Cette page fut redessinée en Open Office (http://www.openoffice.org/), façon de promouvoir le logiciel libre.


Le caractère fut donc grossi pour le texte, mais réduit pour les notes et certains hyperliens de manière à fonctionner autant sur ordinateur de table, portable, qu'en format «I Phone» et «I Touch».


Les archives sélectionnées de Societas  Criticus/D.I.  


Quelques textes que nous retenons en ligne un certain temps pour notre bon plaisirs!



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Question de presse


Expelled,no intelligence allowed


Mémoire sur les accomodements


Il faut mettre fin au carnage


Le feu n'est pas pris... sur les accomodements


Être cinéaste ou romancier…


Vous n’y êtes pas, bande de caves! (9 mars, 2004/Vol. 6 no. 1)


Mettre le monde au travail (13 novembre, 2003/Vol. 5, no. 2)


Histoire et Futurologie! Petit guide à conserver (Societas Criticus, Vol. 5 no. 2)


Souhaits Souhaits (Différentes années)


Texte à sketches… Psycho mystico thérapeutique! (Dossier)


Spécial dossier de L’ex-carrière Francon



D.I., Delinkan Intellectuel, revue d'actualité et de culture


Deux films pour éclairer nos débats actuels: Fausta et la journée de la jupe!


Un Capitalisme sentimental


Papa à la chasse aux lagopèdes


Starmania opéra


MACBETH OU L’OBSESSION DU POUVOIR (Opéra)


OTHELLO (Théâtre)


LA VIE DES AUTRES (THE LIVES OF THE OTHERS)


Karl Marx, le socialisme


Quand idéologies religieuses et politiques s’emmêlent!


LA DAME AUX CAMÉLIAS (Théâtre)


Le Couperet


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Questions de presse

Michel Handfield


Societas Criticus, revue de critique sociale et politique, Vol. 9 no 3, Éditos : www.societascriticus.com


16 mai 2007


Dans une entrevue de Marc Labrèche à Marc Cassivi, de La Presse, M. Labrèche dit ceci :


« Une fois. Je suis allé au lancement du DVD de L’Héritière de Grande Ourse. Et il y a un journaliste du 7 Jours qui m’a posé des questions dans un coin pendant dix minutes. Deux semaines plus tard, j’étais en première page du magazine: «Entrevue exclusive de Marc Labrèche à cœur ouvert». Le texte de trois pages était un repiquage de plein d’entrevues que j’avais données dans le passé, dont une à ma mère qui était journaliste à l’époque pour le magazine Châtelaine. » (1)


Quelques recherches sur le site internet de Patrimoine canadien (www.patrimoinecanadien.gc.ca) nous apprennent que le magazine 7 JOURS a reçu 203,950 $ du Fonds du Canada pour les magazines, dans le cadre du volet d’aide au contenu rédactionnel pour 2005-2006. (2) Ce n’est pas que nous lions les deux événements et que nous croyons que c’est leur politique rédactionnelle, car un article ne fait pas ou ne défait pas un magazine, mais cela a attiré notre attention sur cette revue. C’aurait pu être sur une autre, eu été de la citation. Par contre, pourquoi aider au contenu rédactionnel des revues qui ont des sujets fortement commercialisables plutôt que des revues beaucoup moins commerciales, comme de sociopolitique, de sciences, communautaires ou universitaires, mais nécessaires au débat public, à l’avancement des sciences et à une information différente, surtout que plusieurs sources d’informations sont contrôlées par les mêmes groupes médiatiques? L’actualité ou le Maclean’s se justifient de ce point de vue, mais quelques autres nous laissent des doutes, surtout que ça fait 9 ans que nous faisons Societas Criticus à compte d’auteurs, mais qu’aucune aide n’est disponible pour des revues comme la nôtre.


Pourtant, avoir quelques subsides, nous pourrions faire plus. Mieux nous outiller. Aller plus loin. Avec davantage de moyens on pourrait assister à certains congrès par exemple, ce qu’on ne peut faire actuellement, vu tous les à-côtés à payer même si on reçoit notre accréditation. On pourrait aussi se donner un léger salaire, car des multinationales qui font des profits mirobolants reçoivent quand même des subsides de l’État et donnent des parachutes dorés à leurs gestionnaires, même quand les résultats ne sont pas à la hauteur! Pourquoi n’y aurait-on pas droit au nom de la diversité en information?


On répète sans cesse qu’il faut être à l’heure des nouvelles technologies, mais bien des organismes ne sont pas rendus là. Même si nous faisons nos dépôts légaux (3), nous ne pouvons être membres d’une association de journalistes par exemple, car selon les règles il faut travailler dans un média traditionnel! De plus, étant sur internet, nous sommes propriétaires de notre média pour en protéger le nom, ce qui fait que nous avons le statut de propriétaire d’un média au même titre que Pierre-Karl Péladeau (Quebecor) ou que la famille Desmarais (Power Corporation), ce qui représente une seconde barrière à notre entrée dans ces associations! Cependant, on n’est pas dans la même situation que ces célèbres familles, mais les règles ne sont pas encore appropriées à cette réalité du média internet artisanal.


C’est un peu la même situation pour les revues de presse à la radio publique. Même si on fait parvenir nos textes, leur politique est de ne parler que de la presse écrite! Pourtant, nous sommes de la presse écrite à défaut d’être un imprimé, car faire une revue, c’est produire du contenu. C’est ce que nous faisons, sauf qu’au lieu de le faire imprimer et de le distribuer, nous le « postons » sur internet. D’ailleurs, la mission première d’une revue est de diffuser du contenu rédactionnel, pas d’imprimer les choses. À ce sujet, plusieurs journaux n’ont même plus d’imprimeries. Ils produisent du contenu que d’autres mettent sur support papier à leur place. Nous, on le met sur un support virtuel : le « world wide web », comme dans www.societascriticus.com! C’est un choix du XXIe siècle. Un jour ils le réaliseront peut-être, mais le plus tôt serait le mieux!


Comme quelqu’un du milieu nous l’a déjà fait remarquer : vous êtes des précurseurs; les règles viendront bien qu’à tenir compte des gens comme vous un de ces jours. Mais, quand? Ça fait déjà 9 ans que nous vivons cette situation. Ainsi, si nous voulons parler d’une exposition, il nous faut faire des demandes à chaque fois, alors que la plupart des journalistes y ont accès avec leur carte de presse sans autres formalités, qu’ils en parlent ou non par la suite. Quant aux propriétaires des grands médias, ils ont les moyens de faire des dons aux musées. Nous, nous ne pouvons que leur mettre un hyperlien! Remarquez que si nous avions accès à ces musées en échange, ce serait déjà bien dans les circonstances.


Une simple recherche internet montre pourtant que nous sommes cités au même titre que des imprimés à bien des endroits. Par exemple, Societas Criticus est cité dans une étude de l’UQAM : « Portrait de la presse alternative au Québec : de l’engagement politique aux préoccupations socioculturelles 30 ans d’évolution (1970-2000) ». (4) Certains de nos commentaires sur des livres et des films se retrouvent aussi au côté de critiques d’autres médias, dont la BBC, ce qui ne nous apparaît pas si mal comme voisinage :


- Une partie de notre commentaire sur le film Handicap est cité dans la publicité de ce film sur internet, entre ceux de la BBC et du Desert Sun pour ne nommer qu’eux : www.handicap.monumentalstudio.com/downloads/press_handicap_fr.pdf


- Un de nos éditoriaux est cité par Le Groupe d’étude sur les réformes de l’État sur leur page « Le GÉRÉ dans l’actualité » : www.er.uqam.ca/nobel/creceqc/rubrique.php3?id_rubrique=12


- Une part de notre commentaire sur le DVD-ROM « Salut, Riopelle! » est citée dans leur revue de presse :

www.tramdesign.com/riopelle/revue.htm


- Le Dictionnaire Societas Criticus est cité parmi les ouvrages de référence en sciences politiques du Ulrich’s Periodicals Directory (www.ulrichsweb.com/) de septembre 2006.

C’est dire que Societas Criticus est une revue qui joue son rôle et a sa place. Reste à reconnaître que la production d’une revue, c’est d’abord la production de contenus. Quant à sa diffusion, elle peut être faite sur papier, par internet ou même par la radio, si je prends l’exemple du « Dimanche magazine » de la première chaîne de Radio-Canada! (5) À quand du financement pour une revue comme la nôtre? À quand la recension de nos éditos et de nos articles dans une revue de presse radiophonique au même titre que les revues de papier? Que dire de plus? Rien. Reste à laisser la réflexion se faire dans les instances responsables de ces sujets.


Notes :


1. Marc Cassivi, Libre comme Labrèche, La Presse, Le mardi 08 mai 2007 : www.cyberpresse.ca/article/20070508/CPARTS/705080625/1017/CPARTS)


2. www.patrimoinecanadien.gc.ca/progs/ac-ca/progs/fcm-cmf/neuf-new/list_2005-2006_f.cfm


3. Nos textes sont tous archivés à Bibliothèque et Archives Canada (www.collectionscanada.ca/) :

http://epe.lac-bac.gc.ca/100/201/300/societas_criticus/

et à Bibliothèque et Archives Nationales du Québec (www.banq.qc.ca/) :

http://www4.banq.qc.ca/pgq/2006/3212330/3212330.htm


De plus, tant Societas Criticus que DI, Délinkan Intellectuel, revue d’actualité et de culture, sont enregistrées en vertu de la loi des journaux et autres publications, disponibles sur le portail D.I. Societas et archivés ensemble dans le numéro que nous préparons pour les bibliothèques.


4. www.omd.uqam.ca/publications/telechargements/presse-alternative-portrait.pdf


5. Dimanche magazine :

www.radio-canada.ca/actualite/v2/dimanchemag/

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Societas Criticus, revue de critique sociale et politique, Vol. 9 no 3, Éditos : www.societascriticus.com


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EXPELLED: NO INTELLIGENCE ALLOWED

Le documentaire controversé mettant en vedette Ben Stein

www.getexpelled.com (USA)

www.expelledthemovie.com (Canada)

Sortie : 27 juin 2008


Societas Criticus, revue de critique sociale et politique, Vol. 10 no 4, Essais : www.societascriticus.com


Commentaires de Michel Handfield (29 juin 2008)


« EXPELLED: NO INTELLIGENCE ALLOWED. » On pourrait traduire ce titre par « Écarté : intelligence non permise! » Mais, c’est un titre trompeur, car l’intelligence dont on parle ici est la théorie du dessein intelligent (intelligent design). Une théorie qui remet en cause Darwin et la théorie de l’évolution, mais très questionnable sur des bases scientifiques.


Malgré toutes mes réserves face à cette théorie du dessein intelligent, je conseille néanmoins ce film, car pour comprendre les dangers de cette mécanique qui consiste à élever une pseudoscience au rang de science il faut voir comment fonctionne le phénomène. On le voit dans ce film. Puis, mieux est faite cette pseudoscience, plus on peut se laisser prendre. Quoi de plus séduisant que de dire que ce qu’on ne peut expliquer pourrait l’être par un dessein intelligent mis au cœur des choses par une force supérieure. Une explication qui comble les vides! Sauf que la science n’a pas pour but de combler les vides, mais de chercher des réponses qui ne semblent pas fausse. Elle ne pourra jamais accepter le dessein intelligent, car il ne relève pas de la démarche scientifique. Ce qui fait la validité de la science ce n’est pas la réponse, mais la démarche pour y arriver. Dans le dessein intelligent, la réponse est intuitive ou dogmatique. Elle n’est pas scientifique pour des raisons épistémologiques et méthodologiques. Point à la ligne.


Ceci étant dit, il y a objet à analyse dans ce film et je vous invite à lire la suite de ce texte, que vous décidiez d’aller le voir où non, car il nous permet d’examiner la différence entre science, foi et philosophie, ces genres se mélangeant trop souvent dans la culture populaire et ouvrant toute grande la porte à des virus idéologiques un peu comme le font les ordinateurs mal protégé pour les virus informatiques!


Un acte de foi!


Un acte de foi n’est pas prouvable, mais la foi veut parfois une reconnaissance scientifique, ce qui pose problème. C’est le cas du dessein intelligent (1), car c’est un acte de foi enrobé dans la science. Ce sont deux voies distinctes qui peuvent parfois se croiser, mais qui sont rarement parallèles et encore moins côte à côte, car la foi se solidifie rapidement en un dogme alors que la science est appelée à changer, se questionnant toujours sur la validité des choses. C’est ainsi que la terre fut plate beaucoup plus longtemps dans le monde religieux que dans le monde scientifique ou que l’homme fut créé plutôt que le résultat d’une évolution. On tente même de revenir à la création sous couvert de science. C’est le dessein intelligent, qui dit que « certaines caractéristiques de l’univers et des choses de la vie sont mieux expliquées par une cause intelligente, non un processus non directif comme la sélection naturelle. » (2) On ne peut s’en remettre au hasard pour contrer Dieu, même si on ne parle pas de Dieu. Mais, qu’est-ce qu’une « cause intelligente » sinon Dieu? L’ADN? Les extra-terrestres? Bref, on nous ramène Dieu par la porte d’en arrière, sans le nommer, sous couvert scientifique.


Le dessein intelligent est donc de la pseudoscience même si des scientifiques en parlent, car un scientifique peut aussi nous tromper, notamment s’il parle d’un domaine qui n’est pas le sien en se couvrant d’une chape du savoir universel ou en se servant de son statut de scientifique pour vendre ce qui n’est qu’une croyance. C’est un processus connu, parfois involontaire. Certains idéologues peuvent par contre profiter de leur bonne fois et l’exploiter à leurs fins, c’est-à-dire les utiliser comme caution à l’idéologie qu’ils défendent.


Il faut faire attention de ne pas tomber dans le piège que ce film nous tend et croire que le dessein intelligent doit être mis sur le même pied que la théorie de l’évolution et, surtout, enseigné au même titre qu’elle dans les écoles même si c’est l’objectif recherché depuis des années par les tenants de cette théorie. Une simple recherche Google avec les mots « intelligent design in school » suffit pour le constater. De plus, le site web du film est assez clair là-dessus : il est écrit dans la section « resources for leaders » que « ce matériel va vous donner une formation rapide sur la science des origines de la vie et vous rendre capable de créer un événement, un enseignement, un sermon, une discussion ou un débat pour engager et éduquer les autres. » (3) On cherche à convaincre et le film fait partie des outils pour le faire!


Puis, si on essuie une fin de non recevoir, ce que les milieux scientifique ont fait subir aux tenants de cette théorie plus d’une fois, on se dit alors persécuté, car on est rebelle! Pourtant ce sont les milieux conservateurs et religieux (4) qui sont derrière le dessein intelligent. On n’a plus les rebelles qu’on avait!


La science n’a que faire des croyances!


Imaginer qu’il y aurait eu plus d’une variété d’humains depuis les débuts de l’humanité, voire même deux concurrentes à une certaine époque, va contre l’idée que Dieu nous a fait à son image, sinon, quel Homme aurait été à son image? Nous ou les anciens, maintenant disparus? Pourtant, voici ce qu’il en est :


«  D’abord, s’il y eut plusieurs groupes de primates qui s’humanisaient, il ne reste plus aujourd’hui que les descendants d’un seul de ces groupes, celui des sapiens sapiens. Parmi les autres, l’un notamment se multiplia assez pour qu’on en retrouve des ossements jusqu’en Europe : il s’agit du sapiens neandertalensis.

L’homme de Neandertal était d’apparence plus simiesque. Il était, par exemple, affublé d’un bourrelet osseux au-dessus des yeux qui le faisait ressembler aux gorilles actuels. Cependant, il avait un cerveau plus gros que le nôtre. Il connaissait l’art et la religion. Il enterrait ses morts selon des rites compliqués.


Notons au passage que les objets d’art et les tombes sont des preuves indiscutables d’humanité. Mais les tombes les plus anciennes que nous ayons découvertes n’ont pas plus de quarante ou cinquante mille ans; quant aux peintures rupestres, elles sont plus récentes encore. Cela n’a rien d’étonnant: statistiquement, les commencements échappent toujours à l’archéologue, qui a davantage de chances de retrouver les objets déjà nombreux.


Or l’homme de Neandertal a complètement disparu il y a vingt mille ans, sans que nous puissions comprendre pourquoi. Nous savons que le sapiens sapiens et le sapiens neandertalensis ont coexisté sur les mêmes territoires pendant quelques milliers d’années. Se sont-ils fait la guerre? Étaient-ils interféconds? On n’en sait rien. Plus probablement nos ancêtres mieux adaptés ont pris tout le gibier pour eux, condamnant les autres à la famine. Quoi qu’il en soit, tous les hommes vivant actuellement sur la Terre, si variées soient leurs apparences physiques, descendent de quelques milliers de sapiens sapiens africains. La génétique le prouve.


Nous savons aussi que ces sapiens ont peuplé progressivement la Terre entière. (…) » (5)


La science et la religion ne sont donc pas au même diapason, la religion ayant reçu une vérité divine qu’on ne peut changer, un dogme, alors que la science est constamment en recherche de la vérité. Mais, attention, ça ne veut pas dire que la vérité change tous les jours, tous les mois ou tous les ans. Même pas toutes les décennies. Certaines théories peuvent être valables plus d’une centaine d’années. C’est d’ailleurs le cas de la théorie de Darwin (6), la sélection naturelle (7), qui date de 1859!


On n’est pas dans les croyances ici : avant de changer de paradigme, il faut des preuves solides, non seulement des intuitions. D’ailleurs, même si je ne suis pas diplômé en sciences pures, mais en sciences sociales, le premier principe que j’ai appris en méthodologie est qu’une chose n’est pas vraie, mais plutôt qu’elle n’est pas fausse, car elle peut être remise en cause dans le temps. Sauf que, pour changer un paradigme qui explique des choses, il faut un paradigme beaucoup plus fort, qui explique non seulement ce que le paradigme précédent expliquait, mais aussi ce qu’il n’expliquait pas. Ce n’est pas un processus linéaire, mais révolutionnaire (8) comme je l’ai ensuite appris en épistémologie. Alors, d’arriver avec une réponse mi-magique, mi-scientifique pour expliquer l’inexplicable ne passe pas et ne passera jamais! C’est pourtant ce qu’est le dessein intelligent : ce qu’on ne peut expliquer vient d’une intelligence supérieure. Mais, elle vient d’où cette intelligence supérieure? De Dieu ou d’extra-terrestres? À moins que les gènes aient mémorisé des éléments dans leur évolution! On revient alors à la théorie de l’évolution, mais à un niveau microbiologique. On ne change donc pas de théorème, mais de niveau pour ne pas dire de taille, car si les gènes ont enregistré ces éléments dans leur évolution, on reste toujours dans la théorie de l’évolution n’en déplaise aux tenants du dessein intelligent! (9) Preuve qu’ils ont tort.


Croire n’est pas une preuve!


Si c’est si simple à régler, alors pourquoi cette controverse dure? Du côté scientifique il y a longtemps que la cause est entendue et réglée. Mais, c’est le jeu de cette secte de faire durer le débat en espérant passer pour une théorie scientifique équivalente et concurrente à l’évolutionnisme darwinien. Plus la cause dure, plus elle a le temps de gagner des alliés qui mêleront leurs croyances personnelles et la science, même dans la communauté scientifique, une façon de gagner en crédibilité par association. Sur cette base les disciples du dessein intelligent se permettent même d’accuser la science de dogmatisme alors qu’eux se basent sur un dogme! En effet, la science rejette le dessein intelligent parce qu’elle cherche une cause surnaturelle, un dessein intelligent mis au cœur des gènes pour remplacer la théorie de la sélection naturelle. Pourtant, cette dernière explique «  de façon naturaliste la complexité adaptative des êtres vivants, sans avoir recours au finalisme ni à une intervention surnaturelle, d'origine divine, par exemple. » (10)


Les tenants du dessein intelligent ne tentent même pas de répondre à la question d’où vient ce dessein : de Dieu; des extra-terrestres; du hasard; ou de l’évolution génétique, ce qui fait qu’on en reviendrait à Darwin! Ils accusent plutôt leurs objecteurs de dogmatisme parce qu’ils rejettent leur explication sans vouloir les entendre. Mais, la science cherche à comprendre les choses, pas à entendre des réponses toutes faites.


La science, ce n’est pas la liberté de penser. C’est une démarche; une méthode de recherche; et des principes acceptés jusqu’à preuve du contraire. Il faut des preuves solides pour changer un théorème, encore plus pour changer une théorie. Des milliards de personnes auraient beau croire en la réincarnation, ça n’en fera jamais une vérité scientifique par le fait même, pas plus que de croire que la terre est plate! Croire au dessein intelligent n’en fait pas davantage une vérité, même si des scientifiques y croient! La science n’est pas une intuition même si le scientifique peut parfois partir d’une intuition. Mais, après l’intuition il a une démarche à suivre, ce qu’on appelle le protocole de recherche.


Doit-on leur accorder une nouvelle chance?


Ne pas permettre à cette théorie de se défendre est-ce antiscientifique? Voilà l’autre question que soulèvent les tenants du dessein intelligent dans le film pour dire que la science officielle est aussi dogmatique que la religion puisqu’elle leur ferme ses portes! Mais, généralement, en science, rien n’est prédéterminé. On a par contre des protocoles à respecter avant d’avoir droit de parole ou de publication. Même des auteurs connus, des sommités, s’y sont frappés et ont vu des textes et des communications refusés par des comités de lecture composé des pairs, soit d’autres scientifiques du même niveau qui examinent les idées défendues. Quiconque écoute des émissions scientifiques, comme Les années lumières à Radio-Canada (11), le sait. Cela est vrai des sciences pures, mais aussi des sciences sociales. Ainsi, sur le site de Sociologie et Sociétés on peut lire :


« La revue Sociologie et sociétés publie des textes originaux et inédits. Chaque texte fait l’objet d’une évaluation de la part de spécialistes anonymes, du ou des responsables d’un numéro et de la direction de la revue. » (12)


Si l’idée du dessein intelligent se frappe continuellement à ces portes, c’est qu’elle pose problème. Soit qu’elle n’apporte rien, soit qu’elle a un biais. Si elle relèverait de la science, on abandonnerait l’idée une fois prouvé son invalidité. Alors, où on se rallierait à la théorie darwinienne, qui est la plus explicative actuellement, même sans être parfaite, ou on prendrait de nouvelles pistes de recherche. Mais, ce n’est pas ce que font les tenants du dessein intelligent. Ils s’entêtent à dire qu’ils ont raison et que tous les autres scientifiques sont des obscurantistes. Pourtant, la méthode est claire et la même pour tous!


En fait, les défenseurs du dessein intelligent procèdent un peu comme la mafia le fait pour passer d’une économie de l’ombre à une économie de la lumière avec le blanchiment de l’argent. On tente de s’insérer par tous les orifices possibles du côté officiel des choses. Nous y reviendrons en conclusion.


D’un point de vue philosophique!


Par contre, il est vrai qu’on ne connait pas l’origine. Comment tout a commencé. Même pour les opposants au dessein intelligent, on ne sait pas quel était le point de départ. Un hasard ou Dieu? Qui a mis les éléments du hasard en place? Dieu? Mais, qui a créé Dieu? Dieu aurait-il créé les Hommes et les Hommes l’auraient-ils créé en retour? L’un serait-il le miroir de l’autre finalement! Ni la science, ni la religion, ni la philosophie n’ont la réponse. La religion se bloque sur un dogme; la science cherche hors des dogmes; le philosophe se questionne! Mais, tous se buttent à la question du commencement! Il y eut un début! C’est tout ce que l’on peut en dire.


Si le dessein intelligent était accepté comme théorie scientifique, on chercherait quoi? De qui est ce dessein intelligent! De Dieu? Des extra-terrestres? Du hasard? Des vents astraux? Ce n’est donc pas scientifique, mais philosophique, voir spirituel, mais la spiritualité ne devrait pas interférer avec la science. C’est incompatible, car la science doit toujours être à l’écoute alors que la spiritualité est une réponse sentie : une croyance, voir une révélation! A preuve, si la science rejette l’idée de Raël selon laquelle ce sont des extra-terrestres qui ont créé la vie sur terre en utilisant l’ADN (13), elle est quand même ouverte à l’idée que la vie peut venir d’ailleurs, car la science n’est pas fermée aux idées même si elle l’est aux dogmes. Elle ne veut pas des croyances, mais des preuves! Alors, on ne sera pas surpris d’apprendre que  la vie est venue de l'espace :


« L'analyse montre que les bases azotées contiennent une forme de carbone lourd qui n'a pu se former que dans l'espace. Les matériaux formés sur Terre contiennent une variété de carbone plus légère. — Dr Zita Martins, Imperial College » (14)


Par contre, ce n’est pas la vie extra-terrestre au sens raélien du terme. Ce serait même un certain hasard, le carbone météorite ayant rencontré les éléments nécessaires à la création de la vie sur terre! (15) Il aurait bien pu ne pas les trouver, ni y trouver les conditions pour se développer. A moins que tout n’était pensé dans un grand dessein divin. Mais, on revient hors de la science, et, là, on peut spéculer. Si Dieu n’était qu’un ion, une clef, un déclencheur, qui, au contact de poussières terrestres et sous bonnes conditions aurait créé la vie? Nous serions part de Dieu et Dieu part de nous! On rejoindrait alors le panthéisme, « seule façon logique de considérer Dieu et l'univers » selon Spinoza. (16) Dieu, une clef de carbone venue d’ailleurs!


On en revient donc à la question de croire ou de savoir? En fait, science et religions se rejoignent sur un point : elles partent d’intuitions et cherchent l’origine. Après, on essaie de prouver les choses, les unes par des méthodes scientifiques, les autres par des textes saints et la pensée d’exégètes, de philosophes, de mystiques et d’illuminés! Personnellement, je fais davantage confiance à la méthode scientifique, ce qui n’empêche pas une certaine foi, mais dosée d’une part de scepticisme. Cela est nécessaire à mon équilibre.


Conclusion


Ce film doit être pris avec une part de doute. Malgré qu’il dénonce la science officielle comme étant dogmatique, on ne doit pas se laisser berner par ce renversement de sens. Ce n’est cependant pas une raison pour ne pas aller le voir, car il montre sans le vouloir les mécanismes de réinterprétation à l’œuvre. C’est ainsi que pour discréditer la sélection naturelle on fait un parallèle avec le nazisme, les deux faisait une sélection des Hommes! De là à qualifier la science de religion sans Dieu ni morale, donc païenne et sans espoir, il n’y a qu’un pas. Mais, c’est oublier que le nazisme a fait une sélection idéologique alors que le darwinisme parle de sélection naturelle au cours du processus d’évolution, un processus lent qui s’est étendu sur des millions d’années. Le changement climatique tend pourtant à prouver le darwinisme puisqu’aux variations de climat sont associés la disparition de certains milieux de vie et des espèces (végétales et animales) qui en dépendent, car ces espèces n’ont pas le temps de s’adapter. On pourrait donc utiliser le même raccourci et accuser la droite religieuse et les milieux conservateurs de ces maux puisqu’elle a élu George W. Bush, aux Etats-Unis, qui ne reconnaît pas Kyoto! De là à dire que la droite religieuse menace l’humanité il n’y a qu’un pas! Raccourci facile et certainement pas honnête, mais c’est le genre de processus qu’on utilise ici. Je ne puis être d’accord avec cela, mais il faut voir ce film pour comprendre les principes idéologiques derrière cette approche.


C’est même fondamental de comprendre ces principes, car on tend à faire accepter cette idéologie par contamination. On assiste à des colloques pour défendre ces idées, ne serait-ce que dans les périodes des questions si on ne peut y avoir de voix officielles; on les soumet à des publications scientifiques reconnues, mais aussi plus marginales, en espérant que quelques textes passent les barrières et gagnent ainsi une certaine reconnaissance; on publie dans les revues « spécialisées » défendant ces théories, façon de les disséminer dans le grand public et de les faire accréditer puisque « si c’est écrit, ça doit être vrai! »; on tente d’investir l’enseignement à partir de la petite école; puis, on a aussi des églises qui défendent ces idées en chaire. Maintenant, avec ce film, on s’associe aux prophètes de la vérité stigmatisé par l’obscurantisme scientifique! Si la position de la victime est payante, pourquoi ne pas la prendre! C’est ainsi que cette théorie pseudo-scientifique fait son chemin et gagne en visibilité. Elle sera alors bien placée pour dénoncer la science officielle d’être dogmatique et exiger des débats d’égal à égal avec elle. Une façon de devenir crédible pour ensuite imposer ses dogmes à la communauté scientifique. L’idéologie à l’œuvre, mais en position de victime, car cela rapporte de la sympathie. C’est ce que l’on voit dans ce film. Un film à voir pour être prêt à répondre à ces idéologues quand ils voudront investir nos écoles si ce n’est déjà commencé. (17)


Rien n’empêche cependant le scientifique comme le citoyen ordinaire d’avoir sa foi et ses croyances. C’est même une liberté constitutionnelle, mais pas un droit, je le souligne, au Canada! (18) Cependant, il doit être capable de faire la part des choses entre sa foi et la démarche scientifique, car elle ne relève pas des mêmes processus, sinon la science ne serait plus de la science. A lui de gérer ses dissonances cognitives. S’il ne peut le faire, les comités des pairs le feront et distingueront entre ce qui est science et ce qui est croyance ou foi. Les comités scientifiques, je le rappelle, ont décidé que le dessein intelligent relève de la foi ou de la croyance, mais non de la science, jusqu’à maintenant. Ce n’est pas pour rien. Ainsi est!


Si on continue à en débattre cependant, c’est que les tenants du dessein intelligent sont des idéologues qui voudraient voir leur croyance passer au rang de science et qui continuent le combat espérant un relâchement de la garde scientifique ou que les pressions populaires la feront céder. On ne doit surtout pas leur ouvrir la porte des écoles, car ce serait le premier pas pour s’insérer dans la tête des enfants et ainsi voir cette idéologie migrer vers d’autres lieux par la suite, car, de croyance, cette théorie gagnerait la crédibilité d’un enseignement : si on l’a appris à l’école, ce doit donc être vrai! Cela deviendrait une forme de contamination. Non, l’école doit enseigner la pensée critique bien avant le dessein intelligent! Il faut donc voir ce film pour ce qu’il n’est pas : une mise en garde contre le dessein intelligent. Je le recommande donc avec une bonne dose d’intelligence critique!


Notes :


1. intelligent design : www.intelligentdesign.org/, une branche de Discovery Institute (www.discovery.org/), cité dans le film. Une autre de ses branches est le Intelligent Design The Future (www.idthefuture.com/).


Voir aussi le Dessein intelligent sur Wikipédia: http://fr.wikipedia.org/wiki/Dessein_intelligent


2. « The theory of intelligent design holds that certain features of the universe and of living things are best explained by an intelligent cause, not an undirected process such as natural selection. Through the study and analysis of a system's components, a design theorist is able to determine whether various natural structures are the product of chance, natural law, intelligent design, or some combination thereof. Such research by observing the types of information produced when intelligent agents act. Scientists then seek to find objects which have those same types of informational properties which we commonly know come from intelligence. Intelligent design has applied these scientific methods to detect design in irreducibly complex biological structures, the complex and specified information content in DNA, the life-sustaining physical architecture of the universe, and the geologically rapid origin of biological diversity in the fossil record during the Cambrian explosion approximately 530 million years ago. » (www.intelligentdesign.org/whatisid.php)



3. « These materials will give you a quick education on the science of the origins of life, and enable you to create an event, teaching, sermon, discussion, or debate to engage and educate others. » www.getexpelled.com/ordermaterials.php


4. Quelques supporteurs du film selon leur site web (http://getexpelled.com/channelpartners.php) :


- The American Family Association [who] represents and stands for traditional family values: www.afa.net/


- Bible.com! Que dire de plus? www.bible.com/.


- Discovery Institute et ses différentes branches, déjà cité en note 1. On peut cependant ajouter ici ce qu’on peut lire sur leur site :


« Discovery Institute's mission is to make a positive vision of the future practical. The Institute discovers and promotes ideas in the common sense tradition of representative government, the free market and individual liberty. Our mission is promoted through books, reports, legislative testimony, articles, public conferences and debates, plus media coverage and the Institute's own publications and Internet website (http://www.discovery.org).


Current projects explore the fields of technology, science and culture, reform of the law, national defense, the environment and the economy, the future of democratic institutions, transportation, religion and public life, government entitlement spending, foreign affairs and cooperation within the bi-national region of "Cascadia." The efforts of Discovery fellows and staff, headquartered in Seattle, are crucially abetted by the Institute's members, board and sponsors. » (www.discovery.org/about.php)


- New Ethos (Films). Dans leur mission nous pouvons lire « New Ethos works in continuity and collaboration with existing Catholic-Christian and other faith-based ministries to serve the spiritual needs of entertainment professionals. » (http://new-ethos.org/mission.php). Leur site: http://new-ethos.org.


The Dove Foundation. Sur leur site on peut lire « Our standards and criteria are based on Judeo/Christian values, free from the pressure of commercial interests. » (www.dove.org/aboutdove.asp) Leur site : www.dove.org/.

Association of Christian Schools International (ACSI). Que dire de plus! www.acsi.org/ Paradoxalement, le lien sur le site avait une erreur de frappe au moment où nous l’avons visité et envoyait au site de l’Art & Science Collaborations, Inc (www.asci.org/), ce qui n’est pas du tout pareil!


5. Barreau, Jean-Claude, et Bigot, Guillaume, 2005, Toute l'histoire du monde de la préhistoire à nos jours, France : Fayard (Histoire) (Distribution Hachette), pp. 23-24.


6. Darwin: http://fr.wikipedia.org/wiki/Charles_Darwin


Sur le Larousse en ligne, voir: www.larousse.fr/encyclopedie/ et rechercher « Charles Darwin »


7. Sélection naturelle: http://fr.wikipedia.org/wiki/S%C3%A9lection_naturelle


Sur le Larousse en ligne, voir : www.larousse.fr/encyclopedie/ et rechercher « sélection naturelle »

8. KUHN, Thomas S., 1972, La structure des révolutions scientifiques, Paris: Flammarion.


9. S’ils ne rejettent pas la théorie de l’évolution, voici ce qu’ils en disent sur le site de www.intelligentdesign.org:


Is intelligent design theory incompatible with evolution?


It depends on what one means by the word "evolution." If one simply means "change over time," or even that living things are related by common ancestry, then there is no inherent conflict between evolutionary theory and intelligent design theory. However, the dominant theory of evolution today is neo-Darwinism, which contends that evolution is driven by natural selection acting on random mutations, an unpredictable and purposeless process that "has no discernable direction or goal, including survival of a species." (NABT Statement on Teaching Evolution). It is this specific claim made by neo-Darwinism that intelligent design theory directly challenges. (www.intelligentdesign.org/faq.php)


10. http://fr.wikipedia.org/wiki/S%C3%A9lection_naturelle


11. www.radio-canada.ca/actualite/v2/anneeslumiere/


12. www.erudit.org/revue/documentation/protocoleRedacSOCSOC.pdf


13. « DES SCIENTIFIQUES VENUS D'UNE AUTRE PLANÈTE ONT CRÉÉ TOUTES FORMES DE VIE SUR TERRE EN UTILISANT L'ADN » apprend-ton sur le site des raéliens! Source : http://fr.rael.org/rael_content/rael_summary.php


14. La vie venue de l'espace, Radio-Canada/Nouvelles/Science-Santé,  mercredi le 18 juin 2008 à 8 h 36:

www.radio-canada.ca/nouvelles/Science-Sante/2008/06/17/003-espace-vie.shtml


15. J’ai trouvé le résumé de l’article en question sur www.sciencedirect.com/ :


« Carbon-rich meteorites, carbonaceous chondrites, contain many biologically relevant organic molecules and delivered prebiotic material to the young Earth. We present compound-specific carbon isotope data indicating that measured purine and pyrimidine compounds are indigenous components of the Murchison meteorite. Carbon isotope ratios for uracil and xanthine of δ13C = + 44.5‰ and + 37.7‰, respectively, indicate a non-terrestrial origin for these compounds. These new results demonstrate that organic compounds, which are components of the genetic code in modern biochemistry, were already present in the early solar system and may have played a key role in life's origin. » (Zita Martins, Oliver Botta, Marilyn L. Fogel, Mark A. Sephton, Daniel P. Glavin, Jonathan S. Watson, Jason P. Dworkin, Alan W. Schwartz and Pascale Ehrenfreund, Extraterrestrial nucleobases in the Murchison meteorite, in Earth and Planetary Science Letters, Earth and Planetary Science Letters, Volume 270, Issues 1-2, 15 June 2008, Pages 130-136)


16. On rejoint ici le panthéisme, « doctrine philosophique selon laquelle tout est Dieu. » : http://fr.wikipedia.org/wiki/Panth%C3%A9isme


Sur le Larousse en ligne, voir

www.larousse.fr/LaroussePortail/encyclo/XHTML/EUL.Online/explorer.aspx#larousse/57365/11/panth%C3%A9isme


17. Aux États-Unis ce l’est depuis longtemps. Ici, je crois qu’il y a eu quelques cas déjà. Une recherche Google pourrait être utile si le sujet vous intéresse. Je n’ai répertorié qu’un site en exemple mais il y en a des milliers: http://atheisme.free.fr/Revue_presse/Creationnisme_2005.htm


18. La constitution canadienne comporte des droits et libertés. Au niveau des droits nous pouvons lire, par exemple, que « Tout citoyen canadien a le droit de vote et est éligible aux élections législatives fédérales ou provinciales. » (Article 3) Par contre, article 2, « Chacun a les libertés fondamentales suivantes :


a) liberté de conscience et de religion;

b) liberté de pensée, de croyance, d'opinion et d'expression,

y compris la liberté de la presse et des autres moyens de communication;

c) liberté de réunion pacifique;

d) liberté d'association. »


Source : http://lois.justice.gc.ca/fr/Charte/index.html#garantie


Autres références trouvées pour cet article, mais non utilisé dans le texte :


i) Les débats de l'Obs. Complot contre Darwin. Nouvel Observateur, No 2204, SEMAINE DU JEUDI 01 Février 2007 :

http://hebdo.nouvelobs.com/p2204/articles/a331765.html


En bref :


« Né en 1961, Jacques Arnould, frère dominicain, ingénieur agronome, docteur en histoire des sciences et en théologie, est actuellement chargé de mission au Cnes (Centre national d’Études spatiales). Il est l’auteur d’une quinzaine d’ouvrages traitant du rapport entre science et religion, dont « les Créationnistes » (Cerf). Il vient de publier chez Albin Michel « Dieu versus Darwin. Les créationnistes vont-ils triompher de la science ? ». Il s’alarme des attaques répétées contre la théorie pourtant universellement admise de l’évolution des espèces. »


Marie Lemonnier

Le Nouvel Observateur


ii) Rasoir d'Occam : http://fr.wikipedia.org/wiki/Rasoir_d%27Occam


iii) Discovery Institute sur Wikipedia: http://en.wikipedia.org/wiki/Discovery_Institute


iv) Sur Ben Stein, qui a fait ce film, voir http://en.wikipedia.org/wiki/Ben_Stein


Résumé officiel du film (en anglais) :


In a controversial new satirical documentary, author, former presidential speechwriter, economist, lawyer and actor Ben Stein travels the world, looking to some of the best scientific minds of our generation for the answer to the biggest question facing all Americans today:


Are we still free to disagree about the meaning of life?

Or has the whole issue already been decided… while most of us weren’t looking?


Ben realizes that he has been “Expelled,” and that educators and scientists are being ridiculed, denied tenure and even fired – for the “crime” of merely believing that there might be evidence of “design” in nature, and that perhaps life is not just the result of accidental, random chance.


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Mémoire sur les accommodements à la lumière de la démocratie et de la science

Michel Handfield, rédacteur-coéditeur de Societas Criticus


Societas Criticus, revue de critique sociale et politique, Vol. 9 no 6, Essais : www.societascriticus.com


5 septembre 2007


«(…) le respect du pluralisme et du désaccord raisonnable exige que les doctrines dites « raisonnables » soient conciliables avec le pluralisme, c’est-à-dire que les tenants de ces doctrines doivent accepter qu’il est raisonnable pour les autres de nier la véracité de leurs convictions. » (1)


On a tous entendu parler de Socrate, Platon ou d’Homère, dont l’Iliade sera reprise au TNM dès septembre soit dit en passant. Mais, qui se rappelle des managers de cette époque; des rapports des fonctionnaires de ce temps? Probablement personne. L’histoire, une certaine conscience collective ou une sorte de bibliothèque universelle a cependant retenu ce qui nous touche tous par son caractère universel et son humanité, que ce soit des récits, de la littérature ou de la philosophie par exemple! On se retrouve ainsi dans certaines œuvres même si elles ont été écrites bien avant nous, car elles ont traversé le temps. Des universitaires considèrent d’ailleurs la littérature, le cinéma ou le théâtre comme des matériaux d’analyse pour comprendre tant l’histoire que les débats actuels. C’est notamment le cas de l’ethnométhodologie et des « cultural studies ». (2) En conséquence, je vous suggère de regarder ces matériaux pour vous éclairer. Dans cet ordre d’idée, un texte qui pourrait vous être utile pour comprendre ce qui se passe actuellement et toutes les implications de la question des accommodements raisonnables est celui d’Incendie, pièce de théâtre de Wajdi MOUAWAD sur l’identité versus le poids de la tradition et de l’héritage ethnoculturel (3) dont nous avons déjà parlé dans Societas Criticus. (4)


D’un autre côté, combien de débats sont oubliés une fois que les médias regardent ailleurs? Plusieurs, car même s’ils ont un caractère inusité; qu’ils nous émeuvent ou nous hérissent; cela ne dure qu’un temps, chassé par une nouvelle montée de lait médiatique! Ces débats doivent donc être regardés ainsi : ne sont-ils qu’une manchette que l’on oubliera dans les prochains mois ou une question qui aura une certaine durée? Une question de fond?


Cependant, un fait demeure dans tous ces événements : l’opposition insoluble entre, d’un côté, les croyances, dans lesquelles on se doit d’inclure les religions tout comme l’horoscope, qui ne sont pas vérifiables, mais auxquelles des gens croient, et, de l’autre, ce qui est vérifiable par la science, incluant les sciences humaines et sociales naturellement, et fondé en droit. Le contrat social et juridique qui lie en quelque sorte les citoyens.


Croire n’est pas une preuve. À une époque on croyait que la terre était plate et on pouvait vous brûler si vous disiez le contraire. Elle n’en était pas moins ronde! La société se doit donc de tracer une ligne entre des croyances religieuses et des faits vérifiables : ou elle enseigne la science ou les croyances! Si on choisit la science, les croyances se doivent de demeurer dans la sphère privée à part pour un enseignement approprié, comme celui des us et coutumes, que ce soit d’un point de vue historique ou anthropologique par exemple. D’un point de vu scientifique aussi, pour en montrer les fondements et les limites, ce qui inclut de mettre en lumière ce qui fait partie de la mythologie, des idées reçues et des faits. Bref, de faire la part du vrai et du faux. Par exemple, un de mes professeurs nous disait il y a plusieurs années que certains peuples du nord disaient autrefois que le dieu de la mer ne s’entendait pas avec le dieu de la terre et qu’il ne fallait surtout pas manger les bêtes de la mer et de la terre en même temps. C’était une façon de dire que certaines viandes ne se mélangeaient pas, une connaissance traditionnelle qui se transmettait par les récits sur les dieux tout simplement. Une vérité enrobée dans un discours mythologique ou divin que la tradition orale transmettait ainsi. (5)


Combien de gens se font bernés/arnaqués parce qu’elles croient en des médecines traditionnelles, des vertus magiques ou des promesses miraculeuses sans autres fondements que la cupidité des uns et la naïveté des autres? Un enseignement scientifique et critique est donc nécessaire peut importe qu’il heurte des croyances. Aucun compromis, aucun accommodement, ne devrait être acceptable là-dessus. Point à la ligne.


On ne devrait pas davantage fonder une politique, une guerre ou des lois sur la foi, l’horoscope ou des croyances religieuses, car faire des lois nécessite des assises claires et fortes; fondées! Une loi dictée par une croyance ne s’adresse qu’à ceux qui y croient. Ainsi, qu’on ne m’empêche pas de manger du porc avec du couscous ou qu’on ne m’oblige pas à manger du poisson le Vendredi saint si ce n’est pas ma croyance.


Qu’on interdise par contre aux enfants de manger des produits contenant des arachides dans une école primaire cela peut s’expliquer, vu les risques pour les enfants allergiques aux arachides, surtout que les enfants de cet âge peuvent échanger des aliments entre eux, car ils ne sont pas encore pleinement conscients des conséquences de leurs gestes et qu’ils ne savent pas nécessairement lire la liste des ingrédients sur leur barre tendre! Au cégep, la même interdiction n’aurait plus de sens, les personnes étant capables d’être responsables de leurs choix et de faire attention. Par contre, qu’à la cafétéria d’une école ou d’un hôpital, on offre des menus qui permettent un choix assez vaste pour satisfaire ceux qui ont des croyances ou des régimes particuliers sans se sentir exclus se comprend. Mais, il ne faut pas que cela limite la liberté des autres.


On peut ajouter du bœuf à la cabane à sucre, mais ne pas en retirer le porc! Et le bœuf devra-t-il répondre aux normes de santé Canada, de la religion juive (kasher) ou de l’Islam (hallal) sans avoir besoin de 3 sortes de bœuf? J’exagère, mais c’est pour illustrer que dans certains cas cela pourrait devenir problématique juste en terme de gestion. Imaginez une garderie obligée de faire des repas tenant compte des cultures et croyances des parents de chaque enfant. Le pâté chinois de Mohamed doit avoir du steak hallal, celui de Jacob du steak kasher, Jacques et Julie, ça ne les dérange pas, car les parents sont ouverts, mais pour Martine il faut qu’il vienne d’un boucher du quartier parce que son père est nationaliste et contre les multinationales! Catherine doit avoir du ketchup biologique, mais Mathieu uniquement du Heinz. Pascal apporte son ketchup de la maison, mais il faut l’asseoir loin de Rosalie, car elle est allergique aux carottes et il y en a dans ce ketchup-maison! Quant à Jonathan, ses parents demandent du maïs du marché de peur que celui en boîte ne soit transgénique!


Où on trace cette ligne entre raisonnable et déraisonnable? À qui l’accorde-t-on et à qui ne l’accorde-t-on pas? Et s’il est raisonnable d’accepter une demande basée sur la religion, pourquoi n’est-ce pas raisonnable pour l’alimentation biologique ou la marque locale si c’est pour des convictions politiques par exemple? N’est-ce pas des valeurs aussi profondes que la religion?


D’ailleurs, l’obligation religieuse, rien ne nous y oblige, car la religion est un choix personnel. Vous pouvez même la magasiner de nos jours pour qu’elle réponde à ce que vous en attendez! C’est dans ce contexte qu’il faut regarder la question des accommodements raisonnables, car ceux dont on entend le plus parler concernent d’abord et avant tout les religions, dont le propre est pourtant de s’opposer au nom d’une vision de Dieu; même au nom d’un même Dieu, comme dans le christianisme, le Judaïsme ou l’Islam, ces trois religions croyant en un Dieu unique. S’il est unique, ce doit pourtant être le même! Alors, pourquoi a-t-il dit tant de choses différentes? À moins que ce ne soit les hommes qui ont écrit à sa place.


On doit avoir le droit de se poser la question dans une société libre et démocratique. Pourtant, certains auteurs font l’objet de menaces pour ce qu’ils ont écrit un jour, certains fondamentalistes, et c’est vrai de toutes les religions et de toutes les sectes, n’acceptant pas la liberté, fondement de la démocratie. Doit-on leur être ouvert au risque de se censurer? Ne serait-ce pas saper un fondement de la démocratie? La question doit au moins être posée. De plus, les uns s’opposant aux autres dans les différentes religions et leurs différentes déclinaisons (les catholiques, les mormons et les témoins de Jéhovah par exemple sont tous chrétiens, mais ne croient pas les mêmes choses), il est difficile, voire impossible, d’accommoder tous ces groupes sans les mettre en opposition les uns par rapport aux autres en même temps, car la croyance de l’un peut aller contre celle de l’autre. Et, je ne parle même pas de ceux qui ne croient pas ici. Quel est donc l’accommodement possible pour ne pas rendre les choses pires qu’elles ne le sont?

Il n’y en a pas je crois. Vaut mieux fonder la décision sur des faits plutôt que des croyances. Point à la ligne, car il n’y a pas de message écrit par Dieu lui-même pour nous guider. On se fie à des prophètes ou des témoins, ce que je dis à tous ceux qui sonnent à ma porte pour me parler de Dieu et me le citer. Quand je leur demande « Avez-vous un texte écrit et signé par Dieu lui-même? » la réponse est invariablement NON. Et selon le prophète auquel ils croient, la secte à laquelle ils appartiennent, les autres sont dans l’erreur, car le propre de toutes les religions est d’être mutuellement exclusives, c’est-à-dire de croire qu’elles sont seules à posséder la vérité! Alors, vouloir en accommoder une, c’est souvent se mettre les autres à dos ou faire tellement d’accommodements que cela ne voudra plus rien dire à la fin. Vaut mieux ne pas en faire et n’accepter dans la loi que ce qui est fondé, non des croyances. Sinon, nos lois risqueront d’entrer en contradiction les unes avec les autres et créeront davantage de conflits qu’ils n’en résoudront. Au lieu de faciliter la vie civile, elle sera de plus en plus judiciarisée, les tribunaux devenant le nouveau lieu d’arbitrage. Un exemple poussé à l’absurde l’illustre bien : comme la femme équivaut à un demi-homme dans certaines religions, devrait-on faire juger les causes les concernant uniquement par un homme, au risque d’aller contre l’égalité des sexes qui est dans nos fondements démocratiques, ou par deux femmes pour que le jugement ait le même poids que celui porté par un homme? Poser la question c’est y répondre.


Ainsi, même si je crois en Dieu, je ne peux laisser la société et la politique être guidé par des croyances. Ce serait irrationnel, car je n’ai aucune preuve que ma croyance est fondée, ni celle des autres, et que Dieu intervient dans le monde des Hommes. C’est une croyance et comme toutes les croyances, elle doit être ramenée là où elle doit être : dans la sphère privée et personnelle. Tous doivent être sur le même pied, c’est ce qui est le plus raisonnable pour éviter les guerres sectaires dans la sphère publique. Il faut se rappeler et dire clairement que la religion est une croyance, tout comme de croire à la non-existence de Dieu en est une, car nous n’avons aucune preuve de ce qu’il en est. Même mère Térésa doutait a-t-on appris récemment. (6) Il faudrait donc ouvrir la constitution canadienne pour en éliminer Dieu, car la première ligne de celle-ci se lit comme suit et n’est plus appropriée :


« Attendu que le Canada est fondé sur des principes qui reconnaissent la suprématie de Dieu et la primauté du droit » (7)


C’est pour cette raison qu’une constitution ne devrait pas être barrée à double tour, car elle est marquée par l’époque, les tendances et les débats qui étaient présents lors de sa rédaction, mais qui ont changé depuis. C’est une rédaction humaine qui nécessite parfois d’être révisée.


Comme citoyen, j’espère que vous le saviez, car c’est la loi fondamentale du pays, celle qui définit nos droits et nous représente. Elle fait donc de nous une théocratie, où Dieu peut nous bénir et nous inspirer la guerre par exemple. On est alors en pleine guerre de religion en Afghanistan si on regarde cela sous cet angle. Pour s’en sortir et parler de démocratie, notre constitution devrait plutôt se lire ainsi : attendu que le Canada est fondé sur des principes qui reconnaissent la souveraineté du Peuple et la primauté du droit… Cette formulation irait davantage dans le sens de la démocratie. Suffit de lire Jean–Jacques Rousseau pour s’en convaincre. (8)


Si Jean Charest veut faire une constitution québécoise comme il l’affirme depuis quelque temps, il ne devrait pas y mêler Dieu. Nous nous en porterons que mieux. Dieu aussi d’ailleurs, car de voir ainsi les hommes se battre en son nom, ça doit le faire C… des fois; surtout s’il est à mon image! Toute chose étant égale, cela va de soi, puisque nous sommes aussi à son image! En conséquence, il faut rappeler que Dieu est une croyance et que si on a le droit d’y croire, on ne doit pas l’imposer aux autres. Sauf que la religion dit souvent le contraire : convertissez-les! C’est donc un sujet de discorde et non d’accommodements. Faudrait aussi le dire dans votre rapport.


Je peux croire ce que je veux dans ma vie privée à condition que je respecte la sécurité, l’intégrité et la neutralité du lieu, de ma fonction et des autres dans la sphère publique. Voilà le principe à suivre. Il serait inadmissible qu’une infirmière ou un médecin refuse de faire une transfusion sanguine ou une intervention chirurgicale à un patient parce que ce dernier, le médecin ou l’infirmière est d’une confession religieuse quelconque par exemple ou parce que son horoscope dirait que ça n’ira pas aujourd’hui! Si le patient la refuse par conviction religieuse et qu’il a l’âge de raison, on n’a qu’à le classer comme un suicide idéologique ou religieux. Si le suicide assisté est interdit, alors le code de déontologie doit être invoqué pour le sauver malgré lui, surtout si le code déontologique oblige à porter secours à personne en danger. Ou tu es à l’hôpital pour être soigné ou tu sors si tu refuses de l’être, car telle est la fonction et la mission d’un hôpital : soigner et sauver des gens, pas de les regarder mourir au nom d’une croyance. Si une religion demande d’être soignée selon ses préceptes, elle n’a qu’à se faire construire un hôpital privé non subventionné. La même chose ne pourrait pas s’appliquer aux écoles cependant, car les enfants ne sont pas en âge de choisir et un enseignement basé sur des croyances plutôt que la science serait les hypothéquer pour l’avenir. C’est donc une responsabilité d’État, où les croyances n’ont pas de place. Seul le savoir l’a!


Si l’individu peut porter une croix, un turban, un kirpan, un voile, une burqa ou tout apparat auquel il croit dans sa vie privée, cela ne doit pas être en opposition avec la sécurité, l’intégrité et la neutralité de sa fonction et des autres dans sa vie professionnelle ou publique. Une pompière avec une burqa ne serait pas plus sécuritaire qu’une pompière qui irait nue au feu parce qu’elle est adepte de naturiste! Quand on représente une fonction, on ne représente pas notre religion, ni nos croyances. Si nos croyances nous empêchent de pratiquer un métier ou une profession, ou on ne le pratique pas ou, si on choisit de le pratiquer, on accepte de mettre nos croyances de côté dans sa pratique.


Par contre, l’inverse est aussi vrai. Si des règlements irrationnels et non fondés en droit et en science empêchent des gens de pratiquer un métier ou une profession, ils devraient être nuls et sans avenants! C’était le cas de certaines barrières qui empêchaient les femmes d’accéder au marché du travail à une certaine époque par exemple. Il existe encore de telles barrières aujourd’hui et on devrait y voir. Prenons l’exemple de la police. Un crack en informatique, mais en chaise roulante, ne pourrait pas être dans une escouade spécialisée pour le crime internet par exemple, même s’il était le meilleur candidat pour le poste, car les normes exigent que tous les policiers commencent comme patrouilleurs. La même barrière s’applique à un aveugle, même s’il est le meilleur candidat pour l’écoute électronique! Penserait-on mettre la même mesure pour être juge ou politicien, soit d’avoir commencé comme commis au palais de justice ou au Parlement! Si certaines normes doivent s’appliquer à l’ensemble d’une organisation, d’autres doivent s’appliquer uniquement à des postes et des tâches précises. Qu’il ne faille pas de dossier criminel pour être policier, cela va de soi. Par contre, que pour être traqueur de criminels informatiques ou économiques il faille les mêmes compétences de conduite que pour être patrouilleur ou les mêmes compétences physiques que pour être dans l’antiémeute, ce n’est pas normal. On ne demande pas des études en pédagogie pour le plombier de la commission scolaire par exemple. La même chose devrait être vraie de la police, car ce sont là des barrières non reliées à la tache et plus souvent qu’autrement corporatistes, c’est-à-dire mise en place pour protéger une filière interne de promotion. Cela élimine d’emblée des candidats potentiels pour des postes spécialisés. Et après, la Police viendra nous dire qu’elle doit choisir les crimes qu’elle cible par manque d’effectifs spécialisés! Le problème en est peut-être un de gestion des ressources humaines et de normes. De discrimination! Des changements à la loi doivent être faits, non des accommodements raisonnables et passagers.


D’autres choses sont parfois sans conséquence et relèvent davantage du goût et des choix personnels, comme de porter un foulard en conduisant un autobus si cela n’entrave pas davantage la vision que la casquette. La casquette de chauffeur ne fait d’ailleurs plus partie de l’uniforme, ce qui fait que plusieurs portent la casquette de « baseball » par exemple. Alors, je ne vois pas le problème à porter un foulard ou un chapeau pour une femme! En fait, seul le bon goût et la sécurité doivent être considérés. Ainsi, le couvre-chef ne devrait pas entraver la vision périphérique pour des raisons de sécurité. Une burqa ou un chapeau de pêche avec voile anti moustiques sur le visage ne serait donc pas acceptables je crois, d’autant plus que cela limiterait le contact avec les clients, l’expression faciale étant importants dans la communication. De la même façon qu’il faut parler la langue, il faut aussi respecter les bases de la communication dans un travail qui exige un contact avec le public. Cela est donc vrai pour la personne qui conduit un autobus, mais aussi pour celle qui enseigne ou qui sert à la banque, d’autant plus qu’on ne va pas à la banque masqué!


Cependant, si la neutralité de l’État doit être protégée et qu’un chrétien ne pouvait pas porter une croix apparente sur son costume, aucune exception ne doit être faites peu importe la religion. Si aucun signe apparent n’est permis, ce doit l’être pour tous. Si les signes discrets le sont, ce doit l’être pour tous aussi. Ainsi, la personne qui croit à la laïcité doit avoir le même droit de porter un macaron ou un signe en ce sens que la personne qui porte une croix apparente ou un foulard islamique. Celle qui est politisée ou socialement impliquée devrait avoir le droit de mettre une « pin » ou un macaron du parti politique ou de l’organisme de son choix s’il n’est pas illégal. Ou on exige une neutralité à toutes épreuves de tous ou on s’accommode en mettant une limite dans le code vestimentaire, telle que la taille du macaron ou du signe autorisé. Il m’apparaitrait audacieux de permettre les signes religieux et d’empêcher les signes politiques ou civiques, car pour certains la politique est une religion alors que pour d’autres la religion est politique! Même l’implication civique est politique dans certains cas. Pourquoi quelqu’un ne pourrait pas porter le signe de Greenpeace, de la Croix-Rouge ou d’Héma-Québec au travail par exemple?


Quant au kirpan, qui a suscité tant de débats, je ne vois pas pourquoi porté sous la chemise comme une croix, inapparent, symbolique et inoffensif, il y aurait problème. Par contre, s’il est apparent, porté à la taille par exemple, et a une lame tranchante il devrait alors répondre aux mêmes normes qu’un couteau suisse, un canif ou un couteau utilitaire. Si on a droit à ces couteaux, la même norme (de longueur par exemple) doit s’appliquer au kirpan. Si on n’a pas le droit à ces couteaux, alors on n’a pas davantage droit au kirpan, sauf s’il est symbolique comme une croix ou un signe astral après une chaîne dans le cou. J’ai presque toujours mon couteau suisse sur moi, alors je ne vois pas pourquoi je m’objecterais au kirpan. L’égalité doit être respectée pour tous en droit. C’est le seul critère valable et non discriminatoire.


La foi est une question privée et devrait donc le demeurer. On ne peut imposer ses préceptes ou ses croyances aux autres pour ne pas les importuner, même s’ils sont acceptés. Les croyances ne doivent surtout pas avoir force de loi, car le bien commun doit toujours en être la mesure et la limite. Ainsi, le code vestimentaire peut être accommodant, mais il doit l’être également pour tous. Si le couteau est interdit à l’école, il l’est pour tous. Si les symboles identitaires sont permis, un couteau religieux, symbolique et sécurisé, peut être porté tout comme le foulard; la croix; la casquette de baseball, car cela peut faire partie de mon identité « américaine » au sens d’appartenance continentale; ou la traditionnelle veste « carreautée » pour ne nommer que ceux-là!


Une fois on m’a interdit d’entrer dans la salle du conseil municipal à l’Hôtel de Ville de Montréal parce que je portais un « veston jeans ». J’y allais pour une commission publique sur l’urbanisme, donc ouverte à tous par principe. Naturellement j’ai obtempéré et laissé mon veston au vestiaire, mais c’était discriminatoire, car on permettait l’entrée des gens qui avaient un veston cravate dans la salle. Qui dit que quelqu’un ne pourrait pas avoir une arme à feu sous son veston cravate? Alors, ou on autorise le veston ou on ne l’autorise pas, qu’il soit en jeans ou d’un tissu plus chic, pour des raisons de sécurité. Dans le privé c’est autre chose, car la concurrence fera en sorte que d’autres possibilités s’offriront à la clientèle qui voudra être en jeans et si la demande est là, celui qui refuse le jeans devra s’ajuster ou fermer. Mais, dans une réunion citoyenne le critère doit être le même pour tous.


Un autre exemple. Malgré mes croyances, être appelé à témoigner en cour, je ne jurerais pas sur la Bible, car je suis conscient que c’est une croyance. Je le ferais davantage sur le contrat social de Jean-Jacques Rousseau comme citoyen. J’aimerais aussi avoir le droit de mâcher ma gomme, car il est scientifiquement prouvé que la gomme accroît la performance cérébrale. Ne pas avoir le droit d’entrer dans un tribunal avec ma gomme irait donc contre les plus récentes découvertes scientifiques, pas des croyances, et cela m’agacerait au plus haut point, car :


Chewing gum may help to make people smarter by improving memory and brain performance, research suggests.


In tests, scientists found the ability to recall remembered words improved by 35% among people who chewed gum.” (9)


S’il y a un changement à proposer, ce serait celui-là : accordez plus de place aux avancées scientifiques qu’aux croyances, qu’à l’irrationalité et qu’aux corporatismes dans l’espace public et politique, ce qui inclut les institutions d’État et de la société civile. Tel serait le propre d’une société avancée selon moi. Avec une telle révision des normes on aurait moins besoin de mesures d’exceptions comme des accommodements raisonnables, car ce qui est raisonnable serait dans la loi et ce qui ne l’est pas n’y serait pas tout simplement.


Notes :


1. Genevievre Nootens, Moralité fondamentale et normes subjectives : la justification d’un cadre moral commun dans une société libérale, in Luc Vigneault et Bjarne Melkevik (Sous la direction de), 2006, Droits démocratiques et identités, PUL (www.pulaval.com): Administration et droit, Collection Dikè, p. 34.

2. COULON, Alain, 1987, L'ethnométhodologie, France: P.U.F., col.«Que sais je?» ; Mattelart, Armand, et Neveu, Érik, 2003, Intrduction aux Cultural Studies, Paris : La Découverte, col. Repères.


3. 2003, Incendies, France : Actes Sud / Québec : Leméac, 96 pages, ISBN 2-7427-4373-1 / F79759, www.actes-sud.fr)


4. Handfield, Michel, Le feu n’est pas pris! Ou commentaires autour des débats actuels sur l’accommodement raisonnable à la lumière d’Incendies de Wajdi MOUAWAD (France : Actes Sud et Québec : Leméac, 96 pages), Societas Criticus, revue de critique sociale et politique, Vol. 9 no. 2, Essais. Ces textes est disponibles sur le site de Bibliothèque et Archives Canada (http://epe.lac-bac.gc.ca/100/201/300/societas_criticus/) et de Bibliothèque et Archives nationale du Québec (http://www4.banq.qc.ca/pgq/2006/3212330/3212330.htm).


5. De mémoire, il s’agissait d’un cours avec feu Marcel Rioux (1919-1992) à l’Université de Montréal au début des années 1980. C’était soit Sociologie du Québec, soit Culture, connaissance et idéologie.


6. « Mère Teresa, qui pourrait être canonisée, a souffert dans sa foi tout au long de sa vie et même douté de l'existence de Dieu, selon de nouvelles lettres qui viennent d'être rendues publiques. » (AFP, Publication de nouvelles lettres - Mère Teresa doutait de l'existence de Dieu, Le Devoir, Édition du lundi 27 août 2007 : www.ledevoir.com/2007/08/27/154687.html)


7. http://lois.justice.gc.ca/fr/Charte/index.html


8.Rousseau, Jean–Jacques, 1992 [1762], Du contrat social, France: Grands écrivains


9. BBC/News, Wednesday, 13 March, 2002, 15:16 GMT, Chew your way to a better brain, http://news.bbc.co.uk/1/hi/health/1870763.stm


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Il faut mettre fin au carnage!

Ou propos sur la démocratie

Michel Handfield


Societas Criticus, revue de critique sociale et politique, Vol. 9 no 5, Essais : www.societascriticus.com


10 juillet 2007


Ces dernières semaines, il n’y a pas eu que les festivités, comme les fêtes du Québec et du Canada, le Festival de Jazz, le Festival d’été de Québec et Juste pour rire pour ne nommer que ceux là. Trois nouvelles ont particulièrement attiré mon attention et il vaut la peine que je partage mes réflexions avec vous.


D’abord, la guerre en Afghanistan a tué une soixantaine de soldats canadiens et un diplomate depuis 2002 m’apprennent différentes sources. Ce bilan devrait aussi continuer de s’alourdir au cours des prochains mois, ce qui fait que plusieurs parmi nous revendiquent la fin de notre implication en terres afghanes pour cette seule raison : elle fait trop de morts chez nos militaires. Défendre la démocratie vaut-il tant de pertes? Oui, diront certains, mais comme ici on ne défend pas la démocratie, mais seulement des intérêts économiques reliés au pétrole (on serait là pour que les États-Unis soient en Irak) c’est une raison de se retirer répondront plusieurs autres en cœur. Êtes-vous sûr et, surtout, êtes-vous prêt à aller au bout de ce raisonnement? Seriez-vous prêt à arrêter ces guerres si vous en aviez les moyens? Nous y reviendrons tout au long de ce texte comme vous le verrez, car tout est dans tout comme le disait le philosophe grec Anaxagore. (1)


Ensuite, pour rester dans les pertes de vie, une autre nouvelle a attiré mon attention : la route québécoise a fait 717 décès en 2006. (2) Beaucoup plus qu’en 5 ans de présence canadienne en Afghanistan! Faudrait-il interdire l’automobile et instaurer des transports collectifs partout au Québec, surtout que les immenses besoins de pétrole que l’on tient responsable de cette guerre sont en partie dus à l’automobile ! En arrêtant l’un, on ralentirait au moins l’autre, surtout si plusieurs de ces guerres existent pour des raisons économiques liées en large partie au contrôle des sources d’énergies ou de leur distribution, comme le passage d’oléoduc ou de gazoduc sur un territoire national. C’est ce que nous disent plusieurs analystes (3) et ce que retient la croyance populaire.


Si cette croyance est sagesse, sommes-nous prêt à nous départir de nos automobiles, ou au moins de n’en conserver qu’une et à covoiturer ? Serions-nous prêt à demander au Gouvernement du Québec de légiférer en ce sens, en n’immatriculant qu’un véhicule par adresse par exemple, exception faite des véhicules de travail réellement justifiés, ou en accroissant de façon exponentielle les immatriculations multiples à une même adresse : le double pour le second véhicule, le triple pour le troisième et ainsi de suite.


En fait, pourquoi ne pas en arriver à l’abandon volontaire de la voiture personnelle au cours des prochaines années, surtout si cela a un impact sur les conflits dans le monde, avec le recours à des services d’autos communautaires (www.communauto.com/) et de location temporaire pour répondre aux besoins particuliers des citoyens. Si l’automobile individuelle est à la fois un vecteur de guerre et de décès au Québec, pourquoi ne pas l’abandonner si nous sommes contre ces morts inutiles et, surtout, évitables? On pourrait encourager le transport en commun, surtout qu’on est producteur d’autobus (www.novabus.com/), de trains, de wagons de métro et de tramways (www.bombardier.com/), ce qui ne ferait qu’encourager notre économie et nos entreprises. C’est donc l’occasion d’allier le geste à la parole à moins que nous préférions que d’autres aillent se battre pour assurer notre ration d’essence! Répondons honnêtement à cette question si nous croyons qu’on est là uniquement pour le pétrole.


Remarquez que si on est là pour la démocratie, c’est autre chose, ce qui n’empêche pas de réduire notre consommation pétrolière en alliant la marche, le transport en commun et le vélo à l’automobile, car il y a de toutes manières des intérêts économiques à ces guerres. Cependant, il est vrai qu’il a fallu du temps avant qu’on se décide de parler de démocratie en Afghanistan : il a fallu les attentats du 11 septembre 2001 pour qu’on s’intéresse à cette partie du monde et au sort qui était fait à ses citoyens sous le régime des talibans! Et même avec une présence occidentale, la force de la religion étouffe encore la démocratie telle que nous l’entendons en occident. Ainsi, pas plus tard qu’en 2006, un Afghan fut condamné à mort pour apostasie, peine qui n’a pas été appliquée suite aux pressions occidentales ! (4) C’est dire qu’il y a beaucoup de travail à faire quand Foi et religion sont au dessus des droits humains et démocratiques. Cependant, est-ce une raison d’abandonner ? Je ne le crois pas, même si cette guerre a débuté sous d’autres prétextes, comme la guerre au terrorisme.


Maintenant qu’on parle de démocratie, il faut que la communauté internationale la porte, mais il faut aussi qu’on aille au-delà de la guerre, soit vers l’éducation et la construction d’une culture et d’institutions démocratiques. Ce n’est donc pas un projet de quelques mois, ni de quelques années, mais de quelques décennies au minimum. Somme nous prêt à soutenir ce projet, mais pas seul, ni toujours en tête de mission; donc avec le concours de la communauté internationale ? Cela est très important, car une défaite de la démocratie ferait mal, les régimes démocratiques n’étant pas majoritaire dans le monde :


« Selon ces calculs, en 2005, il y avait 88 démocraties dans le monde (les pays inférieurs à un demi million d'habitants n'étant pas comptabilisés), sachant que l'ONU reconnaît 195 États aujourd'hui. Cela est un net progrès vis-à-vis de 1946, où il n'y en avait que 20. Ce progrès est dû notamment à la fin de la Guerre froide (démocratisation des pays de l'Europe de l'Est) et à la démocratisation du continent sud-américain depuis la fin des années 1980. » (5)


Cela soulève aussi une autre question fondamentale pour les démocraties. Jusqu’à quel point doit-on accorder de l’importance aux croyances religieuses dans la loi, car les dogmes peuvent aller contre la démocratie et la science, car ils sont vérités. Ils tendent donc à imposer leurs croyances au dépends des autres sectes, mais aussi de la science et de la démocratie. Une chose qui devrait nous faire réfléchir est la suivante :


« De la panoplie de chiffres publiés en Grande-Bretagne depuis une semaine, un mérite une attention particulière tant il met en relief le haut degré de fanatisme qui caractérise plus que jamais la nébuleuse al-Qaïda. Qu'on y pense: 37 % des musulmans britanniques âgés de 17 à 24 ans aimeraient vivre sous le régime de la charia plutôt que sous la loi britannique. Non seulement ça, ils souhaiteraient que le berceau de l'habeas corpus, de la Common Law et du Bill of Rights de 1689 soit transformé en un califat. » (6)


En même temps, Benoît XVI, revient aux traditions fondamentalistes de l’église avec le retour du latin. (7) J’espère que cela n’est pas une prémisse à un repli du catholicisme sur lui-même, après des années de dialogue, ni aux guerres interconfessionnelles qu’on a connu il n’y a pas si longtemps encore. Pensons au conflit entre catholiques et protestants irlandais qui a persisté pendant de nombreuses décennies par exemple et qui n’est pas si loin.


Ceci nous conduit à notre troisième point. La place de Dieu dans notre constitution !


En Afghanistan on combat des gens qui disent imposer un régime au nom d’une conception de Dieu. Mais, avec Dieu, il n’y a pas moyen de discuter, car il s’agit de dogmes et de Foi, donc d’une vérité indiscutable. Il ne peut donc pas y avoir place aux débats et aux choix démocratiques. Maintenant que nous le savons et à moins de nier l’évidence, on devrait ouvrir notre propre constitution pour en éliminer Dieu, car la première ligne de celle-ci se lit comme suit :


« Attendu que le Canada est fondé sur des principes qui reconnaissent la suprématie de Dieu et la primauté du droit » (8)


Comme citoyen, j’espère que vous le saviez, car c’est la loi fondamentale du pays, celle qui définit nos droits et nous représente. Elle fait donc de nous une théocratie, où Dieu peut nous bénir et nous inspirer la guerre par exemple. On est alors en pleine guerre de religion en Afghanistan si on regarde cela sous cet angle. Pour s’en sortir et parler de démocratie véritable, notre constitution devrait plutôt se lire ainsi : Attendu que le Canada est fondé sur des principes qui reconnaissent la souveraineté du Peuple et la primauté du droit… Cette formulation irait davantage dans le sens de la démocratie. Suffit de lire Jean–Jacques (9) pour le voir.


Si Jean Charest veut faire une constitution québécoise comme il l’affirme depuis quelques temps (10), il ne devrait pas y mêler Dieu. Nous nous en porterons que mieux. Dieu aussi d’ailleurs, car de voir ainsi les hommes se battre en son nom, ça doit le faire C… des fois; surtout s’il est à mon image!


Cette affirmation n’est ni hérétique, ni un manque de respect et je tiens à le spécifier pour quelques uns, car si Dieu nous a fait à son image comme le dit la Bible, toute chose étant égale, il est donc à la notre aussi! Donc à la mienne comme à celle de Bush, Harper, Chrétien, Marois, et Ben Laden pour ne nommer que ceux là. Bref, aussi bien ne pas lui donner de responsabilité constitutionnelle et politique en plus de tout ce qu’il a déjà à s’occuper le pauvre homme. Il a beau être Dieu, la politique doit le brûler des fois! Elle doit donc demeurer une affaire d’Homme et Dieu se retirer de la constitution, car il a assez du spirituel à s’occuper de toutes manières. Je trouve qu’il en a déjà plein les bras de la politique dans certains coins du monde sans lui en mettre plus sur les épaules. Pensons donc à ce pauvre vieillard et enlevons lui toutes responsabilités constitutionnelles, car la constitution et la démocratie sont affaires d’Homme! Il nous en remerciera.

Notes :


1. J’ai trouvé le nom du philosophe dans une transcription de l’émission de Par 4 chemins de Jacques Languirand sur le site de Radio-Canada, car il faut donner à Jacques ce qui est « Par… » Jacques :

www.radio-canada.ca/par4/vb/vb990610.html


2. Isabelle Porter, Sécurité routière: le gouvernement sévira contre les mauvais conducteurs, in Le Devoir, édition du vendredi 06 juillet 2007 : www.ledevoir.com/2007/07/06/149543.html


3. A ce sujet, voir Laurent, Eric, 2006, La face cachée du pétrole, France/Canada : Plon


4. Afghanistan 2005-2006 : Retour à la guerre civile généralisée, in L’État du monde CD-ROM.


5. « Comptabilisation des démocraties » dans l’article Démocratie de Wikipédia : http://fr.wikipedia.org/wiki/D%C3%A9mocratie. Je vous suggère cet article, notamment pour les notes et les renvois que nous ne pouvons aussi citer ici.


(6) Serge Truffaut, La pureté dangereuse, in Le Devoir, édition du lundi 09 juillet 2007 : www.ledevoir.com/2007/07/09/149819.html


(7) « Ainsi, rompant avec le concile Vatican II, il vient de permettre l'usage du latin comme langue liturgique. (…)

Certains voient dans cette décision du pape une invitation aux éléments ultra-conservateurs de revenir au bercail romain, sinon une confirmation que le Vatican n'entend pas s'engager, malgré le voeu des milieux «libéraux», dans des changements doctrinaux ou institutionnels d'importance. »


(…)


D'autres décisions de Benoît XVI pourraient davantage indiquer un strict retour aux traditions. La presse italienne évoquait ces jours-ci la publication imminente d'un document de Rome réaffirmant que l'Église catholique est la seule et véritable expression de la foi chrétienne

(Jean-Claude Leclerc, La stratégie de Benoît XVI - De la messe en latin à Jésus de Nazareth, in Le Devoir, édition du lundi 09 juillet 2007 : www.ledevoir.com/2007/07/09/149812.html)


8. http://lois.justice.gc.ca/fr/Charte/index.html


9. Rousseau, Jean-Jacques, 1992 [1762], Du contrat social, France: Grands écrivains.


10. M. Charest. « n'exclut d'ailleurs pas la possibilité que le Québec puisse adopter une constitution proprement québécoise afin d'affirmer des valeurs communes » nous apprenait Kathleen Lévesque dans l’édition du jeudi 05 juillet 2007 du Devoir : Le PLQ aussi aura sa saison des idées. Voir www.ledevoir.com/2007/07/05/149404.html


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Le feu n’est pas pris! Ou commentaires autour des débats actuels sur l’accommodement raisonnable à la lumière d’Incendies de Wajdi MOUAWAD (France : Actes Sud et Québec : Leméac, 96 pages)


Michel Handfield


Societas Criticus, revue de critique sociale et politique, Vol. 9 no 2, Essais : www.societascriticus.com


14 février 2007


J’ai reçu ce livre (Mouawad, 2003) peu de temps après avoir vu la pièce, car je l’ai demandé. J’avais mes raisons. Je l’ai cependant laissé reposer quelques temps pour ne pas avoir la pièce en tête en le lisant. Je la voyais quand même à la lecture, car elle fut marquante.


Pour être honnête l’idée de demander ce livre m’est venue après avoir écrit ces quelques lignes en conclusion de mon texte sur la pièce (Societas Criticus, Vol. 8, no. 7):

«  C’est une pièce intéressante sur laquelle j’aurais pu écrire davantage, mais il est plus plaisant de la découvrir au théâtre. C’est aussi un texte fort qui mériterait d’être lu, surtout si vous ne voyez pas la pièce. Car en démontant les mécaniques de la production/reproduction de la haine, cette pièce démonte les mécaniques de la guerre, de toutes les guerres. Après, une fois que nous aurons compris, il faudra consoler, guérir et reconstruire. Une pièce à voir. Une pièce qui devrait être jouée à l’ONU.


Si le Canada veut vraiment faire de quoi pour la paix, il devrait en offrir une représentation à l’ONU, rien de moins! »


Je voulais donc voir la force du texte seul. Je ne fus pas déçu : le texte porte. Il est costaud, mais pas lourd, vu la pointe d’humour qu’y met le notaire Hermile Lebel avec ses péronismes dont voici un exemple : « On vous demande pas d’inventer le moteur à quatre trous. » Ça dit tout!


Ce serait un texte à faire lire à la fin du secondaire ou au début du cégep, car il susciterait des discussions intéressantes sur les préjugés, mais aussi les coutumes et les traditions qui étouffent les citoyens, qu’elles soient culturelles ou religieuses. Sur l’éducation comme moyen de sortir de l’ignorance et de la haine qui se perpétue sans qu’on ne sache vraiment pourquoi elle est là. On n’aime pas l’autre seulement parce qu’il est autre. Et c’est pareil de sa part, car la haine c’est comme le bonheur : ça se partage et ça se transmet de génération en génération, peut être même plus facilement que la paix et le bonheur. Malheureusement!


« Nazira [la grand-mère sur son lit de mort]. Je m’en vais Nawal. Pour moi, ça se termine, la lumière sera bientôt là, mais toi Nawal, toi… ça ne fait que commencer… Nous, notre famille, les femmes de notre famille, sommes engluées dans la colère depuis si longtemps : j’étais en colère contre ma mère et ta mère est en colère contre moi tout comme tu es en colère contre ta mère. Toi aussi tu laisseras à ta fille la colère en héritage. Il faut casser le fil. Alors apprends à lire, apprends à écrire, apprends à compter, apprends à parler. Apprends. Puis va-t’en. » (Mouawad, p. 29)  


Il faut donc briser cette chaîne pour s’en sortir. Là est tout le propos de la pièce.


92 pages de texte signifiant. Cette pièce pourrait être montée par des étudiants en français théâtre (cégep) par exemple et être l’occasion de discussions par la suite. Mais, si elle pourrait être au programme du cégep, j’en placerai quand même la lecture en secondaire IV ou V pour des raisons stratégiques : rejoindre le plus grand nombre de citoyens en devenir. Il y a de ces textes qui sont formateurs. C’en est un et on ne doit pas passer à côté. Pourtant je ne suis pas un lecteur de littérature, mais d’essais. Par contre je sais en reconnaître un quand je le vois.


***


Ce texte a un caractère universel. Si on peut « identifier » le Québec, vu le langage de Simon (fils de Nawal) et du notaire, on peut aussi identifier l’ailleurs : le Liban ou l’Afghanistan par exemple. Et même si l’on est porté à identifier le premier, sachant que l’auteur est né au Liban avant de venir à Montréal en passant par la France, en d’autre temps, c’eut pût être l’Allemagne nazie, la France collabo, l’Italie mussolinienne, l’Algérie ou n’importe quelle dictature religio-ethnique, car la mécanique de la haine et de la violence est la même partout. Transmise, intériorisée et, enfin, organisée et tournée vers un « ennemi » que l’on identifie comme le mal! Celui qui nous terrorise, qui a le « mauvais œil », qui « vole nos jobs » ou qui menace nos traditions selon les endroits et le langage populaire. (D’après Societas Criticus, Vol. 8, no. 7)


Aujourd’hui on peut penser au débat sur la place de la religion et des accommodements raisonnables dans la société québécoise. Ce texte pose donc des questions fondamentales qui traversent toutes les sociétés et toutes les époques. Les croyances versus la science. Le Pouvoir de l’ethnie, de la religion, du groupe ou du clan versus la démocratie citoyenne et les droits de la personne. Une question qui se pose ici avec acuité, car le multiculturalisme, le droit de la culture et de la tradition, peut aller contre le droit individuel. Le désir et le droit d’émancipation face à sa culture. Nawal a quitté son pays pour fuir ces ancrages qui la consumaient, qui l’emprisonnaient dans une tradition qu’elle refusait. Ils ont maintenant rejoint ses enfants au nom du multiculturalisme! Un jugement à d’ailleurs été rendu il y a quelques années sur ce sujet. Le texte que j’avais écrit à cette occasion se trouve en annexe, car il est encore signifiant près de 10 ans plus tard.


Depuis la nuit des temps, des esprits rationnels et scientifiques sont condamnés pour avoir mis en cause des « vérités » religieuses ou culturelles; des croyances des anciens :


« En mars 1616, l'Inquisition sanctionne Copernic pour sa théorie héliocentriste. Dix-sept ans plus tard, un autre astronome de génie [Galilée] est réduit au silence par l'Eglise, qui ne l'a toujours pas réhabilité officiellement. » (Chélini, Jean)


Les questions changent, mais ce sont toujours des croyances et des traditions qui affrontent la science; une parole divine ou traditionnelle, « véridique » et immuable par définition, qui fait face (ou front!) aux découvertes scientifiques et de la modernité. Un ordre divin du monde face à un savoir qui le remet en cause et le renvoi au rang de croyance et de mythologie. La connaissance et la rationalité scientifique face à une parole donnée, soit par Dieu, les extra-terrestres, les gourous, les prophètes ou les anciens, mais surtout immuable. Une culture donnée face à une personne de moins en moins monolithique, mais de plus en plus exposée à de multiples influences culturelles et scientifiques, mais aussi à des influences sectaires, ésotériques et idéologiques pour ne nommer que celles là.


Une personne appelée à faire des choix de plus en plus complexes, mais pas nécessairement outillée pour le faire, face aux méthodes de recrutement (d’enrégimentement!) de certains groupes idéologiques, spirituels ou religieux, car l’éducation est de moins en moins centrée sur le développement d’un esprit critique et indépendant que sur des valeurs utilitaristes et d’employabilité. La personne est laissée seule face à des groupes et des entreprises qui ont une machine de recrutement, de marketing et de relations publiques bien rodée; qui ont les moyens financiers de leurs ambitions; et, surtout, qui ont souvent les moyens de créer l’opinion et la demande en manipulant l’information. Tu es obligé de penser comme on te le dit pourrait résumer la pensée de Nawal ici. Mais où fuir, quand c’est le propre de la mondialisation d’homogénéiser les choses?


L’individu, le citoyen, devrait pourtant être irréductible à un seul trait de sa personnalité ou une seule caractéristique que l’on attribue à son groupe d’appartenance, car cela est réducteur et fausse la réalité. Cela crée aussi de fausses perceptions chez les gens, ce qui est probablement à l’origine des préjugés et du racisme. Pourquoi une musulmane ne pourrait-elle pas être socialiste ou anarchiste; un juif ou un chrétien communiste; tout comme un états-unien conservateur ne pourrait pas promouvoir le développement d’entreprises vertes? L’Homme naît bon, l’idéologie le corrompt et les médias le confirment pourrait-on dire pour paraphraser Rousseau! Suffit de regarder derrière ce masque pour retrouver sa vraie nature pourtant. (1)


Si la religion ne constitue qu’une facette parmi d’autres, pour certaines personnes c’est la seule cependant au point de refuser la réalité d’aujourd’hui et la modernité. On ne peut négocier avec Dieu! C’est ainsi que dans certaines écoles on peut enseigner le créationnisme malgré les preuves scientifiques qui vont à l’encontre de cette théorie biblique qui n’a d’autres fondements que la croyance qu’on y porte. On peut aussi enseigner que la terre est au centre du monde et que c’est le soleil qui tourne autour d’elle au delà de tout entendement!


Au besoin, l’enseignement escamotera totalement la science et la modernité pour se concentrer sur les saintes écritures, formant ainsi des ignorants que la religion manipule. Des exemples de ce genre, il y en a dans toutes les confessions. Chez certains juifs par exemple…


« les 60 garçons qui fréquentent l'établissement ne reçoivent aucune éducation générale laïque, mais seulement des cours de religion. « La philosophie religieuse l'emporte sur toutes les autres philosophies, explique M. Bensimhon. C'est leur façon de vivre, de voir les événements. » Ces jeunes Québécois étudient l'ensemble de la tradition juive pendant cinq ans. Il s'agit d'études théologiques poussées, mais aucun cours de français, de biologie ou d'histoire canadienne n'y est dispensé. » (SRC Nouvelles, 6 septembre 2006)

Mais, nous avons aussi nos sectaires pure laine! À l’école de la Mission de l'Esprit-Saint de la région de Joliette, un groupe Chrétien « enseigne que la Terre est toute seule dans l'univers, que le Soleil est une illusion qui représente Satan. » (SRC Nouvelles/Montréal, Mission de l'Esprit-Saint: Des résultats scolaires désastreux)


C’est contre ce fondamentalisme d’une grande noirceur que s’est battue Nawal suivant les conseils de sa grand-mère (Nazira) :


« Apprends à lire, à écrire, à compter, à parler : apprends à penser. Nawal. Apprends. » (Mouawad, p. 29)

Le changement, la transformation, vient du savoir, car à sa lumière reculent les mythes et les préjugés qui préfèrent les zones d’ombres pour faire peur et contrôler. C’est ainsi que l’écriture et la lecture doivent être contrôlées; les livres et les journaux mis à l’index ou brûlés; le cinéma et l’internet censuré tout comme la musique, car les idées représentent un danger :


« Soldat 1. Tu raisonnes. Alors vous êtes peut être ces deux femmes que nous cherchons depuis deux jours. Toute notre milice les cherche et les militaires venus du pays au sud, ceux qui nous aident, les cherchent aussi. Elles écrivent et mettent des idées dans la tête des gens. » (Mouawad, p. 54)

Une question qui pourrait se poser à la suite de cette lecture serait la suivante : Doit-on accepter toutes les coutumes et traditions ou certaines d’entres elles doivent être discutées sur la place publique et reconsidérées, notamment si elles vont à l’encontre des valeurs de savoirs, d’égalité et de justice de la société? (2)


Si cette question est d’actualité ici, elle se pose aussi ailleurs. Des réformistes et des démocrates, il y en a de toutes cultures et nationalités, croyants ou non croyants, même si souvent ils ne parlent pas par peur de représailles. Ce n’est pas que la majorité serait contre eux, mais certains conservateurs ont des moyens de coercitions qui font taire encore davantage la majorité silencieuse! « [D]ans une situation pareille, les souffrances d’une mère comptent moins que la terrible machine qui nous broie. » (Mouawad, p. 58)


Si, au nom de Dieu, cela peut être vrai dans un petit village du Liban, d’Irak, d’Israël ou d’Afghanistan, cela peut aussi l’être dans le « Bible Belt » États-uniens ou dans certains petits villages québécois et canadiens. Un athée ferait parfois mieux de ne pas s’afficher comme tel et de ne passer que pour un non pratiquant aux yeux du village. Un homosexuel ne devrait pas s’afficher, surtout aux États-Unis où la loi contre la sodomie a encore bien des supporteurs malgré un jugement rendu par la cour suprême le 26 juin 2003. Certains États ont d’ailleurs contourné ce jugement en n’appliquant cette loi qu’aux homosexuels ou en condamnant la sollicitation pour sodomie. (Voir Sodomy Laws in the United States) Bref, au pays des libertés il y a encore bien des tabous religieux qui sont respectés! Ce n’est donc pas le travail de quelques mois que de changer cela.


Si les croyances sont au Pouvoir, changer les mentalités ne sera pas facile. Cela ne peut se faire qu’en séparant l’éducation des faits (scientifiques) de celle des des croyances. Mais, obtenir une éducation laïque et scientifique n’est pas une mince affaire si ce sont les groupes religieux et fondamentalistes qui sont au pouvoir et qui ont la responsabilité d’éduquer selon leurs traditions et coutumes. L’éducation pourrait ne pas s’appliquer aux filles par exemple. Si ici il ya longtemps que l’on parle d’égalité dans l’éducation, ailleurs ce n’est pas nécessairement le modèle qui prime :


« La discrimination à l’endroit des filles commence très tôt. Les coutumes accordent souvent la préférence aux garçons. Si les parents n’ont pas les moyens de payer des études à tous leurs enfants, seuls les garçons fréquenteront l’école. Si les collectivités sont trop démunies pour construire des écoles distinctes pour les filles et pour les garçons, alors elles le feront pour ces derniers seulement. Les fillettes doivent souvent faire des travaux ménagers et assumer des responsabilités domestiques qui leur laissent peu de temps pour l’école. » (ACDI)


Par contre, au nom du multiculturalisme, certains pourraient être tentés d’importer ce modèle au nom de leurs coutumes, croyances ou cultures, ce qui irait à l’encontre de nos droits et libertés individuelles. C’est là que les deux piliers dont le Canada est le plus fier s’affrontent : les droits de la personne et le multiculturalisme (l’interculturel dans le cas du Québec).


Quand je dis cela, je ne vise pas les communautés culturelles dans leur ensemble, mais certainement quelques éléments plus intégristes de ces communautés. Mais attention, nous avons aussi nos intégristes pure laine qui voudraient eux aussi revenir à des valeurs ancestrales sur les même principes juridiques de l’appel à une culture et une tradition passée ou religieuse. Il faut en être conscient. Nous avons nos fascistes dans nos rangs.


Par opposition, la majorité, au contraire, est fière de voir ses enfants aller à l’école et même à l’université, car ils ont souvent quitté leur pays et ses coutumes qu’ils jugeaient comme un empêchement à leur développement et à celui de leurs enfants. D’ailleurs, et c’est universel, les parents cherchent généralement le bonheur et la sécurité pour leur progéniture. Leur développement. Sur ce point, on se ressemble et on devrait s’entendre. À Montréal il n’est d’ailleurs pas rare de croiser des filles de toutes nationalités et confessions religieuses à l’université, tant francophones (Montréal et UQAM) qu’anglophones (Concordia et McGill). Certaines peuvent porter le voile, d’autres non, même si elles sont de culture musulmane. Tant que c’est un choix personnel et non une obligation qui leur est faite, cela respecte leurs droits comme celui de porter le jeans, la robe, ou la minijupe. Si la cornette de sœur est moins fréquente, c’est tout simplement que les nouvelles vocations sont une rareté chez nous.


Cependant, il y a des idéologues qui vont s’opposer à cette émancipation au nom d’une culture ou d’une idéologie, qu’elle soit ethnique ou religieuse. On doit donc défendre nos droits et libertés fondamentales face à ces dérives faites au nom d’une culture ou d’une religion, mais cela s’adresse autant à des juifs, musulmans, chrétiens ou toutes autres sectes, car certains de ces idéologues sont aussi de souche. On ne le répétera jamais assez je crois. Par exemple, à la Mission de l’Esprit-Saint de Joliette…


« De plus, les jeunes filles qui sont membres de cette communauté se marient souvent à l'âge de 14 ans et abandonnent l'école pour faire des enfants et s'occuper d'eux. « Les filles se marient vraiment à 14 ans, j'en ai vu. Et une fois mariées, elles ne vont plus à l'école », assure une ex-membre. » (SRC Nouvelles/Montréal, Mission de l'Esprit-Saint: Des résultats scolaires désastreux)


Il faut donc faire très attention aux dérives, aux généralisations et aux préjugés faciles même s’il ne faut pas craindre de poser certains principes. Par contre, ce peut être difficile, car notre constitution reconnaît d’abord Dieu et ensuite la primauté du droit. La PARTIE I de la CHARTE CANADIENNE DES DROITS ET LIBERTÉS débute d’ailleurs sur ces mots :


« Attendu que le Canada est fondé sur des principes qui reconnaissent la suprématie de Dieu et la primauté du droit ». (3)


En conséquence, Dieu est premier, le droit second, ce qui fait que si l’on parle au nom de Dieu, peut-on remettre en cause non seulement les droits, mais aussi les lois? Les idéologues de tout acabit peuvent donc en profiter. Cela est plus inquiétant de mon point de vue.


Dieu devrait-il être enlevé de notre constitution? Je crois que oui pour raison de messages contradictoires de sa part à moins que tous s’entendent sur un et un seul message de Dieu. Malheureusement nous n’avons aucun texte écrit et signé de sa main pour nous guider, car il est soi-disant toujours passé par des intermédiaires. Même si je crois en Dieu, j’ai toujours un doute sur ce qu’on nous en dit ou sur ceux qui parlent pour lui. Je suis aussi conscient que c’est une croyance tant de croire en son existence qu’en sa non existence sous quelques formes que ce soit. Cela permet de relativiser les choses. D’ailleurs, même Nietzsche à écrit sur Dieu : « Serait-ce possible! Ce vieux saint dans sa forêt n’a pas encore entendu dire que Dieu est mort! » (Nietzsche, F., 1998, p. 17)


Même si la religion a perdu sa place dominante depuis quelques décennies au Québec, c’est un gain encore fragile. Certains groupes et individus préfèrent encore une éducation idéologico-religieuse pour leurs enfants plutôt qu’une éducation laïque et scientifique malgré toutes les dérives possibles d’une telle formation. Il n’y a pas si longtemps Le Devoir nous apprenait « que certaines écoles privées de confession chrétienne, malgré le fait qu'elles soient reconnues par le ministère, ne respectent pas le régime pédagogique » et que le créationnisme est enseigné dans certaines d’entre elles. (Lussier, Judith, 2006) Pensons aussi à l’enseignement du Dessein intelligent qui n’a aucun fondement scientifique sauf l’appui de groupes religieux et du Président George W. Bush aux États-Unis. Même s’il fut refusé dans plusieurs États, ce n’est pas partout. Par exemple, « Kansas schools can teach 'intelligent design' » (USA Tooday, 2005-11-08).


Certains obtiennent aussi des dérogations pour faire l’école à la maison ou dans la communauté au détriment de la qualité de l’éducation de leurs enfants. C’est notamment le cas de certaines sectes comme la Mission de l'Esprit-Saint dont nous avons parlé plus haut. Ces dérives datent de bien avant celles des « accommodements raisonnables ». En fait, il y a des principes non négociables qui doivent être affirmés, comme l’égalité des droits entre hommes et femmes et le droit de disposer de son corps et de son esprit par exemple. Il y a donc une limite à imposer nos choix aux autres, même à nos enfants. Question de logique cependant, ces limites ne sont pas les mêmes dans toutes les sphères de la vie. Il y a une différence entre vérifier ce que son enfant regarde à la télé ou imposer qu’il ne soit pas opéré s’il en a besoin, au risque de mourir au nom d’une croyance religieuse! La Foi ne doit pas devenir un permis de tuer par procuration par exemple. Il y a aussi une différence entre punir une enfant de 13 ans qui s’est saoulée dans le sous-sol et imposer l’avortement contre son gré à sa fille. On peut par contre lui expliquer notre point de vue et lui faire rencontrer des professionnels.


Nawal aurait certainement aimé que ces limites soient posées dans son milieu pour assurer sa liberté de choix :


« Selon Marie McAndrew, titulaire de la chaire en relations ethniques et professeure à la faculté des sciences de l'éducation de l'Université de Montréal, «le gouvernement ne peut pas empêcher les parents d'envoyer leurs enfants à l'école de leur choix, mais il doit protéger les droits des enfants. C'est comme une garde partagée!».


Interrogée au sujet de l'enseignement donné aux juifs hassidiques, elle explique que «l'enfant doit connaître ce qui existe à l'extérieur de sa religion et savoir qu'il peut en sortir». Reste à savoir si un enfant baignant dans un apprentissage exclusivement centré sur la Bible peut s'ouvrir à d'autres perspectives... » (Lussier, Judith, 2006)


Il ne faudrait jamais oublier qu’une croyance est une croyance, non une vérité vérifiable et vérifiée. Croire n’est pas une preuve. La religion, comme toutes croyances, est donc du domaine privée. On ne peut, ni ne doit, l’imposer à ceux qui n’y croient pas ou à ceux qui la pratiquent autrement. On ne peut non plus leur imposer nos dictats et obligations. Par contre des accommodements et des aménagements sont possibles.


Si on ne peut imposer une salle de prière dans un lieu laïc ou public, il est peut être possible d’avoir un espace communautaire non confessionnel où certains iront prier et d’autres méditer. Il y a tellement d’espaces réservés au commerce de la boisson gazeuse et du junk food en machine distributrice à certains endroits qu’il y a probablement moyen de faire quelque chose de ce côté dans certains cas. Et si cela servait à diminuer la malbouffe, ce serait déjà ça de pris!


Mais, si ce lieu ne peut être dans l’enceinte même de l’édifice (comme les bureaux de la ville, une université, un cégep ou une entreprise) pour des raisons de neutralité ou d’espaces par exemple, il pourrait être ailleurs. Nombre d’églises ferment et fermeront dans les prochaines années alors il serait peut-être facile d’en transformer quelques-unes en lieu communal où il y aurait aussi bien des espace-temps culturels, des « services » et des mariages civils, que des espaces de recueillement qui pourraient servir aux citoyens et aux passants du secteur. Un bouddhiste pourrait y croiser un musulman, une personne âgée qui est allé dire son chapelet et un punk athée qui est allé faire le vide… Pourquoi pas? C’est cela une communauté.


Il ne faudrait pas non plus mélanger ethnicité et religions; racisme et laïcisme; car tous les arabes ne sont pas musulmans et tous les musulmans ne sont pas arabes. Tous les chrétiens ne sont pas catholiques comme tous les juifs ne sont pas hassidiques. Cela est dit.


Être contre certaines coutumes n’est pas nécessairement du racisme non plus. Ce peut être une façon de défendre des valeurs démocratiques et largement partagées que l’on juge non négociables. Des valeurs d’ouverture envers les femmes par exemple. Un exemple serait la scolarisation des filles. Certaines religions sont contre, pas nous. La scolarisation est obligatoire nonobstant la religion. C’est une valeur démocratique non discutable ici peu importe les croyances. Pourtant certains y dérogent. Ça ne devrait pas.


Enfin, juifs et palestiniens sont des Sémites (4) par exemple, donc de la même ethnie. Pourtant, ils s’affrontent, car la croyance religieuse mêlée à la politique les sépare tout comme elle a séparé les irlandais catholiques et protestants pendant des décennies. C’est dire que si la culture religieuse peut être porteuse de valeurs humanistes, elle peut aussi être porteuse de valeurs contraires à la démocratie. On a alors le devoir de le dire même si une part de notre culture est d’héritage religieux. On ne doit jamais oublier qu’une religion est d’abord une croyance même si on y croit. Et au nom d’une croyance, il y a des choses qui ne sont pas acceptables, comme de menacer, d’emprisonner ou d’exécuter une personne parce qu’elle raisonne tout simplement.


Cette pièce fait donc réfléchir par son universalité. Elle traverse aussi le temps, car ces questions ont traversés toutes les sociétés et les époques. Même si on les règles, elles réapparaîtront sous d’autres formes, en d’autres lieux et en d’autres temps, car elles sont au fondement même de l’Homme : partager et s’entraider ou thésauriser et dominer? Certains verront d’ailleurs des filiations entre Incendies et certaines œuvres classiques. D’autres avec certains mythes fondateurs de la civilisation, comme celui d’Oedipe. Mais, Incendies ne peut y être réduit, car cette pièce puise un peu dans tout cela et le dépasse en même temps comme le tout dépasse la somme des parties. Sur ce, bonne lecture, car c’est une pièce qui éveille et suscite la réflexion. Si elle est reprise au théâtre, je vous la conseille.


Notes 


1. On cite couramment Jean-Jacques Rousseau disant «l'homme nait naturellement bon, c'est la société qui le corromps. » C’est donc cette phrase que j’ai paraphrasé. Par contre dans le livre Émile ou de l’éducation, j’ai trouvé ce passage beaucoup plus juste et significatif pour notre propos :


« Qu'il sache que l'homme est naturellement bon, qu'il le sente, qu'il juge de son prochain par lui-même ; mais qu'il voie comment la société déprave et pervertit les hommes ; qu'il trouve dans leurs préjugés la source de tous leurs vices ; qu'il soit porté à estimer chaque individu, mais qu'il méprise la multitude ; qu'il voie que tous les hommes portent à peu près le même masque, mais qu'il sache aussi qu'il y a des visages plus beaux que le masque qui les couvre. » (Rousseau, Jean-Jacques, 1762, Émile ou l’éducation, Livre IV, p. 28 édition électronique préparé par Jean-Marie Tremblay, professeur de sociologie au Cégep de Chicoutimi, à partir du livre de Jean-Jacques Rousseau, Émile ou de l’Éducation. (1762).


Voir : http://classiques.uqac.ca/ section des auteurs classiques et voir Jean-Jacques Rousseau pour en consulter la copie.


2. Je ne dis pas société d’accueil, car si nous avons accueillis des fondamentalistes religieux, nous en avons aussi produits.


3. La CHARTE CANADIENNE DES DROITS ET LIBERTÉS CANADIENNE est disponible en ligne à l’adresse suivante :

http://lois.justice.gc.ca/fr/Charte/index.html


4. Se dit des différents peuples provenant d'un groupe ethnique originaire d'Asie occidentale et parlant des langues apparentées (sémitique). Les Arabes, les Éthiopiens, les Juifs sont des Sémites. (Petit Robert 2007 sur CD-ROM)


Références et Hyperliens


(J’ai mis quelques références concernant les juifs et les musulmans vu qu’ils sont plus souvent stigmatisés que les chrétiens par exemples ou que les philosophies orientales. Ces dernières suscitent même une certaine sympathie de notre part contrairement aux religions. Par exemple, même sans fondement scientifique, certaines médecines douces sont populaires auprès du public malgré toutes les réserves que l’on pourrait avoir à leur sujet. Si vous voulez en savoir plus sur ce sujet voir « Alternative Medicine » dans le dictionnaire sceptique (en anglais): www.skepdic.com/)


ABITBOL, Michel, 2005, Les amnésiques -Juifs et Arabes à l’ombre du conflit du Proche-Orient, France : Perrin, 408 p, ISBN : 2-262-01967-3 - www.editions-perrin.fr/


ACDI (Agence Canadienne de Développement International), L’éducation des filles, Une prophétie qui se réalise?, www.acdi-cida.gc.ca/CIDAWEB/acdicida.nsf/Fr/REN-218125534-PZP


CHEBEL, Malek, 2005, L'Islam et la Raison, France : Perrin


Chélini, Jean, non daté, Moments d'Histoire, XVIIe siècle, Galilée, condamné pour excès de foi... scientifique, in Historia mensuel : www.historia.fr/data/mag/711/71103201.html


Dessein intelligent : http://fr.wikipedia.org/wiki/Dessein_intelligent


Geisser. Vincent, 2003, La nouvelle islamophobie, Paris: La découverte


Hajji, Sadek, et Marteau, Stéphanie, 2005, Voyage dans la France musulmane, France : Plon


Handfield, Michel (Commentaires de), Incendies, 5 novembre 2006, in Societas Criticus Vol. 8 no. 7.


Hertzberg, Pr. Arthur, 2004, Les origines de l’antisémitisme moderne, France : Presses de la renaissance


Judith Lussier, 2006, Foi et éducation - Le créationnisme se répand au Québec, in Le Devoir, édition du samedi 23 et du dimanche 24 septembre 2006 : www.ledevoir.com/2006/09/23/118606.html


MOUAWAD, Wajdi, 2003, Incendies (Pièces), France : Actes Sud et Québec : Leméac, 96 pages, ISBN 2-7427-4373-1 / F79759, www.actes-sud.fr


Nietzsche, F., 1998 (1883-5), Ainsi parlait Zarathoustra, France: Maxi-poche classiques étrangers.


Rabkin, Yakov M., 2004, L’opposition juive au sionisme, Québec : Les presses de l’université Laval


Rousseau, Jean-Jacques, 1762, Émile ou l’éducation, Livre IV, édition électronique préparé par Jean-Marie Tremblay, professeur de sociologie au Cégep de Chicoutimi, à partir du livre de Jean-Jacques Rousseau, Émile ou de l’Éducation. (1762). Voir : http://classiques.uqac.ca/

Rousseau, Jean-Jacques, 1992 [1762], Du contrat social, France: Grands écrivains. Il est aussi disponible sur http://classiques.uqac.ca/


SRC Nouvelles/Montréal, École Toldos Yakov Yosef. Entorse à la loi, Mise à jour le mercredi 6 septembre 2006 à 17 h 22 :

www.radio-canada.ca/nouvelles/regional/modele.asp?page=/regions/Montreal/2006/09/06/009-Ecole-Juive-Loi.shtml


SRC Nouvelles/Montréal, Mission de l'Esprit-Saint :


Le ministre défend l'école à la maison, Mise à jour le vendredi 29 septembre 2006 à 21 h 30 :

www.radio-canada.ca/nouvelles/societe/2006/09/29/006-reax-mission-esprit-saint.shtml


Des résultats scolaires désastreux, Mise à jour le vendredi 29 septembre 2006 à 11 h 30,

www.radio-canada.ca/nouvelles/societe/2006/09/28/004-mission-saint-esprit.shtml


Une école clandestine à Montréal-Nord, Mise à jour le mardi 3 octobre 2006 à 22 h 53 :

www.radio-canada.ca/nouvelles/regional/modele.asp?page=/regions/Montreal/2006/10/03/010-Clandestine-Ecole-ES.shtml


L'école clandestine fermée, Mise à jour le mercredi 4 octobre 2006 à 23 h 02 :

www.radio-canada.ca/nouvelles/regional/modele.asp?page=/regions/Montreal/2006/10/04/008-Esprit-Daint-Ministere.shtml


L'éducation de 144 élèves en jeu, Mise à jour le mardi 3 octobre 2006 à 14 h 07 :

www.radio-canada.ca/nouvelles/regional/modele.asp?page=/regions/Montreal/2006/10/03/006-Enseignement-Mission-E-S.shtml


St-Onge, J-Claude, 2002, Dieu est mon copilote, Montréal: écosociété

Sodomy Laws in the United States: www.sodomylaws.org/usa/usa.htm


Toppo, Greg, Kansas schools can teach 'intelligent design', in USA Tooday, 2005-11-08: www.usatoday.com/tech/science/2005-11-08-kansas-science-standards_x.htm


Arrière de la couverture d’Incendies de Wajdi MOUAWAD.


Lorsque le notaire Lebel fait aux jumeaux Jeanne et Simon Marwan la lecture du testament de leur mère Nawal, il réveille en eux l'incertaine histoire de leur naissance : qui donc fut leur père, et par quelle odyssée ont-ils vu le jour loin du pays d'origine de leur mère ? En remettant à chacun une enveloppe, destinées l'une à ce père qu'ils croyaient mort et l'autre à leur frère dont ils ignoraient l'existence, il fait bouger les continents de leur douleur : dans le livre des heures de cette famille, des drames insoupçonnés les attendent, qui portent les couleurs de l'irréparable. Mais le prix à payer pour que s'apaise l'âme tourmentée de Nawal risque de dévorer les destins de Jeanne et de Simon.



Annexe


Le multiculturalisme à l'encontre de l'égalité?

Michel Handfield, M.Sc. sociologie,


Montréal, le 27 janvier 1998

(Texte paru dans La Presse, 28 janvier 1998, p. B 2)


Suite au jugement de l'Honorable juge Monique Dubreuil, qui a laissé sortir deux violeurs avec une peine à purger «dans la collectivité» vu le «contexte culturel particulier à l'égard des relations avec les femmes» chez les haïtiens, cela soulève une question fondamentale: le multiculturalisme va-t-il à l'encontre de l'égalité?


Prenons un autre exemple pour souligner l'incongruité de la chose. Si au lieu d'un viol, il s'agirait de relations de travail. Des haïtiens auraient-ils le droit d'engager d'autres haïtiens à un salaire moindre que nos normes puisqu'il n'y a pas de telles normes en Haïti? Je crois que non. Pourquoi en est-il autrement des relations hommes/femmes?


On voit là que le recours aux cultures, le multiculturalisme si cher à Trudeau, va à l'encontre de l'égalité entre les individus. On se doit de choisir si nous sommes une société égalitaire ou multiculturelle. On ne peut être les deux à la fois comme l'a montré Alain Finkielkraut dans La défaite de la pensée (Gallimard, 1987). Un livre à lire pour nos Honorables juges, politiciens et Citoyens pour dépasser cette illusion du multiculturalisme et de l'égalité.


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Être cinéaste ou romancier…

(Ou trois scénarios hyperréalistes!)

Michel Handfield


Societas Criticus, revue de critique sociale et politique, Vol. 7no 3 Dossiers/Essais : www.homestead.com/societascriticus


16 juillet, 2005


Je pourrais monter un scénario autour du fait qu’à chaque fois que l’administration Bush est en danger (en septembre 2001 on voulait faire un recomptage des votes; lors des attentats de Madrid on pensait que les démocrates étaient pour prendre le Pouvoir; et en juillet 2005, lors des attentats de Londres et du G-8, l’opinion publique États-uniennes en avait de plus en plus contre l’enlisement dans la guerre en Iraq) arrive un attentat qui semble lui donner raison, comme si les terroristes veulent avoir George W. Bush au pouvoir et font tout pour l’aider!


Comme journaliste je ne peux fabuler là dessus, car voir si l’on ferait d’innocentes victimes au nom d’intérêts politiques et économiques ou pour s’assurer que la droite reste au Pouvoir aux États-Unis. Mais être cinéaste ou romancier, je pourrais le faire, rappelant qu’au nom du Pouvoir et de l’argent la mafia, le capitalisme, les groupes d’extrême droite religieuse et les puissances politiques n’ont jamais regardé aux morts que font les conflits qu’ils déclenchent si cela leur rapporte!


Je pourrais faire des parallèles entre les décès dus à la cigarette et ceux que font le terrorisme, ou encore avec les victimes que fait la délocalisation de la production industrielle, mettant des familles sur le pavé dans les pays développés (avec tous les problèmes psychologique qui en découlent, ceux ci pouvant aller jusqu’au suicide) et favorisant l’émergence d’une forme moderne d’esclavage dans les pays en développement (nouvel eldorado du capitalisme), pour montrer que le capitalisme fait aussi son lot de victimes au nom de la nouvelle religion économique et de la sainte consommation! Je pourrais même tourner des images chocs allant en ce sens tout en prenant soin d’écrire que ce film est une fiction et que toute ressemblance avec la réalité est le fruit du hasard pour éviter les problèmes avec les milieux du Pouvoir!


Par contre, écrire un ouvrage sérieux là dessus nécessiterait des années de recherche et l’accès à des documents inaccessibles pour des raisons d’État. Si cela est, on le saura dans quelques dizaines d’années sinon dans quelques siècles, quand les documents seront déclassifiés et que les historiens y auront accès. D’ici là on peut croire au hasard ou fabuler sur les complots, la vérité étant quelque part entre les deux!


***


Être cinéaste ou romancier je pourrais partir d’une ligne que j’ai déjà entendu à la radio – fort probablement la Première Chaîne de Radio Canada que j’écoute 90% du temps - et qui disait qu’en inventant quelque chose on invente l’accident qui l’accompagne! Ainsi, quand on a inventé l’avion, on a inventé le crash! Alors en inventant l’exploitation capitaliste on a inventé le mécontentement et le terrorisme qui s’ensuit, car le terrorisme semble souvent issue de pays où les conditions sont difficiles et l’exploitation importante!


Certains pays en développement, riches en ressources et fort généreux envers leurs dirigeants, sont aussi des pays où la population est paradoxalement dans la misère; où les infrastructures sont quasi inexistantes et l’éducation au plus bas. Les croyances et les mythes y prennent davantage de place que l’information et la science! Les populations insatisfaites y sont facilement malléables et constituent un terreau fertile où recruter de jeunes gens prêt à devenir des terroristes au nom de la promesse d’un monde meilleur dans l’au-delà. Et dans la misère, un monde meilleur n’est pas difficile à imaginer et à espérer!


Nous pourrions suivre le développement d’un « terroriste » à partir de sa plus tendre enfance, où il voyait ses amis et sa famille mourir autour de lui; en passant par le moment ou un guide spirituel l’a pris en charge, alors qu’il était devenu orphelin, pour l’éduquer, ce qui lui a permis d’aller s’instruire en occident et de voir la différence de niveau de vie entre son peuple, exploité malgré ses valeurs religieuses, et ce monde où la religion est d’abord une affaire de consommation, ce qui le confronte au plus profond de son être et l’amène à se questionner sur comment changer les choses : en s’impliquant dans la politique, le communautaire, l’humanitaire ou l’altermondialisme? En pratiquant ici, dans son pays d’accueil, où il y a aussi de la pauvreté et de la misère; en retournant dans son pays d’origine, dont il connaît les besoins mais aussi les dangers dus au Pouvoir en place; ou en coopération internationale, sous l’auspice d’une organisation bien établie? Que de question à l’heure des choix…


Par un jour de questionnement il reçoit un appel de son bienfaiteur spirituel qui lui demande un service : peux tu aller chez Rila jeudi matin, car elle a un colis pour moi, tu me rejoindra ensuite au métro du Centre ville pour 9h30, car je suis de passage dans la Grandecité et je serai heureux de te revoir. Comme la providence fait bien les choses, il pourra lui faire part de ses interrogations et son bienfaiteur spirituel saura l’aider à éclaircir ses idées, car c’est un sage en qui il a toute sa confiance!


Quant à Rila, née dans la Grandecité de parents parfaitement intégrés à la vie occidentale, elle lui dit qu’elle est heureuse qu’il ne soit pas en retard, car elle a rendez-vous aux Ressources Humaines d’une grande raffinerie de la ville vers la même heure. Elle l’attendait avec impatience et avec ce qui lui semblait son portable à l’épaule. Son sac semblait assez costaud, mais il n’a pas osé lui demander s’il contenant aussi des CD ou des livres en plus de son portable!


Bulletin spécial : A 8h29 un kamikaze s’est fait sauter dans la station de métro la plus achalandée de… Attention, nous venons d’apprendre qu’une autre explosion d’une violence inouïe vient d’avoir lieu à la plus grande raffinerie du pays situé à quelques Km de la première explosion. Il est encore trop tôt pour confirmer si les deux événements sont liés mais tout porte à croire que l’explosion du métro a servi à occuper les services d’urgences pendant que l’autre attentat, qui risque d’être beaucoup plus dévastateur, avait lieu…


Question : Le terroriste est-il toujours celui qui porte le message? Le sait-il qu’il porte le message de la terreur?


***


Être cinéaste ou romancier, je pourrais faire un scénario autour du fait qu’en inventant le dommage collatéral on a effacé la responsabilité. On ne compte plus les victimes, on regarde les dégâts aux infrastructures pour oublier la vie.


Cette fiction hyperréaliste pourrait se passer au XXIIe siècle avec un Pouvoir Uni - gain de la réunion des élites économiques, politiques et religieuses au XXIe siècle après quelques siècles de division - qui ne considère plus les simples gens que comme des rouages d’une mécanique productive que l’on jette dans une grande fournaise lorsqu’ils sont les victimes d’un accident de travail, car ça coûte trop cher de les soigner et même de leur faire attention, la main-d’œuvre disponible étant plus grande que les besoins vu le haut niveau d’automatisation atteint! Mais l’on prend un soin maniaque des équipements, ne lésinant pas à envoyer des automates hyper spécialisés, mi homme mi robot grâce aux biotechniques les plus avancées de la galaxie, au moindre signe annonciateur d’un pépin, tout arrêt des équipements représentant des pertes de plusieurs dizaines de million de dollars de l’heure pour les investisseurs extragalactiques qui soutiennent le pouvoir en place! Car on ne produit plus pour les humains au XXIIe siècle, mais pour des civilisations d’outre galaxie, ce qui fait que les simples gens n’ont maintenant pas davantage de valeur qu’en avait une fourmi ou une abeille au XXe siècle ou un esclave du XVIIIe!


De toute façon depuis qu’on a éliminé la pilule anticonceptionnelle; banni l’homosexualité et les mesures de contrôle des naissances; et instauré le mariage obligatoire à 15 ans pour avoir le droit à un toit au nom de la bonté divine; ils pullulent ces insectes qu’on appelle Homme et on peut les utiliser comme des bêtes de somme! On n’a plus à investir dans la santé et mieux vaut les euthanasier à la moindre faiblesse avec la promesse d’un monde meilleur! Même l’élite encore en place est en danger, les investisseurs d’outre galaxie songeant à les remplacer par des automates plus avancés qu’eux, car le faux bourdon n’est qu’un parasite plus gourmand que l’abeille après tout!


***


Malheureusement je ne suis ni cinéaste, ni romancier alors je ne peux ainsi fabuler à partir de la situation mondiale… Si vous croyez avoir lu quelque chose du genre, c’est une hallucination et toute ressemblance avec la réalité est purement le fruit du hasard!


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Vous n’y êtes pas, bande de caves!

Michel Handfield, M.Sc. sociologie

Éditeur du webzine Societas Criticus, revue de critique sociale et politique

Abonné au Devoir


Montréal, le mardi, 9 mars, 2004 (Societas Criticus, Vol. 6, No.1)



En lisant mon Devoir de samedi en retard, l’article « Vous n’êtes pas tanné de ne pas lire, bande de caves! » m’a fait titiller. (1) Car comment peut-on dire sérieusement que la lecture diminue si ne sont pas considérés les médias Internets dans cette étude, ni les quotidiens! Le Devoir vaut bien les magazines d’horoscope et de vedettariats de la téléréalité selon moi! La fréquentation de webzines et de médias étrangers par l’Internet est aussi un apport culturel important dont cette étude ne tiens pas compte.


En fait si je me fie à cette étude, je dois être quelqu’un qui n’a probablement pas une grande culture, n’ayant pas de dictionnaires papiers, car mes dictionnaires – Le Robert, Le Larousse, le Webster et Encarta – sont sur CD-ROM! Bref, il est temps que nos gens de statistiques apprennent qu’un ordinateur ne sert pas qu’à faire que du SPSS, car ces données viennent de « Survol, le bulletin de la recherche et de la statistique »! Au fait on est au XXIe siècle et on subventionne des entreprises de multimédias, mais pas encore les webzines, car paraît-il que cela fait partie de la culture. Faudrait peut être leur dire.


Note :


1. Stéphane Baillargeon, « Vous n’êtes pas tanné de ne pas lire, bande de caves! », in Livres/Le Devoir, Samedi 6 et Dimanche 7 mars 2004, p. 1


Références :


Le Devoir :

http://www.ledevoir.com/


Ministère de la Culture et des Communications : http://www.mcc.gouv.qc.ca/index.html


Survol :

http://www.mcc.gouv.qc.ca/publications/survol-fevrier2004f.pdf


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Mettre le monde au travail

Michel Handfield, M.Sc.


13 novembre, 2003 (Societas Criticus, Vol. 5 no. 2)


A minuit et demi ce matin, 82 % des gens avaient répondu « oui » à la question suivante de La Presse: « Québec doit-il réduire l'assistance sociale fournie aux personnes capables de travailler ? » En effet, pourquoi ne pas les faire travailler, il y a tant à faire n’est-ce pas? Voici donc quelques solutions pour mettre ces québécois au travail!


On peut d’abord leur offrir des emplois dans l’industrie, à condition que nos industries ne suivent pas l’exemple de Gildan ou de Levis et ne quittent pas vers d’autres cieux plus profitables (à quelques sous de l’heure en salaire). Même Bombardier en parle!


Une autre solution serait de leur faire faire des tâches socialement utiles à la société, puisque c’est l’État qui paie pour eux. Les moins «instruits » et les moins qualifiés pourraient balayer nos rues ou le métro et les plus qualifiés devenir cols blancs, sous ministres et même ministre pour un léger supplément à leur chèque de BS. Ce serait une économie pour les contribuables et avec tout l’argent économisé on pourrait payer le BS à nos nouveaux chômeurs (nos ex-fonctionnaires et ex-ministres) et subventionner davantage Québécor, qui se plaint de ne pas en recevoir assez comparativement à la télé publique!


Une troisième solution serait de leur donner du travail croyez vous? Alors, dès demain, que chaque québécois qui connaît un assisté social ou un sans travail demande à son boss de l’engager; que tous les patrons qui sont d’accord que les assistés sociaux et les sans emplois devraient être incité au travail mettent une annonce disant qu’ils sont prêt à ouvrir 10% d’emplois supplémentaires pour favoriser leur embauche; et que toutes les entreprises privées qui reçoivent de l’argent de l’État ouvrent des postes à hauteur de l’argent public reçus pour créer de nouveaux postes pour les assistés sociaux, chômeurs et les sans chèque - par exemple si la télé privé reçoit 30% de fonds publics, elle se doit d’ouvrir 30% de nouveaux postes! Ça ne devrait pas être difficile puisqu’il semble y avoir consensus: 82% des gens croient qu’on doit envoyer les assistés sociaux aptes au travail travailler! Il ne reste plus qu’à leur faire de la place n’est-ce pas?


Et si les entreprises disent qu’embaucher c’est trop dispendieux et préfèrent les pays du tiers monde, on aura juste à réduire les salaires: quelques sous de l’heure pour un manœuvre; 1$ de l’heure pour un col bleu; 5000 $ par année pour un premier ministre… et quelques millions pour un PDG d’entreprises! On sera alors hautement concurrentiel dans la mondialisation et on devrait attirer plein d’emplois chez nous.


Nous pourrions aussi changer notre façon de voir la mondialisation. Au lieu de négocier l’abandon des barrières tarifaires, on pourrait faire l’inverse: l’imposition de barrières tarifaires aux pays qui ne respectent pas un minimum social pour leurs citoyens, ce qui implique des salaires et des conditions de travail décentes; des lois environnementales et un régime démocratique. Car permettre aux importations, faites dans des conditions d’esclavages, d’entrer sous prétexte que cela aide des populations est totalement faux. Ce sont des pertes d’emplois ici, aucune amélioration là-bas, mais des profits accrus pour quelques uns.


Mais qui se demande pourquoi cette ouverture des marchés plaît tant aux entreprises? Le développement de nouveaux marchés croyez vous. Non, car on produit ailleurs pour répondre aux mêmes marchés des pays développés qu’avant! Ce qui leur plaît tant dans l’ouverture des marchés, c’est que par l’absence de frontières elles deviennent indépendantes des États et au-dessus des lois. On en vient à une forme d’anarcho-capitaliste légal, où par le contrôle économique elles ont le contrôle sur les États: si tu ne change pas ta loi, si tu ne me subventionne pas, je déménage! Cela est tout aussi vrai pour le sport (Baseball, Formule 1) que pour la fabrication de jeans, d’autos ou d’avions! Mais le citoyen ne le réalise pas, ne le voit pas. Il demande un contrôle d’Internet, car les grandes gueules de certains médias subventionnés l’accusent d’être une jungle sans loi, mais notre citoyen moyen ne voit pas que la jungle économique qui se crée au dessus de sa tête est beaucoup plus dangereuse pour lui. Car il ne va pas sur Internet ou s’il y a va, il y a davantage de chance qu’il regarde un site XXX que le courrier international, cyberpresse, Libé, Le monde diplomatique ou Societas Criticus!

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Histoire et Futurologie! Petit guide à conserver

Michel Handfield

26 avril, 2003 (Societas Criticus, Vol. 5 no. 2)

Les députés n’étaient déjà pas assermentés que nous apprenions que le Québec a un trou budgétaire. De quoi ne plus pouvoir tenir les promesses de la campagne électorale. Ça sent le déjà vu. Et bien voici quelques citations qui sont bonnes pour comprendre tous les gouvernements passés et futurs. Petits guide à conserver pour toutes les élections qu’elles soient nationales, régionales, provinciales, syndicales, scolaires… ou arrangées.


« Un prince bien avisé ne doit point accomplir sa promesse lorsque cet accomplissement lui serait nuisible, et que les raisons qui l'ont déterminé à promettre n'existent plus: tel est le précepte à donner. (…) Et d'ailleurs, un prince peut-il manquer de raisons légitimes pour colorer l'inexécution de ce qu'il a promis? » (Machiavel, Le Prince, p. 128)



« Encore une fois donc, un prince qui est aimé de son peuple a peu à craindre les conjurations; mais s’il en est haï, tout, choses et hommes, est pour lui à redouter. Aussi les gouvernements bien réglés et les princes sages prennent-ils toujours très grand soin de satisfaire le peuple et de le tenir content sans trop chagriner les grands : c’est un des objets de la plus haute importance. » (Machiavel, Le Prince, p. 136)



« Sur quoi il y a lieu d’observer que la haine est autant le fruit des bonnes actions que des mauvaises; d’où il suit, comme je l’ai dit, qu’un prince qui veut se maintenir est souvent obligé de n’être pas bon; car lorsque la classe de sujets dont il croit avoir besoin, soit peuple, soit soldats, soit grands, est corrompue, il faut à tout prix la satisfaire pour ne l’avoir point contre soi; et alors les bonnes actions nuisent plutôt qu’elles ne servent. » (Machiavel, Le Prince, p. 140)



Voilà le vaccin contre les promesses électorales de toutes sortes. Mais il ne faut surtout pas oublier qu’il y a de la distance entre promettre et faire. Faire des promesses est plus naturel que… de faire!


Source : Machiavel, Nicolas, 1996 [1532], Le prince, Paris: Booking International.


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Souhaits


Notre édito des fêtes : Le ron-ron…

Michel Handfield, M.Sc. sociologie, éditeur de Societas Criticus


Societas Criticus, revue de critique sociale et politique, Vol. 11 no 6, Éditos : www.societascriticus.com


3 décembre 2009


Depuis quelques années déjà nous avons pris l’habitude de faire un édito des fêtes (1) quiattire l’attention sur un point de changement. Donner de la culture par exemple, en lieu et place de bébelles.


Mais, quelle année avons-nous passé en 2009? Les scandales dans le monde municipal québécois, particulièrement à Montréal; les coûts des partenariats publics privés au Québec; les jeux mafieux dans le monde de la construction; les faux-fuyants du parti conservateur et l’impossibilité pour l’opposition libérale de le renverser, le vote étant trop divisé et friable pour assurer une majorité à quelques autres partis que ce soit au Canada actuellement, à moins d’une coalition libérale-néodémocrate vers laquelle il faudra aller en toute logique; l’entreprise de diaboliser l’assurance-santé proposée par le président Barack Obama aux États-Unis, que les Républicains qualifient d’ailleurs de communiste! Quel changement face à l’espoir que suscitait son élection il y a un an à peine!


Il y eut aussi la perte rapide de la crédibilité du Canada au plan international, alors que nous avons mis à la poubelle nos objectifs en matière d’environnement d’une part et que nous recourrons maintenant à la torture dans nos missions de paix d’autre part, nous qui étions encore considérés comme porteurs de valeurs pacifiques il y a quelques années à peine. Nous sommes maintenant en complète rupture de banc avec la politique qui nous avait inspirées depuis l’ère Pearson; davantage en harmonie avec les politiques de l’ancienne administration Bush aux États-Unis, comme si nous marchions dorénavant un pas en arrière! Enfin, que dire de l’enlisement de la politique internationale dans les idéologies religieuses, nouvelles lignes de fracture du monde! Où il faudrait de l’éducation et de la solidarité, il n’y a qu’alliances stratégiques, intérêt économique et faux-fuyants. Quel horizon pour demain?!


Comme le citoyen vit de plus en plus un sentiment d’impuissance, il se replie sur lui-même, écoute sa musique et lit de moins en mois les grands quotidiens! C’est le journal télévisé qui a pris la place. L’essentiel dans un clip! (2) On lira le journal du lendemain matin, souvent un gratuiciel distribué dans le métro, pour en savoir davantage. Quant aux affaires internationales, pas assez vendeuses, on les écarte pour du « people » et du local! Les articles les plus attirants ont naturellement la meilleure place. Quant à la nouvelle internationale, elle est reléguée dans des espaces réduits, moins en vue, entre deux pubs alléchantes, et on titre la colonne « En bref! » à moins qu’elle ne soit réellement sensationnaliste, donc vendeuse! Alors, les journaux du lendemain la joueront en une. Les médias se nourrissent souvent eux-mêmes!


On crée parfois la nouvelle, surtout dans le variété, pour susciter de l’intérêt. Le journal nourrit ici la télé et la télé nourrit la revue! L’empire est heureux, le citoyen diverti. Il oublie ses problèmes, la politique et l’économie. De la musique et du sport pour oublier la morosité de la vie comme autrefois du pain et des jeux! C’est le modèle des médias privés. Pas surprenant que ces groupes rationalisent dans leurs médias plus traditionnels, mais se concurrencent avec des gratuiciels, manière d’aller chercher les lecteurs qui n’achètent pas le journal. En fait, plus la même information, remaniée, attire de l’achalandage, plus le groupe médiatique gagne son beurre, car le groupe ne vend pas de l’information, mais de la visibilité aux annonceurs! Le gratuiciel est donc rentable dans cette optique. Ce n’est donc pas un hasard s’il y a tant de gratuiciels qui se disputent le marché du transport en commun, car il y a là un marché semi-captif, puisqu’on peut toujours amener sa propre lecture ou son baladeur. Mais, une majorité prend un des journaux disponibles dans le métro pour le lire en chemin. Ça se voit!


Remarquez que la chaîne publique suit un peu le même modèle, compétition oblige, mais avec un angle d’affaires publiques et internationales, reprenant sous divers angles une même nouvelle selon qu’elle s’adresse aux auditeurs de la radio, de la télé ou de l’internet. Ainsi, nous aurons droit aux images à la télé, mais nous aurons davantage d’entrevues de fonds et d’analyse à la radio. Nous trouverons des hyperliens et des références sur le site internet ainsi que des images d’archives non disponibles ailleurs. Comme elle est publique, la radio/télé d’État aura plus ou moins fréquemment recours à des collaborateurs des médias privés de l’écrit.


Si le citoyen écoute le journal télévisé du soir et lit les nouvelles du matin, une fois au travail cependant, son cerveau doit être orienté vers une tâche ou un but précis. Fini la distraction et la discussion. (3) Prière de ne pas penser est parfois la devise:


« Employee are compelled to lead a double existence : outside their work they may enjoy considerable liberties, independence and self-confidence, although their capacity to structure and restructure social life to any significant degree is quite limited; in their place of work they are subject to strict authority and control, particularly those at the lower end of the hierarchy, and to forces of technological and social organizational change over wich they have little or no control – in Touraine’s phrase, “dependant participation”. » (4)


Ce fut écrit en 1979. Avec la mondialisation et la rationalisation du personnel que l’on a connu depuis, les choses ne se sont pas améliorées. Le surtravail fait qu’on a de moins en moins de temps pour s’occuper des enfants ou de la bouffe, le système capitaliste compensant alors par les garderies et les repas préparés; les traiteurs pour les plus riches! Brûlé, on ne s’occupe plus de l’autre et de moins en moins de la communauté, de la cité ou de la politique. On laisse cela à des militants de carrière; professionnels de la communication ou de la politique, membres des cabinets de relations publiques ou de groupes reconnus pour le faire. Les individus qui ont encore le temps de représenter le petit monde et de manifester en leur nom sont surtout les travailleurs d’organismes communautaires et les sans-emploi, genre de militants professionnels et critiques qui vivent bien souvent de peu : des programmes de subventions, le chômage ou l’aide sociale! Mais, le système met tout en œuvre pour les dénigrer, ce qui fait qu’on voudrait bien qu’ils aillent travailler à la place de militer, quitte à leur couper les subsides gouvernementaux pour les y forcer. On veut des citoyens qui entrent dans le rang et une démocratie qui ne nous dérange pas, genre de dictature élue qui nous gère en nous laissant dormir. Quand on ne sait pas, on est heureux! L’humanité perdue comme le dit Alain Finkielkraut! (5)


On est maintenant dans le règne de l’individualité. On s’en plaint, mais on y participe. Les baladeurs les plus populaires sont d’ailleurs les modèles sans radio, car on veut être dans notre bulle avec notre musique. Le ron-ron quotidien; la musique pour oublier son effet! Surtout ne pas savoir, car cela accroît le stress. Marcher pour la démocratie ou la communauté!? Revendiquer!? Pas le temps ou inutile. On laisse ça aux contestataires professionnels, gauchistes, anarchistes et utopistes! Puis, de toute manière, nous écoute-t-on? Peut-être ne sommes-nous plus assez nombreux pour être écoutés! On passe donc dans l’indifférence collective à moins qu’il n’y ait suffisamment de casse pour passer dans les nouvelles! Ce n’est pas un hasard que les manifestations où il y a le moins de gens soient parfois si violentes, car la violence assure une visibilité à l’ère des médias! Visibilité relayée par « You Tube » (6) à la planète!


Le modèle chinois est finalement celui de l’avenir : travailler, consommer et, surtout, laisser les politiciens nous gérer en nous en laissant savoir le moins possible! Malheureusement, il y a encore quelques journalistes qui nous informent plutôt que de nous divertir! Alors, ne pas s’informer pour continuer sa routine sans s’inquiéter. Ni vu, ni connu! Ce n’est pas pour rien que le tirage des quotidiens est en baisse : On ne veut pas le savoir!


De toute façon, on a trop d’élections! À preuve, les taux de participation sont en chute libre. Par désintérêt bien souvent, même si j’aimais mieux que ce soit par contestation! Il y a tant d’autres choses à faire. L’agora est vide, le centre commercial est plein. C’est le nouveau centre du monde. On choisit la société de consommation par nos actes. Si un jour on perd notre liberté de choix, là on voudra certainement revenir en arrière, mais il sera trop tard. Pourtant, si on ne s’occupe pas de la politique, le Politique s’occupera de nous (7) avec ses amis du monde des affaires! C’est à souhaiter que cela n’arrive pas, mais…


Dans une société d’individualités, le tissu social ne peut que se défaire. Une chance que certains réseaux numériques prennent le relais. Mais, est-ce suffisant? En cette année de crise de l’information, je vous donne un cadeau : des sources d’informations à mettre dans vos baladeurs à défaut d’avoir le temps de lire. Je les ai éprouvées et je peux vous dire qu’elles sont de qualité. Vous serez ainsi moins seul sous vos écouteurs, connecté à la société autrement. Une expérience à faire!


Sur le site de ballado diffusion de Radio-Canada

(www.radio-canada.ca/mesAbonnements/baladodiffusion/), je vous recommande :


- Les coulisses du pouvoir

- Euromag

- L'après-midi porte conseil

- Christiane Charrette


Parmi les émissions de France inter

(http://sites.radiofrance.fr/franceinter/pod/), je vous suggère:


- 2000 ans d'histoire

- L'autre économie

- Interception

- Reporters

- La revue de presse


Enfin, de France culture 

(http://sites.radiofrance.fr/chaines/france-culture/podcast/),

les Enjeux internationaux sont un must!


Quant à notre souhait criticus de cette année: dites bonjour à votre voisin et qu’il vous réponde, car c’est le début d’une reprise en main de nos collectivités. Petit à petit, mot à mot, voisin par voisin! On ne veut pas avoir l’air de se mêler de ce qui ne nous regarde pas, mais il faut bien voir que l’humain a franchi l’histoire parce qu’il était capable de solidarité sociale. Sinon, il n’aurait jamais été assez fort pour faire face au monde ambiant. (8) Nous avons devoir de mémoire, de perpétuation et de solidarité! Se mêler de nos affaires est parfois une renonciation ou un abandon! Rien de moins.


Notes:


1. Sur la photo des fêtes, vous voyez Socrate, notre oiseau, qui représente la discussion ou les dialogues socratiques; une vache pour Societas Criticus; le fanal pour Diogène le cynique; le globe terrestre pour le monde, car on est une revue internet donc mondiale; l’appui livre en forme de masque pour l’Afrique, trop souvent oubliée; la radio à ondes courtes pour l’information et les écouteurs pour montrer qu’on peut aussi être branchée sur le monde et non seulement dans sa bulle musicale! Question de choix. Quant aux livres, ce sont :


- Saul, John Ralston, 1992, Voltaire's Bastards, Toronto: Penguin book.


- Barreau, Jean-Claude, et Bigot, Guillaume, 2005, Toute l'histoire du monde de la préhistoire à nos jours, France : Fayard (Histoire)


- Hosbawm, Eric, 1999, Age of extremes. The short Twentieth century, 1914-1991, London: Abacus


FINKIELKRAUT, Alain, 1996, L'humanité perdue, Paris: Seuil, coll. points.


Ces choix ne sont pas innocents ! Puis, l’illustration d’Age of extremes est une scène du film « Hitler, A film from Germany » (1977) de Hans Jurgen Syberberg selon la jaquette du livre. Mais, les cinéphiles auront reconnu qu’il s’agit d’une image tirée d’un film de Charlie Chaplin : « The great dictator » (1940). Ceci boucle donc la boucle avec le cinéma, objet d’étude de Societas Criticus comme révélateur social!


2. Une courte analyse.


3. Discuter d’actualités et de politique avec les collègues est parfois mal vu. Cela pourrait-il en venir à mériter un avertissement ou le renvoi dans certains cas jugés sensibles, surtout si cela touche des enjeux ethnoculturels ou religieux? Mieux vaut alors parler de sports, plus rassembleur. Que ceux qui émettent ces politiques ne soient pas surprit du désintérêt des citoyens pour la chose publique. Au temps de Socrate, on discutait ferme! Cela faisait partie du processus démocratique. Maintenant, la discussion est perçue comme une chose négative. Mais, que reste-t-il de la démocratie sans dialogues, débats ou discussions entre les citoyens? Quand, la dernière fois, avez-vous débattu d’un enjeu politique avec un confrère de travail, un voisin ou un citoyen assis à côté de vous dans le métro ou le bus? En fait, quand avez-vous même discuté d’un enjeu public ou politique en famille?


4. Baumgartner, Tom, BURNS, Tom R., et De Ville, Philippe, “Work, Politics, and Social structuring under capitalism: impact and limitation of industrial democracy reforms under capitalist relations of production and social reproduction, p. 182 in BURNS, Tom R., KARLSSON, Lars Erik, and RUS, Valjko, 1979, Work and Power, England/U.S.A.: Sage publ.


5. L'humanité perdue est le titre d’un livre d’Alain FINKIELKRAUT (1996, Paris: Seuil, coll. points) qui parle justement de ce que nous devrions savoir du XXe siècle, mais qu’on ignore parfois délibérément, parfois parce qu’on n’enseigne plus qu’un succédané d’histoire : ce bris d’humanité! L’arrière de couverture dit :


« Ce livre est, d'un bout à l'autre, hanté par les événements qui font du XXe siècle la plus terrible période de l'histoire des hommes. Il ne se veut ni panorama, ni bilan, mais méditation obstinée et narration inédite de ce qui, depuis 1914, est advenu à l'humanité et plus précisément à cette idée d'humanité si difficilement conquise par les Temps modernes. Il cherche à comprendre pourquoi l'affirmation la plus radicale de l'unité du genre humain a pu, comme son désaveu le plus fanatique, produire un univers concentrationnaire.


À la fois mortelle et meurtrière, l'idée d'humanité ne peut plus être maniée ni pensée innocemment. Il nous faut la défendre et la concevoir autrement, veiller à ce qu'elle vive et faire en sorte qu'elle ne recommence pas à tuer. »


6. www.youtube.com/


7. « Si vous ne vous intéressez pas à la politique, la politique s'occupera de vous » est une expression passée dans le langage courant. J’ai aussi trouvé «Vous avez beau ne pas vous occuper de politique, la politique s'occupe de vous tout de même.» Cette expression serait redevable à Charles de Montalembert. Voir :http://fr.wikipedia.org/wiki/Charles_de_Montalembert


8. A ce sujet lire Barreau, Jean-Claude, et Bigot, Guillaume, 2005, Toute l'histoire du monde de la préhistoire à nos jours, France : Fayard (Histoire) (Distribution Hachette)

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Édito des fêtes 2008-9

Michel Handfield, éditeur, pour Societas Criticus


Societas Criticus, revue de critique sociale et politique, Vol. 10 no 6, Éditos : www.societascriticus.com


29 novembre 2008


En cette année ou les placements ont fondu plus vite que neige au soleil, mais que l’espoir est apparu sous la forme d’un nouveau leader aux États-Unis, qu’écrire pour les fêtes.


Le temps impose une certaine sobriété. Une refondation du monde sur des valeurs sûres. J’ai nommé la culture et le savoir, car ils traversent le temps. Mozart, Brassens, Socrate, Zola, Chaplin, Arcand, Sol ou Homère, pour ne nommer que ceux-là, peuvent être encore très contemporains et nous « parler » droit dans les yeux! On peut les revisiter.


Culture et savoirs, ce sont les fondations sur lesquelles on doit construire l’avenir. Elles sont créatrices de valeurs : valeurs humaines et d’échanges qui ne peuvent que faire avancer le monde. Elles sont englobantes aussi, car l’écologie et l’environnement ne leurs sont pas étrangères. Quant à l’éducation, c’est leur fille! Encourageons là!


Peu importe la spéculation, elles sont là, parfois gratuites sous la forme d’une idée qui ne demande qu’à se réaliser avec de l’entraide. La coopération, tant locale qu’internationale, en est! Culture et savoirs sont à la base de tout et produisent peu de déchets contrairement à d’autres produits de consommation, mais laissent une trace durable dans la mémoire. Cette année partageons culture et savoirs, car ça n’a pas de prix!


Pour ceux qui trouvent que c’est cher la culture ou qui ne savent pas comment faire, soulignons qu’il n’en coûte souvent pas plus cher d’aller à l’OSM, au théâtre, au cinéma, à un spectacle ou d’acheter un livre, que de s’offrir, ou d’offrir à quelqu’un, une bébelle dont on se lassera souvent rapidement. On la mettra alors de côté ou on l’échangera, quand on ne la mettra pas tout simplement au bac de recyclage ou, pire, à la poubelle!


Puis, pour ceux qui ont moins de moyens, plusieurs villes offrent des spectacles de qualité, que ce soit gratuitement ou à faible coût. Des classiques de la pensée et de la littérature sont disponibles sur internet. A votre bibliothèque, vous trouverez des best-sellers, mais aussi des jeux, du moins dans les grands centres. Si vous ne voulez pas donner la dernière bébelle à la mode, pourquoi ne pas amener un enfant ou une personne âgée de votre entourage à un spectacle ou à la bibliothèque de son quartier par exemple, ne serait-ce que de temps en temps? C’est un cadeau qui ne coûte rien, mais qui sera apprécié, car la solitude est le mal du siècle. Donner de la présence, quel beau cadeau pour ceux qui sont seuls! Quelle révolution dans nos sociétés de plus en plus individualistes. Une véritable révolution culturelle!


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Societas Criticus, revue de critique sociale et politique, Vol. 10 no 6, Éditos : www.societascriticus.com


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Societas Criticus, revue de critique sociale et politique, Vol. 9 no 8, Éditos : www.societascriticus.com

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La démocratie et la justice en cadeau

(L’édito des fêtes 2007-8)

Michel Handfield


22 novembre 2007


Des dirigeants qui invoquent Dieu à la moindre occasion, jouent aux échecs sur la planète et prennent les Hommes pour des pions. Dieu est un puissant moteur dans les mains d’idéologues. Mais, de gauche ou de droite, religieuse, politique ou économique, une idéologie est toujours aveuglante! Ce n’est pas parce qu’on invoque Dieu devant nous qu’il faut mettre notre conscience au vestiaire. Bien des gens ont parlé et écrit en son nom, mais Lui, il n’a jamais écrit et signé quoi que ce soit. C’était aussi en d’autres temps, où ce que l’on ne comprenait pas était divin ou diabolique. Peut être que certains prophètes seraient aujourd’hui médicamentés et n’auraient plus ces visions que l’on vénère encore. Qui sait?


Croire n’est pas mal, mais c’est toujours une croyance. On doit en être conscient. Tant mieux si c’est vrai, Dieu et le paradis, mais tout ce qu’on peut faire, c’est de notre mieux, paradis ou non. Faire de notre mieux ou nous détruire, voilà notre choix. On n’a qu’à penser aux guerres, à l’environnement et à l’exploitation de l’Homme par l’Homme (l’économie néolibérale) pour voir qu’on a encore bien du travail à faire pour que paix aux Hommes de bonne volonté soit enfin possible! Coopérer, au lieu de manger l’autre et de l’exploiter. Penser à la communauté et non qu’à soi dans nos choix et nos actions.


Avant de s’acheter un « pick-up » pour se balader, il faut se demander si une sous-compacte ne ferait pas l’affaire. Avant d’envoyer des bombes sur la tête des gens pour leur entrer de force la « démocratie » dans le crane, il faut se demander si combattre la pauvreté, l’exploitation, la sous-alimentation et l’analphabétisme ne ferait pas mieux le travail, car les idéologues trouvent toujours un terreau fertile dans l’ignorance et ce n’est pas avec des armes qu’on résoudra ce problème un jour! Il faut donc questionner nos choix pour mieux vivre avec les autres.


Agir pour l’amour, la justice et la paix des Hommes, c’est une mission. Jésus a été crucifié et Marx exilé pour cela, car ils avaient un message semblable à livrer : « Aimez-vous les uns les autres » et « Prolétaires de tous les pays, unissez-vous! » Bref, ils nous disaient de mettre nos forces en commun pour améliorer le Monde! Sauf que, face à un Pouvoir qui a toujours eu pour maxime de « diviser pour régner », ils dérangeaient. On ne les a donc pas accusés pour rien, mais bien parce qu’ils menaçaient l’ordre établi. Et leur message dérange encore.


Soyez informé, soyez critique, soyez sceptique. Questionnez ce qui semble trop beau pour être vrai, car les solutions miracles et simplistes sont rarement les bonnes, surtout lorsqu’elles sont présentées comme un cadeau par des idéologues pressés de les appliquer ou des populistes qui suivent l’humeur du moment. S’il n’y a pas un ou deux « mais », vaut mieux être prudent.


Pour avoir un monde plus juste, ce n’est pas le prix le plus bas qui compte, mais bien les discussions citoyennes. Comme au temps des Grecs, de Socrate et de Diogène. Je nous souhaite l’Agora. À défaut, discutez de la chose publique avec votre voisin, vos collègues, dans les transports en commun, sur une ligne ouverte ou dans un forum internet! Ce sera un premier pas vers davantage de démocratie et de justice sociale j’espère. C’est le cadeau que Societas Criticus nous souhaites. Sur ce, bonne année juste, pacifique et démocratique aux Hommes de bonne volonté.


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Societas Criticus, revue de critique sociale et politique, Vol. 9 no 8, Éditos : www.societascriticus.com

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Societas Criticus, revue de critique sociale et politique, Vol. 8 no 7, Éditos : www.societascriticus.com

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Vœux Criticus pour 2006-7!


Opposer rationalité et scepticisme aux idéologies ne ferait pas de tort! Pour la nouvelle année, il faut regarder les choses autrement; voir davantage de films d’art et d’essais; lire davantage de penseurs critiques, de scientifiques, ou de philosophes au lieu de l’horoscope et de théories rose bombonne; qui font du bien sur le coup, mais rendent boulimique des émotions, car il en faut toujours plus pour bien se sentir. Certains gourous savent d’ailleurs très bien en tirer profit.


Si ça va mal à l’ouvrage, à l’école ou dans le monde, ce n’est pas qu’en travaillant sur SOI qu’on va le résoudre. Ni seul. Il faut revenir à la société; travailler collectivement à changer les choses. S’impliquer, ne serait-ce que questionner! Quand même je croirais atteindre l’équilibre par des subterfuges magiques, des anges, des petites pilules ou un gourou de la pop psycho, la source du mal être ne changera pas. Ce n’est que collectivement que l’on peut espérer changer quelque chose. Qu’en étant critique face aux modèles que l’on nous offre, qu’ils soient politiques, religieux, organisationnel ou commerciaux. La solidarité doit d’abord être sociale et citoyenne.


Comme sur les paquets de cigarettes l’on devrait retrouver à la porte des temples en tous genres, incluant les chapelles religieuses, politiques, syndicales, patronales ou commerciales, cet avis : « Attention, le danger croît avec l’usage!  Une trop grande exposition peut être dommageable pour la santé. »


Revendiquer du transport collectif ferait davantage pour l’avenir que de rêver à un 4X4 ou de prier pour l’avoir, même si les apôtres du marketing font tout pour que ce soit notre désir le plus cher! Avez-vous remarqué que la pub dit toujours que nous allons affirmer notre individualité avec ce produit conçu spécialement pour nous, que ce soit une casquette, une bière, un camion ou des souliers de sport… vendus à des millions d’exemplaires! Être unique à des millions d’exemplaires!!!


Il faut opposer la culture, la rationalité et le scepticisme à toutes ces théories de bonheur et de paradis que proposent des gourous. En cette nouvelle année, soyons vigilants. Nous nous souhaitons de la vigilance et nous ne nous en porterons que mieux.

Societas Criticus : on n’est pas vache, on a le Monde à l’œil!


Michel Handfield et Gaétan Chênevert, coéditeurs

21 novembre 2006


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2005-2006


Societas Criticus, revue de critique sociale et politique, Vol. 7, no 4, Éditos : www.homestead.com/societascriticus




3 décembre 2005


La faim, la violence, la pauvreté sont des maux que l’on voudrait voir éradiquer de la Terre. Donner de l’argent y fait, mais ne fait pas tout, car souvent une des sources de ces maux est l’injustice et celle-ci fleurit à l’ombre de l’ignorance et des idéologies. Cette année, donnez de la culture en partage. Ça ne veut pas seulement dire de donner un chèque-cadeau d’un libraire ou un billet de théâtre même si c’est bien; cela veut dire de montrer que l’on n’est pas dupe dans notre consommation et de refuser de payer pour des produits inabordables, souvent griffés, fait dans des pays où les salaires sont bas, mais vendus ici à prix d’or avec une marque XYZ Canada bien en évidence, mais un « ticket » de fabrication (provenance) cachée dans les pattes! Il faut surtout le dire au commerçant que l’on n’est pas dupe du stratagème et que son jeans fait en Chine, en Inde ou au Bangladesh, déjà tout usé et troué, pour lequel il demande 200 $ ne vaut que 5 $, 20$ tout au plus!


Attention, nous n’avons rien contre le fait que des gens de pays en développement travaillent. S’ils font des jeans à 5 $ par jour et que cela améliore leurs conditions de vie, soit! Mais que ce ne soit pas dans des conditions de quasi-esclavage pour eux et d’exploitation des enfants. Des normes minimales doivent exister au plan mondial et des organismes comme l’Organisation Mondiale du Commerce, dont le mandat est « d'aider, par la réduction d'obstacles au libre-échange, les producteurs de marchandises et de services, les exportateurs et les importateurs à mener leurs activités » (http://fr.wikipedia.org/wiki/OMC), devraient voir à ce qu’elles soient appliquées. Il faut que certaines règles existent en matière de production et d’échanges pour empêcher la concurrence déloyale, venant de pays ayant peu de normes sociales et du travail, envers des pays qui se sont dotés de telles protections. Mettre les pays n’ayant aucune règle sur le même pied que les pays les plus avancés socialement, ça n’aide personne. Au contraire, car la production part des pays les plus contraignants vers ceux qui le sont le moins, avec la bénédiction de l’OMC, pour de mauvaises raisons! La concurrence ne vient pas des travailleurs, de la créativité ou de l’innovation, mais de l’absence de normes de travail et de lois misérables en matière d’environnement; de santé/sécurité au travail; d’âge minimum des travailleurs; d’instruction obligatoire; de salaire minimum, etc. C’est dire que le recul prend le pas sur le développement en matière d’échanges économiques dans le tout à l’économie d’aujourd’hui! On en revient aux conditions des débuts du capitalisme sauvage, parfois même de l’époque précapitaliste. Les pays qui défendent cette position au nom du libre marché et du non interventionnisme de l’État accepteraient-ils un tel recul en matière de sécurité et de liberté nationale, soit de revenir à ce qu’ils étaient à cette époque : des royaumes divisés ou des colonies de pays européens? Poser la question c’est déjà y répondre.


Qu’on nous les vende à 5, 10, 15 ou 20 $ ces jeans, pour que l’on profite enfin de ces fameuses économies que la mondialisation nous promet tant, mais qui sont le plus souvent le fait des multinationales qui les additionnent à la colonne des profits à nos dépends! Nous pourrions alors choisir d’investir nos économies ailleurs que dans les bénéfices de grandes sociétés, souvent des multinationales qui n’ont que la maximalisation du profit comme mot d’ordre. À consommer des produits culturels d’ici par exemple pour faire vivre nos artistes, nos théâtres et nos créateurs. À acheter certains produits plus dispendieux, mais faits ici; toutes ces choses que la plupart des citoyens ont de la difficulté à s’offrir maintenant.


Le jeune d’ici, avec son sec IV fort qui ne travaillera plus dans une « shop », puisqu’elles s’en vont toutes dans des pays en développement, travaillera peut-être comme apprenti pour faire des décors de théâtre ou de télé, car nous aurons les moyens d’y investir. Notre fardeau fiscal nous paraîtra moins lourd, car notre pouvoir d’achat sera plus grand avec les économies que nous ferons grâce à la mondialisation. Il nous sera donc moins difficile de payer collectivement, par nos impôts, pour la santé et l’éducation par exemple. On pourra même réinvestir dans nos universités et l’éducation permanente; favoriser le retour à l’école de notre jeune décrocheur qui voudra y retourner après quelques années de travail, car nous aurons économisé sur nos jeans « made in China » et nos casquettes « made in Bangladesh » que l’on nous vendait 60 $ avec un beau logo au lieu de la piastre quatre-vingt-dix-neuf (1.99) qu’elle valait, transport par un bateau sous pavillon de complaisance inclus! C’est cela une mondialisation intelligente pour les consommateurs-citoyens. Mais si le citoyen s’efface devant le consommateur-téléspectateur nous n’aurons droit qu’à la mondialisation que nous offrent les affairistes. C’est notre choix de parler ou de nous taire, mais si nous nous taisons ne pleurons pas ensuite parce que nos conditions de vie se « tiersmondisent »!


On ne doit pas non plus être nombriliste et il nous faut soutenir les organismes qui font dans le développement durable, les droits humains, l’éducation et la syndicalisation dans les pays en développement. L’idée n’est pas qu’ils se promènent tous en « Hummer » un jour, nous non plus d’ailleurs (1), car la planète ne pourrait le supporter. L’idée est de faire un développement durable et équitable : investir dans leur développement et l’amélioration de leurs conditions de vie, mais aussi dans le nôtre. Pourquoi trouve-t-on de l’argent pour des autoroutes, des écoles et des hôpitaux privés, mais n’en trouvons-nous pas pour améliorer nos systèmes d’éducation, de santé et de transport public? Il faut se poser des questions; il faut poser des questions à notre soi-disant élite économique et politique.


Sur ce, nous vous souhaitons de joyeuses fêtes et d’y penser en achetant vos cadeaux. C’est le temps de prendre la résolution d’être un citoyen militant doublé d’un consommateur responsable!


Michel Handfield pour Societas Criticus

Note :


1. Si on ne peut interdire la vente de ces monstres antis environnementaux au nom de la liberté individuelle, on pourrait au moins les taxer à des taux prohibitifs, avoir un système de taxation sur la valeur ajoutée comme dans certains pays européens, et leur imposer des frais d’immatriculation proportionnels à leur poids environnemental. On pourrait aussi tarifer le stationnement en fonction de la longueur du véhicule avec des espaces de parcomètres réduits : 1 parcomètre pour une petite voiture telle une « Smart », 2 pour une moyenne et ainsi de suite. Suffis d’être aussi créatif pour la protection de l’environnement et le développement sociocommunautaire qu’on l’est pour le développement économique non environnemental!


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2004-2005



Bon Dieu, on oublie le miséricorde Dieu en ton nom!

Michel Handfield avec la coopération Gaétan Chênevert


9 décembre, 2004 (Societas Criticus, Vol. 6 no. 3)



« Des pièces de Tennessee Williams comme certains dialogues de Platon pourraient passer au pilon en Alabama où un élu veut faire interdire les livres avec des personnages gais dans les bibliothèques publiques, y compris les bibliothèques universitaires de l’État.


Le grand censeur s’appelle Gerald Allen. Baptiste républicain, père de famille, le quinquagénaire est membre de la Chambre des représentants de l’Alabama depuis dix ans. » (Censure anti-gais en Alabama, Le Devoir, 7 décembre 2004, p. B 8)


Je ne sais pas pourquoi, mais, en ce début de millénaire, cette montée de la morale ultraconservatrice et de l’intolérance au nom de Dieu nous donne de l’urticaire.


Avec la montée des intolérances raciales; sociales; politiques, peu importe qu’elles soient de droite ou de gauche; économiques et religieuses, dont des chrétiens font aussi partie ne l’oublions pas, il ne faudrait jamais oublier que le Nouveau Testament est l’histoire d’une gang d’hommes vivants ensemble sous la férule d’un certain Jésus, condamné à mort par la justice de son temps; suivit par quelques déviants et une célèbre prostituée du nom de Marie Madeleine; et, surtout, prêchant l’amour, la tolérance et la foi au dépassement de l’Homme!


L’an dernier nous vous souhaitions du doute; cette année nous vous souhaitons de la tolérance en mémoire de celui dont Noël est la fête!


Joyeuses fêtes de la part de Societas Criticus.


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2004


Souhaits du 1er janvier 2004

(Societas Criticus, Vol. 6, no 1)

Michel Handfield



Je souhaite au Monde du doute et du scepticisme, car trop souvent les certitudes ne mènent qu’au fanatisme.



Ce vœux s’accompagne d’un cadeau intellectuel: une suggestion de lecture et les nominations pour le prix sceptique et fausse sceptique des sceptiques du Québec (www.sceptiques.qc.ca), de quoi débuter sur le bon pied cette nouvelle année qui devrait être aussi riche en sujet de réflexion, de doute et de scepticisme que la précédente!


***


Saul, John Ralston 1994, 1995, The Doubter’s companion, Toronto: Penguin book. Ou en français, Le compagnon du doute chez Fayot.


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Voici les nominations pour le Prix Sceptique et le Prix Fosse Sceptique des sceptiques du Québec.



Pour le Prix Sceptique les candidats sont :



Émission Découverte pour leur retransmission d'un reportage de la BBC intitulé « L'homéopathie : science ou illusion? » Cette émission est une dénonciation réconfortante sur la fameuse mémoire de l'eau. L'animateur de Découverte, Charles Tisseyre, a d'ailleurs très bien représenté la position scientifique sur l'homéopathie à l'émission Place Publique se référant à ce reportage.


Jean-René Dufort. Pour son émission du début janvier 2003 dans laquelle il dénonce avec un humour décapant, le canular fort probable et plutôt grossier de clonage de bébés introuvables de notre ami à tous : Raël.


Professeur Gingras. Pour sa défense vigoureuse de la pensée rationnelle. Il s'agit du professeur Gingras qui nous a donné une très bonne conférence sur l'éthique des sciences, en janvier 2003. Il a présenté des arguments solides indiquant une tendance marquée de certains Prix Nobel en science de s'aventurer hors de leur champ de compétence, dans le domaine religieux ou philosophique, pour des raisons souvent partisanes ou nettement pécuniaires.


Unmasked. Émission anglophone très appréciée par certains de nos membres pour son approche rationnelle aux phénomènes paranormaux.


Monsieur Martin Bisaillon pour son livre « Enquête sur le mouvement Raëlien » aux Éditions Les Intouchables. Ce livre révèle la démesure de l'utopie raëlienne et démolit systématiquement le mythe fondateur raëlien en démontrant que Claude Vorhillon sait qu'il n'a aucune preuve lorsqu'il prétend avoir rencontré des extraterrestres et que beaucoup d'indices semblent démontrer l'origine bien humaine de la secte.


Francine Trudeau (Journaliste au « TV Hebdo ») - Le « TV Hebdo », ce magazine « populaire » et à fort tirage, où la pensée rationnelle n'est pas souvent à l'honneur. Dans l'édition de la semaine du 4 au 10 octobre 2003, la chronique de Mme Trudeau portait sur le fameux « Triangle des Bermudes », et elle apportait une explication sortant de l'habituel pour ce genre de magazine d' « intervention extraterrestre » ou de la « brèche inter-dimensionnelle ». À la place, Mme Trudeau a osé référer à une théorie à tendance rationnelle.


Pour le Prix Fosse Sceptique les candidats sont :


Le magazine Guide Ressources qui, à l'année longue, publie des annonces de services plus farfelues les unes que les autres! Il se présente comme un périodique sur la santé, la psychologie et la spiritualité. Pourtant, il ouvre ses pages à une multitude de pubs sur des médecines ou thérapies « alternatives » dont l'efficacité n'a jamais été démontrée, tel que : « L'art du chi », le « Reiki », le « Feng Shui », la « bio psycho kinergie », et même la clairvoyance et le tarot.


Mouvement raëlien, pour diffusion de thèses non prouvées sur des rencontres alléguées avec des extraterrestres et pour son appui au clonage humain non démontré par Clonaid.


Global TV. Pour l'ensemble de son oeuvre. La raison est simple : sans esprit critique, ils peuvent imposer à la population ce qu'ils veulent. On dit que les médias sont le 4ième pouvoir et il semble que Canwest l'a bien compris, peu importe les questions morales impliquées.


En particulier, pour son émission Global News Sunday du 18 mai 2003 sur les médiums qui communiqueraient avec les anges ou les morts. Le point de vue critique y était presque totalement absent. Leur traitement du sujet a été nettement biaisé en faveur des mystérieux dons des médiums. Deux sceptiques y ont été interviewés, mais seul leur rejet de cette croyance a été diffusé. Les nombreuses raisons qu'ils ont invoquées pour justifier ce rejet ont été coupées.


La monnaie Canadienne et Postes Canada. La monnaie canadienne, parce qu'elle consacre une série de pièces à l'astrologie chinoise. Il y a bien d'autres éléments culturels chinois beaucoup plus importants qu'on pourrait célébrer que les mythes astrologiques chinois. Nous serions, de la même façon, en désaccord avec une série de pièces célébrant nos mythes astrologiques européens. Qu'on le veuille ou non, pour des services officiels d'un gouvernement, lancer de telles séries ne peut que cautionner cette croyance. Postes Canada, un autre organisme gouvernemental qui pourrait facilement choisir un autre sujet que l'astrologie chinoise pour nous faire connaître le pays le plus peuplé au monde.


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Texte à sketches…

Psycho mystico thérapeutique!


Societas, édition du jeudi, 10 janvier, 2002


Michel Handfield


La mode est aux psychothérapies. Certaines peuvent être bien faites, mais c’est un domaine dans lequel il faut être prudent, car il existe plusieurs courants et la qualité peut être inégale d’un courant à l’autre.  Ce texte, un peu particulier, est  parti d’une critique de livre qui nous a conduit sur la pistes des psychothérapies, de la formation et des croyances! De là une série de textes ayant un lien entre eux tout en étant différents; comme un film à sketches! Un texte qui pourra sembler déroutants à certains de nos lecteurs, mais à quoi s’attendre d’autre dans un tel domaine, où les croyances prennent parfois le dessus sur le rationnel, le sens commun et la science! 



Le premier jalon de ce texte était la critique du  livre  « Les 5 blessures qui empêchent d’être soi-même »  de Lise Bourbeau, mais nous sommes allé beaucoup plus loin par la suite comme vous pourrez le constater par vous même.



I


Travail sur soi!



Pour certains tout vient de soi. Il faut travailler votre « Moi », qui est à la source de tous vos problèmes: sociaux, psychologiques et même physiques! C’est la thèse soutenue dans le livre de Lise Bourbeau, « Les 5 blessures qui empêchent d’être soi-même ». 



En effet, pour l’auteur, tous nos problèmes proviennent de blessures importantes: Trahison; Rejet; Abandon : Humiliation; et Injustice. Mais attention, pas nécessairement des blessures de votre enfance, mais des blessures de l’âme, des blessures de vos vies antérieures!


Prenons l’exemple du bébé non désiré, celui qui arrive comme on dit « par accident  ». Si l’âme de ce bébé n’a pas réglé le sentiment de rejet, …, le bébé vivra nécessairement du rejet. Un exemple flagrant est le cas du bébé qui n’est pas du sexe désiré. Il y a bien sûr d’autres raisons pour lesquelles un parent rejette son enfant mais l’important ici consiste à réaliser que seules les âmes ayant besoin de vivre cette expérience seront attirées vers un ou des parents qui rejetteront leur enfant. (p. 27-8)



Tout dépends donc de nos vies antérieures et de nos choix alors que nous n’étions qu’une âme en recherche d’incarnation! Beau moyen de déresponsabilisation.  D’abord, déresponsabilisation des parents, puisque tout dépend de « Moi ». Mes parents me rejettent, c’est ce que recherchais mon âme comme expérience de dépassement! La violence conjugale et l’abus sexuels des enfants, des épreuves pour grandir peut être?



Ensuite, ceux qui font subir cette violence le font parce qu’ils souffrent dans leurs âmes, dû à leurs vies antérieures naturellement. Alors ils ne sont pas responsables, puisque c’est leur souffrance…qu’ils crient ainsi. Ils appèlent à l’aide :


Lorsque de graves abus sont commis ou que la violence est vécue, cela indique que les personnes qui en sont responsables ont des blessures qui font tellement mal qu’elles en perdent le contrôle. C’est pour cette raison que je dis souvent : Il n’y a pas de méchants dans ce monde mais seulement des souffrants. Il ne s’agit pas ici de les excuser mais bien d’apprendre à avoir de la compassion pour ces personnes. Les accuser ou les condamner ne les aidera pas. Nous pouvons avoir de la compassion même si nous ne sommes pas d’accord. C’est un des avantages à être conscients de nos propres blessures et de celles des autres. (p. 192)



L’auteur croit que nos vies actuelles sont le fait de nos vies antérieures; que tout est déterminée par les choix de notre âme, par son plan de match, car… 


Lorsqu’un enfant naît (…) Son âme a d’ailleurs choisi la famille et l’environnement dans lesquels il naît dans un but très précis. Nous avons tous la même mission sur cette planète:  celle de vivre des expériences jusqu’à ce que nous arrivions à les accepter et à nous aimer à travers elles. (p. 13)


(…)


[L’âme] étant immortelle, [elle] revient sans cesse sous différentes formes humaines avec le bagage accumulé dans sa mémoire d’âme. Avant de naître, nous décidons de ce que nous voulons venir régler durant cette prochaine incarnation. Cette décision et tout ce que nous avons accumulé dans le passé n’est pas enregistré dans notre mémoire consciente, (…). Ce n’est qu’au fil de la vie que nous devenons graduellement conscients de notre plan de vie et de ce que nous devons régler. (pp. 14-5)  



Ce livre va jusqu’à décrire physiquement les personnes, leurs problèmes de santé, leur caractère, leurs peurs, leur vocabulaire, etc., selon les maux de leur âme! En voici quelques exemples: l’âme qui souffre de la blessure d’abandon a un corps long, mince, manque de tonus, etc. (p. 80); celle qui souffre de la blessure d’injustice a le regard vivant et brillant. Yeux clairs (p. 179); celle qui souffre de la blessure de trahison a le vocabulaire suivant : « as-tu compris? », « Je suis capable », « Je le savais », etc. (p. 149); celle qui souffre de la blessure d’humiliation  a comme maladies possibles le dos, les épaules, la gorges, angines, pieds, foie, etc. (p. 112) et, enfin, celle qui souffre de rejet a un appétit coupé par les émotions et peut être prédisposé à l’anorexie entre autres maux reliés à l’alimentation! (p. 50)



Tant que nous n’acceptons pas cette expérience, nous les revivons « plusieurs fois dans le cours d’une vie » ou dans des réincarnations ultérieures! (p. 13) On est dans la prédestinée, la mystique ici. Ce n’est pas surprenant, car « tu es DIEU vivant une expérience sur une planète matérielle » (p. 210) D’ailleurs, l’auteur conclut que « notre seule raison d’être » est de « NOUS SOUVENIR QUE NOUS SOMMES DIEU. » (p. 211) 



On ne dit pas que le psychologique n’a pas d’effet sur la santé, loin de là. Mais attention de ne pas tomber dans le supranaturel ou le mystique! Attention, danger! Mieux vaut voir des professionnels si on a des problèmes le moindrement sérieux.



Certains livres de pop-psycho sont davantage assimilable à l’horoscope et doivent être pris comme de la littérature humoristique ou de loisirs, bref ça fait du bien à condition de savoir en rire! Malheureusement plusieurs prennent cela au sérieux malgré les avertissements. Car l’auteur dit, et cela est en caractère gras dans la préface du livre : « Il n’y a aucune preuve scientifique à ce qui est avancé dans ce livre mais je t’invite à vérifier ma synthèse avant de la rejeter et surtout pour vérifier si elle peut t’aider à améliorer ta qualité de vie. »  (p. 12)



Cependant, malgré le caractère non scientifique de ce livre et de plusieurs autres du genre, plusieurs librairies à grande surface leurs donnent toute la place dans leur section « psychologie », envoyant les ouvrages académiques dans quelques librairies indépendantes et universitaires. La visibilité leur donne de la crédibilité.




II


Science,  mystique et mythes fondateurs!



Lorsque la thérapie s’approche ou se confond avec la foi ou la mystique il peut y avoir des risques, car le thérapeute peut devenir porteur de la Connaissance et le patient un disciple, un instrument porteur de la « bonne nouvelle » thérapeutique! Un recruteur.



Cette association thérapie/mystique peut se retrouver dans certains groupes comme l’Église de la scientologie, qui ont à la fois un office du dimanche et des cours de croissance personnelle tels « les cours d’amélioration de la vie », « Réussir par la communication » et le « cours d’efficacité personnelle »!



Si le leader est le moindrement charismatique, qui sait ce qu’il peut faire faire à ses « disciples ». Nous pouvons penser ici aux disciple de l’OTS qui occupaient des postes cadres à l’Hydro Québec. Ceci aurait pu avoir des conséquences graves s’ils avaient décidé de s’en prendre aux équipements informatiques ou aux barrages pour des raisons mystiques échappant au commun des mortels que nous sommes! Leurs « projets de suicides collectifs [qui] ont fait 74 morts entre 1994 et 1997 »  auraient pu être beaucoup plus dramatiques. (« Tabachnik dit avoir été «piégé» par le gourou », La Presse, Mercredi 25 avril 2001). Et pourtant, malgré que ce groupe étant une secte, son leader, Luc Jouret, encaissait des honoraires de conférencier auprès d’Hydro-Québec!  (http://www.multimania.com/tussier/ots1.htm) Mystique, thérapie et formation peuvent parfois être un cocktail explosif!



Naturellement, toutes les psychothérapies ne sont pas associés à des sectes ou à la mystique. La tendance à la pensée magique et au nouvel âge semble cependant assez forte. 



Ainsi, pour « écoute ton corps », l’âme et la réincarnation semblent au centre de leur approche. Pour d’autres groupes c’est l’aura – un champs d’énergie qui enveloppe le corps! Avec des techniques de toucher, des cristaux ou des arômes on re-balance vos Chakras pour rétablir votre énergie et vous guérir! Naturellement, cela ne se fonde sur aucune base scientifique, mais sur des croyances mythique ou mystique! Car si pour certains groupes c’est un transfert d’énergie entre les personnes ou avec des éléments, pour d’autres on puise à l’énergie universelle et on est alors dans les croyances religieuses!  Ainsi dans l’Alliance Universelle ou l'Eglise Chrétienne Universelle… 


« le dénommé "Christ de Montfavet" par ses fidèles décréta que "la médecine était inutile", et qu'on pouvait guérir miraculeusement toute maladie par imposition des mains, pourvu qu'on soit "en harmonie avec sa conscience et le cosmos"... » (Pour ne pas se laisser piéger par les sectes...)



Et que dire de l’acupuncture! Malgré son acceptation « médicale » au Québec. Le dictionnaire sceptique, disponible sur le site des sceptiques du Québec, nous apprend que « peu importe la technique utilisée, les recherches effectuées au cours des 20 dernières années ont échoué à démontrer une quelconque efficacité de l’acupuncture »:


Il n’y a aucune corrélation entre la position des méridiens utilisés en médecine chinoise traditionnelle et la réparation réelle des organes et des nerfs du corps humain. Le National Council Against Health Fraud, Inc. (NCAHF) (un organisme à but non lucratif qui considère la mauvaise information, la fraude et le charlatanisme dans le domaine médical comme des problèmes de santé publique) note que sur 46 journaux médicaux publiés par l’Association médicale chinoise, aucun n’est dédié à l’acupuncture ou aux pratiques traditionnelles chinoises. 




Le site des sceptiques du Québec est une véritable source d’informations sur les médecines parallèles (car se faire entrer des aiguilles, ce n’est pas de la médecine plus douce que d’avoir une piqûre!) et les psychothérapies. Nous vous conseillons de le visiter.   



Certaines écoles se fondent par contre sur une conception plus scientifique. Cependant, elles font souvent référence aux travaux d’un seul chercheur ou d’un seul courant, ce qui limite leur spectre d’analyse.



C’est le cas du Centre de Relation d’Aide de Montréal (CRAM), dont l’approche se fonde principalement sur les travaux de Carl Rogers. (1) Cette conception monolithique s’accompagne aussi d’un rejet des approches académiques et universitaires classiques, ce qui est paradoxal dans ce cas, car Colette Portelance, co-fondatrice du CRAM avec François Lavigne, est une critique féroce des formations universitaires en psychologie et en pédagogie (Lamontagne, 1992)  tout en mettant de l’avant, sur la jaquette de ses livres, sa formation universitaire aux universités de Montréal et de Paris!



Cependant, pour suivre des cours du CRAM, pas besoin de formation universitaire, car «les critères premiers de sélection des candidats pour les formations du CRAM et de l’E.I.F. ne sont pas surtout les diplômes, les connaissances intellectuelles ni l’expérience pratique d’une technique quelconque, mais surtout l’expérience de vie et l’intégration des connaissances théoriques et pratiques à l’expérience vécue.» (Portelance, 1998, p. 437-438)



Si ceci nous dit de mettre un bémol sur de telles écoles, en même temps, tout n’est pas à rejeter, car l’expérience de vie a aussi son importance – trop souvent oubliée par certains spécialistes – en autant qu’on la contrebalance par d’autres approches. C’est ainsi que dans un texte sur les relations parents enfants disponible sur le site de Santé Canada on trouve une référence à Colette Portelance. (2).



Il ne faut pas oublier non plus que la personne peut jouer un rôle dans son auto guérison. Alors, thérapies efficaces ou bidons peuvent parfois avoir un impact positif sur la personne et même sur sa guérison. Effet placebo ou force intérieure? (Cousins, 1979)  



En conclusion, des psychothérapies nous devons retenir


(i) Qu’elles se cherchent presque toujours un fondement ou des références scientifiques valables.  C’est ainsi que la première personne que remercie Lise Bourbeau, dans « Les 5 blessures qui empêchent d’être soi-même », c’est Freud! 


(ii) Que ces théories renvoient généralement à des théories du même genre dans une sorte de boucle commerciale de la médecine douce! On reproche aux approches traditionnelles leur dépersonnalisation du patient et le commerce de la santé (médecin, spécialistes, médication, etc.); mais ces approches se renvoient  elles aussi les unes aux autres dans un même mode commercial : thérapie personnelle; programmes spécialisés (balancement de vos chakras; etc.); prescriptions de produits « naturels » ou homéopathique,  etc.     


(iii) Plusieurs de ces théories ont une relation au mystique! Vos problèmes viennent des vies antérieures de votre âme (Lise Bourbeau) ou de sa désynchronisation! C’est ainsi, par exemple, que l’Aura-Soma vise à harmoniser le corps, la pensée et l’esprit de l’humanité! (Dictionnaire des sceptiques) Ça relève davantage de la pensée magique et des croyances mystiques que de la science! Naturellement on peut toujours opposer que cela relève de savoirs millénaires et que notre intoxication au rationalisme nous empêche de voir l’évidence. Point de terrain d’entente possible dans ces conditions. Croit ou demeure un infidèle!



III


L’important… c’est l’apparence!



En visitant le site d’Écoute ton corps international  on a  constaté leur « crédibilité », gracieuseté d’Emploi Québec qui les reconnaît  pour donner de la formation en entreprises, car :


« les investissements effectués pour nos ateliers sont admissibles en vertu de la Loi favorisant le développement de la formation de la main d’œuvre ou dans le cadre du programme de crédits d'impôt à la formation. »



Ceci nous intriguait et nous avons poussé notre investigation plus loin. Nous ne les avons pas trouvé parmi les formateurs agréés sur le site d’Emploi Québec. Nous leur avons donc envoyé ce mot sous un pseudonyme  le 8 août 2001:


Je visitais votre site et j'ai vu que vous offrez des ateliers sur la gestion du changement. Cela pourrait intéresser un de mes clients - je suis consultant en organisation. Comme c'est écrit que vous êtes reconnu par Emploi Québec, j'ai vérifié sur leur site et je ne vous ai pas trouvé dans leur répertoire des formateurs. Peut être y êtes vous inscrit sur un autre nom que "Écoute ton corps". Cela est très important pour moi, car je me dois de lui certifier le sérieux de ce que je lui propose. Vous comprendrez que dans ce domaine, la consultation (et la même chose est vrai de la formation comme vous le savez déjà, la qualité des informations sur votre site en faisant foi), tout est question de crédibilité.


Je vous remercie à l'avance,

« Pseudonyme »



Et voici la réponse reçue la journée même:


Bonjour « Pseudonyme »,


Nous étions reconnu par eux dans le passé mais nous n'avons pas

Renouvelé l'an passé et cette année car nos formateurs sont déjà trop occupées, donc tout le travail et les frais de renouvellement ne valait pas la peine pour le moment.


Monica




Bref, même s’ils ne sont plus accrédités, leur site le laisse toujours croire (du moins à notre dernière visite du 9 janvier 2002). Alors comment ne pas croire ces théories si Emploi-Québec les reconnaît? 



Dans le cas du CRAM, nous avons aussi vérifié leur agrégation à la loi 90 de la formation de la main-d’œuvre et nous les avons effectivement trouvé sur le site d’emploi Québec pour les champs professionnels 21 (Services sociaux, éducatifs et juridiques) et 34 (autres). Ils sont donc là tel que le dit leur publicité.


IV


Quelles sont les normes?



Ceci soulève une question:  que faut-il pour être reconnu selon la loi 90 pour la formation en entreprise? Selon les normes d’Emploi-Québec, il faut :


1) Pour une entreprise:


Démontrer que ses formateurs (salariés et contractuels) possèdent dans l’ensemble une expérience moyenne de travail, rémunéré ou non, d’au moins trois ans dans chacun des champs professionnels pour lesquels il demande l’agrément. Les contractuels dont on parle ici peuvent inclure ceux qui sont à votre emploi au moment de la demande et ceux qui ont déjà été à votre emploi.


2) Pour un indépendant:


Pour être agréé à titre de formateur, le demandeur doit répondre aux conditions

d’agrément suivantes:


1) Démontrer qu’il possède une expérience d’au moins trois ans dans chacun des

champs professionnels dans lesquels la formation sera donnée.


2) Démontrer qu’il possède:


Un minimum de 135 heures de formation en méthodes de transmission des connaissances.


Il peut s’agir par exemple d’une formation en pédagogie, en andragogie ou en

formation de formateur;

OU

Une expérience d’au moins 250 heures à titre de formateur. Cette expérience correspond

à toute activité permettant la transmission de connaissances de manière structurée

à partir par exemple d’un plan de formation spécifique, d’un syllabus de cours

ou d’une méthodologie définie à l’avance;

OU

Un minimum de 90 heures de formation en méthodes de transmission des connaissances

et une expérience d’au moins 100 heures à titre de formateur, peu importe les

champs professionnels dans lesquels les heures de formation ont été données. (p. 23)



Ainsi, de l’expérience en vase clos (au sein d’une secte par exemple) compterait pour Emploi-Québec, mais un, deux ou trois diplômes universitaires ne permettent pas d’être reconnu à titre de formateur par la loi du 1%! Bref, pour un Gouvernement qui parle de l’importance de la formation, il y a comme un «bug»; la formation universitaire étant moins reconnu que la formation «sur le tas» ou sectaire en ce domaine! Il faut dire qu’il y a des précédents. Rappelons-nous que le leader de l’OTS, Luc Jouret, encaissait des honoraires de conférencier auprès d’Hydro-Québec et que plusieurs membres de la secte y occupaient des fonctions de cadre supérieur! (www.multimania.com/tussier/ots1.htm)   C’est dire les risques d’insertions par le biais de la formation en entreprise.



Les groupements sectaires ou religieux peuvent avoir plusieurs raisons sociales pour pénétrer les milieux d’affaires et scolaires, sous prétexte de formation ou de prévention. C’est ainsi que des liens entre un organisme de lutte contre la drogue, Narconon, et l’Église de scientologie ont été mis à jour par Radio-Canada suite à la présentation de conférences de Narconon dans des écoles de la région de Montréal. (Ouimet) Il y a donc des risque de dérapage. Alors pourquoi ne pas permettre aux diplômés universitaires d’être accrédités, puisqu’ils ont une reconnaissance professionnelle en leur domaine. Un diplôme universitaire vaut bien «une expérience moyenne de travail, rémunéré ou non, d’au moins trois ans dans chacun des champs professionnels pour lesquels il demande l’agrément » tel que dit dans le document d’Emploi-Québec ! Si un bachelier peut enseigner au cégep, je ne vois pas pourquoi il ne peut le faire en entreprise, d’autant plus que pour enseigner en entreprise le diplôme universitaire ne semble pas requis, car nous n’avons vu aucune information relatives à la formation des formateurs dans le répertoire d’ « Informations détaillées du formateur » d’Emploi-Québec! C’est dire l’importance qu’on lui accorde. C’est ainsi qu’un formateur dans les maux de l’âme peut enseigner en entreprise dans le cadre de la loi du 1%, mais qu’en tant que détenteur d’une maîtrise, dont le mémoire portait sur les nouvelles formes d’organisation du travail, j’aurai peut être de la difficulté à le faire en tant que formateur indépendant! Beau paradoxe.



Après avoir fouillé dans la liste des formateurs accrédités sur le site Internet du « Ministère de l’emploi et de la solidarité sociale », on constate cependant qu’ils sont nombreux et qu’il est probablement difficile de tout contrôler. Mais, des changements peuvent certainement être fait, comme celui de mentionner le diplôme et l’organisme émetteur (cégep, université, école privée, etc.).



On peut toujours croire que le système fonctionne assez bien dans l’ensemble, vu le nombre réduit de scandales dans les médias. Cependant, tous les cas d’insatisfaction ne doivent pas être rendus public, surtout dans le secteur privé où on n’ira pas se «pavaner» d’avoir payé pour une formation douteuse ou « bidon »!



Nous allons contacter Emploi-Québec sur le sujet (en leur envoyant  cet article et leur demander leurs commentaires) et revenir là-dessus si nous avons des réactions de leur part.


V


L’alternative sociologique!



Toutes ses approches et la psychologie ont quelque chose en commun : elles sont centrées sur l’individu! Il a des problèmes au travail, à l’école, en amitié, avec l’alcool ou les drogues, il faut trouver ce qui cloche chez lui. Il y a des milliers d’individus «dysfonctionnels» que l’on doit traiter un à un! Belle pépinière pour les psys, diplômés ou non,  professionnels ou nouvel âge!



Pourquoi n’élargit-on pas la question. Si 10% du personnel d’une entreprise souffrent d’absentéisme ou si le « turn-over » est dans les 20, 30 et parfois même 50% par année, pourquoi regarde-t-on le problème comme étant individuel? Les psys ont investit un champ d’action à leur profit, mais au détriment de l’analyse sociale, car dans plusieurs cas le problème relève d’un autre niveau que celui de l’individu. Les symptômes peuvent apparaîtrent individuel, mais le problème, la cause, est globale. Ici une alternative sociale est nécessaire.  Ceci m’amène à parler d’un livre intéressant sur le sujet que j’ai vu au salon du livre de Montréal : «Se connaître autrement grâce à la sociologie » de Maurice Angers.  L’auteur souligne à juste titre que « notre identité se forme à l’aide du milieu dans lequel nous vivons »  et que « nous sommes tous « inséparables » des groupes auxquels nous nous rattachons ». (Angers, 2000, p. 9)



En fait, on oublie que l’humain est une être social. La fin du XXe siècle fut centré sur son individualité, d’où les succès des approches psychologiques et des psychothérapies, mais l’humain est aussi enraciné dans une société. Ce livre est là pour nous le rappeler:


La sociologie permet toutefois d’aller un peu plus loin en examinant nos faits et nos gestes sous un autre angle, tout en expliquant de manière différente et inédite certaines de nos réactions quotidiennes. Notre histoire personnelle, en effet, ne se résume pas simplement à nos états intérieurs ou à nos relations avec nos proches. Elle a un lien direct avec l’état de la société dans laquelle nous vivons à une époque, ainsi qu’avec les groupes qui la composent.   (Angers, 2000, p. 7) 



Le début du XXIe siècle nous le montre cruellement, avec les conflits entre sociétés, certaines se référant à des valeurs d’un autre temps et d’autres aux seuls rapports économiques. Des gens sont prêt à mourir au nom d’Allah et les autres vendent des spectacles bénéfices pour les victimes. Ceci soulève des questions. Pourquoi l’école montre-t-elle le une certaine vision du Coran plutôt qu’à être citoyen dans certaines sociétés? De l’autre côté, pourquoi les programmes sociaux sont-ils remplacé par la charité? L’État existe t il encore ou est-il remplacé par des idéologues religieux ou économiques?


Un livre à lire pour aller plus loin que votre simple moi et qui montre les jalons sociaux qui nous façonnent en tant qu’individus : classe sociale, éducation, organisation, État, liberté, etc. 


La sociologie pratique devrait être reconnue au même titre que la psychologie, avec un champ d’action protégé et une corporation, car plusieurs  problèmes relèvent de la sociologie plutôt que de la psychologie, ceux-ci étant davantage sociaux qu’individuels. J’ai d’ailleurs écrit à deux occasions sur le sujet dans la revue Société de la Société Canadienne de Sociologie et d’Anthropologie (voir dans la bibliographie plus bas). 



VI


La mystique (conclusion)


Je ne dirais pas que Dieu ou l’âme existent ou n’existent pas. Cela relève de la foi, de croyances personnelles mais aussi de facteurs sociaux. Car des États et des sociétés se basent sur eux dans leur fondement propre. Des constitutions font références à Dieu,  God, Yahvé, Allah, etc. Croire ou non en l’existence  de Dieu, de l’âme, de la réincarnation, de la résurrection ou de toutes autres mystiques relève d’une croyance, car personne ne le sais. Ni ceux qui disent qu’ils existent, ni ceux qui disent qu’ils n’existent pas!  


Cependant, je veux revenir sur un point. Le point de départ de ce texte. Lorsque Lise Bourbeau, dans «Les 5 blessures qui empêchent d’être soi-même», dit que «Lorsqu’un enfant naît (…) Son âme a d’ailleurs choisi la famille et l’environnement dans lesquels il naît dans un but très précis.» (p. 13) ceci me questionne. Pourquoi sont-ils si nombreux à choisir des pays non démocratique et où il y a des famines s’ils ne peuvent changer les choses, car ils meurent encore majorité dans l’enfance dans bien des pays. Ce livre est vraiment écrit avec une perspective individualiste et occidentale; celle de regarder nos petits problèmes et notre nombril, car en occident on peut regarder nos problèmes de relations interpersonnelles comme étant le centre du monde. Mais lorsqu’on se fait torturer ou tuer pour avoir essayé d’implanter un syndicat ou pour avoir dit dans la rue que le Président est un dictateur on est loin de ce nombrilisme. Si la réincarnation existe, je ne crois pas qu’on choisisse où l’on va et ce qu’on sera!   




Si la mystique et l’âme vous intéressent voici des livres – pas nécessairement récents - sur le sujet : .


During, Élie, 1997, L’âme, Paris: GF Flammarion, corpus. C’est une très bonne collection et les auteurs sont crédibles : Aristote, Descartes, Eckart, Platon et autres. Crédible ne voulant pas dire qu’ils ne se questionnaient pas.


Woodrow, Alain, 1977, Les nouvelles sectes, Paris : Seuil, Points Actuels. Une enquête sur les principales sectes. Un dossier qui démonte leur mécanisme.


Coomaraswany, Ananda K., 1949, Hindouisme et bouddhismes, Gallimard, coll. Idées nrf.  Analyse qui compare ces courants orientaux aux courants occidentaux…


Revel, Jean-François, et Riccard, Matthieu, 1999, Le moine et le philosophe, Paris : Pocket. Mathieu Riccard, docteur en biologie, devient moine tibétain. Il discute ici avec son père, Jean-François Revel, philosophe agnostique déclaré…


Arvon, Henri, 1995 [1951] le boudhisme, Paris : P .U.F., coll. « que sais-je? »  Un « que sais-je? » ça dit tout : collection dont les ouvrages sont court (127 p.) et ramassé sur un sujet.



Notes:


1. Né à Chicago, le psychologue américain Carl Rogers (1902-1987) a développé les notions de « non-directivité » et de thérapie « centrée sur le client ». Selon lui, le thérapeute doit adopter une approche de type empathique, basée sur la confiance. Célèbre au-delà des États-Unis à la fin des années soixante, ses ouvrages les plus connus sont le Développement de la personne (On Becoming a Person, 1961, traduit en français en 1966) et Liberté pour apprendre (Freedom to Learn, 1969, traduit en français en 1971). Source : Encyclopédie Encarta, Collection Microsoft® Encarta® 2002. © 1993-2001 Microsoft Corporation. Tous droits réservés.


2. Voir le texte Relations parents-enfants Enfants


Bibliographie:


Bourbeau, Lise, 2000,  Les 5 blessures qui empêchent d’être soi-même,  Québec : Éditions E.T.C. INC.


Handfield, Michel, «Pour la pratique de la Sociologie», Society/Société, May 1991, pp. 19-21, Bulletin de la Société Canadienne de Sociologie et d’Anthropologie


Handfield, Michel, «Pour la création d’une section de sociologie appliquée et de groupes d’intérêts en sociologie», Society/Société, Février 1995, pp. 19-22, Bulletin de la Société Canadienne de Sociologie et d’Anthropologie


Hosbawn, Eric, 1994, Age of extremes, UK : ABACUS


Lamontagne, Christian, Attention à la Portelance, in “le Guide Ressources », Vol. 7, no. 6, 1992 trouvé sur le site du réseau Proteus


Ouimet, Michèle, « Les vendeurs du temple » in La Presse, vendredi 9 février 2001 (Réf. www.cyberpresse.ca)


Portelance, Colette, 1998, Relation d’aide et amour de soi, Montréal : éditions du CRAM


Sites Internets (mis à jour le 30 octobre 2006):



Écoute ton corps international: www.ecoutetoncorps.com


Emploi Québec: www.mess.gouv.qc.ca


Loi favorisant le développement de la formation de la main-d'œuvre,  Répertoire des formateurs et autres documents (Ce document n'est plus en ligne)


Pour ne pas se laisser piéger par les sectes..www.prevensectes.com/home.htm


Réseau Proteus: www.passeportsante.net


Sceptiques du Québec: www.sceptiques.qc.ca


The skeptic’s dictionary: www.skepdic.com


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Societas Criticus, revue de critique sociale et politique, Vol. 4 no 2, Dossiers/Essais : www.societascriticus.com

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Retour… sur notre texte à sketches

Ou Pop psycho et formation professionnelle!

Michel Handfield

jeudi, 14 février, 2002




Nous soulignions dans notre « Texte à sketches… Psycho mystico thérapeutique! » que certains groupes de pop- psycho pouvaient donner de la formation reconnue par emploi-Québec et que des diplômés universitaires ne le peuvent pas nécessairement. Nous avons donc contacté emploi-Québec sur le sujet . Cependant, nous n’avons pu obtenir de réponse écrite de leur part. Les conditions d’agrégations sont disponibles sur notre site et nous n’avons rien d’autre à dire, c’est à peu près la réponse reçue!



Par contre avec quelque peu d’insistance, les conversations furent instructives même si elles furent brèves. Ainsi, moi, avec une maîtrise en sociologie je ne pourrais être accrédité pour donner de la formation, sauf si je fais 135 heures de pédagogie ou d’andragogie ou si j’ai 250 heures d’expériences en formation et seulement si la sociologie est qualifiable, ce qui n’est pas nécessairement le cas!



Pourtant les problèmes sociaux sont nombreux en entreprises et je pourrais enseigner au cégep avec une maîtrise! Quand j’ai souligné ce fait  et que je leur ai fait remarquer qu’aucune mention n’est faite des diplômes sur leurs fiches d’Informations détaillées des formateurs, la réponse fut que ce n’est pas ça qui compte! Un Ph.D. pourrait être refusé mais un secondaire III dans un métier accepté, car son expérience peut être davantage relié aux besoins des entreprises.  Nous n’avons pas les mêmes critères que les autres institutions de formation m’ont ils dit! Ce qu’il faut c’est un minimum dans le champs professionnel visé (3 ans), avoir enseigné 250 heures ou avoir 135 heures de formation en andragogie ou en pédagogie.



Pour ce qui est des groupes nouvel âge, la réponse est que certaines groupes ont déjà été accréditées et  que d’autres le sont ou le seront encore, car  l’accréditation n’a rien à voir avec la croyance du groupe. Ces groupes ou leurs formateurs peuvent avoir un bonne expérience en marketing, en service à la clientèle ou en ressources humaines et de l’expérience (250 heures) ou la formation (135 heures) pour la passer aux autres, ce qui les qualifient! Ce qui compte c’est de passer de la formation qualifiante. Un diplômé universitaire n’a pas nécessairement cette expérience et la qualification pour la passer!   De toute façon ces groupes ne transmettent pas des croyances… mais des connaissances dans ce cadre.  Pour emploi-Québec cela semble très clair…



***

Pour ma part ce l’est moins et je doute que la séparation soit aussi claire qu’eux le croient. Des organismes formateurs  ayant comme approche « la psychologie transpersonnelle » me laissent un doute. C’est une « Une psychologie du potentiel humain » qui…

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« (…) n'élabore pas son modèle de la psyché à partir du malade et du souffrant; elle regarde plutôt vers les saints, les prophètes, les grands artistes, les héros et les héroïnes de l'humanité comme modèles du plein développement humain et de la nature de la psyché humaine. Au lieu de nous définir tous comme partiellement névrotiques (sinon pires), la psychologie transpersonnelle définit la personne comme étant dans un processus de développement vers une humanité complète tel qu'illustré par les grandes femmes et les grands hommes. Holistique, la psychologie transpersonnelle recherche un développement équilibré des dimensions intellectuelle, émotionnelle, spirituelle, physique et sociale de la vie d'une personne » (source : Centre québécois de recherche et de formation en éducation transpersonnelle, www.cqrfet.qc.ca


Et ils sont accrédités comme formateur en gestion des ressources humaines et en communication – services à la clientèle selon le site d’emploi-Québec! J’ai vérifié et les adresses correspondent entre leur site et leur fiche d’Informations détaillées des formateurs. Sûr, sûr qu’ils ne transmettent que des connaissances en ressources humaines et en service à la clientèle et qu’un diplômé universitaire (particulièrement en marketing) ne pourrait en faire autant? Même en sociologie? Car à la base du service et des ressources humaines on retrouve les relations sociales!



Sociologue avec une maîtrise (et un mémoire portant sur la division internationale du travail et les nouvelles formes d’organisation du travail), ou quelqu’un avec un doctorat ne peut pas nécessairement se qualifier pour donner de  la formation en entreprise selon emploi-Québec… car la formation en entreprise ne relève pas des mêmes critères éducationnels que les autres types de formation (cégeps et universités par exemple) m’a-t-on dit! Et pourtant la catégorie 06 Sciences humaines (philosophie, géographie, sociologie, histoire, psychologie) existe, car elle est présente sur plusieurs fiches d’ informations détaillées du formateur disponible sur le site d’emploi-Québec! Et dans aucun cas on n’indique le niveau de diplômation du formateur sur ses fiches! Probablement qu’ils ne sont pas certifiés « Qualité-Québec » au ministère de la solidarité sociale responsable de l’application de la loi du 1%. Les normes c’est pour les autres, pas pour eux!



Ceci soulève une autre question, de fond celle-là. On parle sans cesse de l’importance de l’éducation pour l’emploi, mais lorsque des diplômés universitaires qui pourraient faire de la formation en entreprise n’ont pas le droit d’en faire et que des formateurs plus ou moins nouvel âge ont le droit d’en faire, je me pose la question de la valeur des études pour cet organisme gouvernemental. Après on fera des études pour savoir pourquoi le décrochage scolaire. Quand la formation universitaire ne vaut pas plus que la formation sectaire, la question ne se pose même plus selon moi! 



Les normes ne sont pas les mêmes en éducation et en entreprise. Pourquoi? Peut-être parce que des gens qui questionnent, ça ne produit pas et dans une économie de chaînes de montage, ce n’est pas de diplômés qu’on a besoin mais de bras interchangeables.  Alors les diplômés sans emploi on les traite de rêveur, car il est plus facile de leur reprocher leur champ d’étude que de questionner nos valeurs comme société! Un diplômé en littérature ou en philo ça sert à quoi pour les entreprises? Si ça servait à vérifier les traductions françaises que les entreprises nous donnent parfois avec leurs produits, ce serait déjà beaucoup me semble. Mais les traductions automatiques coûtent beaucoup moins cher et qu’importe leur illisibilité. L’important c’est la réduction des coûts! Et après on fait des Salons de la qualité et des bannières ISO 9000! Et on fait des tribunes téléphoniques sur les diplômés qui ont choisi des professions sans avenir… Sont-ce les professions qui sont sans avenir ou nos choix socio-économiques et politiques?



La loi du 1% est aussi questionnable, car elle est restrictive sous des allures progressistes. En effet, un vaste changement organisationnel, une expérience de démocratisation comme j’ai eu la chance d’y participer il y a plusieurs années dans une équipe multidisciplinaire, est quasi impossible à réaliser maintenant, car cela demande des approches différentes et exige un investissement beaucoup plus important qu’un pour cent (1%) sur une année. Pourquoi une entreprise investirait-elle aujourd’hui 5,10, 15 ou même 20% de sa masse salariale dans un tel changement si cela ne lui permet pas de le déduire sur plusieurs années? Et il n’est pas sûr que ce serait même qualifiable selon les normes actuelles, car cela va beaucoup plus loin que la simple formation: c’est du changement organisationnel en même temps que la démocratisation du milieu de travail. Cela se passe sur plusieurs dimensions à la fois, tant techniques qu’humaines, sociales et politiques! C’est apprendre en faisant.



Enfin, pour revenir aux psychothérapies, une dernière information: le titre de psychothérapeute serait réglementé selon des infos que nous avons obtenu le 8 décembre dernier (2001)  sur le site de l’Association des Psychologues du Québec, soit :


« Mais le gouvernement a récemment adopté une loi qui réglementera un nouveau titre : psychothérapeute.


Ce titre ne pourra être porté que si l’on possède déjà un autre titre (comme médecin, infirmière, travailleur social, ergothérapeute ou psychologue).


(…) Le gouvernement aurait plutôt dû séparer relation d’aide (capacité d’écoute et d’aide que tous les professionnels des sciences humaines finissent par développer) et psychothérapie (processus d’intervention plus spécialisé et précis en termes de diagnostic et de changement de la personne). » 


(source : www.apq-psycholog.qc.ca, malheureusement ce site ne fonctionnait plus au moment d’écrire ces lignes)


Il est fini le temps où n’importe qui peut s’auto qualifier psychothérapeute avec une approche plus ou moins magique ou mystique. Reste à voir si emploi-Québec fera bande à part ou resserrera ses critères, car bien des diplômés pourraient aider les entreprises, mais il ne semble pas que le diplôme soit un critère pour emploi-Québec,  pour qui la psychothérapie et le nouvel âge ne  semblent pas poser de problèmes! Ces groupes y ont une valeur équivalente aux autres professions et parfois même plus! 



Il est vrai que dans certains métiers l’expérience et le « tour de main » comptent peut être davantage que le diplôme, mais ce n’est pas la règle partout. Obliger le diplôme universitaire « at large » ne serait pas logique, mais ne pas le reconnaître non plus. Être ébéniste de métier ne s’apprend pas à l’université, mais faire des ressources humaines avec une approche mystique n’est pas davantage qualifiable pour autant! Il faut tenir compte de l’expérience, mais qu’une secte ait un bon marketing et l’enseigne me pose un problème éthique. Qui contrôle la frontière entre marketing à succès et endoctrinement?


Infos-doctrines!

mardi, 16 avril, 2002


Les psychothérapies, les sectes et certaines nouvelles religions peuvent parfois utiliser des méthodes d’endoctrinements semblables ou relever de mystiques parallèles. Plusieurs groupes s’intéressent à ces questions. Cette question demeure donc ouverte et à défaut d’y revenir encore, nous mettrons ici des liens que nous jugeons éclairant sur le sujet.


Sur la scientologie:


Site officiel : www.scientology-quebec.org


Critiques :

www.xenu.net

www.xenu.net/archive/leaflet/xenufr.htm


Menu



Spécial dossier de L’ex-carrière Francon - Vous trouverez ici les textes suivants:


Investissements majeurs dans les artères commerciales!

Mémoire concernant le projet de Smart Centres la carrière St-Michel (26 mai 2008)

La pétition (28 avril 2008)

Retour sporadique sur le dossier de l’ex-carrière St-Michel (avril 2008)

Des suites dans le Dossier de L’ex-carrière Francon (16 novembre 2006)

Un autre épisode dans le dossier Wal-Mart à St-Michel (19 mai 2006)

Des suites à suivre! (14 et 20 juin 2006)

Un retour sur Francon (1er mai 2006)

Une vision d’avenir pour un quartier! Ou le recyclage d’une carrière. (2 mars 2006)

Vision et union, où ça? (L’affaire Wal-Mart à Saint-Michel) (14 février 2006) + Suivi

Le point sur un projet novateur! (9 Décembre 2005)

Frilosité politique face à un projet novateur: le cas Camping Montréal (4 novembre 2005)

Un site novateur pour le CHUM! (8 décembre, 2004)


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Societas Criticus, revue de critique sociale et politique, Vol. 10 no 6, Éditos : www.societascriticus.com

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Investissements majeurs dans les artères commerciales!

Michel Handfield


1er novembre 2008


Il y a quelques jours la ville de Montréal et le gouvernement du Québec nous apprenaient qu’ils investiront 22,6 M$ dans le cadre du PR@M – COMMERCE (1) « pour soutenir la revitalisation et le développement de 28 artères commerciales de l'agglomération de Montréal.  (…) Pour le maire de Montréal, le soutien aux artères commerciales constitue une initiative de l'administration pour favoriser l'amélioration de la qualité des milieux de vie des Montréalaises et des Montréalais. » (2) « En investissant dans nos artères commerciales, nous investissons aussi dans ce qui fait la fierté des Montréalais », a conclu Alan DeSousa, responsable du développement économique et du développement durable au comité exécutif. » (3)  Puis, dans un communiqué de la Ville de Montréal, daté du 31 octobre 2008, on nous apprend que ce nouveau Programme réussir@montréal – volet commerce « profitera à la rue de Charleroi, une des principales artères commerciales de l'arrondissement » Montréal-Nord. (4) Cependant, Montréal-Nord, c’est presque à côté du projet Smart-Centre de l’ex-carrière Francon à St-Michel! Allez donc y comprendre quelque chose!


Dans un article du Devoir paru sur le sujet, on remarque d’ailleurs que ce programme servira à « aider [les artères commerciales] à contrer l'attrait des commerces de grandes surfaces ». (5) C’est une bonne chose, mais comment expliquer cette décision avec celle de faire un centre commercial comprenant des magasins à grande surface (6) dans l’ex-carrière Francon à Saint-Michel? Comme citoyen, on va payer pour revitaliser des artères commerciales que la ville va mettre en danger avec un autre projet commercial qui entrera directement en concurrence avec elles, principalement les artères Charleroi (Montréal-Nord), la SDC Jean-Talon (St-Léonard), la SDC Promenade Masson (Rosemont–Petite-Patrie) et la SDC de la Plaza Saint-Hubert (Rosemont–Petite-Patrie) pour ne nommer que ces artères qu’elle dit vouloir soutenir par ce programme. (7) Cela, c’est sans compter les autres petites rues commerciales, comme la rue Jean-Talon à Saint-Michel ou la rue Beaubien dans Rosemont, qui ne sont pas nommées dans ce plan. Je n’ai rien à ajouter, les faits parlant d’eux même.


Notes :


1. Programme réussir@montréal – volet commerce (PR@M –Commerce)


2. « Investissement de 22,6 M$ dans le cadre du PR@M – COMMERCE : La Ville de Montréal et gouvernement du Québec la revitalisation des artères commerciales » sur le site de la Ville de Montréal


3. Ibid.


4. « INVESTISSEMENTS MAJEURS DANS UNE ARTÈRE COMMERCIALE » sur le site de la Ville de Montréal


5. Jeanne Corriveau, Montréal et Québec investissent pour revitaliser les artères commerciales, in Le Devoir, édition du mardi 28 octobre 2008 : www.ledevoir.com/2008/10/28/212867.html


6. Dans le rapport de l’Office de consultation publique de Montréal on peut lire ceci :


« Le centre commercial comprendrait une vingtaine de bâtiments représentant 75 000 m2 de superficie locative brute et répartis sur les trois plateaux de la zone excavée situés à 10, 40 et 70 mètres sous le niveau des rues avoisinantes. Un ou deux magasins de marchandises diverses agiraient comme locomotives et occuperaient le quart de la superficie.


L’offre serait complétée par des commerces de grande surface dans les catégories de l’alimentation et de la rénovation, par un ensemble de moyennes surfaces dans les catégories des biens modes, de l’électronique et des articles de sport, ainsi que par des restaurants et autres établissements de services. Le promoteur propose par ailleurs d’aménager 3 200 cases de stationnement pour desservir le centre commercial. » (Office de consultation publique de Montréal, Projets de règlement P-04-047-62 et P-08-019. Implantation d’un centre commercial et d’espaces verts thématiques dans la partie ouest du site de la carrière Saint-Michel, Rapport de consultation publique, le 29 août 2008, p.7 : http://www2.ville.montreal.qc.ca/ocpm/pdf/P27/Rapport.pdf)


7. « Investissement de 22,6 M$ dans le cadre du PR@M – COMMERCE : La Ville de Montréal et gouvernement du Québec la revitalisation des artères commerciales » cité à la note 2.


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Societas Criticus, revue de critique sociale et politique, Vol. 10 no 6, Éditos : www.societascriticus.com


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Societas Criticus, revue de critique sociale et politique, Vol. 10 no 5, Éditos : www.societascriticus.com

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CHUM : Le meilleur site risque d’être dilapidé pour un centre d’achat!



Montréal, le lundi, 25 août 2008


A/S Dr. Gaétan Barrette, président de la Fédération des médecins spécialistes du Québec (FMSQ)


CC : MONSIEUR GÉRALD TREMBLAY. MAIRE DE MONTRÉAL

Docteur Yves Bolduc, Ministre de la Santé et des Services sociaux

Office de consultation publique de Montréal, qui regarde justement cette carrière!



Quand j’ai lu que près de trois médecins spécialistes sur cinq sont en désaccord avec le choix du site pour le CHUM, j’ai cru bon vous faire parvenir cette proposition que j’avais faite en 2004…  Naturellement, n’étant pas connue des instances, elle avait probablement pris le bord de la poubelle. Pourtant, j’ai moi aussi fréquenté l’U de M! Je vous fais donc parvenir cette ancienne lettre, mais avec un Post-scriptum  à la fin, car elle est toujours aussi d’actualité et pertinente qu’à l’époque, ce dossier n’ayant pas évolué.


Remarquez que pour de tels projets, que ce soit le CHUM ou les fusions municipales, on devrait toujours faire une première consultation publique, car cela élargirait les cadres du débat et ouvrirait des possibles. Certains citoyens sont intéressés et ont des choses à dire qui mériteraient certainement d’être entendues. On a tort de ne pas faire ce premier appel au public. Il serait salutaire.


D’ailleurs, on assimile trop souvent le citoyen à un client de nos jours, ce qui ne peut que le déresponsabiliser et le placer en situation de demandeur comme s’il était toujours placé devant un étalage de grand magasin. Si on veut des citoyens responsables, on doit d’abord les considérer comme tels : des citoyens! L’État n’est pas Wal-Mart. Les politiciens devraient le savoir, eux qui livrent rarement la marchandise!


     

Bien à vous,


Michel Handfield, B.Sc., M.Sc. sociologie

Diplômé de l’Université de Montréal 1982, 1988.

www.societascriticus.com



Un site novateur pour le CHUM! (1)

Michel Handfield


Montréal, le 8 décembre, 2004 (Societas Criticus/Éditos, Vol. 6 no. 3)


A/S CA du CHUM

Philippe Couillard, Min. de la santé et des services sociaux

William Cusano, député de Viau

Gérald Tremblay, Maire de Montréal



Nous avions un projet novateur dans notre quartier – faire un centre de caravaning dans l’ex carrière Francon, où il n’y a JAMAIS eu de déchets contrairement à l’ex-carrière Miron plus à l’Ouest – mais il semble maintenant qu’il ne se réalisera pas. Cette carrière étant stratégiquement placée au cœur de Montréal, ce site serait peut être intéressant pour le futur CHUM à plus d’un titre :  


1) Il risque d’y avoir beaucoup moins de contamination que sur les terrains du CP d’Outremont, car il est totalement sur le roc et n’a jamais eu de déchet;


2) Ce site est stratégiquement bien placé à l’angle des rues Jarry et Pie-IX, soit dans le centre Nord de Montréal,  près des transports en commun, notamment de la future station IX/Jean-Talon de la ligne bleue qui conduit directement à l’Université de Montréal; de Pie IX, qui est une des grandes artères Nord/Sud de Montréal et une porte vers le Nord; et enfin près de Crémazie (l’autoroute Métropolitaine), 2 rue plus au sud;


3) Ce terrain appartient déjà à la ville de Montréal, ce qui faciliterait probablement les négociations d’acquisition;


4) De par sa configuration sous le niveau de la rue, ce site bénéficie aussi d’un micro climat et est à l’abri des bruits de l’extérieur, un plus pour un hôpital si l’on parle en terme de tranquillité pour les patients;


5) En terme d’espace pour les développements futurs, ce site bat facilement le centre ville et se compare avantageusement bien aux terrains du CP.

 

. De plus, on aurait là une continuité avec l’histoire de l’Université de Montréal, celle-ci étant construite dans une ancienne carrière à flanc de montagne! Ce serait là un projet de recyclage d’un ancien site industriel novateur et spectaculaire (on croit à un paysage de montagne); une vitrine pour l’U de M. Quant aux sceptiques, je vous signale que le palais de justice de Laval est construit sur le plateau d’une ancienne carrière de Laval.


Ce serait aussi un projet structurant pour un quartier comme le notre et il s’inscrirait bien  dans le développement de la Cité des arts du cirque, 1 ou 2 km plus à l’Ouest; du pôle récréo-touristique tant souhaité par le milieu, sur la rue Jarry; et, enfin, de la vitrine environnementale promise par la ville de Montréal pour notre autre carrière plus à l’Ouest (MIRON).

 

Je vous suggère d’examiner cette avenue avec celles que vous avez déjà, car ne la connaissant probablement pas, il vous était impossible de la considérer jusqu’à présent. Mais elle est à considérer sérieusement, car elle bénéficie de certaines forces naturelles, sa localisation et sa propriété déjà publique, et elle représente en plus l’occasion de montrer un savoir faire novateur en recyclage d’un ancien site industriel. Si vous voulez un CHUM qui fera vraiment parler de lui hors de nos frontières, car il sera un modèle novateur de recyclage d’un ancien site industriel fort spectaculaire en soi, c’est un site à considérer.  



Bien à vous,


Michel Handfield, M.Sc. sociologie

Diplômé de l’U de M


Note :


1. Centre Hospitalier de l’Université de Montréal : www.chumontreal.qc.ca/


Post-scriptum (25 août 2008):


Aucun site n’est parfait : le centre ville ou Outremont, c’est le bruit de l’autoroute ou des voies ferrées. L’ex-carrière Francon, ce sont les chutes à neiges, normalement utilisés quelquefois entre décembre et mars, exception faite de l’hiver 2007-2008 où ce fut exceptionnel. Mais il y a 9 mois de tranquillité exemplaire quand les fenêtres sont ouvertes. Des aménagements sont peut être aussi possibles.  


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Societas Criticus, revue de critique sociale et politique, Vol. 10 no 5, Éditos : www.societascriticus.com


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Societas Criticus, revue de critique sociale et politique, Vol. 10 no 3, Essais : www.societascriticus.com

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Changement de carrière… pour la carrière St-Michel!


Mémoire concernant le projet de Smart Centres (www.smartcentres.com/) à la carrière St-Michel.






(Photo de la maquette du projet de Smart Centres)


Par

Michel Handfield, M.Sc. sociologie (texte et photos)

Éditeur de Societas Criticus, revue de critique sociale et politique

Citoyen du quartier depuis 50 ans.


26 mai 2008


Introduction


Pourquoi un centre d’achat de plus, quand le commerce a même accès à des espaces dans les institutions de la ville? Même celui de la contrefaçon nous apprenait Le Devoir du samedi 17 et du dimanche 18 mai 2008! En effet :



« La direction du métro de Montréal a loué cette semaine des espaces à de petits commerces écoulant de la marchandise contrefaite. [Pourtant] La reproduction et la vente non autorisée d'un objet protégé par le droit d'auteur est illégale au Canada. » (1)


Rendu à ce point, Montréal ne manque pas de commerces. On n’est pas en rupture de stock non plus. Les magasins débordent et si quelqu’un manque de l’essentiel, ce n’est pas par manque de marchandises, mais plutôt par manque de revenus. Tout se trouve à Montréal, jusqu’à la drogue. Nous en sommes même exportateur nous apprennent les organismes spécialisés dans le domaine! (2)


Les pénuries!


Une recherche Google avec « Montréal : pénurie » est très instructive. On n’y trouve pas de pénurie de magasins dans les 10 premières pages sorties par ce moteur de recherche. On y trouve par contre une pénurie de vocations religieuses (3); une pénurie de main-d’œuvre qualifiée en entreprise (4); une pénurie de salles de spectacles (5); et beaucoup, beaucoup, d’entrées sur la pénurie du logement à Montréal et la pénurie de main-d’œuvre spécialisée en santé, ce dans tous les corps de la profession allant de l’infirmière au médecin spécialiste en passant par les ambulanciers!

On souffre aussi de pénurie d’espace dans les hôpitaux pendant qu’on s’embourbe avec le CHUM au centre-ville. Alors, pourquoi pas le CHUM à St-Michel, dans une ex-carrière au même titre que l’Université de Montréal fut construite dans une ex-carrière à flanc de montagne sur le Mont-Royal? Ce serait là un projet plus intéressant pour le quartier et beaucoup plus payant qu’un centre d’achat pour Smart Centres, surtout que le gouvernement du Québec veut construire cet hôpital en PPP! Et, vu les problèmes du projet actuel, cette perche serait peut être la bienvenue pour le Politique. Une façon de sortir élégamment du bourbier du CHUM au centre-ville.


(Photo : une vue du site)


Cet espace, spectaculaire, se prêterait aussi à la culture. Pensons à du cinéma en plein air, des concerts, du théâtre, mais aussi des salles de cinémas et de spectacles plus conventionnelles. Là encore, il y aurait de quoi faire pour Smart Centres. Mais, pour cela il faut les moyens dirons nous. Pourtant on les a pour subventionner des entreprises qui déménagent ensuite ou qui nous menacent de le faire si on ne leur donne pas davantage de deniers publics, toujours sans garantie de leur part! Suffit de lire les pages économiques pour le voir. Il est rare par contre qu’une entreprise culturelle déménage sa production en Asie. Elle peut par contre s’y déployer, là comme ailleurs dans le monde, ce qui est fort différent. Pensons au cirque du soleil (6), justement situé dans le pôle de la rue Jarry. Il y aurait là un thème qui définirait l’arrondissement si l’on considère aussi le pôle culturel de Villeray.


(Photo : une vue du site)


On pourrait aussi penser à une cité de la formation professionnelle en PPP avec les industries, commerces, commissions scolaires, cégeps, et même universités, l’industrie souffrant de pénurie de main-d’œuvre répondant à leur besoin. Après la Cité du multimédia et le technopole Angus (7), on aurait « la carrière des carrières »! Encore là, Smart Centres y trouverait son compte : faire des « big box » pour vendre des télés 64 pouces ou des « big box » pour vendre de la formation, c’est faire des « big box » quand même.


Je ne suis pas contre Smart Centres, mais je crois qu’il faut davantage de vision que ce que l’on a. Remarquez que j’aime toujours mieux le projet en place qu’un dépotoir, mais il y aurait mieux à faire.


On pourrait toujours réexaminer le projet de camping-caravaning, avec ajout d’hôtels par exemple, et en PPP avec le privé et le milieu. Si j’y reviens, c’est que les objections de la ville de l’époque ont en partie disparue avec le nouveau projet de Smart Centres. On trouvait par exemple que de 500 à 1000 caravanes c’était beaucoup pour un quartier résidentiel au niveau de la circulation, mais, là, on nous propose un stationnement de 3200 places, plus le camionnage pour les livraisons, et ça ne pose plus de problèmes! On nous demandait aussi une sortie plus au nord et elle n’y est plus. Avec ces changements, les coûts de cet ancien projet ne seraient plus les mêmes. Et si on y ajoute de l’hôtellerie, de la restauration, des cinémas et des salles de spectacles, Smart Centres y trouverait certainement son compte.


Il y aurait aussi un autre projet, mais plus révolutionnaire cependant. Celui-là je l’avais déjà pensé pour un autre site il y a plus de 10 ans, mais il est toujours recyclable. Il allie commerce et santé, mais ce n’est pas un hôpital privé. Plutôt un bordel d’État, qui serait maintenant réalisable en PPP, car il faut bien suivre la mode! Voici ce que je proposais alors pour le recyclage de l’ancien Forum de Montréal en 1996, mais qui serait aussi réalisable pour le site de l’ex-carrière St-Michel :


« Peut être pourrions-nous faire un «Bordel d'État», car tout comme le jeu peut être légalisé s'il est tenu dans un lieu Gouvernemental avec l'objectif honorable de remplir les coffres de l'État, on pourrait transformer le Forum en «Bordel d'État» avec le même objectif de renflouer le trésor public! Il y aurait assez de place pour faire un Club de spectacles à l'Européenne et des bordels spécialisés pour hommes, femmes, gais et lesbiennes. On étatiserait ainsi la prostitution pour aider le Québec à se sortir du trou! N'est-ce pas Charlebois qui disait qu'au Québec «tout commence par un Q et fini par un bec» dans une chanson célèbre. Si cela se fait pour le jeu, je ne vois pas pourquoi cela ne se ferait pas aussi pour le sexe. De toute façon le commerce du sexe existe déjà, alors pourquoi ne pas le mettre à contribution pour éponger le déficit?


Et pour se donner bonne conscience on pourrait utiliser la notoriété de ce «Bordel d'État» pour promouvoir des habitudes sexuelles plus sécuritaires. Ce Bordel aurait ainsi une mission sociale acceptable. N'est-ce pas ce que la SAQ fait quand elle prône la modération tout en cherchant à accroître ses ventes de boisson? Ce ne serait pas plus contradictoire de la part d'un «Bordel public». En fait, on pourrait même tirer profit de sa visibilité pour y centraliser au niveau de la rue, juste à côté de la boutique des souvenirs, les cliniques et les centres de prévention sur les MTS et le SIDA. » (Le texte intégral est en annexe I)


Ce serait certainement rentable, là où ailleurs. J’espère seulement qu’on reconnaîtra mes droits sur l’idée et qu’on me versera un pourcentage (15%) sur les profits quand on le fera, car, comme le jeu, on y viendra certainement pour combler les goussets de l’État!


L’emploi !


Naturellement, on parle d’emplois. Un centre d’achat créera de l’emploi ! Mais, pas nécessairement de l’emploi très payant. À preuve :


« « Une augmentation de 6,25 % du salaire minimum, laquelle affectera pour près de 30 % des salariés du secteur du commerce de détail, aura un impact important pour nos entreprises qui doivent déjà assurer leur survie dans un environnement hautement concurrentiel » de dire Me Gaston Lafleur, président-directeur général du CQCD. »  (8)


Si leur survie est menacée selon le conseil québécois du commerce de détail (CQCD), cela veut dire que ce marché est déjà saturé. Alors, y-a-t-il vraiment place pour un nouveau projet de cette envergure à Montréal? En fait, deux projets commerciaux d’envergure, car il y a aussi celui de Griffintown dans le Sud-ouest, pas si loin finalement, car je fréquente le COSTCO de ce secteur durant ma saison de vélo (30 km environs à l’aller-retour), vu qu’il est situé près d’une grande piste cyclable.  


Puis, vous n’achèterez pas 8 litres de lait au lieu de 4 s’il s’ouvre une nouvelle épicerie près de chez-vous. C’est un domaine mature, plutôt stable en d’autres termes. Ainsi, si l’arrivée d’un nouveau joueur réussit, il y aura possiblement des pertes ailleurs. Un ou plusieurs autres commerces du même secteur pourront donc subir une perte et se réorganiser, soit rationaliser leurs opérations ou fermer. À long terme on ne parlera donc pas de création d’emplois, mais bien de déplacement d’emplois, peut être même de rationalisation. Par exemple, dans ce secteur, même si le chiffre d’affaire s’accroît, le profit ne suit pas nécessairement. Ainsi, dans le rapport annuel 2006 de Loblaw on apprend que :


« Le chiffre d’affaires de l’exercice s’est établi à 28,6 milliards de dollars comparativement à 27,6 milliards de dollars en 2005, ce qui représente une hausse de 3,7 % par rapport à celui de l’exercice précédent. [Par contre] Le bénéfice d’exploitation ajusté de la société s’est chiffré à 1,3 milliard de dollars en 2006, en comparaison de 1,6 milliard de dollars en 2005. » (9)


En d’autres domaines, il est vrai que le nouveau venu pourra profiter de la hausse de la demande sans trop affecter les anciens commerces qui ont leurs fidèles. Mais, cela n’est vrai qu’en période de croissance. En période de décroissance plusieurs fermeront. Dois-je rappeler que tous les spécialistes nous indiquent que les indicateurs pointent vers une récession en ce moment?


Puis, on n’engage pas n’importe qui. Des commerces, ça ne règle pas nécessairement les problèmes d’emplois des personnes surqualifiées. Je parle ici de ces diplômés sans emploi ou à faible employabilité. Il n’est pas dit qu’ils y trouveront du travail. Ni les personnes sous qualifiées d’ailleurs. Ce sont pourtant ces deux groupes, situés aux extrémités de la courbe normale, qui ont des difficultés d’employabilité. Je suis placé pour le savoir. Ayant une maîtrise en sociologie, l’emploi est ma bête noire. Je fais donc une revue internet à compte d’auteur et il m’arrive même de recevoir des CV. J’en ai déjà reçu un d’une fille ayant un doctorat par exemple. Moi-même, étant payé en prestige et non en argent (je suis homme au foyer), j’ai essayé à de multiples occasions de trouver un travail à temps partiel dans des commerces du secteur et on ne m’a jamais rappelé. Alors, les promesses d’emplois et d’intégration, j’y crois plus ou moins, surtout si un commerce ferme au centre Boulevard pour aller s’établir à la carrière : il va plutôt y transférer son personnel. Au mieux, il pourra engager quelques personnes de plus si sa surface s’accroît et qu’il ne peut réaménager ses plages horaires.


Et demain ?


Des artères commerciales et des centres d’achat à moitié vide ou loué à des liquidateurs et à des « pan shop », ça s’est vu. Avec les fluctuations actuelles de l’économie mondiale, où on parle de plus en plus de récession, je ne gagerais pas trop sur cette croissance que l’on a connue, car elle ne sera pas continue. Alors, la ville a-t-elle un plan d’aide ou de requalification pour les espaces commerciaux qui seront affectés si la récession annoncée frappe ?


Si on donne des permis sans tenir compte des circonstances on doit au moins avoir un plan pour ramasser les pots cassés si on en est la cause. Est-ce que les centres Boulevard, Forest, Montréal-Nord et des Galeries d’Anjou vont supporter l’arrivée de ce nouveau centre comercial? Ce sont tous des centres d’achat montréalais puisqu’ils sont dans notre ville. On a des règlements de distance entre les bars, mais en a-t-on entre les centres d’achats ? A-t-on regardé ces aspects. Je me pose la question, car on m’a sondé pour savoir si je faisais des achats locaux, et ma réponse fut que non si l’on considère St-Michel seulement. Par contre, je considère qu’aller au Maxi de St-Léonard, qui est à pied de chez moi, est beaucoup plus local qu’aller à la carrière St-Michel par exemple, qui est de l’autre côté du Métropolitain! Ça, c’est un mur dans le quartier.


Les fuites commerciales !


Une des raisons de ce centre d’achat sont les fuites commerciales dit-on. On achète à l’extérieur parait-il!


Moi, je croyais que ma localité était Montréal et que ça avait été réglé avec l’annexion de 1968 et confirmé avec les fusions de 2002 ! J’avais 10 ans en 68 et j’habitais St-Michel, car je suis natif d’ici. Quelle surprise de voir cette mentalité de village renaître maintenant.


Pour ma part j’ai mes habitudes de consommation et le nouveau centre ne me les fera pas changer. Un COSTCO m’y amènerais, mais pas un Wal-Mart par exemple. Je vais vous donner une idée de ce que je fais. Pour mon épicerie je vais au COSTCO d’Anjou en auto et de Pointe-St-Charles en vélo ; au Maxi de St-Léonard à pied et de Papineau en vélo ; au Loblaw du Parc en métro et d’Angus en vélo ou en auto. Par contre, je n’y achète pas de café, car j’ai mes fournisseurs de café en grains : Café Rico sur le Plateau pour le Gato Negro et le Viajero; Café de choix, coin Beaubien et DeLorimier, pour le maragogype; le café du marché Atwater pour le blue Montain ; et Café Union, dans Villeray, pour mes cafés plus réguliers. Mon ordinateur vient d’Insertech Angus, une entreprise de réinsertion sociale (10), mes jeans de COSTCO, car ils sont faits au Canada. Je vais très peu chez Wal-Mart, où qu’il soit, un peu plus chez Zellers. Alors, ce n’est pas un nouveau centre d’achat qui me fera nécessairement acheter ici, mais l’offre, car je considère qu’acheter à Montréal c’est acheter ici! A ce que je sache, Berlin fut divisé par un mur et ils l’ont démoli en 1989. Montréal n’est pas encore divisé par un mur alors j’en profite avant que ce ne soit le cas, car avec une telle mentalité de clocher, j’ai peur que ça arrive. Il y a déjà la clôture entre Mont-Royal et notre arrondissement alors on ne sait jamais quelle sera la suite.


Si on veut éviter les fuites commerciales, favoriser l’emploi, et créer une originalité il y a par contre une solution : un centre qui privilégie d’abord le produit local ! Les commerçants s’engagent par contrat à offrir des produits fabriqué d’abord à Montréal, ensuite au Québec, au Canada et enfin en Amérique avant tous produits qui viendraient d’autres continents. Cela vous donnerait une signature différente de tout le reste. Un plus. Oserez-vous ? Mais, si c’est pour avoir la même chose qu’ailleurs, ça donne quoi puisqu’on l’a déjà ? De toute façon, le libre-marché, où le consommateur négocie avec le vendeur, est une vue de l’esprit même au marché Jean-Talon! J’ai essayé de négocier mes 4 kg de miel (2 X 2kg) pour un peu moins cher le kilo que le 3kg, qui est moins cher que le 2 kg le kilo, qui lui est moins cher le 1 kg le kilo, pour me faire dire que les prix sont fixes ! Alors, imaginez négocier dans une bannière où les prix sont déterminés à Toronto, New-York ou à Bentonville. Impossible !


Le transport


La question de l’accessibilité fut bien regardée par le promoteur, notamment le vélo et le transport en commun. C’est là une question importante, car si ça devient le royaume de l’automobile on n’a rien compris encore une fois. Pourrait-on aussi en profiter pour désenclaver certains secteurs du quartier ? La ville pourrait prolonger la rue qui traversera le site vers le nord et faire un viaduc pour sortir de l’autre côté de la carrière. De cette façon l’autobus qui partirait du métro St-Michel pourrait alors aller vers la rue Charland en passant par le site. On pourrait toujours m’objecter les coûts, mais si cette sortie était importante pour le projet de camping elle l’est tout autant pour ce centre d’achat et les citoyens du nord du quartier. Si le promoteur a des devoirs à faire, la ville pourrait aussi en profiter pour répondre à cette demande majeure du quartier qui a une certaine historicité. S’en serait l’occasion rêvée.


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