, nous apprenait que « Statistique Canada est mis au régime - Cinq sondages seront supprimés »! (1) En mars dernier, ce fut la décision de « fermer les portes de la fondation de recherche sur le climat » qui fut prise par le gouvernement conservateur de Stephen Harper. (2) Plus en arrière, le même gouvernement avait coupé 162 millions en sciences. (3) J'en passe certainement d'autres, en culture notamment!
En conséquence, le gouvernement conservateur se prépare-t-il à plaider la légitime ignorance dans ses prochaines décisions? Il est vrai que la croyance semble parfois plus vraie que la science dans ce gouvernement conservateur, et ce, depuis longtemps! (4)
Notes :
1. PC, Statistique Canada est mis au régime - Cinq sondages seront supprimés :
2. Cardinal, François, Climat: le fédéral coupe de moitié le financement de la recherche, in La Presse, 6 mars 2010 à 07h20 : www.cyberpresse.ca/environnement/climat/201003/16/01-4261014-climat-le-federal-coupe-de-moitie-le-financement-de-la-recherche.php
3. Alec Castonguay, Ottawa coupe 162 millions, Le Devoir, 16 avril 2009
www.ledevoir.com/politique/canada/245955/ottawa-coupe-162-millions
Article en parti repris sur valeurspubliques.ca :
www.valeurspubliques.ca/VoirArticle.cfm?Ref=00172
4. Suffit de faire une recherche Google avec « ministre d'État à la Science et à la Technologie, Gary Goodyear + Darwin » pour voir des résultats comme ceux-ci :
Évolution : la position du ministre des Sciences et Technologies, Gary Goodyear, soulève des inquiétudes sur scientuss.wordpress.com: http://scientuss.wordpress.com/2009/03/18/evolution-la-position-du-ministre-des-sciences-et-technologies-gary-goodyear-souleve-des-inquietudes/
Deux citations du ministre, in Radio-Canada/Nouvelles/Sciences, Science : Créationnisme ou évolution? Le ministre précise sa pensée, mercredi 18 mars 2009 :
www.radio-canada.ca/nouvelles/science/2009/03/18/001-Goodyear.shtml :
« Je suis chrétien et je ne crois pas que ce soit approprié de me poser une question sur ma religion. »
« Nous évoluons chaque jour, chaque décennie, l'intensité du Soleil, les espadrilles, les talons hauts, nous évoluons face à notre environnement. »
Le carnet de Yanick Villedieu, 9 mars 2009, Le pape, le ministre, les croyances, sur Radio-Canada :
www.radio-canada.ca/nouvelles/carnets/2009/03/19/117409.shtml?auteur=2091
Michel Handfield, éditeur de Societas Criticus
Societas Criticus, revue de critique sociale et politique, Vol. 12 no 2, Éditos : www.societascriticus.com
Les nazis, quand ils se sentent menacés, tuent sans commune mesure des innocents et des pacifistes.
Comme les enfants battus deviennent parfois des batteurs d'enfants, certaines victimes du nazisme sont peut-être devenues des nazis à leur tour. En cette triste journée (1), quelques lignes blanches pour souligner mon opposition à la violence entre Israël et la Palestine et dans toute cette région du monde qui est, soit dit en passant, un lieu saint où toutes les grandes religions monothéistes puisent leur inspiration. Pas vraiment rassurant...
Note:
1. « Des commandos israéliens ont pris d'assaut la flottille qui transportait 10 000 tonnes d'aide humanitaire, durant la nuit de dimanche à lundi » vers la bande de Gaza nous apprend le site de nouvelles de Radio-Canada.
« La flottille est une initiative du Mouvement Gaza libre. Environ 700 personnes d'une quinzaine de nationalités différentes se trouvent à bord. Le convoi est composé d'activistes, des journalistes, d'humanitaires et de députés. Plusieurs pays sont représentés comme la France, l'Algérie, la Turquie, la Grèce, la Suède, l'Irlande, les États-Unis, la Grande-Bretagne, l'Australie, la Malaisie, la Serbie, le Koweït, la Belgique et la Norvège. » (Gaza: Israël s'en prend à un convoi humanitaire, Radio-Canada/international, mise à jour le lundi 31 mai 2010 à 12 h 28:
www.radio-canada.ca/nouvelles/International/2010/05/31/001-Gaza-attaque-Israel.shtml )
Michel Handfield (31 mai 2010)
Societas Criticus, revue de critique sociale et politique, Vol. 12 no 2, Éditos : www.societascriticus.com
Monseigneur Ouellet s'en prend avec véhémence au libre choix en matière d'avortements depuis un certain temps. Il faut en finir avec l'avortement même en cas de viol dit-il. (1) Mais, le libre choix comprend les mots « libre » et « choix ». Ce n'est donc pas une obligation. En cas de besoin, la personne est libre d'y recourir ou non selon son évaluation et sa conscience. Le libre choix ne nie pas la liberté religieuse ni la foi. Par contre, au nom de la religion on semble vouloir nier ce libre choix pour toutes, même celles qui ne croient pas ou qui ont une spiritualité différente. Si l'Église doit venir en aide à ses fidèles, elle ne peut cependant imposer ses préceptes aux autres pas plus que les autres ne peuvent lui imposer les leurs. Il en est de la séparation des religions et de l'État. La société civile ne peut imposer l'ordination des femmes même si des fidèles la revendiquent, incluant des religieuses. L'inverse doit être tout aussi vrai. Vous ne pouvez imposer vos préceptes à l'ensemble de la population pas plus que les autres religions ne le peuvent. Cela s'appelle la démocratie et la séparation des pouvoirs. (2)
Ces discussions sur l'avortement ou la place des femmes dans l'Église ne concernent que les fidèles en leur âme et conscience, pas l'État qui doit représenter tous les citoyens peu importe leurs croyances et leurs tendances (3), parfois contraires, voir contradictoires! C'est pour cela que l'État est toujours mieux de se baser sur des faits scientifiques et des comités d'experts davantage que sur des croyances et des lobbyistes! Mais, parfois...
Le libre choix en matière d'avortement est donc une solution politique et médicalement acceptable, voire éthique, non pas une solution religieuse ou morale. C'est bien ainsi. Mais, si à force d'insistance, de pressions et de rapprochement avec la droite politique vous réussissez à ouvrir cette porte, entre religion et État, dites-vous, monseigneur, qu'une porte ouverte permet la libre circulation dans les deux sens! En conséquence, la société civile aura alors les mêmes droits de demander à l'État d'imposer ses préceptes d'égalité à l'Église en commençant par l'obligation d'ordonner des femmes; de marier des gais et même de permettre le mariage des prêtres! Ne venez alors pas plaider la séparation des pouvoirs entre l'Église et l'État si des progressistes prennent le pouvoir et vous imposent ces changements. Vous aurez ouvert la porte alors le vent du changement entrera. Cette mise en garde s'applique à toutes les religions qui voudront forcer la porte de l'État.
Par contre, je n'ai rien contre de l'éducation en matière d'avortement et de sexualité, car il y a une différence entre recourir à l'avortement pour des raisons de santé et d'équilibre et y recourir comme à un banal moyen de contraception si la femme et/ou l'homme ne se protègent pas autrement. Mais, je ne juge pas, ni ne pose de barrière à la personne même si certains comportements sexuels peuvent être moins responsables que d'autres. Il y a aussi une différence entre « la pilule du lendemain » et un avortement à 20 semaines de grossesse, d'où une éducation sexuelle nécessaire à l'école. On ne peut faire comme si tous les parents donnaient efficacement cette éducation, car tel n'est pas le cas. On ne peut davantage faire comme si les croyances étaient un talisman efficace contre le fait de tomber enceinte la première fois ou d'attraper une maladie transmise sexuellement, car la pensée magique ne fonctionne pas en matière de sexualité comme en bien d'autres cas. Ne vous en déplaise, mais « la croyance forte ne prouve que sa force, non la vérité de ce que l'on croit. » (4)
Monseigneur, dire qu'il faut en finir avec le libre choix au nom des croyances, des vôtres comme des miennes, peut être dangereux, car d'autres pourraient un jour avoir le même raisonnement pour en finir avec l'Église catholique au nom de leurs croyances ou de leur incroyance. Faisons l'exercice avec la nouvelle religion du consumérisme! Les temples les plus fréquentés le dimanche sont maintenant les centres d'achats et non plus les églises. En conséquence, la majorité mange son pain quotidien de l'épicerie alors pourquoi cette majorité laisserait des privilèges à la religion ou accepterait d'investir pour sauver des églises en perte de fidèles et qui n'ont plus les moyens de s'entretenir? Pour conserver un libre choix en lequel vous ne croyez pas? Pour laisser un libre choix à une minorité qui le nie aux autres? Avec une telle optique, qui est la vôtre et celle de toutes les religions soit dit en passant, il ne vous resterait plus qu'à fermer si le peuple juge qu'il est plus intéressant d'aller au centre d'achat qu'à l'église le dimanche!
Cependant, une société libre et démocratique consent à des arrangements; des accommodements raisonnables comme on dit! C'est ainsi que même si elle ne peut sauver toutes les églises, on en a sauvé quelques-unes collectivement, avec nos taxes et impôts, au nom du patrimoine. C'est ainsi que l'on enseigne encore la religion dans les écoles laïques plutôt que la sexualité. Pourtant, cette dernière touche beaucoup plus les adolescents que la religion! On aurait très bien pu faire le choix de parler des religions et des croyances des peuples et des personnages historiques dans les cours d'histoire et de géographie plutôt que dans un cursus séparé, car il s'agit de croyances et non de faits fondés scientifiquement. Mais non, on a quand même conservé un cursus d'histoire religieuse! C'est dire que cette société du libre choix vous sert encore. Alors, pourquoi nier ce libre choix et ce libre arbitre aux autres? Être pour le libre choix, ce n'est pas imposer l'avortement ni une croyance, mais c'est d'être libre, comme vous l'êtes, de penser et d'agir selon sa conscience et sa foi même si celle-ci est en l'Homme plutôt qu'en Dieu. On peut même dire des choses qui vont contre les avancées de la science au nom des croyances! Mais, de là à changer les lois pour ça, il y a un pas à ne pas franchir pour ne pas revenir à l'obscurantisme.
Imaginez qu'un jour le peuple ait le même raisonnement que vous et cherche une vérité, voire la Vérité. N'allant plus à l'église, il regardera les statistiques et dira que cette religion est morte comme le latin, chiffre à l'appui. Alors, pourquoi sauver des églises plutôt que de les démolir pour construire des habitations et de nouveaux temples à la consommation? (5) Les chiffres parlent d'eux-mêmes Monseigneur! À moins qu'en cette question vous ne deveniez soudain un défenseur du libre choix et de ses vertus pour le dernier fidèle!
Je vous appuierai alors au nom du libre choix, monseigneur, car malgré les divergences que j'ai avec la droite religieuse que vous représentez, j'avoue aller à l'église parfois. De façon irrégulière, c'est vrai, mais c'est que je crois qu'il ne faut pas laisser la religion qu'aux gens de droite. La gauche y a aussi sa place même si la hiérarchie ecclésiastique semble l'avoir oublié. La théologie de la libération avait sa raison d'être, car ne pas faire de politique c'est laisser toute la place à certains idéologues, donc faire de la politique sans le dire! C'est peut être pire que d'en faire ouvertement, car plus insidieux pour ne pas dire plus hypocrite! Pour moi, monseigneur, « aimer vous les uns les autres » de Jésus n'est pas très loin de « Prolétaires de tous les pays, unissez-vous » de Karl Marx. Quant à sa « religion, opium du peuple », ne sont-ce pas les grands prêtres qui ont monté le peuple contre Jésus et conduit à sa crucifixion? Deux révolutionnaires que les conservateurs de leur temps n'aimaient pas. Je ne sais par quel retournement de l'histoire cependant cela est arrivé, mais les conservateurs d'aujourd'hui vous aiment bien. Trop pour ne pas susciter un certain questionnement, voir un scepticisme, de ma part. Vous devriez plutôt vous pencher sur cette question et travailler à la canonisation d'un homme de gauche pour montrer que l'Église est aussi partie prenante de la justice sociale. Pourquoi ne pas plancher sur la béatification de Michel Chartrand? L'Église romaine en a béatifié des pires dans son histoire.
Notes:
1. « Invité d'honneur du congrès Campagne Québec-Vie, le cardinal Marc Ouellet a fait valoir samedi que rien, pas même le viol, ne justifiait l'avortement, suscitant un concert de reproches. » (Marco Bélair-Cirino, Sortie pro-vie de Mgr Ouellet - Des propos dignes d'une autre époque », in Le Devoir, 17 mai 2010: www.ledevoir.com/societe/ethique-et-religion/289116/sortie-pro-vie-de-mgr-ouellet-des-propos-dignes-d-une-autre-epoque
Marc Ouellet - Archevêque de Québec, Le débat est ouvert (Libre opinion), in Le Devoir, 27 mai 2010 : www.ledevoir.com/societe/ethique-et-religion/289649/libre-opinion-le-debat-est-ouvert
2. À ce sujet, je vous invite à méditer ce passage, tiré d'un ouvrage sur les droits démocratiques et les identités, qui porte sur la moralité et le pluralisme dans les sociétés démocratiques:
« La moralité libérale comporte un tel engagement envers le respect de la divergence des conceptions religieuses, philosophiques, et métaphysiques, conceptions qui, de pair avec les principes et valeurs politiques, donnent un sens à la vie des individus. Seul un tel engagement peut fonder la valeur morale du pluralisme. En effet, toute défense du pluralisme et du désaccord raisonnable implique minimalement de défendre l'idée que l'adhésion aux valeurs morales passe nécessairement par l'intériorité individuelle, et que la coercition est inutile en ce domaine. Toute minimale qu'elle soit, cette exigence implique une contrainte épistémique relativement forte: le respect du pluralisme et du désaccord raisonnable exige que les doctrines dites « raisonnables » soient conciliables avec le pluralisme, c’est-à-dire que les tenants de ces doctrines doivent accepter qu’il est raisonnable pour les autres de nier la véracité de leurs convictions. En retour, cette exigence n’a de sens que si elle provient d’un engagement à l’endroit de la croyance en l’égale liberté de conscience. » (Genevievre Nootens, Moralité fondamentale et normes subjectives : la justification d’un cadre moral commun dans une société libérale, in Luc Vigneault et Bjarne Melkevik (sous la direction de), 2006, Droits démocratiques et identités, PUL : Administration et droit, Collection Dikè, 160 pages, p. 34 pour cette citation.)
3. Dieu sait qu'il y en a des croyances, des tendances et des incroyances s'il existe. Il y a ceux qui ne croient pas, puis ceux qui croient en lui, en d'autres divinités, aux extraterrestres, au hasard, que l'on est les personnages d'un roman écrit par Dieu – voir l'excellent film « Des nouvelles du bon Dieu » de Didier Le Pêcheur (1996), avec Marie Trintignant, sur ce sujet – ou d'un jeu vidéo et j'en passe de meilleures! Comme on n'a aucune preuve de son existence ou non, on peut fabuler longtemps. Certains diront que les choses ne pouvant se créer d'elles-mêmes il a fallu que quelqu'un les crée: Dieu! Mais, si les choses ne peuvent se créer d'elles-mêmes, qui a créé Dieu? Une solution: Dieu aurait créé le Monde et le monde aurait créé Dieu, l'un ne pouvant exister sans l'autre! Certains diront que la réponse est dans les livres religieux, mais Dieu n'a rien écrit. Ce sont des révélations, mais ce peut tout aussi bien être de la littérature. D'entendre des voix, aujourd'hui ça se soigne avec la médication appropriée. J'avoue être sceptique et que c'est dans ma nature de l'être, mais vous ne vous posez jamais de questions monseigneur? Ça ne m'empêche pas de croire en Dieu, même si je doute qu'il ait réellement parlé aux hommes comme on le dit dans la littérature religieuse – surtout l'Ancien Testament en ce qui nous concerne les chrétiens. Mais, si Dieu parle réellement aux Hommes ou à travers certains d'entre eux qu'il éclaire de sa divine lumière, je crois alors que les écologistes en sont, car on ne les écoute pas davantage qu'on n'écoutait les prophètes! Vous devriez alors vous éloigner des conservateurs pour vous approcher des Verts monseigneur. De toute manière, si Saint-Thomas pouvait être sceptique, je ne vois pas pourquoi je ne peux l'être.
4. Nietzsche, F., 1995, Humain, trop humain, Paris: Le livre de poche, Classiques de la philosophie, 15e pensée du premier chapitre, Des choses premières et dernières, p. 45, mais elle est beaucoup plus longue que cette seule phrase.
5. Dans les années 1970, quand l'orgue était à la mode, on l'entendait dans tous les centres commerciaux. On pourrait peut-être sauver l'orgue de l'église du Très-Saint-Nom-de-Jésus en transformant cette église en centre de boutiques culturelles avec une salle de concert par exemple. Après avoir sorti les marchands du temple, on verra ainsi les marchands sauver le temple puisqu'on est passé de la religion de masse à la mystique individuelle et au consumérisme de masse! Autre temps, autres mœurs.
Vu le débat sur l'habillement et les croyances religieuses...
Michel Handfield
Societas Criticus, revue de critique sociale et politique, Vol. 12 no 1, Éditos : www.societascriticus.com
4 mars 2010
Je suis d'accord avec la liberté de croyance et religieuse, mais il faut bien voir que ce n'est pas un droit, mais une liberté. Elle se limite donc à la personne. Elle ne doit pas contaminer les autres.
Une croyance, incluant la croyance religieuse, n'est pas non plus une vérité. Elle ne devrait donc pas avoir force de loi. En conséquence, toute croyance doit être jugée en parallèle avec d'autres croyances pour éviter les préjugés. On devrait ainsi prendre des comparables un peu comme on le fait en grammaire. Par exemple, pour conjuguer le participe passé d'aimer on peut prendre un verbe étalon comme finir. La même chose devrait être vraie pour les croyances religieuses: si on a le droit pour la croyance en l'horoscope, on a le droit pour celle religieuse ou aux extras terrestres! Mais, si on n'a pas le droit pour l'une, on n'a pas le droit pour l'autre! Ainsi, si mon horoscope me dit de prendre congé aujourd'hui ou de m'habiller en rose et que c'est accepté par mon employeur, la même chose doit être vraie pour la religion. Mais, si je suis juge et que je n'ai pas le droit de m'habiller en rose, même à cause de mon horoscope, ni de prendre congé pour cette raison, je n'ai pas davantage de droits pour des principes religieux, car ce sont des préceptes personnels et culturels, non fondés scientifiquement, qui s'appliquent. Bref, des croyances! Une liberté n'est pas un droit. Et la liberté des uns s'arrête où celle des autres commence. De toute manière, on n'a aucun texte écrit par Dieu lui-même pour fonder tous ces comportements, parfois contradictoires, qui se réclament de lui. Ces préceptes viennent tous de gens, des prophètes, qui disent que Dieu leur a dit, mais Dieu n'a rien écrit. Mieux vaut parfois s'en remettre à la science qu'aux croyances, surtout en matière de droits et de libertés! Combien d'êtres humains sont sacrifiés aux croyances, aux mythes et aux idéologies d'ailleurs? L'histoire regorge de telles histoires d'horreurs! Des génocides ont été faits sur des croyances et des idéologies.
De plus, même si je voudrais faire témoigner Dieu de toutes mes forces, je ne le peux pas. Au mieux, je pourrais faire témoigner quelqu'un qui a les mêmes croyances que moi, mais ça ne prouverait rien puisque d'autres ont d'autres croyances, parfois contraires! Mieux vaut savoir que les croyances ne sont que des croyances, jamais des vérités vérifiables. Il ne faut pas en faire des droits! Ni pour moi, ni pour les autres! En conséquence, dans le domaine des croyances, c'est le principe d'égalité qui doit s'appliquer et nul autre. Elles doivent aussi être placées sous le droit et la science, jamais au-dessus. En conclusion, mon principe de jugement en matière de croyances se résume à ceci: si c'est permis, ce doit l'être pour toutes les croyances. Si ce ne l'est pas, ce l'est pour aucune, incluant pour ceux qui croient aux extras terrestres, au vide sidéral ou que leur casquette est vissée sur leur tête! Pour le reste, il y a le droit et la science, incluant les sciences humaines!
Post-scriptum:
Au sujet des libertés fondamentales, l'article 2 de la « Charte canadienne des droits et libertés » se lit ainsi:
Chacun a les libertés fondamentales suivantes :
a) liberté de conscience et de religion;
b) liberté de pensée, de croyance, d'opinion et d'expression, y compris la liberté de la presse et des autres moyens de communication;
c) liberté de réunion pacifique;
d) liberté d'association.
Pour consulter la « Charte canadienne des droits et libertés » en son entièreté: http://lois.justice.gc.ca/fr/charte/1.html
Les accommodements… et les croyances!
Michel Handfield, M.Sc. Sociologie
La loi est aussi culturellement marquée que son territoire!
Societas Criticus, revue de critique sociale et politique, Vol. 11 no 6, Essais : www.societascriticus.com
15 octobre 2009
Deux débats font actuellement couler beaucoup d’encre dans les médias. L’un au Québec, l’autre à l’étranger. Au Québec, c’est le débat autour du projet de loi 16 « favorisant l’action de l’Administration à l’égard de la diversité culturelle » qui soulève des passions. Au plan international, la France et les États-Unis au premier rang, mais aussi dans l’ensemble des pays occidentaux, c’est l’affaire Roman Polanski qui soulève des débats! Deux choses en apparence éloignées, mais très près l’une de l’autre, surtout pour nous au Québec. J’explique, où d’autres accusent!
D’abord, le projet de loi 16 (1), nous dit des choses comme « Ce projet de loi vise à favoriser l’action de l’Administration à l’égard de la diversité culturelle résultant des particularités ethnoculturelles et en matière de lutte contre la discrimination fondée sur la race, la couleur, la religion ou l’origine ethnique ou nationale. » (p. 2) Ou, encore, « qu’il importe de favoriser davantage la pleine participation des personnes des communautés culturelles à la société québécoise ». (p. 3) Des a priori qui semblent logiques à première vue. Mais, vu certains accommodements qui vont à l’encontre de l’égalité, comme de permettre « à un juif hassidique de refuser de subir un examen de conduite donné par une femme et de se voir plutôt offrir les services d’un homme » (2), ce qui a eu lieu au cours des derniers mois, des passages comme « le projet de loi 16 donne à la ministre la tâche d'élaborer et de proposer une politique gouvernementale «pour favoriser l'ouverture de la société à la diversité culturelle et pour lutter contre la discrimination fondée sur la race, la couleur, la religion ou l'origine ethnique ou nationale». » font peur. (3) Si nous devons nous ouvrir, les autres ne doivent-ils pas aussi s’adapter pour s’intégrer? N’y a-t-il pas du donnant-donnant ou un bout de chemin à faire des deux côtés; des manières et des coutumes à abandonner pour vivre avec l’autre, comme cela se fait dans un couple? D’ailleurs, la première considération de ce projet de loi se lit ainsi :
« CONSIDÉRANT que, conformément aux principes énoncés par la Charte des droits et libertés de la personne, le respect de la dignité de l’être humain, l’égalité entre les femmes et les hommes et la reconnaissance des droits et libertés dont ils sont titulaires constituent le fondement de la justice, de la liberté et de la paix; » (p. 3)
Cela pose les principes d’ici. Ce projet ne devrait donc pas faire peur, vu sous cet angle du moins. Pourtant, il suscite des craintes dans certains milieux informés. Pourquoi?
C’est que l’égalité des sexes, reconnue dans le premier « considérant », semble abolie quand il s’agit d’ouverture ethnoculturelle, car à part ce passage on ne parle nulle part ailleurs d’égalité entre les femmes et les hommes! Par contre on y parle beaucoup plus souvent de lutte contre la discrimination basée sur la religion! C’est comme si la religion prenait le pas sur les autres droits dans les faits. Ceci pose problème, la religion n’étant pas un droit, mais une liberté, donc non fondée sur des faits vérifiables, comme la science, mais une croyance, ce qu’est aussi l’horoscope ou croire que le sexe est un choix pour les enfants, voir bon pour eux comme le soutiennent certains défenseurs de la liberté sexuelle (4), ce sans discrimination d’âge, car certains en font une question de santé! (5) Distinctions sémantiques sur le sujet, mais dans lesquelles les législateurs ne sont pas encore tombés, parlant plutôt d’âge de consentement! (6) Voyez-vous poindre le lien avec l’affaire Polanski? Nous allons d’ailleurs y revenir plus loin.
Si je n’ai pas de problème à ce qu’on favorise « la pleine participation de toute personne au progrès économique, social et culturel du Québec » ou qu’on favorise « davantage la pleine participation des personnes des communautés culturelles à la société québécoise » (p. 3), cependant j’aurais des réserves avant « d’affirmer la volonté de l’ensemble de la société québécoise de se mobiliser afin de mettre en œuvre solidairement des actions visant à favoriser l’épanouissement des personnes sans égard à leur race, leur couleur, leur religion ou leur origine ethnique ou nationale » (p. 3), surtout si certaines de ces valeurs vont à l’encontre des nôtres et sont mises de l’avant par la même occasion. Favoriser l’épanouissement des personnes, oui, mais des cultures, croyances et religions, pas nécessairement. Le « sans égard » peut être ici trompeur!
C’est encore la religion qui pose problème, non seulement parce que l’on est dans une société dite laïque, mais parce que certaines croyances religieuses vont à l’encontre de droits que l’on considère non négociables! En fait, c’est donner beaucoup de poids à des croyances. Des questions se posent alors :
- Jusqu’où va l’accommodement aux cultures et aux croyances, surtout la religion?
- L’accommodement doit-il être égal pour tout, sur tout et pour tous?
- Toutes religions et toutes croyances sont-elles de même valeur?
- En cas de conflits interreligieux ou de croyances, laquelle prédomine? On appelle Dieu ou la science à la rescousse pour départager?
On doit mesurer ces questions aux extrêmes pour voir où poser les limites, car extrêmes il y a. Et pour ceux qui ne croient pas aux extrêmes en cette matière, je vous souligne que le nazisme peut aussi être considéré comme une religion! Vous ne saviez pas? Moi non plus avant de lire « Le nazisme comme religion » de Kathleen Harvill-Burton aux Presses de l’Université Laval! (7) Avant d’accommoder, on devrait donc bien soupeser la question pour ne pas laisser la porte ouverte à tous vents idéologiques, car on pourrait avoir de mauvaises surprises. S’il faut de l’air frais dans la maison, on doit cependant éviter les tempêtes! Pas seulement celles qui viennent d’ailleurs, car on pointe souvent à tort l’immigration en ces domaines, mais aussi celles d’ici, car nous avons des sectes qui pourraient profiter d’un tel laxisme de notre part !
Maintenant, reprenons l’affaire Roman Polanski dans ce contexte de l’accommodement culturel et religieux! Polanski a été arrêté le 27 septembre dernier en Suisse pour une affaire de mœurs :
« Le réalisateur de Chinatown et Rosemary's Baby a fui les Etats-Unis en 1978, après avoir plaidé coupable dans une affaire de mœurs. Il est accusé d'avoir eu une relation sexuelle avec une jeune fille de 13 ans. Polanski avait au départ fait l'objet de six chefs d'inculpation, et notamment de viol, pour avoir eu une relation sexuelle avec elle après lui avoir fait consommer du champagne et de la drogue. Il a rejeté l'accusation de viol mais a plaidé coupable de relation sexuelle avec une mineure, ce qui est passible de 20 ans de prison. » (8)
Le point de vue légaliste dit qu’il doit faire face à ses accusations et ses responsabilités. Cela est clair d’un point de vue de juriste. Par contre, ce l’est moins d’un point de vue culturel si je me fie à ce que j’ai lu, même si, personnellement, je suis loin d’être d’accord avec tous ces points de vue. Cela est cependant important dans le contexte de la future loi 16, car, si elle est acceptée telle qu’elle, ne dit-elle pas que l’on doit « favoriser l’ouverture de la société à la diversité culturelle »? (Voir note 3) Devrait-on alors tenir compte de la culture de Polanski puisque certains de ces défenseurs soutiennent que vu le milieu où cela s’est passé, milieu très libéral s’il en est, et la situation de la fille, « une adolescente qui posait dénudée pour Vogue homme » rappelle Alain Finkielkraut, ce n’était pas un cas d’abus comme les autres, car ce n’était déjà plus une fillette. « C'est quand même une chose à prendre en considération » poursuit le philosophe! (9) D’autres pourront aussi dire des artistes que c’est un milieu différent et plus libéral, donc plus ouverts à ce genre de chose. Les fréquenter serait donc accepter en quelque sorte! On pourrait aussi poser la question « où étaient les parents? » et étaient-ils « consentants par omission »? Des façons de dire qu’un même crime n’a pas le même poids selon le milieu où cela se passe! Culturellement, ou parler pour parler, tous les arguments semblent bons. Mais, il y a aussi de quoi les remettre en cause! (10)
On pourra toujours objecter que les juristes sauront faire la part des choses là où elle s’impose, mais rappelons qu’il y a eu des dérapages ici aussi. Je pense à un jugement qui a eu lieu il y a quelques années, où l'honorable juge Monique Dubreuil a laissé sortir deux violeurs avec une peine à purger «dans la collectivité» vu le «contexte culturel particulier à l'égard des relations avec les femmes» chez les Haïtiens, ce dont j’ai déjà parlé. (11) Même d’un point de vue juridique, il y toujours des questions de culture! D’ailleurs, dans certains pays, des relations avec une fille de 13 ans ne seraient pas un crime. La loi est aussi culturellement marquée que son territoire!
Ainsi, à la lumière de ce nouvel éclairage que la loi 16 forcerait si elle était passée telle qu’elle, Roman Polanski pourrait-il avoir recours à son bagage culturel comme défense? Cela constituerait-il des circonstances atténuantes ou aggravantes? Dans cette optique, et en comparaison avec Polanski, comment jugerions-nous alors…
- Un curé qui aurait fait des actes d’attouchement avec une fillette de 13 ans, après qu’elle eut bu du vin de messe, cela il y a 30 ans?
- Un musulman de 50 ans qui arrive ici avec sa femme de 12 ans, légalement mariée dans son pays?
- Un illustre inconnu dont on n’a jamais entendu parler auparavant, soit avant que le Journal local ne sorte son histoire, mais qui dit que son horoscope de cette journée lui disait qu’il initierait une jeune personne à des plaisirs de la vie? Comme il croyait, il l’a fait! Et il dit toujours croire profondément à l’horoscope, ce qui est une croyance au même titre que la religion est une croyance. L’horoscope a d’ailleurs connu ses heures de gloire dans l’histoire, certains chefs d’État ayant leur astrologue comme d’autres leur confesseur! Pensons à François Mitterrand, Ronald Reagan, Catherine de Médicis, Richard Nixon, Hassan II… (12)
- Un Africain qui arrive avec ses 3 femmes, lui aussi légalement marié dans son pays?
- Un musulman de 60 ans, marié depuis 20 ans à une femme qui a maintenant 32 ans? C’est dire qu’il l’a mariée à 12 ans, soit dès qu’elle a montré des signes de puberté!
Il peut être intéressant de reprendre cet exercice du jugement en mettant 14, 15 ou 16 ans à la place des âges déjà mentionnés pour voir si le jugement changerait selon les cas. Changerait-il dans tous les cas? Question de culture ou de perception? Certains principes sont-ils immuables? C’est à voir pour chacun de nous, mais faire l’exercice est enrichissant et révélateur sur nous et nos valeurs. Essayez-le pour voir à défaut de pouvoir faire cet exercice collectivement, ce qui serait certes instructif sur la société québécoise et ses valeurs. Mais, nous n’en avons pas les moyens. Le gouvernement ou une firme de sondage pourrait peut être le faire cependant.
Pas facile de juger des droits à partir de la liberté de croyance. C’est pour cela que le projet de loi 16 doit être bien étudié sans nécessairement céder aux lobbies de la peur et du repli, mais ne pas non plus s’ouvrir plus que nécessaire pour se montrer meilleurs que les autres. Dans les excès, il y a toujours danger de dérapages d’un côté comme de l’autre. Si l’affaire Polanski soulève des débats, imaginons maintenant d’avoir à juger de tels cas en favorisant le point de vue de l’autre, que ce point de vue soit ethnique, culturel, religieux ou de toutes autres croyances, incluant l’horoscope et les songes, car Dieu peut toujours nous parler dans nos rêves! Comment juger alors?
Notes :
1. Projet de loi no 16, Loi favorisant l’action de l’Administration à l’égard de la diversité culturelle, présenté par Madame Yolande James, Ministre de l’Immigration et des Communautés culturelles, Éditeur officiel du Québec, 2009 : www.assnat.qc.ca/fra/39legislature1/Projets-loi/Publics/09-f016.pdf. Dans notre texte, les pages entre parenthèses (p.) font références à cette version pdf de ce projet de loi, la couverture comptant pour la page 1.
2. Robert Dutrisac, Loi 16 - Une petite loi aux ramifications imprévues,
Le Devoir, Édition du samedi 10 et du dimanche 11 octobre 2009 :
www.ledevoir.com/2009/10/10/271092.html
3. Robert Dutrisac, Ibid. Mais, nous nous devons d’être honnêtes. Dans la version pdf de la loi nous n’avons pas trouvé ce passage intégralement. Il est probablement un montage des deux paragraphes suivants :
« Ce projet de loi vise à favoriser l’action de l’Administration à l’égard de la diversité culturelle résultant des particularités ethnoculturelles et en matière de lutte contre la discrimination fondée sur la race, la couleur, la religion ou l’origine ethnique ou nationale.
« Le projet de loi confie au ministre, chargé de conseiller le
gouvernement à l’égard de la diversité culturelle, l’élaboration et la mise en œuvre de mesures visant à accroître l’ouverture de la société à la diversité culturelle et à favoriser la pleine participation des personnes des communautés culturelles à la société québécoise. Le projet de loi confie aussi au ministre la réalisation et la mise en œuvre d’une politique gouvernementale et d’un plan d’action pour favoriser l’ouverture de la société à la diversité culturelle et lutter contre la discrimination. Le projet de loi crée également l’obligation pour les organismes de l’Administration d’adopter une politique de gestion de la diversité culturelle et d’en rendre compte. » (Projet de loi no 16, Op. Cit., p. 2)
4. C’est là le type de discours tenu par certaines personnes, dont des spécialistes et des intellectuels. A ce sujet, Denise Bombardier a d’ailleurs fait éclat en s’en prenant à Gabriel Matzneff, qui avouait « son penchant pour des jouvencelles » sur le plateau d’Apostrophe en mars 1990 (www.ina.fr/media/entretiens/video/CPB90002010/la-fidelite.fr.html) rappelle Le figaro dans un texte tout simplement intitulé « Denise Bombardier Gabriel Matzneff »
(www.lefigaro.fr/livres/2009/01/22/03005-20090122ARTFIG00443-denise-bombardier-gabriel-matzneff-.php). Selon Wikipédia, cet auteur « ne revendique que des amours partagées avec des jeunes filles et des jeunes garçons pubères: Le « troisième sexe » définit ainsi pour lui « les filles ou les garçons ayant entre dix ans et seize ans (Cf. son ouvrage Les Moins de seize ans » ». (http://fr.wikipedia.org/wiki/Gabriel_Matzneff).
A l’émission « Campus, qui a remplacé celle de Bernard Pivot sur France 2 », où était invité Gabriel Matzneff en 2001, « La romancière Christine Angot, l'auteure de L'Inceste, a critiqué elle-aussi l'attitude de Denise Bombardier », dix ans après! (Canoë, LIVRES, Bombardier contre Matzneff, PC, 23-11-2001, 09h07 : http://fr.canoe.ca/divertissement/livres/nouvelles/2001/11/23/1739381-ca.html). Façon de prendre la défense de Matzneff.
Facteur culturel que l’amour des jeunes? Je ne sais pas, mais on semble trouver plusieurs défenseurs de cette fantaisie chez les intellectuels français. Il faut dire que la littérature en a donné maints exemples au cours de l’histoire. Quelques heures de recherche sur Google avec de multiples mots clefs le prouvent, mais j’ai préféré limiter les exemples vu le sujet. Après toutes ces recherches, voici néanmoins un dernier lien en référence : L’Histoire du militantisme pédophile sur Wikipédia :
http://fr.wikipedia.org/wiki/Histoire_du_militantisme_pédophile
5. Le 4e point de la « DÉCLARATION DES DROITS SEXUELS » de la « World Association for Sexual Health » se lit ainsi :
« Le droit à l'équité sexuelle. Cela se réfère à la liberté de se dégager de toutes formes de discrimination sans distinction de sexe, de préjugé, de penchant sexuel, d'âge, de race, de classe sociale, de religion, ou d'invalidité physique et émotionnelle. » (www.worldsexology.org/about_sexualrights_france.asp)
6. En effet, on parle de majorité sexuelle, de pubère et de prépubère par exemple. Cela varie selon les pays, mais aussi dans l’histoire. A une certaine époque la ligne fut par exemple fixée à onze ans. Maintenant, elle est généralement fixée plus tard, soit entre 14 et 16 ans pour la plupart des pays occidentaux. Une référence sur le sujet est le site français de Jeunes Violences Écoute :
www.jeunesviolencesecoute.fr/index.php?module=page&action=Display&pageref=13235&cmplang=fr
Pour le Canada, consulter « ÂGE REQUIS AU CANADA POUR CONSENTIR À DES ACTES SEXUELS » sur le site de la bibliothèque du parlement : www.parl.gc.ca/information/library/prbpubs/prb993-f.htm
Quant à la puberté d’un point de vue médical, celle-ci peut être différente de celle légale ! Voir le dictionnaire médical en ligne MedicoPedia: www.medicopedia.net/term/19392,1,xhtml
7. Harvill-Burton, Kathleen, 2006, Le nazisme comme religion. Quatre théologiens déchiffrent le code religieux nazi (1932-1945), Québec : Presses de l’Université Laval, 252 pages ISBN: 2-7637-8336-8, Prix: 30,00$
8. LEMONDE.FR, 27.09.09, 12h22 (Mis à jour le 28.09.09, 08h45), Le cinéaste Roman Polanski arrêté à Zurich :
9. NOUVELOBS.COM, 09.10.2009, 18:40: POLEMIQUE, Finkielkraut défend Polanski : à treize ans, « ce n'était pas une enfant » : http://tempsreel.nouvelobs.com/actualites/culture/20091009.OBS4087/finkielkraut_defend_polanski__a_treize_ans_ce_netait_pa.html
10. A ce sujet, lire les deux textes suivants, mais il y en avait plusieurs autres tout aussi intéressants:
Gil Courtemanche, Plus libre que les autres?, Le Devoir, Édition du samedi 10 et du dimanche 11 octobre 2009 : www.ledevoir.com/2009/10/10/271059.html
Yves Boisvert, La pédophilie politiquement correcte, La Presse, 2 octobre 2009 :
11. Handfield, Michel, Le multiculturalisme à l’encontre de l’égalité?, Opinion in La Presse, 28 janvier 1998, p. B 2.
Il y a aussi un dossier de Sirma BILGE, de l’Université de Montréal, «La « différence culturelle » et le traitement au pénal de la violence à l’endroit des femmes minoritaires : quelques exemples canadiens», paru dans le journal international de victimologie / International journal of victimology, Année 3, Numéro 3, Avril 2005, qui devrait être consulté. Il était disponible sur internet au moment où j’ai écrit ces lignes : www.jidv.com/BILGE-S-JIDV2005_10.htm,.
12. CNRS : Astrologie et pouvoir : un tandem gagnant ?, voir http://www2.cnrs.fr/presse/thema/481.htm
Societas Criticus, revue de critique sociale et politique, Vol. 12 no 1, Éditos : www.societascriticus.com
Montréal, 3 mars 2010
A/S Michael Ignatieff
Chambre des communes
Ottawa (Ontario)
K1A 0A6
cc:
Parti libéral du Canada
81, rue Metcalfe, bureau 400
Ottawa (Ontario) K1P 6M8
Je fus jadis péquiste, mais le virage à droite de Lucien Bouchard m'avait fait décrocher. Comme je m'intéressais d'abord à « où l'on va » plutôt que « d'où on vient », je croyais, et je crois toujours que l'on devra un jour aller vers un fédéralisme continental à l'européenne. J'avais donc pris une carte des libéraux fédéraux non par militantisme extrême, mais par goût de l'avancement du débat politique. Libre penseur, je n'ai jamais été à l'aise avec les drapeaux, mais je le suis avec les idées. Plutôt libéral de gauche, je préférais le PLC au NPD parce que, parti de pouvoir, c'est un tremplin pour que certaines idées finissent par se concrétiser. Pas toutes, je le sais, mais au moins quelques-unes.
Je n'ai donc pas eu trop de difficultés à faire ce mouvement vers un parti fédéral, car je ne me suis jamais senti bloquiste à ce niveau, même quand j'étais péquiste. En effet, j'ai toujours cru que la question du Québec ne devait pas se poser à Ottawa, mais au Québec. Au Fédéral, ce sont d'autres questions et d'autres enjeux dont on doit débattre. Comme ils nous touchent aussi, on doit s'impliquer dans les partis qui en décident tant qu'on fait partie du Canada, donc les partis fédéraux, si on ne veut pas être gouverné par les autres! C'est ainsi que même lorsque j'étais péquiste, je votais PLC ou NPD au fédéral. Seule chose, je n'aurais pas été à l'aise de prendre une carte de membre d'un parti fédéral alors que j'étais membre du PQ. Comme ces partis sont des genres de coalitions pancanadiennes sans le nom, une fois que je n'étais plus membre du Parti Québécois, je pouvais donc être membre du Parti libéral du Canada pour les questions qui m'intéressent au fédéral tout en votant vert ou Québec solidaire au provincial. Je me sens même plus à l'aise ainsi que de voter PLQ au Québec, ce parti étant trop conservateur à mon goût! N'oublions pas que M. Charrette tout comme M. Bouchard viennent de la même mouvance des progressistes-conservateurs! Vous aurez compris que je ne veux surtout pas d'un État de droite, mais un État de droit! Question de point de vue.
Pour moi, la souveraineté étant d'abord environnementale, j'ai bien aimé le plan vert de Stéphane Dion. (1) Ça me parlait. De centre gauche, j'espérais aussi beaucoup de Michael Ignatieff sur la liberté, notamment celle d'expression. Mais, quand je vois qu'il veut s'acoquiner aux conservateurs pour s'opposer à la dénonciation d'Israël (2), je ne suis pas tout à fait d'accord tout comme je ne le suis pas davantage avec toute diabolisation d'Israël. C'est une question éminemment idéologique qui mérite la nuance. Je ne peux appuyer le terrorisme arabo-palestinien, ni la construction d'un mur israélien autour de ce qui reste du territoire palestinien, car cela me fait trop penser au ghetto de Varsovie que l'on voit dans le film « Le pianiste » de Roman Polanski! (3) Le « vous êtes avec nous ou contre nous » de l'ère Bush, très peu pour moi.
Peut-être que l'événement en question, la Semaine contre l'apartheid israélien (4), soulève des questions. Mais, il y a quand même 500 artistes québécois qui ont signé une lettre dénonçant la politique israélienne (5) sur le site de Tadamon (6). Ce n'est quand même pas rien, d'autant plus qu'on y retrouve des noms comme Paul Ahmarani, acteur; Anaïs Barbeau-Lavalette, réalisatrice; Hugo Latulippe, cinéaste; Gilles Vigneault, artiste, pour ne nommer que ceux-là . Pas des fous, ni des êtres insensibles!
D'ailleurs, pourquoi ne peut-on pas questionner Israël ici alors que « la gauche israélienne critique les violations des droits de la personne commise par l'État et ces gens ne sont pas moins juifs que les autres! » (7) On ne le peut pas parce qu'Israël est un pays démocratique selon M. Ignatieff. Ainsi, au sujet de la motion d'un député conservateur d'arrière-ban, Tim Uppal, qui dit en substance que le parlement est un ami de l'État d'Israël et qu'il doit donc condamner cette « Semaine contre l'apartheid israélien » pour cause d'antisémitisme (8), il semble que...
« Selon toute vraisemblance, le Parti libéral appuiera cette motion. «Je suis contre ces semaines parce qu'elles établissent une comparaison injuste entre un pays démocratique, de droits et d'égalité juridique, Israël, et un pays, l'Afrique du Sud, qui n'était pas démocratique», a déclaré le chef Michael Ignatieff lors d'un point de presse hier midi. » (9)
Mais, au siècle dernier des partis fascistes furent pourtant portés au pouvoir dans des démocraties. Ce n'est donc pas une raison de ne pas surveiller les démocraties selon moi. Il faut toujours être à l'affût des dérapages même dans les démocraties.
Cependant, vu le côté piégé de cette question, l'une et l'autre des parties prenantes de cette guerre fratricide, juifs et palestiniens étant des Sémites (10) que l'idéologie religieuse et politique divise, j'aurais préféré que M. Ignatieff dise qu'il s'abstiendra de voter sur cette question, car il n'appuie pas certaines politiques d'Israël qui vont à l'encontre des déclarations de l'ONU, mais ne peut non plus condamner cet État démocratique sur toute la ligne, vu le caractère idéologique, négationniste et violent de certains États opposés à Israël. Il devrait être clair que les abus des uns ne permettent pas ceux des autres! Ce qu'il faut, c'est une solution diplomatique qui ne passe pas par la violence. En conséquence, une abstention bien sentie du PLC lors de ce vote serait la bienvenue selon moi! Mais, à la place, on envoie déjà le message qu'il sera à côté du parti conservateur encore une fois! C'en est trop.
Moi qui trouve que les choses sont rarement noires ou blanches et qui suis pour une saine critique, je trouve le chef libéral trop conservateur à mon goût. D'ailleurs, il a appuyé si souvent le parti de M. Harper, que c'est comme si je voyais les conservateurs au pouvoir appuyé d'ex-progressistes conservateurs qui avaient noyauté les libéraux! Je ne le comprends pas. Si vous pouviez au moins vous abstenir plutôt que de voter avec le gouvernement, ce serait déjà se tenir droit, car on sait bien que vous ne pouvez pas renverser le gouvernement Harper pour des raisons stratégiques et d'argent, mais de là à l'appuyer aussi souvent, il y a une marge ! En conséquence, je ne renouvelle plus ma carte du PLC. Quant aux quelques semaines qu'il reste à ma carte, je vous les redonne! Si cela peut vous faire réfléchir à l'avenir du parti et à un retour vers le centre gauche, ce sera déjà une bonne chose. Peut-être qu'une fusion avec le NPD serait même souhaitable pour faire un parti démocrate-libéral. Ce serait aussi une occasion de faire un bilan des réalisations du dernier siècle au niveau de certains principes constitutionnels et juridiques et de les revoir à l'aune du XXIe siècle. Une nécessité de mon point de vue.
Pour ma part, déçu de cet alignement du parti de M. Ignatieff avec les conservateurs, c'est davantage le parti vert qui m'attire pour la prochaine élection fédérale. Comme libre penseur, je ne sais cependant pas si je vais reprendre une carte de membre d'un parti même si j'aime l'implication politique. Je suis tiraillé sur cette question. Naturellement, j'aurais pu laisser aller ma carte de membre et ne rien dire pour le peu de temps qu'il me restait, mais je crois que c'est davantage vous rendre service que de vous interpeller ainsi en espérant que cela serve à votre réflexion, car je ne crois pas être le seul à penser ainsi au pays.
Bien à vous,
Michel Handfield, M.Sc. Sociologie
(Ma carte accompagnait ma lettre à M. Ignatieff)
Notes:
1. Plus vert que chez le voisin! Societas Criticus, Vol 10 no 4/Essais.
2. Buzzetti, Hélène, Ottawa s'oppose à la dénonciation d'Israël, in Le Devoir, 2 mars 2010:
www.ledevoir.com/politique/canada/284151/ottawa-s-oppose-a-la-denonciation-d-israel
3. Polanski, Roman, The Pianist (Le pianiste), DVD TVA Films, 05052T
5. http://www.tadamon.ca/post/5824#more-5824
6. « Tadamon! (« solidarité » en arabe) est un collectif montréalais qui travaille en solidarité avec les luttes pour l’autodétermination, l’égalité et la justice, au «Moyen-Orient» et dans les communautés de la diaspora à Montréal et ailleurs. » (http://www.tadamon.ca/about-us/information) Leur site est http://www.tadamon.ca/.
7. Castonguay, Alec, Quand le politique s'arroge tous les droits, Le Devoir, Samedi et dimanche 27-28 février 2010: http://www.ledevoir.com/politique/canada/283974/la-crise-a-droits-et-democratie-quand-le-politique-s-arroge-tous-les-droits
8. Voici le passage exact du Devoir:
« Un député conservateur d'arrière-banc, Tim Uppal, déposera une motion cette semaine au Parlement stipulant que «cette Chambre se considère comme une amie de l'État d'Israël; que cette Chambre s'inquiète des manifestations d'antisémitisme sous le couvert de la Semaine contre l'apartheid israélien; et que cette Chambre condamne explicitement toute action, au Canada et au palier international [sic], consistant à assimiler l'État d'Israël à la politique raciste et rejetée de l'apartheid». » ( Buzzetti, Hélène, Op. Cit.)
9. Buzzetti, Hélène, Ibid.
10. Le nouveau petit Robert 2007 (CD-ROM) nous dit que sémite « Se dit des différents peuples provenant d'un groupe ethnique originaire d'Asie occidentale et parlant des langues apparentées. Les Arabes, les Éthiopiens, les Juifs sont des Sémites. »
Dans la merde naissent les plus beaux fruits!
Michel Handfield
Societas Criticus, revue de critique sociale et politique, Vol. 11 no 4, Éditos : www.societascriticus.com
samedi, 15 août 2009
Hier soir J’ai écouté le « Le roi Arthur » (King Arthur, É.-U. – Irl., 2004) aux « Grands films » de Radio-Canada et je n’ai pu m’empêcher de remarquer que de la barbarie nait la démocratie par le désir de la dépasser! C’est comme pour l’agriculture : les plus beaux fruits viennent du fumier que l’on a bien brassé! Alors, tout n’est pas perdu : des scandales politiques et financiers actuels viendront peut être un désir de changement et une reprise en main pour se faire une nouvelle démocratie politique et économique. I hope so! Une leçon du cinéma.
Résumé du film sur le site de radio-Can :
Drame d’aventure réalisé par Antoine Fuqua. Avec Clive Owen, Ioan Gruffudd et Keira Knightley. Lorsque l’Empire romain se retire de la Bretagne, les barbares germaniques se préparent à envahir le sud du pays. Arthur et ses chevaliers de la Table ronde décident alors de ne pas quitter l’île et de livrer bataille à l’armée ennemie.
La religion, c’est une croyance!
Michel Handfield
Societas Criticus, revue de critique sociale et politique, Vol. 11 no 4, Éditos : www.societascriticus.com
samedi, 15 août 2009
J’ai écrit à plusieurs reprises sur ce sujet. La dernière fois ce fut au mois de juin, à l’occasion des événements en Iran. Alors, je le répète encore une fois: la religion, c’est une croyance, comme l’horoscope, mais surtout pas un droit, ni une obligation. La seule obligation est celle que vous croyez avoir, mais, et on doit insister là-dessus en démocratie, les autres ne sont pas obligés d’y croire et encore moins de s’y soumettre! La liberté de croyance s’arrête où celle des autres commence. Cela est vrai pour tous les citoyens, incluant les proches et dépendants, comme les enfants.
Là, est tout le problème du multiculturalisme cependant, car on assimile souvent la culture et les croyances à des droits en son nom; parfois même à des obligations qui s’imposent aux individus, ce même si ces croyances ne sont que des mythologies ou des coutumes tribales, parfois inacceptables selon les connaissances scientifiques modernes et les valeurs d’égalité et d’éducation propres aux régimes démocratiques. Si la liberté nous permet d’agir selon d’autres valeurs que celles socialement acceptées par la société, on doit aussi être éduqué aux valeurs et aux règles de cette société pour savoir ce qui n’est pas à franchir sous peine de sanctions, notre liberté s’arrêtant où elle menace celle des autres, incluant celle de nos dépendants. Par exemple, retirer les enfants de l’école pour des motifs religieux pourrait être fortement encadré, voir interdit, car cela pourrait menacer l’avenir de ces enfants dans la société. Ce serait là une limite raisonnable à la liberté de croyance et, surtout, à son imposition par les parents n’en déplaise à quelques-uns. Cependant, les limites doivent être claires. Mais, dans notre société dite multiculturelle, où se situent ces limites? C’est la grande question, puisque la culture de l’individu est jugée acceptable par le principe même du multiculturalisme. Les limites sont donc susceptibles d’être testées au cas par cas devant les tribunaux. Ce ne sera malheureusement qu’après coup que l’on jugera de la légalité des actes posés.
Si la loi sur le multiculturalisme vise à « aider les Canadiens à conserver, à valoriser et à partager leur culture, leur langue et leur identité ethnoculturelle » (1), cette utopie n’en pose cependant pas les limites. Voilà un problème de taille pour une société dite de droits et où les obligations ne sont pas clairement édictées, mais jugées implicitement selon la charte des droits et libertés du Canada (2); donc interprétables au cas par cas par la cour suprême du Canada (3). Dans une telle société multiculturelle on peut se demander si un Chinois peut être aussi chinois à Montréal qu’à Hong-Kong ou à Pékin et s’il pourrait agir ici comme en Chine? Oui, diront certains. (4) La même chose sera vraie pour toutes les communautés ethnoculturelles et religieuses, même les sectes. (5) Politiquement, il sera difficile de préjuger les choses. Ce sera à la justice et, finalement, à la cour suprême de trancher et de poser les limites, pas au Politique qui devrait pourtant être l’arène privilégié de ces débats. On aura dépolitisé ces questions pour les judiciariser. La loi, si je peux dire, se fera par essais et erreurs! (6)
La question des limites reste donc totalement ouverte tant qu’il n’y a pas de cause devant les tribunaux pour que la cour commence à les baliser. Parfois, il faudra plus d’une cause pour commencer à baliser le terrain du droit, des libertés et du multiculturalisme. Malheureusement, certains pourront commettre des gestes graves, parfois irréparables, pendant ce temps (7), ce au nom de leur culture. Comme les jugements ramèneront rarement les choses en leur état premier, surtout dans les cas d’infanticide, de viols ou de meurtre au nom de l’honneur, c’est donc le multiculturalisme qui est ici en cause face aux droits et libertés de la personne, dont le droit à l’égalité homme/femme qui est maintenant une de nos valeurs fondamentales, puisqu’il crée l’illusion que les croyances et la culture originelle sont un droit, ce qu’elles ne sont pas et ne devraient jamais être. On se doit donc de choisir entre multiculturalisme et droits. Je l’avais écrit il y a plus de dix ans suite à une cause de viol (8). Je le maintien ici suite à cette possibilité d’un crime d’honneur pour expliquer la mort de quatre montréalaises d’origine afghane. Ma conclusion est toujours d’actualité :
« On voit là que le recours aux cultures, le multiculturalisme si cher à Trudeau, va à l'encontre de l'égalité entre les individus. On se doit de choisir si nous sommes une société égalitaire ou multiculturelle. On ne peut être les deux à la fois comme l'a montré Alain Finkielkraut dans La défaite de la pensée (Gallimard, 1987). Un livre à lire pour nos Honorables juges, politiciens et Citoyens pour dépasser cette illusion du multiculturalisme et de l'égalité. » (9)
En fait, nous devrons un jour choisir si nous sommes dans une société d’égalité et de droit ou multiculturelle! C’est ce que je disais et ce que je maintiens sans broncher, car le multiculturalisme est une utopie à l’aune d’une société de droits individuels, où l’individu se fait par de multiples influences et choix personnels. (10) Autant ses premières cultures d’appartenances peuvent l’influencer (11), autant il peut aussi les rejeter et apprendre d’ailleurs, que ce soit de l’école, des amis ou de l’internet, car nous avons la chance d’être dans une société encore ouverte, mais il faudrait qu’elle le demeure. Pour cela on devrait revoir cette notion de multiculturalisme et au moins la réduire et la baliser si, politiquement, on ne peut plus l’éliminer. Mais, en échange de cette concession aux canadiens qui tiennent à cette notion de multiculturalisme, on se doit d’ouvrir la constitution pour y ajouter les responsabilités aux droits car elles ne doivent pas qu’être implicites, mais bien enchâssés dans une charte des droits et responsabilités de la personne. Par la même occasion on devrait enlever Dieu de notre proclamation constitutionnelle et tout simplement dire que le Canada est fondé sur la primauté du droit, car on ne peut en appeler à Dieu pour justifier des gestes inadmissibles dans une société laïque, moderne et ouverte. (12)
Notes :
1. http://www.parl.gc.ca/information/library/prbpubs/936-f.htm
2. http://lois.justice.gc.ca/fr/charte/index.html
4. Je me rappelle avoir déjà lu que lorsque Pierre Elliot Trudeau avait parlé du multiculturalisme canadien en 1971 il avait dit quelque chose du genre « un chinois pourrait être aussi chinois au Canada qu’en Chine… », mais je n’ai pu retrouver la citation après quelques heures de recherches et de lecture de documents. L’internet a aussi ses limites. Mais, si je n’ai pas trouvé cette citation, j’ai au moins pu confirmer que c’était là l’esprit de cette loi. Ainsi, Gabriel Gagnon dit, dans son « Plaidoyer pour la convergence culturelle », qu’« il n'est pas question que le Québec devienne un réseau de ghettos culturels où les francophones de souche et d'adoption ne seraient plus qu'une minorité un peu plus importante que les autres, où on pourrait être aussi Italien qu'à Naples ou aussi Chinois qu’à Hong-Kong », ce qu’est l’esprit du multiculturalisme trudeauien! (L’article de Gabriel Gagnon fut publié dans la revue Possibles, vol. 12, no 3, été 1988 (pp. 37-44).Il est disponible sur http://classiques.uqac.ca/contemporains/gagnon_gabriel/plaidoyer_convergence_culture/plaidoyer_convergence_culture.html)
5. D’ailleurs certaines sectes acceptées ici sont illégales ou en voie de le devenir ailleurs en occident, notamment en Europe où certains groupes sectaires sont sous surveillance.
6. « Trial and error » dissent les Anglo-Saxons.
7. Comme ce « crime d’honneur » qui a fait la manchette pendant quelques jours dans nos médias au mois de juillet « pour expliquer le meurtre des quatre femmes de la famille Shafia. » (JUDITH LACHAPELLE, Le crime d’honneur, La presse, 24 juillet 2009, Cahier A)
8. En 1998, l'Honorable juge Monique Dubreuil a laissé sortir deux violeurs avec une peine à purger «dans la collectivité» vu le «contexte culturel particulier à l'égard des relations avec les femmes» chez les haïtiens. Déjà, à cette époque, je trouvais que le recours aux cultures, le multiculturalisme si cher à Trudeau, allait à l'encontre de l'égalité entre les individus. Cela soulevait donc une question fondamentale chez moi, soit : le multiculturalisme va-t-il à l'encontre de l'égalité? (Handfield, Michel, M.Sc. sociologie, Le multiculturalisme à l'encontre de l'égalité?, La Presse, 28 janvier 1998, p. B 2)
9. Dans Le multiculturalisme à l'encontre de l'égalité? (Op. Cit.)
10. John Ralston Saul est d’ailleurs fort éclairant sur le sujet:
« But the social reality of our diversity— the reality we all live— has never had much to do with the formal politics of multiculturalism. I would say that both the Utopia and the bogeyman of multiculturalism are false. And the pattern of the last hundred and fifty years is relatively clear: the immigrants who come here and stay do so because in the long run they want to become something called Canadian. If you look back over that long experience, you find it has normally taken about two and a half generations for families to find their place in the larger community. If you consider the destabilizing drama of emigration and immigration, this is quite fast. » (Saul, John Ralston, 1998, Reflection of a siamese twin, Canada at the end of the twentieth century, Canada: Penguin book, p. 439)
11. On peut penser ici à la famille, l’entourage et la religion par exemple.
12. En effet, notre constitution s’ouvre sur ces mots :
« Attendu que le Canada est fondé sur des principes qui reconnaissent la suprématie de Dieu et la primauté du droit » (http://lois.justice.gc.ca/fr/charte/1.html)
Si ce ne sont que des paroles pour plaire aux groupes religieux, car on ne peut amener Dieu en cour, ni prouver son existence ou sa non-existence, on devrait réécrire ce passage de notre constitution en appui à ceux qui luttent contre des dictatures religieuses ou basées sur des croyances pour en éliminer Dieu. J’invite donc nos politiciens à changer cette formulation pour celle-ci, plus rationnelle et juridiquement fondée sur la séparation de l’Église et de l’État dont on se réclame pourtant : « Attendu que le Canada est fondé sur la primauté du droit »… (Passage repris de mon éditorial du 25 juin 2009 : L’Iran : appuyons le mouvement de changement!)
L’Iran : appuyons le mouvement de changement!
Michel Handfield
Societas Criticus, revue de critique sociale et politique, Vol. 11 no 4, Éditos : www.societascriticus.com
25 juin 2009
Depuis l’élection proclamée de Mahmoud Ahmadinejad (1), l’actualité iranienne est à suivre, car une majorité semble s’être éveillée aux problèmes d’une dictature religieuse qui va contre la volonté populaire, mais aussi contre le scrutin exprimé. C’est une première conscientisation. On ne peut cependant pas en tirer de conclusions hâtives. Il est en effet trop tôt pour dire quel en sera l’impact sur le fondamentalisme musulman iranien. (2) Les fondamentalistes profitent d’ailleurs de la situation pour accuser les pays occidentaux de fomenter le trouble, principalement la Grande-Bretagne et les États-Unis! (3) Alors, ce fondamentalisme disparaîtra-t-il ou se mutera-t-il dans une dictature encore plus fermée? On ne peut vraiment pas le dire pour l’instant. Tout est possible, allant d’une ouverture vers l’extérieur, en particulier vers l’occident, jusqu’à l’imposition d’une chape de plomb plus épaisse encore, réfrénant ainsi les possibilités de changement pour un temps et refroidissant encore davantage les relations déjà glaciales de l’Iran avec le monde occidental. On espère cependant que cela ira vers plus de liberté, mais…
On est encore loin de la séparation de l’Église et de l’État; encore plus loin du constat que la religion est une idéologie et une croyance; à des années lumières de comprendre que même si on est croyant, aussi fort que l’on veut, cela ne fera jamais de notre croyance une vérité absolue. Croire, c’est croire, ce qui n’empêche pas la spiritualité au plan personnel, mais ce ne sera toujours qu’une croyance; jamais un fait scientifiquement prouvable, ni une vérité absolue.
Même ici, on n’en est pas là, la constitution canadienne promulguant la suprématie de Dieu. Mais, duquel, car on nous a dit bien des choses en son nom dans toutes les religions, mais lui n’a jamais rien signé de sa propre main. En droit, pourtant, ce sont les traités, les contrats et les faits prouvables qui comptent; pas les croyances et les on-dit! Sinon, surtout si Dieu passe avant la primauté du droit comme le veut notre constitution, comment condamner quelqu’un pour avoir commis un acte criminel que Dieu aurait lui-même commandé? Et, pourrions-nous accuser Dieu de complicité? Poser la question, c’est montrer la limite de cette promulgation constitutionnelle! En conséquence, si ces mots, « Attendu que le Canada est fondé sur des principes qui reconnaissent la suprématie de Dieu et la primauté du droit » (http://lois.justice.gc.ca/fr/charte/1.html), ne sont que des paroles pour plaire aux groupes religieux, car on ne peut amener Dieu en cour, ni prouver son existence ou sa non-existence (4), quoi qu’en pensent et en disent certains (5), on devrait réécrire ce passage de notre constitution en appui à ceux qui luttent contre des dictatures religieuses ou basées sur des croyances pour en éliminer Dieu. J’invite donc nos politiciens à changer cette formulation pour celle-ci, plus rationnelle et juridiquement fondée sur la séparation de l’Église et de l’État dont on se réclame pourtant : « Attendu que le Canada est fondé sur la primauté du droit »… Ce serait une façon d’appuyer le peuple iranien et les autres peuples qui commencent à remettre en cause le religieux dans la sphère publique et politique de leur pays. Osons le faire à l’unanimité du parlement fédéral et des législatures provinciales! C’est tout ce que j’avais à dire sur cette crise. Pour l’instant du moins.
Notes :
1. http://fr.wikipedia.org/wiki/Élection_présidentielle_iranienne_de_2009
2. Si je parle ici de « fondamentalisme musulman iranien », il y a d’autres formes de fondamentalisme aussi, musulman et non musulman. Toutes les religions ont leurs fondamentalistes d’ailleurs, juifs et chrétiens inclus. Ce n’est pas propre aux grandes religions non plus, car même de petites sectes peuvent être fondamentalistes ou le devenir, parfois même davantage que de grandes religions, car beaucoup plus fermées sur elle-même! Il y a aussi des fondamentalismes politiques. Pensons au régime nord-coréen par exemple. Des fondamentalismes, il y en a autant qu’il y a d’idéologies! C’est dire qu’il peut y en avoir beaucoup. Parfois, deux ou plusieurs fondamentalismes peuvent s’unir pour en former un nouveau, comme religion et politique se sont unies dans le sionisme. Mais, ce ne sont pas tous les juifs qui sont sionistes faut-il le rappeler! (Rabkin, Yakov M., 2004, L’opposition juive au sionisme, Québec : Les presses de l’université Laval)
3. Radio-Canada.ca/Nouvelles/International, « Crise en Iran :
Téhéran sermonne l'Occident », mercredi 24 juin 2009 :
www.radio-canada.ca/nouvelles/International/2009/06/24/002-iran-durcit-ton-occident.shtml
4. Même si j’ai mes croyances, je suis pleinement conscient que ce sont des croyances. De toute façon, en matière de Dieu, de religion et de spiritualité tout est croyance : on croit en l’existence ou la non-existence de Dieu ou d’une force quelconque, car on n’a pas de preuves ni dans un sens ni dans l’autre. Que des questions philosophiques, théologiques et existentielles? On peut alors se demander qui a créé l’univers, si ce n’est Dieu? Mais, on peut aussi se demander qui a créé Dieu? Et pourquoi Dieu, l’univers ou l’Homme ne se seraient-ils pas créés seuls? Autocréation ou évolution à partir d’une poussière céleste qui serait Dieu? Mais, d’où venait cette poussière?
S’il faut absolument qu’une chose soit créée pour exister, ce que disent certains, alors, qui a créé Dieu et qui a créé celui qui a créé Dieu? D’où venait cette particule divine ou cette poussière céleste d’où tout est parti? Énigmes sans fond! Pourquoi Dieu n’aurait-il pas créé les Hommes à son image et les Hommes n’auraient-ils pas créé un Dieu, ou des dieux, par besoin ou pour atteindre leurs fins? De là à créer son propre Dieu, il n’y a qu’un pas qui fut franchi plus d’une fois déjà, que ce soit individuellement ou collectivement, pour des raisons spirituelles, de bien-être, de cohésion sociale ou de politique! Toutes les raisons sont bonnes d’avoir un Dieu à son image. Bref, Dieu, la foi, les religions et la spiritualité sont de l’ordre des croyances et non de la science, n’en déplaise aux fondamentalistes de toutes religions, tendances ou croyances. Dieu, une belle énigme qui n’a pas fini de faire parler! Certains ont même écrit qu’il était mort, façon de résoudre cette énigme de la création par un Dieu qui ne serait plus! C’est le cas de Nietzsche dans « Ainsi parlait Zarathoustra » (1998 [1883-5], France: Maxi-poche classiques étrangers).
5. Je pense ici à quelques philosophes, théologiens et exégètes de toutes tendances et confessions religieuses qui soient, même sectaires!
Quelques hyperliens à suivre vers les événements iraniens, avec la coopération de Luc Chaput :
Élection iranienne sur Google actualités:
www.google.com/news?pz=1&ned=fr&hl=fr&q=élection+iranienne
Iran sur Radio-Canada :
www.radio-canada.ca/nouvelles/International/2009/02/10/004-iran-accueil-intro.shtml
The independant :
www.independent.co.uk/news/world/middle-east/
Robert Fisk :
www.independent.co.uk/opinion/commentators/fisk/
Moyen-Orient sur le Courrier international :
www.courrierinternational.com/categorie/moyen-orient
Aljazeera.net (english):
Tehran times:
Et sur Twitter :
http://twitter.com/persiankiwi
http://twitter.com/mousavi1388
(Source: www.radio-canada.ca/nouvelles/surLeWeb/2009/06/16/)
La fausse nation : en voilà la preuve!
Michel Handfield
Societas Criticus, revue de critique sociale et politique, Vol. 11 no 4, Éditos : www.societascriticus.com
19 juin 2009
En juillet 2006, j’écrivais un texte sur la question de la nation québécoise. (1) Pour moi, cette notion de nation, avec laquelle on faisait tant de tapage, ne voulait pas dire grand-chose quoiqu’en disaient le Bloc québécois et le PQ à l’époque. Maintenant, on a la preuve « en pleine face » comme le chantait jadis Harmonium. (2)
Si la nation se définit d’abord par l’occupation d’un territoire, alors les groupes anglophones et d’autres cultures doivent avoir leur place aux fêtes nationales, car ils habitent le territoire. Ils font partie de la place. C’est la nation géographique qui se confond aux frontières du Québec. N’y auraient cependant pas droit des chanteurs francophones d’autres territoires s’ils n’habitent pas ici. Cette nation est territoriale et n’est rien d’autre, finalement, qu’un autre nom pour définir la province. On pourrait avoir la nation ontarienne ou la nation albertaine au même titre que la nation québécoise par exemple! Un bel emballage tout simple, mais on a oublié de regarder ce qu’il y avait à l’intérieur!
En fait, on peut même demeurer québécois, sous emballage canadien, avec cette notion de nation si on en décide ainsi. C’est ce que font les premières nations par exemple, car les nations ethniques, sociologiques, politiques et territoriales peuvent cohabiter et se chevaucher sans être mutuellement exclusives, ni totalement inclusives, dans un même espace géographique comme l’est le Canada! C’est une question de force du groupe. Les plus forts conservent ainsi leurs caractéristiques distinctives alors que les autres sont assimilés avec le temps aux plus forts. Cela n’empêche cependant pas les emprunts, car tout groupe social emprunte et donne à ceux avec qui il interagit. C’est une caractéristique propre aux groupes sociaux et aux Hommes en général.
Si la nation québécoise définit par contre un groupe homogène, ayant des valeurs communes, c’est autre chose. Toutes personnes partageant ces valeurs sont invitées à la fête nationale, car elle n’est plus synonyme de territorialité, mais de groupe social. Ces valeurs peuvent être linguistiques, sociales, religieuses ou politiques par exemple. On peut penser ici au partage de la langue française comme on peut penser à l’appartenance à la communauté hellénique pour la fête de la Grèce! De là, cependant, vient la confusion, car si est québécois toutes personnes habitant le Québec, comment on peut dire que la fête nationale ne concerne que les Québécois francophones? C’est que la fête nationale vient de la St-Jean-Baptiste, fête des Canadiens français. C’était une fête ethnique et religieuse. La St-Jean pouvait ainsi unir tous les canadiens français et leurs descendants, même ceux établis hors du Canada comme les Franco-américains. On pouvait donc les inviter à se joindre à nous dans cette grande fête de la nation canadienne-française. Mais, on ne parlait pas d’une fête du Québec. En parlant d’une fête du Québec, cela doit inclure les Québécois de toutes origines à moins de revenir à la fête des Canadiens français à laquelle seraient conviés tous nos amis québécois… en français d’abord! Mais, s’ils veulent nous en pousser une ou deux dans leurs langues, entre amis ça se fait!
Cependant, comme les nationalistes ne peuvent accepter l’étiquette de Canadiens, ils ne peuvent pas davantage accepter celle de l’ethnie canadienne-française. Ils doivent donc se contorsionner pour faire une fête des Québécois qui concerne d’abord les Canadiens français tout en se montrant inclusive sans laisser de place à l’anglais, même s’il est du Québec! Ça en devient parfois gênant. Quant aux autres ethnies, on les accepte les bras grands ouverts, car on en a besoin pour gagner un éventuel référendum sur la souveraineté! Puis, on aime bien la musique du monde. Pourtant, ça doit bien inclure de la musique anglophone si je me fie à ce que les radios diffusent. Il faut même des quotas pour empêcher les radios francophones de trop diffuser de musique anglaise, car on en demande et en redemandons encore plus! Toujours plus! On est donc carrément dans nos paradoxes avec cette fête nationale, ce qui donne une fête qui n’a plus de sens. Alors, fêtons plutôt Montréal! C’est même ma nation, car je me sens bien plus montréalais que québécois, ce depuis plusieurs années.
Avis :
Ceux qui croient que j’ai écrit ce texte parce que je m’appelle Handfield se trompent, car je suis francophone. Francophone au point de me faire dire que je ne suis pas assez « fluent » en anglais pour certains emplois! C’est t’y assez francophone pour vous?
Notes :
1. Quelle notion que la nation?, Societas Criticus Vol 8 no 4, section Dossier/Essai
2. Chanson de l’album « Les cinq saisons » d’Harmonium (1975).
Est ce que la croyance est un droit?
Michel Handfield (8 juin 2009)
Societas Criticus, revue de critique sociale et politique, Vol. 11 no 3, Éditos : www.societascriticus.com
Depuis plusieurs mois on débat de la religion à l’école comme étant un droit. On croyait pourtant la question réglée avec la déconfessionnalisation des commissions scolaires, en 1997, qui devinrent linguistiques. Cependant, la loi laissait les écoles confessionnelles. (1) Ce ne sera qu’en 2005 que Québec annoncera « qu'il n'y aura plus d'enseignement religieux confessionnel à compter de l'automne 2008. » (2) Un nouveau « programme d'éthique et de culture religieuse » (3) prendra la place des anciens cours de religion et de morale, mais obligatoire pour tous! (4) Les enfants seront exposés à un topo généralisé des religions peu importe la foi de leurs parents. Là, des parents diront leurs droits brimés, l’éducation de la foi étant leur responsabilité. Mais, l’éducation générale n’est-elle pas celle de l’école?
Attention, pour comprendre, il y a au moins un a priori : la croyance religieuse, ce n’est pas un droit, mais une liberté! L’article 2 de la Charte canadienne des droits et libertés (5) et est très clair sur le sujet :
« Chacun a les libertés fondamentales suivantes :
a) liberté de conscience et de religion;
b) liberté de pensée, de croyance, d'opinion et d'expression, y compris la liberté de la presse et des autres moyens de communication;
c) liberté de réunion pacifique;
d) liberté d'association. »
Quant à l’article 3 de la Charte des droits et libertés de la personne du Québec (6), il va comme suit et est tout aussi limpide :
« Toute personne est titulaire des libertés fondamentales telles la liberté de conscience, la liberté de religion, la liberté d'opinion, la liberté d'expression, la liberté de réunion pacifique et la liberté d'association. »
La religion est donc une liberté. Alors, comment juger de la place de l’enseignement religieux à l’école? Comme pour les autres libertés et croyances tout simplement. Comparons!
Comme c’est de l’école dont on parle ici, prenons une comparaison scolaire. Si on veut savoir comment conjuguer un verbe en « er », comme aimer par exemple, on peut prendre un verbe en « ir », comme finir, pour en vérifier la conjugaison. Ainsi « j’ai aimer » sera « j’ai aimé » puisqu’on ne dit pas « j’ai finir », mais « j’ai fini ». Alors, sur l’obligation de l’enseignement religieux que certains revendiquent, vérifions avec l’enseignement d’une autre croyance : l’horoscope! Enseigne-t-on l’horoscope à l’école par exemple? Peut-on s’absenter d’un examen parce que l’horoscope du journal nous dit un matin que « le capricorne est mieux de ne pas donner de réponses aujourd’hui »? Non! Pourtant, l’horoscope est une croyance au même titre que la religion. Des leaders du monde d’aujourd’hui consultent leur astrologue comme d’autres le curé. (7) Alors, l’une comme l’autre s’équivalent. Mais, l’une comme l’autre ne devraient pas avoir un accès privilégié à l’école puisque ce sont des croyances, pas de la science!
On ne devrait pas pouvoir empêcher un enfant d’apprendre la science ou l’histoire parce que les parents croient que la science est une invention romanesque; que Darwin est un « cave »; que la terre est plate; ou que l’histoire va contre leurs croyances que la terre n’a que 10.000 ans! (8) On ne devrait pas non plus poursuivre ce jeu religieux en enseignant la religion ou l’éthique et la culture religieuse à l’école. Du moins, pas sous la forme d’un cours consacré à cette seule matière. Ainsi, on ne heurte plus les croyances, car on les met à leur place hors de l’école, et on instruit les enfants.
Par contre, il n’est pas dit que les enfants, vivant dans un monde de plus ouvert, ne doivent pas savoir de quoi il s’agit en matière de croyances religieuses, que ce soit celles de leurs parents ou des autres, car ces croyances ont un impact social et politique important même dans un monde dit déconfessionnalisé. On le voit par les débats qui traversent nos sociétés modernes que ce soit ici ou ailleurs. Il suffit de regarder les nouvelles pour le comprendre. Comme on parle ici de croyances qui ont influencé l’histoire et qui influencent encore la politique dans certaines régions du monde, on devrait intégrer cela aux cours d’histoire et de géographie, où cela aurait davantage sa place, car cela enlèverait la charge religieuse et émotive qui demeure autour de ce terme de religion dans un système qui se dit – et se veut – laïque et ouvert. (9) Quant à la partie éthique et citoyenne on devrait faire un nouveau programme sur ce sujet : Vie sociale ou Société 101 par exemple!
En conclusion, on ne peut brimer le droit à l’éducation de l’enfant pour les croyances des parents, même si « Les parents ou les personnes qui en tiennent lieu ont le droit d'assurer l'éducation religieuse et morale de leurs enfants conformément à leurs convictions, dans le respect des droits de leurs enfants et de l'intérêt de ceux-ci. » (10) Mais, il ne faudrait pas oublier les derniers mots de cet article : « l'intérêt de ceux-ci », ce qui ne va pas nécessairement avec les croyances des parents. Ils doivent donc avoir une éducation plus large et neutre à l’école qu’à la maison dans leur propre intérêt. Aux parents de leur enseigner des balivernes s’ils le veulent, mais ils ne doivent pas imposer à l’école de les enseigner à leur place ni les retirer du cursus éducatif au nom de ces croyances, car ce ne sont que des croyances! Au moins, s’ils ont une bonne éducation à l’école, ils pourront toujours choisir en connaissance de cause plus tard. L’école doit former des citoyens, pas des crédules! Moi aussi j’ai des croyances, mais j’ai aussi des doutes, car je suis conscient que ce ne sont que des croyances. C’est ce qui fait que je mettrais cet avis sur toutes les églises : « Attention, le danger croit avec l’usage! » Comme pour la cigarette, car parfois la religion peut devenir aussi nocive. C’est là qu’on voit la nécessaire séparation de l’État et de l’église quelle qu’elle soit! Et cela commence en éliminant l’enseignement religieux de l’école sans compromis, ce qui inclut de mettre fin aux écoles confessionnelles même privées.
Notes :
1. Claude Gauvreau, Éthique et culture religieuse à l'école (au sujet du livre de Georges Leroux, « Éthique, culture religieuse, dialogue », paru chez Fides), in Journal L'UQAM, vol. XXXIV, no 8 (7 janvier 2008) :
www.uqam.ca/entrevues/2008/e2008-003.htm
2. Ibid.
3. Ibid. Pour connaître ce programme :
www.mels.gouv.qc.ca/sections/ecr/pdf/EthiqueCultRel_Primaire.pdf.
4. Il y a encore des exceptions religieuses nous apprenait Le Devoir cette semaine. Voir Clairandrée Cauchy, Écoles juives orthodoxes - Une solution dans les zones grises, Le Devoir, Édition du samedi 06 et du dimanche 07 juin 2009 : www.ledevoir.com/2009/06/06/253651.html
Puis, il y a ceux qui utilisent la voie légale pour briser cette obligation :
« Après des parents de Granby qui revendiquent auprès des commissions scolaires la possibilité d'exempter leurs enfants du nouveau cours d'éthique et culture religieuse (ECR), voilà maintenant qu'un collège catholique anglophone réclame la possibilité de le remplacer par un programme local, qui n'abandonnerait pas la perspective catholique. »
Et ces deux cas se retrouvent en cour, façon de tester la validité de la loi! Voir Clairandrée Cauchy, La cause du Loyola High School en cour - Les jésuites contestent à leur tour le nouveau cours d'éthique, Le Devoir, Édition du lundi 08 juin 2009 : www.ledevoir.com/2009/06/08/253885.html
5. http://lois.justice.gc.ca/fr/Charte/index.html
6. Charte des droits et libertés de la personne :
http://www2.publicationsduquebec.gouv.qc.ca/dynamicSearch/telecharge.php?type=2&file=/C_12/C12.HTM
7. « Politiques, artistes, financiers, stars des médias, patrons... personne ne résiste à ces gourous des temps modernes. A tort ou à raison? » Voilà la présentation de cet article étonnant de Marie Huret : « L'étonnante influence des astrologues » publié le 07/12/2000 dans l’express et que nous retrouvons encore sur le site de cette revue :
www.lexpress.fr/informations/l-etonnante-influence-des-astrologues_640693.html
8. Je suis convaincu, même, que certains parents auraient dû avoir une meilleure éducation scientifique plutôt que religieuse. Les choses n’en seraient que mieux!
9. La même chose est vraie de l’horoscope. Si un personnage historique ou un homme politique avait un astrologue, c’est le cours d’histoire que cela regarde. Si c’est un personnage contemporain qui est reconnu pour avoir recours à ce genre de conseiller, c’est alors le cours de géographie que cela concerne si on y parle de lui. Mais, on n’en fera pas pour autant un cours sur l’astrologie pas plus qu’on devrait en faire un cours sur la religion.
10. On ne retrouve pas cet article dans la charte canadienne, car l’éducation est de compétence provinciale. C’est donc la charte québécoise (voir note 5 pour la référence) qui devrait avoir préséance ici, surtout que les deux chartes reconnaissent que la religion est une liberté de croyance, pas un droit.
Hyperliens :
Historique de la déconfessionnalisation des écoles québécoises (Source : Soleil - 18 mars 2006, page D-2) repris avec la permission du journal sur
www.paroissendf.ca/Doc/060318_Sol-Deconfession.pdf
Michel Handfield
Societas Criticus, revue de critique sociale et politique, Vol. 9 no 3, Éditos : www.societascriticus.com
16 mai 2007
Dans une entrevue de Marc Labrèche à Marc Cassivi, de La Presse, M. Labrèche dit ceci :
« Une fois. Je suis allé au lancement du DVD de L’Héritière de Grande Ourse. Et il y a un journaliste du 7 Jours qui m’a posé des questions dans un coin pendant dix minutes. Deux semaines plus tard, j’étais en première page du magazine: «Entrevue exclusive de Marc Labrèche à cœur ouvert». Le texte de trois pages était un repiquage de plein d’entrevues que j’avais données dans le passé, dont une à ma mère qui était journaliste à l’époque pour le magazine Châtelaine. » (1)
Quelques recherches sur le site internet de Patrimoine canadien (www.patrimoinecanadien.gc.ca) nous apprennent que le magazine 7 JOURS a reçu 203,950 $ du Fonds du Canada pour les magazines, dans le cadre du volet d’aide au contenu rédactionnel pour 2005-2006. (2) Ce n’est pas que nous lions les deux événements et que nous croyons que c’est leur politique rédactionnelle, car un article ne fait pas ou ne défait pas un magazine, mais cela a attiré notre attention sur cette revue. C’aurait pu être sur une autre, eu été de la citation. Par contre, pourquoi aider au contenu rédactionnel des revues qui ont des sujets fortement commercialisables plutôt que des revues beaucoup moins commerciales, comme de sociopolitique, de sciences, communautaires ou universitaires, mais nécessaires au débat public, à l’avancement des sciences et à une information différente, surtout que plusieurs sources d’informations sont contrôlées par les mêmes groupes médiatiques? L’actualité ou le Maclean’s se justifient de ce point de vue, mais quelques autres nous laissent des doutes, surtout que ça fait 9 ans que nous faisons Societas Criticus à compte d’auteurs, mais qu’aucune aide n’est disponible pour des revues comme la nôtre.
Pourtant, avoir quelques subsides, nous pourrions faire plus. Mieux nous outiller. Aller plus loin. Avec davantage de moyens on pourrait assister à certains congrès par exemple, ce qu’on ne peut faire actuellement, vu tous les à-côtés à payer même si on reçoit notre accréditation. On pourrait aussi se donner un léger salaire, car des multinationales qui font des profits mirobolants reçoivent quand même des subsides de l’État et donnent des parachutes dorés à leurs gestionnaires, même quand les résultats ne sont pas à la hauteur! Pourquoi n’y aurait-on pas droit au nom de la diversité en information?
On répète sans cesse qu’il faut être à l’heure des nouvelles technologies, mais bien des organismes ne sont pas rendus là. Même si nous faisons nos dépôts légaux (3), nous ne pouvons être membres d’une association de journalistes par exemple, car selon les règles il faut travailler dans un média traditionnel! De plus, étant sur internet, nous sommes propriétaires de notre média pour en protéger le nom, ce qui fait que nous avons le statut de propriétaire d’un média au même titre que Pierre-Karl Péladeau (Quebecor) ou que la famille Desmarais (Power Corporation), ce qui représente une seconde barrière à notre entrée dans ces associations! Cependant, on n’est pas dans la même situation que ces célèbres familles, mais les règles ne sont pas encore appropriées à cette réalité du média internet artisanal.
C’est un peu la même situation pour les revues de presse à la radio publique. Même si on fait parvenir nos textes, leur politique est de ne parler que de la presse écrite! Pourtant, nous sommes de la presse écrite à défaut d’être un imprimé, car faire une revue, c’est produire du contenu. C’est ce que nous faisons, sauf qu’au lieu de le faire imprimer et de le distribuer, nous le « postons » sur internet. D’ailleurs, la mission première d’une revue est de diffuser du contenu rédactionnel, pas d’imprimer les choses. À ce sujet, plusieurs journaux n’ont même plus d’imprimeries. Ils produisent du contenu que d’autres mettent sur support papier à leur place. Nous, on le met sur un support virtuel : le « world wide web », comme dans www.societascriticus.com! C’est un choix du XXIe siècle. Un jour ils le réaliseront peut-être, mais le plus tôt serait le mieux!
Comme quelqu’un du milieu nous l’a déjà fait remarquer : vous êtes des précurseurs; les règles viendront bien qu’à tenir compte des gens comme vous un de ces jours. Mais, quand? Ça fait déjà 9 ans que nous vivons cette situation. Ainsi, si nous voulons parler d’une exposition, il nous faut faire des demandes à chaque fois, alors que la plupart des journalistes y ont accès avec leur carte de presse sans autres formalités, qu’ils en parlent ou non par la suite. Quant aux propriétaires des grands médias, ils ont les moyens de faire des dons aux musées. Nous, nous ne pouvons que leur mettre un hyperlien! Remarquez que si nous avions accès à ces musées en échange, ce serait déjà bien dans les circonstances.
Une simple recherche internet montre pourtant que nous sommes cités au même titre que des imprimés à bien des endroits. Par exemple, Societas Criticus est cité dans une étude de l’UQAM : « Portrait de la presse alternative au Québec : de l’engagement politique aux préoccupations socioculturelles 30 ans d’évolution (1970-2000) ». (4) Certains de nos commentaires sur des livres et des films se retrouvent aussi au côté de critiques d’autres médias, dont la BBC, ce qui ne nous apparaît pas si mal comme voisinage :
- Une partie de notre commentaire sur le film Handicap est cité dans la publicité de ce film sur internet, entre ceux de la BBC et du Desert Sun pour ne nommer qu’eux : www.handicap.monumentalstudio.com/downloads/press_handicap_fr.pdf
- Un de nos éditoriaux est cité par Le Groupe d’étude sur les réformes de l’État sur leur page « Le GÉRÉ dans l’actualité » : www.er.uqam.ca/nobel/creceqc/rubrique.php3?id_rubrique=12
- Une part de notre commentaire sur le DVD-ROM « Salut, Riopelle! » est citée dans leur revue de presse :
www.tramdesign.com/riopelle/revue.htm
- Le Dictionnaire Societas Criticus est cité parmi les ouvrages de référence en sciences politiques du Ulrich’s Periodicals Directory (www.ulrichsweb.com/) de septembre 2006.
C’est dire que Societas Criticus est une revue qui joue son rôle et a sa place. Reste à reconnaître que la production d’une revue, c’est d’abord la production de contenus. Quant à sa diffusion, elle peut être faite sur papier, par internet ou même par la radio, si je prends l’exemple du « Dimanche magazine » de la première chaîne de Radio-Canada! (5) À quand du financement pour une revue comme la nôtre? À quand la recension de nos éditos et de nos articles dans une revue de presse radiophonique au même titre que les revues de papier? Que dire de plus? Rien. Reste à laisser la réflexion se faire dans les instances responsables de ces sujets.
Notes :
1. Marc Cassivi, Libre comme Labrèche, La Presse, Le mardi 08 mai 2007 : www.cyberpresse.ca/article/20070508/CPARTS/705080625/1017/CPARTS)
2. www.patrimoinecanadien.gc.ca/progs/ac-ca/progs/fcm-cmf/neuf-new/list_2005-2006_f.cfm
3. Nos textes sont tous archivés à Bibliothèque et Archives Canada (www.collectionscanada.ca/) :
http://epe.lac-bac.gc.ca/100/201/300/societas_criticus/
et à Bibliothèque et Archives Nationales du Québec (www.banq.qc.ca/) :
http://www4.banq.qc.ca/pgq/2006/3212330/3212330.htm
De plus, tant Societas Criticus que DI, Délinkan Intellectuel, revue d’actualité et de culture, sont enregistrées en vertu de la loi des journaux et autres publications, disponibles sur le portail D.I. Societas et archivés ensemble dans le numéro que nous préparons pour les bibliothèques.
4. www.omd.uqam.ca/publications/telechargements/presse-alternative-portrait.pdf
5. Dimanche magazine :
www.radio-canada.ca/actualite/v2/dimanchemag/
_________
Societas Criticus, revue de critique sociale et politique, Vol. 9 no 3, Éditos : www.societascriticus.com
EXPELLED: NO INTELLIGENCE ALLOWED
Le documentaire controversé mettant en vedette Ben Stein
www.getexpelled.com (USA)
www.expelledthemovie.com (Canada)
Sortie : 27 juin 2008
Societas Criticus, revue de critique sociale et politique, Vol. 10 no 4, Essais : www.societascriticus.com
Commentaires de Michel Handfield (29 juin 2008)
« EXPELLED: NO INTELLIGENCE ALLOWED. » On pourrait traduire ce titre par « Écarté : intelligence non permise! » Mais, c’est un titre trompeur, car l’intelligence dont on parle ici est la théorie du dessein intelligent (intelligent design). Une théorie qui remet en cause Darwin et la théorie de l’évolution, mais très questionnable sur des bases scientifiques.
Malgré toutes mes réserves face à cette théorie du dessein intelligent, je conseille néanmoins ce film, car pour comprendre les dangers de cette mécanique qui consiste à élever une pseudoscience au rang de science il faut voir comment fonctionne le phénomène. On le voit dans ce film. Puis, mieux est faite cette pseudoscience, plus on peut se laisser prendre. Quoi de plus séduisant que de dire que ce qu’on ne peut expliquer pourrait l’être par un dessein intelligent mis au cœur des choses par une force supérieure. Une explication qui comble les vides! Sauf que la science n’a pas pour but de combler les vides, mais de chercher des réponses qui ne semblent pas fausse. Elle ne pourra jamais accepter le dessein intelligent, car il ne relève pas de la démarche scientifique. Ce qui fait la validité de la science ce n’est pas la réponse, mais la démarche pour y arriver. Dans le dessein intelligent, la réponse est intuitive ou dogmatique. Elle n’est pas scientifique pour des raisons épistémologiques et méthodologiques. Point à la ligne.
Ceci étant dit, il y a objet à analyse dans ce film et je vous invite à lire la suite de ce texte, que vous décidiez d’aller le voir où non, car il nous permet d’examiner la différence entre science, foi et philosophie, ces genres se mélangeant trop souvent dans la culture populaire et ouvrant toute grande la porte à des virus idéologiques un peu comme le font les ordinateurs mal protégé pour les virus informatiques!
Un acte de foi!
Un acte de foi n’est pas prouvable, mais la foi veut parfois une reconnaissance scientifique, ce qui pose problème. C’est le cas du dessein intelligent (1), car c’est un acte de foi enrobé dans la science. Ce sont deux voies distinctes qui peuvent parfois se croiser, mais qui sont rarement parallèles et encore moins côte à côte, car la foi se solidifie rapidement en un dogme alors que la science est appelée à changer, se questionnant toujours sur la validité des choses. C’est ainsi que la terre fut plate beaucoup plus longtemps dans le monde religieux que dans le monde scientifique ou que l’homme fut créé plutôt que le résultat d’une évolution. On tente même de revenir à la création sous couvert de science. C’est le dessein intelligent, qui dit que « certaines caractéristiques de l’univers et des choses de la vie sont mieux expliquées par une cause intelligente, non un processus non directif comme la sélection naturelle. » (2) On ne peut s’en remettre au hasard pour contrer Dieu, même si on ne parle pas de Dieu. Mais, qu’est-ce qu’une « cause intelligente » sinon Dieu? L’ADN? Les extra-terrestres? Bref, on nous ramène Dieu par la porte d’en arrière, sans le nommer, sous couvert scientifique.
Le dessein intelligent est donc de la pseudoscience même si des scientifiques en parlent, car un scientifique peut aussi nous tromper, notamment s’il parle d’un domaine qui n’est pas le sien en se couvrant d’une chape du savoir universel ou en se servant de son statut de scientifique pour vendre ce qui n’est qu’une croyance. C’est un processus connu, parfois involontaire. Certains idéologues peuvent par contre profiter de leur bonne fois et l’exploiter à leurs fins, c’est-à-dire les utiliser comme caution à l’idéologie qu’ils défendent.
Il faut faire attention de ne pas tomber dans le piège que ce film nous tend et croire que le dessein intelligent doit être mis sur le même pied que la théorie de l’évolution et, surtout, enseigné au même titre qu’elle dans les écoles même si c’est l’objectif recherché depuis des années par les tenants de cette théorie. Une simple recherche Google avec les mots « intelligent design in school » suffit pour le constater. De plus, le site web du film est assez clair là-dessus : il est écrit dans la section « resources for leaders » que « ce matériel va vous donner une formation rapide sur la science des origines de la vie et vous rendre capable de créer un événement, un enseignement, un sermon, une discussion ou un débat pour engager et éduquer les autres. » (3) On cherche à convaincre et le film fait partie des outils pour le faire!
Puis, si on essuie une fin de non recevoir, ce que les milieux scientifique ont fait subir aux tenants de cette théorie plus d’une fois, on se dit alors persécuté, car on est rebelle! Pourtant ce sont les milieux conservateurs et religieux (4) qui sont derrière le dessein intelligent. On n’a plus les rebelles qu’on avait!
La science n’a que faire des croyances!
Imaginer qu’il y aurait eu plus d’une variété d’humains depuis les débuts de l’humanité, voire même deux concurrentes à une certaine époque, va contre l’idée que Dieu nous a fait à son image, sinon, quel Homme aurait été à son image? Nous ou les anciens, maintenant disparus? Pourtant, voici ce qu’il en est :
« D’abord, s’il y eut plusieurs groupes de primates qui s’humanisaient, il ne reste plus aujourd’hui que les descendants d’un seul de ces groupes, celui des sapiens sapiens. Parmi les autres, l’un notamment se multiplia assez pour qu’on en retrouve des ossements jusqu’en Europe : il s’agit du sapiens neandertalensis.
L’homme de Neandertal était d’apparence plus simiesque. Il était, par exemple, affublé d’un bourrelet osseux au-dessus des yeux qui le faisait ressembler aux gorilles actuels. Cependant, il avait un cerveau plus gros que le nôtre. Il connaissait l’art et la religion. Il enterrait ses morts selon des rites compliqués.
Notons au passage que les objets d’art et les tombes sont des preuves indiscutables d’humanité. Mais les tombes les plus anciennes que nous ayons découvertes n’ont pas plus de quarante ou cinquante mille ans; quant aux peintures rupestres, elles sont plus récentes encore. Cela n’a rien d’étonnant: statistiquement, les commencements échappent toujours à l’archéologue, qui a davantage de chances de retrouver les objets déjà nombreux.
Or l’homme de Neandertal a complètement disparu il y a v