26 mai, 2009

Les Essais de Societas Criticus
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La vitesse et ses limites au CCA
L’affaire de la bataille des plaines
d'Abraham : Fêter, commémorer ou se pencher sur le passé?
Dossier Gaza (qui comprend un texte
de Mohamed Lotfi)
Le malaise québécois : confort et
indifférence!
-
« Jeff Fillion et le malaise québécois » Des pistes pour l’élection
actuelle!
-
Le confort et l’indifférence de Denys Arcand… Une mise en garde
aux élections qui viennent!
EXPELLED: NO INTELLIGENCE ALLOWED
Question de sémantique
politique!
Odette Toulemonde. Prétexte à un
essai sur la manipulation!
Mémoire sur
les accommodements à la lumière de la démocratie et de la science
Le
théâtre comme fable et symbolique de la réalité
Il
faut mettre fin au carnage! Ou propos sur la démocratie
Quelques
explications sur la politique québécoise!
Service au client, d’abord!Mais dans tout, M. le ministre!
Certaines archives sélectionnées se retrouvent
sur : ![]()
Toutes nos archives
sont disponibles en ligne à Bibliothèque et Archives Canada
Revue
Societas Criticus à Bibliothèque et Archives nationales du Québec
Societas Criticus, revue de critique sociale et politique,
Vol. 11 no 3, Essais : www.societascriticus.com
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La vitesse et ses limites au CCA (Speed limits)
Du 19 mai au 12 octobre
2009
L'exposition traite de la
place prépondérante qu'occupe la vitesse dans la vie moderne, de l'art à
l'architecture et à l'urbanisme, en passant par les arts graphiques, l'économie
et la culture matérielle de l'ère industrielle et de celle de l'information.
Elle souligne le centième anniversaire du futurisme italien.
Jeffrey T.
Schnapp, du Stanford Humanities Lab, est le commissaire de cette exposition.
« La vitesse et ses limites » est une
exposition organisée par le CCA et la Wolfsonian-Florida International
University (Miami Beach)
Commentaires de Michel Handfield (26 mai 2009)
Je
parlerais d’une exposition qui fait réfléchir sur l’accélération. Mais, pourquoi
l’accélération? Accélérer pour accélérer ou pour gagner le temps de vivre? Et,
si on pouvait trouver une lenteur bienheureuse dans ce monde en accélération!
Bienvenue dans le paradoxe de la vitesse et de la lenteur. Quand la Ferrari est
prise dans le trafic, il est plus rapide de marcher ou de pédaler, voire de
bixier maintenant! C’est d’ailleurs ce que j’ai fait en quittant cette
exposition : j’ai essayé le nouveau bixi entre les stations de métro Guy
et Sherbrooke. Durée du trajet : 15 minutes! (Voir www.bixi.com)
J’étais
justement en retard à la conférence de presse parce que j’avais pris le temps
d’activer ma clef électronique bixi avant de quitter la maison. Après
l’exposition, j’ai par contre gagné du temps tout en faisant une balade
agréable au centre ville de Montréal. Gagner du temps pour mieux en disposer!
Paradoxe de la vitesse.
C’est
aussi sur ce paradoxe, qui nous suit tout au long de nos vies, que sont
construites l’organisation sociale et l’organisation du travail. Stress et
accident du travail sont dus à
l’accélération de la vie et de la production, ce dont nous nous plaignons tous.
Mais, en contrepartie nous demandons de plus en plus d’instantanéité dans nos
modes de consommation : télécharger le dernier tube de l’été ou lire le
Figaro (www.lefigaro.fr) sur le champ
sans égard à la distance! Ce n’était pas possible le 20 février 1909 quand « le Manifeste du futurisme » du poète
italien F. T. Marinetti est paru à la une
de ce journal! Vous pourrez cependant voir cette page du Figaro dans cette
exposition. Mais, si vous êtes pressé de la voir, elle est aussi disponible sur
l’internet! (1) Instantanéité!
Par
contre, cette vie où tout doit être rapide nous exige plus de productivité. De
plus, maîtriser ces technologies demande du temps, ce qui fait que la vie
moderne, même si elle semble nous faire gagner du temps, en consomme aussi. Si elle nous
laisse quand même un peu plus de temps qu’autrefois, ce qu’elle demande en
surplus, ne serait-ce que pour seulement se tenir à jour, consomme de
l’énergie, ce qui nous laisse parfois trop fatigué pour prendre le temps de
lire et d’écouter de l’information. Pour décrocher, on préfère souvent la
musique (2) et des émissions comme
« Star académie »; l’humour;
le sport; et le sulfureux, pour vivre par procuration ce qu’on ne peut faire
dans la vraie vie, d’où le succès d’émissions comme et « Loft story »!
Moins
informé, l’État s’occupe alors de gérer ses citoyens. Le peuple se divise ainsi en clients et, si certains
grognent un peu quand ils ne sont pas satisfaits, perd de sa force. Des clients
peuvent plus difficilement revendiquer qu’une masse de citoyens en colère!
Clients dans une démocratie qui n’en porte plus que le nom, nous sommes passés
à l’ère de la technocratie depuis les années 1970! (3) D’abord, technocratie
mixte entre l’État et les entreprises, puis, maintenant, une technocratie de
plus en plus privée, car même l’État a de plus en plus recours à l’entreprise
privée là où il était autrefois maître d’œuvre. (4)
De plus, comme
la majorité semble maintenant voir le système comme une technostructure imposée
de l’extérieur, il est de plus en plus difficile d’avoir une implication
citoyenne pour changer les choses. On
laisse les questions importantes aux technocrates, comme si elles nous
dépassaient au point de n’être plus de notre ressort, et on voit la participation
électorale en baisse constante dans les démocraties occidentales sauf exception
d’un candidat plus inspirant que la moyenne. Mais, les Barack Obama ne sont pas
légion. Même les chefs d’État ont pour la plupart ce réflexe. Les experts
proposent et les États avalisent leurs choix. Quelquefois seulement, ils en
disposent! Cela se voit particulièrement au niveau économique, où c’est la
mondialisation et le marché qui dictent l’ordre des choses aux États et au
Politique! On veut tout simplement être géré vite et bien pour faire autre
chose!
Pourtant,
ces structures furent construites par des humains pour des buts particuliers en
un temps donné. Rien n’empêche de les modifier, de les changer ou de les mettre
au rancart s’ils ne répondent plus aux objectifs recherchés ou si ces objectifs
ont été atteints. Mais, on les a si souvent reconduits en fermant les yeux
qu’ils se sont plutôt cristallisés au point de devenir immuables, donc de passer
du mouvement, si lent soit-il, à l’arrêt! On ne parle même plus de vitesse ici,
mais d’immobilisme pur et simple. Sur ce point, je suis très tourainien :
la société doit se construire par elle-même. (5)
Nos
politiciens devraient justement être là pour
régulariser ces systèmes, incluant la mondialisation et le marché, et
non pas dire qu’ils n’ont pas le choix, ce qui laisse croire que ces systèmes
sont autonomes et autosuffisants, ce qui n’est pas vrai. L’économie n’est pas
dans un monde à part comme on nous la présente trop souvent. Cette excuse est le
signe que nos élites sont elles-mêmes dépassées
par ces systèmes. Alors, le simple citoyen, écrasé par cette structure qu’il ne
comprend pas, se cantonne dans son rôle de client, le seul qu’il peut encore
maîtriser. Son dernier refuge, la consommation lui faisant oublier son
impuissance! Ce n’est pas pour rien que la voiture sport ou le gros camion
étaient si populaire avant la crise, car c’étaient des symboles de puissance,
très « premier degré », pour s’illusionner face à une impuissance
bien réelle et sentie des citoyens face à l’économisme dominant.
Mais, on
ne peut tout mettre sur le compte des autres non plus, que ce soit la
politique, la société ou l’entreprise. Ils font ce qu’ils font pour répondre en partie (car ils nous imposent aussi
certains choix par leur marketing et la limitation de l’offre) aux demandes de
leurs clients, donc nos demandes. Ainsi, l’entreprise qui en demande plus à ses
employés le fait peut-être pour répondre aux impératifs de notre gestionnaire
de REER à qui on a demandé une pension 5 ans plus tôt que possible par exemple!
(6) Faudrait que chacun de nous regarde ses demandes pour voir quelle est sa
part de responsabilité dans ce nouveau contrat social. (7) Puis, s’il ne fait
pas l’affaire, à nous de nous impliquer pour le faire changer. Cela commence en
choisissant pour quel programme politique nous voterons; pas la face la plus
télévisuelle! Mais, peut-être aimons-nous mieux
suivre le courant, car c’est moins exigeant et « time consuming » que de lire les programmes qu’on nous propose.
Qui a d’ailleurs lu intégralement les programmes de tous les partis politiques
avant une élection, même les versions abrégées? Peu de citoyens! Même moi, je n’ai pas le temps de tout lire,
car il y a surabondance d’informations. Mais, cela s’explique, car les
technocrates, pour conserver le pouvoir, savent qu’en noyant l’information
sensible dans plusieurs documents, elle risque de passer inaperçue et de leur
donner la liberté d’action qu’ils désirent. C’est planifié. Cela aussi fait
partie de la vitesse, car le bombardement d’information à une vitesse folle
comme nous la connaissons devient, par un mouvement de renverse assez singulier,
qui s’appelle la contre productivité (8), de la désinformation. En effet, il
vient un temps où nous nous bloquons à
toutes informations pour combattre la surinformation dont nous sommes victimes!
On perd alors de l’information sensible par le fait même d’être bombardé de
trop d’informations. On ferme le journal, on change de poste de radio et on va vers le divertissement télévisuel.
Finalement,
tout est dans le but de la vitesse : gagner du temps pour soi ou pour un
système de plus en plus exigeant?
« La vitesse et ses limites », une
exposition qui fait réfléchir, mais ne donne pas de réponses. J’appelle cela de
l’interactivité! D’ailleurs, parlant d’interactivité et de vitesse, j’ai envoyé
les dates de l’exposition sur mon « Facebook »
et mon « Twitter » alors
que j’étais encore à la conférence de presse. On ne parle plus de vitesse, mais
bien d’instantanéité à ce point!
Notes :
1. Reproduction de cette
page du Figaro dans le cadre d’une exposition au Centre Pompidou:
www.centrepompidou.fr/education/ressources/ENS-futurisme2008/images/xl/ouverture_catalog.jpg
2. Suffit de regarder le
nombre d’Ipod autour de nous pour le
comprendre, surtout que ce modèle n’a pas de radio intégrée. Mais, on peut
toujours écouter la balladodiffusion d’émissions d’informations avec ces
appareils. J’en conviens, puisque c’est ce que je fais. Je sais aussi que je ne
représente pas le courant majoritaire.
3. « Des sociétés d’un type nouveau se forment
sous nos yeux.
On les appellera sociétés post-industrielles si on veut
marquer la distance qui les sépare des sociétés d’industrialisation qui les ont
précédées et qui se mêlent encore à elles aussi bien sous leur forme
capitaliste que sous leur forme socialiste. On les appellera sociétés
technocratiques si on veut les nommer du nom du pouvoir qui les domine. On les
appellera sociétés programmées si on cherche à les définir d’abord par la nature de leur mode de production et
d’organisation économique. Ce dernier terme, parce qu’il indique le plus
directement la nature du travail et de l’action économique me paraît le plus
utile. »
(TOURAINE, Alain, 1969, La société post‑industrielle,
Paris:
Denoël, coll. Médiations, p. 7)
4. A ce sujet, j’invite
le lecteur à lire « Le Devoir d'histoire - Élection municipale 2009: que
ferait Jean Drapeau? » de Richard Bergeron, Chef et fondateur de Projet
Montréal, diplômé en architecture et docteur en aménagement, paru dans Le
Devoir du samedi 9 et dimanche 10 mai
2009 : www.ledevoir.com/2009/05/09/249615.html.
Cet article se trouve aussi sur le site de Projet Montréal : www.projetmontreal.org/document/
5.
De Touraine, qui parle de la construction de la société par elle-même! Je pense
ici à :
TOURAINE, Alain, 1965, Sociologie de l’action,
Paris: Seuil ;
TOURAINE, Alain, 1969, La société post‑industrielle,
Paris:
Denoël, coll. Médiations ;
TOURAINE, Alain, 1993 (1973), Production de la
société, Paris: Le livre de poche, biblio essais.
6. Je pense ici au
discours de Vincent Lemieux (François Papineau) dans Papa
à la chasse aux lagopèdes (Long métrage de
fiction de Robert Morin / 91 min / 2008 / v.o.f.)
7.
Rousseau, Jean-Jacques, 1992 [1762], Du contrat social, France: Grands écrivains.
8.
Dans Némésis
médicale (1975, Paris: Seuil, coll. point) Ivan Illich définit la contre productivité
comme étant toute chose poussée à l’extrême à l’effet contraire à celui
recherché !
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Societas Criticus, revue de critique sociale et politique,
Vol. 11 no 3 : Essais : www.societascriticus.com
Societas Criticus, revue de
critique sociale et politique, Vol. 11 no 2, Essais :
www.societascriticus.com
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L’affaire de la bataille
des plaines d'Abraham :
Fêter, commémorer ou se pencher sur le passé?
Michel Handfield
25 février 2009
La
possible reconstitution de la bataille des plaines d'Abraham a fait jaser ces
derniers temps. La reconstitution et le bal
furent heureusement annulés pour revenir à des proportions plus réalistes pour
une commémoration historique. (1) Mais, cela fera encore discuter! Alors,
discutons!
D’abord,
le Québec fut-il perdu avec cette bataille, puisque les Français ont gagné la
bataille de Sainte-Foy l’année suivante? (2) Poser la question, c’est un peu y
répondre, quoi que la bataille des Plaines fut décisive, même si tout n’était
pas encore terminé. D’autres batailles ont d’ailleurs suivi, mais elles ont
toutes été perdues, sauf celle de Sainte-Foy, aux mains des anglais. (3) La
défaite était donc confirmée en Amérique.
Cependant,
ces batailles faisaient partie d’un conflit beaucoup plus vaste entre
l’Angleterre et la France; conflit qui s’est joué sur plusieurs fronts à la fois, que ce soit en Amérique, en Europe ou dans
les Indes orientales! C’était la guerre de sept ans entre les deux puissances
et leurs alliés. (4) On est donc passé
à l’Angleterre dans le traité de Paris de 1763, résultat de la défaite
française dans cette guerre qui nous englobait, mais nous dépassait aussi. (5)
Si la France eut gagné sur les autres fronts, cela aurait peut être changé des
choses. Ce sera d’ailleurs « en
partie pour prendre une revanche que la France, quinze ans plus tard, soutient
les colons américains dans leur guerre d’indépendance » contre
l’Angleterre. (6) Qui plus est, la marine française sera
réformée et elle battra « son
homologue britannique pour [lui] imposer un blocus » lors de la guerre
d’indépendance américaine ! (7)
En 1803,
la France vendra cependant la Louisiane aux États-Unis! (8) Alors, si nous
étions demeurés Français, nous auraient-ils vendus nous aussi? Nous serions
peut être états-uniens et anglophone comme bien des franco-américains le sont
devenus.
Mais, si
nous étions demeurés français, serait-ce mieux ou vivrions-nous notre crise
guadeloupéenne? Si la France nous apparaît parfois romantique et que nous
sollicitons son appui dans notre projet d’indépendance, pour d’autres, la
Métropole semble exigeante : « Face
à la vie chère et aux inégalités, ce sont toutes les forces progressistes et
identitaires de l'île qui sont rassemblées » (9) contre la Métropole.
Être demeuré Français, nous serions peut être moins romantique. On voudrait
peut être même notre indépendance et nous associer à un de nos voisins,
canadien ou états-uniens! Qui sait?
Sarko, à
qui nos souverainistes ont reproché ses positions sur le Québec et le
Canada, aurait-il plutôt affirmé la
vraie position française en prenant pour le Canada dernièrement? (10) Un
département, une colonie ou une province ne doivent-ils pas être sous la
domination de la nation mère? C’est ce que semble indiquer la position de
l’Hexagone dans la crise avec certains de ses départements d’outre-mer, où il y
a très peu d’indépendance pour ces départements à ce que j’en comprends. Pas
juste politiquement, mais socialement et économiquement aussi :
« Les
DOM (département d'outre-mer) accumulent les maux sociaux: ainsi, aux Antilles
françaises, le chômage dépasse les 20 %, les prix des produits de grande
consommation, en majeure partie importés de France métropolitaine, sont très
élevés. » (11)
Paradoxalement, les
produits locaux coûtent chers, parfois plus que les produits importés, à cause
du régime imposé par la métropole, ce qui ne donne aucune chance aux locaux de
s’en tirer convenablement! C’est là du
gaz pour le mouvement contre la vie chère et le LKP. (12)
« Par
exemple, l'envoyé spécial de Radio-Canada en Guadeloupe, Frank Desoers, faisait
remarquer lundi qu'une banane cultivée en Guadeloupe pouvait coûter trois à
quatre fois plus cher que son prix de vente en France. » (13)
Cela est dû à divers
problèmes, dont l’organisation générale de la fiscalité, des relents
de colonialisme et le fossé entre les riches et les pauvres! (14) Alors,
si les DOM Français dépendent à ce point de la Métropole, serions-nous si
indépendant être demeuré Français? La question mérite d’être posée. Et si
l’Hexagone tient tant à sa domination sur ses départements d’outre-mer, peut-on
comprendre qu’elle n’est pas en position de parler d’indépendance pour une
province canadienne dans ce cas, car elle se le ferait remettre sous le nez par
ses propres départements d’outre-mer qui aimeraient bien avoir davantage de
liberté face à la métropole!
Dans le cadre de journées d’études sur les suites des plaines
d’Abraham, bien des questions seraient intéressantes à poser et à débattre, à
savoir ce qu’il serait advenu de nous si nous étions demeurés Français.
Serions-nous mieux ou pire que nous le sommes actuellement? Et, si ça n’aurait
rien changé, que nous étions quand même passé à l’Angleterre dans le
traité de Paris de 1763? Alors, on
devrait regarder la défaite des plaines dans son contexte plus large d’une défaite
de la France face à l’Angleterre. Ce n’est pas notre défaite, mais celle de la
France. Nous n’étions qu’une colonie qu’ils ont « tradé » dans un
accord de paix tout comme ils ont ensuite vendu la Louisiane aux États-Unis.
Des cartes sur un jeu de Monopoly que la métropole jouait de son mieux! Nous n’avions rien à redire. Pour
l’indépendance et la liberté, on repassera!
Même si la
France nous avait conservés dans son giron, il n’est pas sûr que nous
soyons devenus un pays depuis.
D’ailleurs, ceux qui ont obtenu leur indépendance de la France ne l’ont pas eu
facile. Pensons à l’Algérie. Puis, nous n’aurions pas eu le même territoire que
nous avons actuellement non plus. Serions-nous un département d’outre-mer au
service de la métropole ou aurions-nous été vendus aux États-Unis, comme la
France l’a fait avec la Louisiane? Ou au
Canada? Bref, notre sort aurait-il été mieux que ce qu’il est actuellement?
Questions à débats s’in en est!
Bref,
remettons la controverse pour le 300e anniversaire de la bataille des Plaines! D’ici
là, reprenons notre calme et tant mieux si on peut avancer dans les tenants et
aboutissants, réels et probables, de cette bataille qui a marqué notre histoire
au point que nous avons encore de la difficulté à la regarder avec calme et
sérénité. Pourtant, il faudra bien la surmonter un jour cette bataille qui
faisait partie d’une guerre qui se jouait bien au-dessus de nous et dont nous
étions peut être les victimes sacrifiées pour le bien de la France!
En fait,
la véritable question devrait être de savoir comment assurer la survie d’un
peuple francophone dans ce coin de l’Amérique. Par la souveraineté ou par un
renouveau du fédéralisme? Le Québec pourrait-il être reconnu territoire
francophone dans la constitution canadienne 250 ans après les plaines? Ne serait-ce pas la solution idéale, car il
est là notre principal problème. Ce n’est pas tant l’économie que la protection
et la survie du français. Si le fédéralisme pouvait accepter un Québec
francophone, je ne suis pas sûr que l’idée de souveraineté demeurerait si
enchanteresse qu’elle ne l’est actuellement. Cependant, il est aussi vrai que
des chantres souverainistes nous ont dit
qu’il nous faut être bilingue, notre plus grand partenaire
économique étant les États-Unis. Parizeau l’a dit, Pauline Marois aussi!
(15) Voilà finalement la vraie
question : faut-il obliger tous les québécois à être bilingue?
Francophone ou bilingue, au sein du Canada ou indépendant, c’est le même débat
qui nous rattrape! Et, pourquoi ce serait acceptable dans un Québec indépendant,
commerçant avec les États-Unis, mais pas au sein du Canada? Je cherche
encore…
Par
exemple, suite à une entrevue pour un petit poste sur appel à la ville de
Montréal (les emplois en sociologie sont rares alors on applique sur autre
chose!), on m’a dit que mon anglais n’était pas parfait. C’est vrai, car je
suis francophone malgré mon nom de famille. Mais, si on veut que la langue
d’ici soit le français, les emplois du secteur public ne devrait-il pas
favoriser d’abord le français? Tant mieux si les gens parlent une autre langue,
même imparfaitement, mais cela ne devrait pas faire partie de l’entrevue sinon
on envoie le message que l’anglais est aussi important que le français. (16) Le message n’est vraiment pas clair pour
les immigrants que l’on veut pourtant franciser, ni pour les francophones
d’ailleurs, à qui on dit que la langue officielle du travail est le français,
mais à qui on demande un anglais quasi parfait pour occuper le moindre emploi à
Montréal, la Métropole du Québec! Puis, comme on refuse l’école anglaise aux
francophones, il y a de quoi nous faire reculer économiquement face aux
anglophones et aux allophones qui sont parfaitement bilingue, voir trilingue,
car l’enseignement de l’anglais à l’école publique n’a pas la meilleure réputation.
(17) Ceux qui apprennent le français dans la rue et l’anglais à l’école sont
même favorisés, je crois, face à ceux qui sortent de l’école française avec un
anglais déficient!
Les francophones qui fréquentent des
anglophones, qui ont les moyens de faire suivre des cours privés d’anglais à
leurs enfants ou de les envoyer en voyage d’immersion ailleurs, que ce soit aux
États-Unis ou dans une autre province, pour avoir un meilleur anglais que la
majorité, sont donc favorisés. Une forme de discrimination socio-économique
donc, car le petit peuple qui n’a pas les moyens d’être bilingue formera le
« cheap labour » de demain
peu importe sa scolarité. Il passera toujours derrière les « parfaitement bilingue » pour
répondre aux offres d’emplois qui pullulent dans un Québec dit francophone! De
quoi rendre certains immigrants cyniques et revendicateurs pour l’accès à
l’école anglaise, car ils voient bien que l’anglais est nécessaire pour avancer
au niveau du statut socio-économique malgré tout ce qu’on dit du français, car
nos actions ne correspondent pas à nos paroles! Ce n’est pas pour rien qu’après
leur scolarité obligatoire en français, ils passent souvent dans les cégeps et
les universités anglophones. (18) Ce qui surprend, c’est que nous, les francophones,
on ne manifeste pas davantage pour des emplois en français ou l’accès à
l’anglais si c’est la condition à de meilleurs emplois au Québec et, surtout, à
Montréal. Alors, le Québec français, une
illusion dans les suites des plaines d’Abraham ou de l’économie
nord-américaine? Durham gagnera-t-il pour quelques dollars états-uniens
finalement, le commerce étant notre
nouvelle religion? (19)
Il y
aurait donc de quoi discuter après ces 250 ans de la défaite des plaines si on
veut enfin passer à autre chose. Peut être préférons-nous ne pas discuter
cependant, car on pourrait découvrir que le Canada ne fut pas si pire, même
s’il est loin d’être parfait. Il n’y a d’ailleurs pas de système parfait; que
des systèmes humains, fait d’entêtement ou de compromis!
Notes :
1. Antoine Robitaille, La bataille des Plaines annulée pour raisons
de sécurité, in Le Devoir, édition du mercredi 18 février 2009 : www.ledevoir.com/2009/02/18/234499.html
2. http://fr.wikipedia.org/wiki/Bataille_de_Sainte-Foy
3. http://fr.wikipedia.org/wiki/Guerre_de_Sept_Ans#Th.C3.A9.C3.A2tre_am.C3.A9ricain
4. http://fr.wikipedia.org/wiki/Guerre_de_Sept_Ans
5. http://fr.wikipedia.org/wiki/Traité_de_Paris_(1763)
6. http://fr.wikipedia.org/wiki/Guerre_de_Sept_Ans#Diplomatiques
7. http://fr.wikipedia.org/wiki/Guerre_de_Sept_Ans#Militaires
8. http://fr.wikipedia.org/wiki/Vente_de_la_Louisiane
9. Tiennot Grumbach
et Savine Bernard, Guadeloupe : c'est tout un peuple qui affirme sa dignité, LE MONDE,
13 Février 2009. Pour les articles du Monde sur la Guadeloupe, voir http://www.lemonde.fr/sujet/2dad/lkp.html
10. Christian Rioux, Sarkozy répudie le «ni-ni» sans ambiguïté,
in Le Devoir, édition du mardi 03 février 2009 : www.ledevoir.com/2009/02/03/231158.html
11. AFP , Reuters, La tension est toujours très vive en
Guadeloupe - Sarkozy a reçu les élus d'outre-mer et a annoncé un train de
mesures, in Le Devoir, édition du vendredi 20 février 2009 : www.ledevoir.com/2009/02/20/234894.html
12. Sur le mouvement contre la vie chère et le LKP, « Liyannaj kont pwofitasyon » en créole ou « Collectif contre l'exploitation »
en français (http://www.lepoint.fr/actualites-societe/guadeloupe-le-lkp-promet-de-durcir-la-mobilisation/920/0/319957),
il y a beaucoup dans l’actualité, mais rien d’encyclopédique à citer encore. Je
vous suggère donc une recherche Google avec ces termes pour en savoir davantage
au fur et à mesure que ce conflit évolue.
13. Radio-canada.ca,
Nouvelles Internationales / Guadeloupe :
Reprise des négociations, Mise à jour le lundi 23 février 2009 à 21 h
40 : www.radio-canada.ca/nouvelles/International/2009/02/23/006-guadeloupe-lundi-situation.shtml
14. A ce sujet, je me
suis référé à l’entrevue de Frédéric Nicoloff, en remplacement de Michel
Lacombe à Ouvert le samedi du 21 février 2009, avec Jean Matouk, professeur
d’économie à l’université de Montpellier (France) (http://lexilis.free.fr/bio_matouk.htm),
sur la crise en Guadeloupe. Ce passage de l’émission fut repris sur « La première à la carte » du 23
février 2009, une émission en ballado diffusion (podcast) de Radio-Canada. Je me suis aussi référé au bulletin de
nouvelles cité à la note 13 et à l’émission Désautels (www.radio-canada.ca/radio/desautels/index.shtml)
du 23 février 2009, que j’ai écouté en direct, et où l’on mentionnait que, dû à
certaines taxes, certains produits locaux sont plus chers que les mêmes
produits importés! Sur le site de « Désautels », on pouvait lire le
23 février 2009:
« [ACTUALITÉ]
Misère sous le soleil : La Guadeloupe vit une sévère crise sociale. Les écarts de prix, les
relents de colonialisme, le fossé entre la minorité riche et les consommateurs,
autant de pistes pour comprendre le ras-le-bol de la population. Frank Desoer
s'est rendu sur place. Il en parle avec Michel Labrecque. » (www.radio-canada.ca/radio/desautels/index.shtml)
Voir aussi
Wikipédia : http://fr.wikipedia.org/wiki/Grève_générale_des_Antilles_françaises_de_2009
15. On en trouve des traces
avec une recherche Google.
16. « Pour se
protéger de la concurrence, pour maintenir son autonomie, pour bien assurer sa
survie, une langue a de plus en plus besoin d’être une langue de gouvernement,
d’être la langue privilégiée dans laquelle se fait et se maintient le contact
entre les individus et les autorités publiques. Ces dernières peuvent être des
gouvernements locaux, régionaux ou étatiques, et mieux vaut le régional que le
local, et mieux vaut le national que le régional. Plus l’autorité publique sera
puissante, plus puissante sera sa langue. » (Laponce,
Jean, 2006, Loi de Babel et autres
régularités des rapports entre langue et politique, PUL, Sciences humaines,
p. 113) À la fin de l’ouvrage, l’auteur donne l’exemple du Groenland où « les autorités régionales utilisèrent leur
nouveau pouvoir souverain en matière de langue et de culture pour enrayer les
progrès du danois. » (Ibid, p.
168) Et cela s’est fait sans
indépendance !
17. « La plupart des jeunes Québécois savent à
peine comprendre et parler l’anglais à la fin du secondaire. Ils ont pourtant
étudié l’anglais pendant neuf ans. Comment expliquer cela? Une équipe d’Enjeux
s’est rendue dans plusieurs écoles du Québec pour constater que l’enseignement
de l’anglais souffre de plusieurs maux. » (La génération « Yes, no toaster », Enjeux, http://www.radio-canada.ca/actualite/v2/enjeux/niveau2_6777.shtml,
cité dans Robin Renaud, Une langue
seconde ne s'apprend pas uniquement à l'école, in Petit Monde : www.petitmonde.com/Doc/Article/Une_langue_seconde_ne_s_apprend_pas_uniquement_a_l_ecole
18. Voir le documentaire La Génération 101 de Claude Godbout, Vidéo / Couleur / 79 min / 2008 /
v.o.f. / Eurêka ! Productions
19. D’autres positions, comme la
souveraineté pure et dure sont aussi possibles. Pour Hubert Guindon (1929-2002)
par exemple, qui fut professeur de sociologie à Concordia University, « il
n’y a point de salut pour le Québec hors de la souveraineté, de la séparation. »
(Francis Moreault, Hubert Guindon,
lecteur de Hannah Arendt, in Beaudry, Lucille, Chevrier, Marc, 2007, Une pensée libérale, critique ou
conservatrice ? Actualité de Hannah Arendt, d'Emmanuel Mounier et de George
Grant pour le Québec d’aujourd’hui, PUL/Prisme, p. 42). C’est un point de
vue que j’ai déjà défendu aussi, mais j’ai pris une autre approche depuis. J’en
suis rendu à l’idée d’un parlement de l’Amérique comme il y a un parlement
européen pour ma part. Cependant, peu importe ma position, l’important serait
d’avoir un débat pour savoir d’où nous
venons et où nous allons, car il me semble que si on a de plus en plus de
formules accrocheuses pour la souveraineté d’un côté et le fédéralisme de
l’autre, on a de moins en moins le sens de l’histoire! Puis, si le nationalisme
était à la mode dans les années 1970, est-il encore l’outil approprié avec les
défis actuels, notamment l’environnement qui dépasse les frontières? N’a-t-on
pas plutôt besoin de coopération multinationale et d’organisations
supranationales? On a l’Union Européenne par exemple. Même les pays qui sortent
du giron de la Russie veulent entrer dans le giron de la Communauté Européenne
plutôt que de demeurer seul. N’est-ce pas un signe? Alors, si nous sortons du
Canada, ce sera pour nous y associer ou nous associer aux États-Unis? Et à quel
prix dans les deux cas? N’est-il pas mieux de redéfinir le système? Reste à
savoir si les autres sont prêts à le faire, sauf que s’ils ne le sont pas,
seraient-ils davantage portés à le faire avec un Québec indépendant plutôt que
membre de la fédération canadienne? Je
n’en suis pas sûr. Et, s’ils ne sont pas prêts à l’association, sommes-nous
prêt à nous isoler comme Cuba? Si oui, fonçons. Si non, mieux vaut réfléchir et
prendre une autre approche.
Hyperliens suggérés par Luc Chaput
Ne pouvant prendre la question
sous tous les angles à la fois, comme pourquoi la France a préféré conserver
des îles des Antilles et St-Pierre et Miquelon par exemple, soit pour le sucre
et la morue, au lieu du territoire du Québec (Nouvelle-France) de l’époque,
voici quelques hyperliens suggéré par Luc pour élargir le débat :
Sucre et Haïti :
www.montraykreyol.org/spip.php?article125
www.livescience.com/history/080602-hs-sugarcane.html
http://yaleglobal.yale.edu/article.print?id=1587
http://caribbean-guide.info/past.and.present/history/sugar.slavery/
Domtom (départements et territoires d'outre-mer) :
www.domtomfr.com/economie_9.html
www.lematin.ch/flash-info/monde/bekes-coeur-crise-sociale-antilles-communaute-heterogene
Pêche de la morue :
http://agora.qc.ca/mot.nsf/Dossiers/Saint-Pierre-et-Miquelon
www.bistrotsdelhistoire.com/pages/pdf/grandepeche.pdf
____________________________________________________
Societas Criticus, revue de
critique sociale et politique, Vol. 11 no 2, Essais :
www.societascriticus.com
Societas Criticus, revue de
critique sociale et politique, Vol. 11 no 1, Essais :
www.societascriticus.com
____________________________________________________
J’écoute
les nouvelles internationales et ce qui se passe dans la bande de Gaza
m’interpelle. Mais, quoi écrire de plus que ce que disent déjà les médias et les
analystes des deux côtés de l’opinion; de plus que ce que j’ai déjà écrit sur
ce site, car j’ai déjà écrit plus d’une fois sur le sujet en dix ans de
Societas Criticus! Puis, j’ai reçu un texte de Mohamed Lotfi, journaliste et
réalisateur radio : « Le sionisme,
une forme religieuse de colonialisme... » Texte intéressant que j’ai
décidé de publier intégralement dans cette section Essais (j’ai juste
standardisé les hyperliens à la manière de Societas Criticus dans la mise en
page) en le faisant suivre de commentaires de ma part, car il me donnait
l’occasion de revenir sur certains textes que nous avons déjà publiés dans
Societas Criticus et qui sont en concordances avec le texte de Mohamed, ce qui
m’a frappé puisque nous n’avons pas eu la même démarche, ni n’avons la même
expérience des choses, car nous n’avons pas la même histoire de vie. Je ne
connais d’ailleurs pas M. Lofti à part le fait que j’ai entendu certains de ses
reportages à Radio-Canada et qu’il m’envoie ses textes que je lis toujours avec
intérêt. On ne s’est jamais rencontré. Mais, d’expériences de vie différentes,
nous n’en arrivons pas moins à des réflexions qui se rejoignent. C’est là tout
l’intérêt de la communauté internet : permettre à des gens qui ont des
points de vue qui se rejoignent de se retrouver et de se contacter même s’ils
ne se connaissent pas, ce que ne permettent pas nécessairement les autres
médiums de communication.
***
Le sionisme, une forme religieuse de
colonialisme...
Mohamed
Lotfi, Journaliste et réalisateur radio
Reçu le 7
janvier 2009
''Le colonialisme, c'est
maintenir quelqu'un en vie, pour boire son sang goutte à goutte.'' Massa Makan Diabaté.
Nul
besoin du Hamas pour envisager la disparition de l'État d'Israël. Ce pays
âgé de 60 ans, s'active tout seul à sa propre disparition. Son
comportement suicidaire répond à une logique de l'histoire bien
démontrée. Celle de toute puissance coloniale qui avance inexorablement
vers sa fin. Le compte à rebours est rythmé par chaque victime innocente,
qu'elle soit palestinienne ou israélienne. La machine coloniale est
animée par la mort, y compris par sa propre mort.
Israël
doit son existence à des puissances jadis coloniales. En 1948, le colonialisme
était encore à la mode. La plupart des pays du sud étaient occupés par
une puissance ou par une autre. Faut-il rappeler que ce ne sont pas les
juifs de Palestine qui ont crée Israël. Ce sont des juifs sionistes
des pays d'Europe qui ont installé par la force un État religieux
suite à une opération de nettoyage ethnique.
Pour
caricaturer le discours colonialiste des sionistes d'Israël Tom Segev
écrivait le 29 décembre dernier au journal Haaretz: ''Nous sommes les
représentants du progrès et des lumières, évolués aux plans rationnel et moral,
alors que les Arabes sont primitifs, foules violentes et enfants ignorants qui
doivent être éduqués et se voir enseigner la sagesse. Bien entendu par la
méthode de la carotte et du bâton, comme le charretier le fait avec son
âne''. Le propre d'une occupation coloniale c'est de
renier la dignité du peuple occupé. De le traiter et le
considérer comme inférieur, voir inexistant.
Ainsi
la thèse de ''La terre sans peuple pour
un peuple sans terre'' s'est inscrite au cœur du projet
sioniste. Une forme de négationnisme qu'aucune
loi au monde ne punit encore. Un négationnisme soutenu
par une formidable machine médiatique pro-sioniste et par les
déclarations des dirigeants occidentaux justifiant les attaques
d'Israël par son fameux droit à se défendre. Mais après
60 ans de résistance palestinienne, une évidence s'impose. Tôt
ou tard, les palestiniens auront leur pays. Un seul pays sur l'ensemble
du territoire de la Palestine historique où juifs, musulmans et chrétiens
seront des citoyens à part entière. Un pays démocratique et laïque,
celui que l'OLP avait toujours envisagé.
De
nombreux juifs d'Israël, dont Abraham Burg (Fils d’un dirigeant historique du
Parti national religieux), arrivent à cette conclusion : ''Cela ne peut
plus fonctionner. Définir l’État d’Israël comme un État juif est le début de la
fin. Un Etat juif, c’est explosif, c’est de la dynamite''. Un État
islamique en Palestine serait tout aussi explosif. La seule
solution pour mettre fin à l'islamisme du Hamas, c'est de mettre fin au statut
religieux de l'État d'Israël. Le sionisme est une forme religieuse du
colonialisme. Un cadeau empoisonné que les sionistes se sont donné à
eux-mêmes.
Indépendamment
qu'on soit pour ou contre l'existence d'Israël, une lecture froide de
l'histoire démontre que cet État ne constitue pas un fait historique
accompli. C'est plutôt une parenthèse parmi d'autres parenthèses de
l'histoire. La création d'Israël répond à une conjoncture
particulière dont les racines remontent au début de l'industrialisation et la
découverte du pétrole au Moyen Orient. Cela coïncidait avec la naissance
du mouvement sioniste de Theodore Herzl à la fin du 19e
siècle.
Au
cours de la Première guerre mondiale, le puissant lobby sioniste est
parvenu en 1917 à obtenir de l'Angleterre la déclaration de
Balfour qui promettait aux juifs d'Europe un État sur la terre de
Palestine. Selon le juif antisioniste Benjamin Harrisson Freedman (http://fr.wikipedia.org/wiki/Benjamin_Harrison_Freedman), l'Allemagne a vu dans les manœuvres sionistes une
trahison qui lui a fait perdre la première guerre. La revanche
allemande est sans nom. Après la découverte de
l'horreur nazi, l'Europe devait soulager sa conscience. Israël s'est
imposé et l'indépendance de la Palestine, qui devait suivre celles des
autres pays arabes, a été retardée.
Après la
reconquête de Jérusalem par Saladin en 1187, ce dernier, contre l'avis de
ses généraux, avait ordonné que les juifs puissent rester chez-eux avec
leurs biens et le droit d'accès à leurs lieux saints. Cela
explique le lien naturel de plusieurs juifs palestiniens, dont Ilan Halevi (http://fr.wikipedia.org/wiki/Ilan_Hal%C3%A9vi), avec leur terre ainsi que leur participation active dans
la résistance contre l'occupation sioniste.
Aujourd'hui
le comportement criminel d'Israël envers une population
démunie, rappelle tous les massacres qui ont précédé la libération des
peuples occupés. Palestine, Algérie, Maroc, Inde, même histoire, même
combat, même parcours vers l'indépendance.
La
plupart des occupations coloniales ont fini par finir; c'est une question de
temps.
N.B.
Abraham Burg a écrit en 2007 ''Vaincre
Hitler''. Un livre qui a eu l'effet d'une bombe.
Lire l'extrait d'un entretient accordé par Burg au journal Haaretz en
juin 2007, c'est très intéressant : http://blog.mondediplo.net/2007-06-09-Abandonner-le-ghetto-sioniste-un-livre-bombe-d
***
Commentaires de Michel Handfield (15 janvier 2009)
Avis : Comme il s’agit d’une reprise de nos textes, on
les a en partie copié/collé et en partie résumé/corrigé pour des raisons
d’unité de texte, intégrant ici et là un nouveau commentaire. Mais, rien qui
n’en change le sens. Juste un petit plus, une réactualisation, car ces textes
ont quelques années. De toute façon, les numéros de volume et les années de
publication y sont pour qui veut se référer aux originaux disponibles en
archives à Bibliothèque
et Archives Canada (http ://epe.lac-bac.gc.ca/100/201/300/societas_criticus/)
et à Bibliothèque et Archives nationale du Québec (http ://collections.banq.qc.ca/ark:/52327/61248).
***
Dès
les premières lignes Mohamed Lofti écrit « Nul besoin du Hamas pour envisager la
disparition de l'État d'Israël. Ce pays âgé de 60 ans, s'active tout seul
à sa propre disparition. » J’ai
immédiatement pensé à un livre dont nous avons parlé en 2003 dans les
pages de Societas Criticus (Vol 5 no 2 / Hiver 2003) : « Les enfants de Rifaa, musulmans et
modernes », de Guy Sorman
(France : Fayard), car Sorman y parle de la disparition possible du
peuple juif (chapitre 11), mais aussi du problème arabe (chapitre 12). Dit
ainsi, cela est réducteur, mais pour qui s’intéresse à ce long conflit c’est un
livre à lire. (1)
Plus loin, Mohamed nous dit que « ce sont des juifs sionistes des pays d'Europe qui ont installé par la
force un État religieux suite à une opération de nettoyage ethnique. »
Des juifs aussi le disent. Dans « l’opposition
juive au sionisme » de Yakov M Rabkin (2004, Presses de l’Université
Laval), l’auteur donne voix à une position que les élites officielles, qui
parlent au nom des juifs et d’Israël, ne tiennent pas, car ce sont les
sionistes qui ont été reconnus par les autorités britanniques pour parler au
nom de tous les juifs depuis 1917, ce même s’ils étaient minoritaires en terre
de Palestine à l’époque. (pp. 154-5)
« « L’analyse que font les sionistes des
Arabes est une aberration pour un juif orthodoxe qui, comme mon mari, est né
dans la vieille ville de Jérusalem au début du siècle », commente Ruth Blau. «
On a transformé les Arabes en une sorte d’ennemi universel du peuple juif,
disait Rav Amram. Cela est complètement faux. Juifs et Arabes vivaient en paix
côte à côte jusqu’à ce que les Anglais, puis les sionistes jugent qu’il était
dans leur intérêt de semer la discorde. (2) ». » (p. 165)
On est
ainsi en présence du célèbre « Diviser
pour régner » propre au colonialisme britannique! (3) Mais ces divisions, faites dans la première
moitié du XXe siècle, semblent revenir dans la face de l’Occident, par un effet
boomerang, en ce début du XXIe siècle! Et la question d’Israël ne fait surtout
pas exception.
Cependant,
ce qu’il y a de particulier avec cette question, c’est qu’aux questions de
géopolitiques s’ajoutent des questions religieuses chez les juifs eux mêmes.
Pour certains d’entre eux « l’État
d’Israël constituerait la plus grande menace pour le peuple juif et il faudrait
donc l’abolir » (Rabkin, p. 246). C’est un livre à lire pour avoir un
éclairage nouveau – car peu médiatisé – sur la question juive.
C’est là
une toute petite partie de ce que nous avions écrit en juillet 2005 (Societas Criticus, Vol 7 no 3 / 2005) dans notre texte « Quand idéologies religieuses et politiques
s’emmêlent! » autour du livre de M. Rabkin.
M. Lofti
poursuit plus loin en écrivant « Mais
après 60 ans de résistance palestinienne, une
évidence s'impose. Tôt ou tard, les palestiniens auront leur
pays. Un seul pays sur l'ensemble du territoire de la Palestine
historique où juifs, musulmans et chrétiens seront des citoyens à part
entière. Un pays démocratique et laïque, celui que l'OLP avait toujours
envisagé. » Je ne peux le contredire, moi qui ai écrit en septembre 2002 un édito intitulé « Pour la création de la
Sémitie »
(Societas Criticus, vol. 4 no 2 / 2002). Dans ce texte, je tenais alors ces
propos :
« Israël est associé à un
pays juifs. La Palestine aux palestiniens. Mais c'est le même territoire, d'où
ce conflit qui perdure. Changeons de paradigme. Autant les juifs que les
palestiniens sont des sémites. Mais les religions Juive, Chrétienne et
Musulmane les séparent. Comme on a déjà enlevé ce pays aux uns pour le donner
aux autres (résultat des 2 grandes guerres), ce qui n’a fait qu’aggraver le
conflit, rechangeons la donne : créons la Sémitie (car tant les noms de
Palestine et d’Israël sont trop chargés émotivement pour les conserver), pays
de sémites de diverses orientations religieuses. »
Aujourd’hui j’ajouterais que le Canada, au lieu d’appuyer
bêtement Israël, pourrait offrir une expertise dans la construction d’un
véritable État multiculturel en terre de Palestine. Ce serait souhaitable.
Mohamed
Lofti termine son texte en parlant du « comportement criminel d'Israël envers
une population démunie, [et] rappelle tous les massacres qui ont précédé
la libération des peuples occupés. Palestine, Algérie, Maroc, Inde, même
histoire, même combat, même parcours vers l'indépendance. » Encore là,
il nous rejoint, car j’écrivais, avec la coopération de Gaétan
Chênevert, ce qui suit dans un commentaire sur le film
« Le pianiste » paru dans
Societas Criticus en 2003 (Vol. 5 no 2 / hiver 2003).
Un film dur, qui questionne. Comment au nom d’une idéologie
(le nazisme) on peut tuer du monde et collaborer avec un tel régime? Comment
des gens qui se côtoyaient la veille peuvent en venir à considérer des
concitoyens comme moins que des chiens le lendemain? Le pianiste, reconnu un
jour, ne peut même plus s’asseoir sur un banc public… parce qu’il est juif! (…)
Le juif n’est plus humain par décret!
Les juifs sont enfermés dans le ghetto de Varsovie et
emmurée, littéralement. Et les militaires peuvent entrer et s’amuser à tirer
sur eux comme sur des rats. Comme ça, pour le plaisir de la chasse aux juifs.
Naturellement, de façon officielle, ils devaient avoir des raisons
rationnelles: des comploteurs, des terroristes qui préparaient une attaque
contre le Pouvoir! Mais le Pouvoir peut toujours établir une raison, faire des décrets et justifier les
interventions militaires quelles qu’elles soient! Ceci soulève quelques
questions très contemporaines.
Ceci pose aussi le problème des comportements collectifs, de société.
Quand le système du Pouvoir dit que les juifs sont des parias, pires que des
rats, il y a probablement objection de conscience chez une majorité de
citoyens. Mais quand le système installe sa machine coercitive, son système de
la peur, les objections de consciences laissent place à la survie. Si tu
t’objectes, il y a un militaire qui, pour une prime, les ordres ou parce qu’il
n’a tout simplement pas été engagé pour son Quotient Intellectuel sera prêt à
te descendre que tu sois militaire ou citoyen.
La machine de contrôle vient donc de s’enclencher. Et la peur
fera son œuvre. L’idéologie minoritaire deviendra l’idéologie officielle et, à
partir d’un moment, probablement un réflexe: je vois un Juif je le dénonce
d’abord pour ne pas être dénoncé et je le dénonce ensuite parce que c’est le
geste naturel à poser dans ce cas. Je me rappelle avoir vu cela dans des cours
de psychologie. Mais c’est aussi le thème d’un livre du XVIe siècle que je vous
recommande si cette question vous intéresse: La Boétie, 1995 [1576], Discours de la servitude volontaire,
Mille-et-une-nuits.
Ce film soulève aussi la question des
apprentissages. La violence chez les enfants entraîne souvent des comportements
de violence plus tard, lorsque les enfants victimes de violence deviennent des
parents à leur tour. (...) La même chose est-elle possible chez les peuples?
C’est la question que nous nous sommes posés après avoir vu ce film moi et
Gaétan.
Les juifs furent victimes de violences injustifiées. D’un
génocide rationnellement planifié. Tous s’entendent là dessus. Cela peut-il
expliquer certains de leurs comportements face aux palestiniens? Nous sommes
profanes sur cette question, mais comme le Nazisme voulait détruire les juifs,
la même question peut-elle se poser à l’égard des juifs face aux palestiniens?
Du moins les plus à droites, les autres suivant de peur de passer pour des
traîtres face aux leurs.
Comme les Nazis entrant dans le ghetto et tuant ces « rats »
de juifs, l’armée israélienne entre-t-elle en territoire palestinien tuer ces «
rats » de palestiniens? De toute façon il y a des raisons rationnelles qui le
justifient: ce sont des comploteurs et des terroristes qui préparent une
attaque contre Israël, les États-Unis ou l’Occident! C’est du moins ce que la machine
idéologique et médiatique du Pouvoir dit… comme elle le disait au temps du
nazisme. Un peu comme si le modèle de la droite juive reproduisait le modèle
fasciste envers l’autre; comme l’enfant battu aura de forte chance de
reproduire plus tard ce même modèle et de battre ses enfants à son tour. Comme
si le torturé ne pouvait que devenir tortionnaire à son tour!
Ce parallèle peut choquer. Tel n’est pas
le but. C’est de faire réfléchir, car existe aussi d’autres modèles juifs – de
gauche notamment. Mais ceux là n’ont pas la côte actuellement. Pourquoi?
Pourquoi les Juifs qui défendent cette différence sont si peu diffusés?
Pourquoi seuls les faucons et leurs visions du conflit ont la côte des médias?
Pourtant, « l’interprétation du conflit
avec la Palestine est loin d’être unanime au sein de la société israélienne
». Mais ce sont les faucons, qui veulent finir la guerre de 1948 et « détruire la société palestinienne », « par un nettoyage ethnique », qui ont le
contrôle de l’État et de ses outils de répression! C’est le sujet d’un nouveau
livre que nous trouvions fort intéressant de vous souligner ici tout en parlant
de ce film, car nous y voyions un parallèle. Il s’agit du livre de Tanya
Reinhart, professeure de linguistique à l’Université de Tel-Aviv, « Détruire la Palestine: les plans à long
terme des faucons israéliens » paru aux éditions écosociété à Montréal
(2003).
Bref, « Le pianiste
», un film à voir, des questions à approfondir! Dans le genre Societas
Criticus! Et si vous trouvez que nous ne sommes pas juste par le parallèle que
nous faisons entre la droite israélienne et le fascisme, dites vous que le même
genre de question sur les apprentissages pourraient se poser de l’autre côté de
la barricade: la haine du Juif est-elle apprise et transmise chez le palestinien? La haine
envers le juif crée-t-elle la haine du juif envers le palestinien? La haine
juive envers le palestinien alimente-t-elle la haine arabe envers Israël? Et on
pourrait continuer longtemps. Mais si tel est le cas, si la violence reproduit
ainsi sans cesse la violence, comment sortira-t-on de ce bourbier? Lorsqu’ils
se seront tous exterminés les uns les autres? Serait-on face à l’humanité
perdue pour paraphraser Alain Finkielkraut? Ainsi même si le nazisme fut défait,
son ravage continu comme un cancer de l’humanité. C’est ce que ce film nous a
fait réaliser. Tel n’était peut être pas le but… mais tel est le fait! »
(4)
***
Ce retour sommaire sur quelques textes que nous avons écrit
sur le sujet démontre que nous n’avons jamais évité cette question en 10 ans de
Societas Criticus et que nous avons toujours tenté d’avoir notre angle sur
celle-ci, ce même si nous faisons cette
revue sans autres moyens que notre volonté et notre désir de faire avancer des
idées, puisqu’elle est faite à compte d’auteur. Nous sommes là parce-que nous
avons des choses à dire et un regard
différent à offrir. En fait, nous avons écrit beaucoup plus que cela sur cette
question, que ce soit en édito ou à travers des commentaires de livres, de
films ou de théâtre, car nous privilégions parfois (et même souvent!) l’analyse
de contenu comme nous l’avons appris en sociologie (5), voir une approche
ethnométhodologique. Ce n’est pas surprenant puisque je suis sociologue de
formation. Societas Criticus fait « un
peu beaucoup » dans la sociologie appliquée d’ailleurs; tout contenu
signifiant (théâtre, cinéma ou essai par exemple) devenant notre matériel; le
web, notre toile; et l’analyse de contenu, notre méthode privilégiée! Dans les
cas de conférences, de colloques ou d’événements « live » auxquels nous participons, que ce soit planifié
ou par hasard, comme de se retrouver là où quelque chose se passe, on procède
alors d’observations ou d’observations participantes pour sortir notre matériel
d’analyse, mais la méthode demeure généralement la même : l’analyse de
contenu!
Notes :
1. Je sais que Guy Sorman
semble soulever des controverses parfois, car il est ce qu’on appelle un
ultralibéral. Voici néanmoins 2 sites qui font sa biographie et un troisième
qui est son blogue :
http://gsorman.typepad.com/about.html;
http://fr.wikipedia.org/wiki/Guy_Sorman;
2. Ruth Blau, Les gardiens de la cité : histoire d’une
guerre sainte, Paris, Flammarion, 1978, p. 276 cité par Rabkin.
3. C’est par un texte de
Stephen A. Marglin, « Origines et fonctions
de la parcellisation des tâches… » (in GORZ, A., 1973, Critique de la division du travail, Paris, éd. Du Seuil, coll.
Point) que je fus mis en « contact » avec cette théorie de la domination
impériale.
4. Références et liens
d’intérêts encore valides de notre texte sur « Le pianiste »:
FINKIELKRAUT,
Alain, 1996, L'humanité perdue,
Paris: Seuil, coll. points.
http://www.thepianistmovie.com/
5. Façon de saluer Gilles
Houle, prof de sociologie de l’Université de Montréal, disparu en 2006 (2
décembre) et auquel je pense davantage depuis que je fais cette revue, puisque
la méthode d’analyse de contenu est ma méthode privilégiée ici. J’ai d’ailleurs
eu la chance de lui dire de son vivant, car j’allais souvent faire un tour au
département de sociologie, mon Alma Mater. « Analyse de contenu » était d’ailleurs le titre du cours que
j’ai suivi avec lui à l’hiver 1981. Je crois qu’un jour le département de
sociologie de l’U de M devrait organiser un colloque Gilles Houle.
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Societas Criticus, revue de
critique sociale et politique, Vol. 11 no 1, Essais :
www.societascriticus.com
Societas Criticus, revue de
critique sociale et politique, Vol. 10 no 5, Essais :
www.societascriticus.com
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Le malaise
québécois : confort et indifférence!
Pour les
commentaires autour du livre de
Jean-François Cloutier sur « Jeff
Fillion et le malaise québécois » et le film de Denys Arcand, « Le confort et l’indifférence »,
j’ai choisi, après maintes hésitations, de les placer dans la section Essais et
non dans les sections livres ou cinéma où ils auraient pu être, car je les ai
regardé et traité à la lumière de la période électorale et de turbulence dans
laquelle nous sommes actuellement.
Michel Handfield,
Montréal, le 7 octobre 2008
-
« Jeff Fillion et le malaise québécois » Des pistes pour
l’élection actuelle!
-
Le confort et l’indifférence de Denys Arcand… Une mise en garde
aux élections qui viennent!
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Societas Criticus, revue de
critique sociale et politique, Vol. 10 no 5, Essais :
www.societascriticus.com
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« Jeff Fillion
et le malaise québécois »
Des pistes pour l’élection actuelle!
Michel Handfield
Commentaires autour du
livre de Jean-François Cloutier paru
chez Liber (www.editionsliber.org/).
7 octobre 2008
Jeff Fillion et radio
X. On a entendu parler de Jeff Fillion à Montréal quand ses dérapages,
c’est-à-dire ses attaques contre l’intelligentsia et l’élite culturelle,
médiatique et politique Montréalaise,
même si certains « sévissaient » ailleurs, que ce soit à Québec ou en
région, sont sortis dans les nouvelles nationales. Puis, vu les menaces de perte de licence
(droit de radiodiffusion) de cette station, on a ensuite vu les manifestations
que cela a suscité à Québec, mais aussi à Ottawa, où des autobus ont conduit
les partisans de CHOI/radio X. Cependant, à part le point de vue condensé des
bulletins de nouvelles et de quelques émissions qui regardaient ce phénomène,
parfois parce qu’elles en étaient elles-mêmes des victimes, très peu de gens
connaissaient cette radio hors d’où elle diffusait. L’impression que cela
donnait, vu de Montréal, était qu’ils ont trop fait les cons, qu’ils paient
pour maintenant! Cependant, la lecture de ce livre change la perspective.
Oui, ils ont fait les cons, mais ils n’ont pas que fait les
cons. Ils dénonçaient ce qui apparaissait inconcevable à certains, comme les
jeunes hommes de la génération X. Et pas les moindres, car « les diplômés de cégeps et d’universités sont
surreprésentés dans son auditoires » remarque Simon Langlois, cité
dans ce livre. (p. 140) (1) Cependant,
la manière n’étaient peut être pas la bonne, prenant des têtes de turcs et les
ridiculisant au-delà des limites du bon goût et du civisme. Leurs têtes de
turc : souvent des montréalais, avec une fixation particulière sur le plateau
Mont-Royal.
Une autre
manifestation de la rivalité Québec/Montréal? Fort probablement, car Montréal,
c’est la grande ville, plus libérale, plus multiethnique. Celle qui menace la
culture homogène, le tricoté serré, des régions. Radio-X, c’était plutôt une
vision de droite; libertaire et individualiste (p. 19), alors il n’était pas
étonnant que Mario Dumont les appuie. C’était son électorat. D’ailleurs, les
conservateurs d’Harper ont eu du succès dans ce même bassin à la dernière
élection et espèrent renouveler ce fait d’arme à celle-ci. Il est vrai que
Québec est une ville conservatrice et fédéraliste. Au référendum de 1995,
Québec n’a dit oui qu’à 52%, soit un score inférieur aux autres régions
francophones de l’Est de la province. Avec un taux de 55% comme d’autres
régions, l’issue du vote aurait été différente. (p. 50) Ce sont là deux des
cinq traits propres à Québec qui expliquent les succès de Jeff Fillion et de
CHOI. Ces traits sont : une ville conservatrice (p. 35); l’anglomanie (p.
43); le fédéralisme de Québec (p. 48); la rivalité avec Montréal (p. 54); et le
gros village (p. 56), soit « sa
remarquable homogénéité. » (Ibid.)
Il y avait aussi tout un contexte, où les médias devenaient de
plus en plus des relais de Montréal dans un processus de consolidation de
l’industrie (acquisition/fusion) qui faisaient en sorte que les auditeurs ne se
reconnaissaient plus dans ce qu’on leur proposait en onde. Dans ce contexte,
s’affirmer face à Montréal et à la bourgeoisie bien pensante du plateau
devenait comme un symbole voulant dire « je me tiens debout! » Il y avait donc tout un contexte et une
position politique, malhabile certainement, dans ce que faisait CHOI, mais une
position qui trouvait un certain écho dans la population.
En opposition à Montréal, être de droite devient une prise de
position qui va au-delà d’un simple vote. C’est s’opposer au modèle libéral
d’une élite montréalisée selon Jeff Fillion et la gang de CHOI. (p. 84) Le discours populiste devient discours
politique! La filiation avec l’ADQ et Mario Dumont est donc évidente, même dans
les banlieues montréalaises, le 450, qui veulent échapper aux coûts de vivre à
côté d’une grande ville qui semble leur dicter quoi faire et aux ponts, car Montréal est une île! (2)
Si nos banlieues avaient une radio indépendante, elle ressemblerait peut être à
cela. Remarquez que si Québec a sa mentalité de village, nous avons peut être
notre mentalité d’insulaire. Pour nous, aller à Paris ou à Québec, c’est
quitter notre île! C’est en dehors de la ville!
Cette opposition à Montréal pourrait donc se traduire en
opposition à Montréal la libérale par un vote massif des régions pour les
conservateurs ou le Bloc Québécois à la prochaine élection fédérale, réduisant
ainsi les chances des libéraux fédéraux de former un gouvernement à Ottawa pour
plusieurs années. Les chances de gouvernements conservateurs successifs sont
même accrues dans le cas où une majorité des régions du Québec et la ville de
Québec elle-même choisissent les conservateurs face au Bloc, car il y a une
autre division qui joue ici : celle entre fédéralistes et souverainistes.
Si les
autres régions canadiennes ont la même position face aux grandes villes que
Québec et les régions ont face à Montréal, on risque d’avoir droit à quelques
gouvernements conservateurs majoritaires à moins que les libéraux ne sachent
rallier la gauche. Reste aussi à voir si la peur d’un gouvernement conservateur
majoritaire, parti de Montréal, saura être relayée par des élites locales et
toucher les régions. Si c’est perçu comme étant purement élitiste et
montréalais, cela ne passera cependant pas dans l’urne. (3)
Si les
conservateurs n’attirent pas la majorité, ils attirent cependant davantage
d’électeurs que chacun des partis qui s’opposent à eux, ce qui peut être
suffisant pour avoir une majorité en chambre, la majorité des électeurs
divisant leur vote face à un bloc monolithique! Si « diviser pour régner » fut la maxime des empires de tous
temps (4), le paradoxe ici est que les
conservateurs n’ont pas à diviser l’opposition, car elle se divise très bien
elle-même! Il est à espérer que les progressistes en tirent les leçons et ce
livre, Jeff Fillion et le malaise
québécois, en attirant l’attention sur les causes de cette remontée du
conservatisme à Québec, devrait aider les progressistes à comprendre ce qui ne
va pas, car le modèle de Québec doit certainement se trouver ailleurs, où les
mêmes conditions sont maintenant réunies ou en voie de l’être. C’est donc plus
qu’un livre sur Jeff Fillion, mais un livre sur une certaine insatisfaction
politique qui fut canalisée et exploitée par Jeff Fillion et la gang de CHOI,
incluant André Arthur, maintenant député indépendant de Portneuf, contre qui
les conservateurs ne présenteront d’ailleurs pas de candidat pour favoriser son
élection! (5) C’est tout dire. Si Jeff
et sa gang s’étaient trouvé un public, les auditeurs de Québec s’étaient trouvé
des portes paroles médiatiques en attendant d’en avoir un politique, d’où la
montée de cette station qui était dans la dèche avant 1996! (pp. 14 et
suivantes) Ils ont ensuite eu l’ADQ de Mario Dumont. Et là, ils ont le Parti
Conservateur de Stephen Harper comme relais.
Pour
s’opposer à ce front d’une droite maintenant unie sous un nouveau Parti
Conservateur plus fort et pancanadien, cela nécessitera plus qu’une alliance
temporaire des forces de centre gauche pour renverser ce mouvement. Il faudra
probablement une fusion entre libéraux et NPD dans un nouveau parti démocrate-libéral
pour moins diviser le vote progressiste, car la droite a su s’unir. Elle a
aussi su prendre une certaine place sur les ondes, moins ici qu’aux États-Unis
cependant, noyé par la question nationale même si certains nationalistes
émettent des idées de droite. Radio X était un peu l’exception, clairement à
droite, « pro-anglais et
pro-américain », « antipéquiste
et antinationaliste »! (pp. 60-1) Reste à savoir si les souverainistes
continueront à sévir sur la scène fédérale ou se replieront sur la scène provinciale,
car là est la différence entre des gouvernements minoritaires ou majoritaires
de centre gauche. Mais, à droite, une
majorité est maintenant possible, que le Bloc y soit ou pas!
***
Cependant, il peut y avoir une peau de banane qui peut faire
déraper Steven Harper : le libéralisme économique ou laissez-faire!
La
génération X était tenante du libéralisme économique et radio X s’en faisait la
voix. Cela avait pour source leur
insatisfaction face à « des
organisations à l’abri de la concurrence, où l’ancienneté plus que le talent
motive parfois la promotion et où le rôle d’employeur modèle force l’embauche
de personnes selon d’autres critères que le simple mérite (sexe, origine
ethnique, handicap…) » (p. 123) Mais, à cela s’ajoute aussi le
libéralisme des marchés à l’États-unienne. Dans les années 90, « ce n’est pas l’État qui est venu à la
rescousse des X en se mettant soudain à embaucher, ni des syndicats plus
solidaires, mais le libéralisme économique. (…) L’accès au marché
américain a été la bouffée d’oxygène qui a empêché l’économie canadienne de
suffoquer(…). Le salut est [donc] venu d’un surcroît de concurrence, d’une
libéralisation du commerce, plutôt que d’une meilleure répartition des
richesses ou d’une gestion centralisée de la
production : cela n’a pas pu ne pas se graver dans les esprits.»
(p. 125) Sauf que, ce libéralisme fut aussi l’occasion de montages financiers
parfois plus créatif que solide, ce que l’on voit actuellement s’écrouler.
Les
tenants de ce libéralisme à outrance, qui voyait l’État comme une nuisance
plutôt qu’un régulateur, sont maintenant pris au dépourvu cependant. Ils n’ont
pas grand-chose à offrir. Oui, « le
libéralisme a permis une fabuleuse accumulation de richesse » (p.
127), mais elle était peut être construite sur une illusion. Alors, une fois
que l’illusionniste a quitté le navire avec votre vrai billet de 10$, il ne
vous reste que le billet de 100$ qu’il vous a laissé. Heureux, jusqu’à ce que
vous découvriez que ce n’était qu’une illusion! Un billet de Monopoly qu’il
vous avait fait prendre pour un vrai! Elle était forte cette économie créative,
mais on ne peut la considérer comme une politique économique efficace. Alors,
s’en remettre aux marchés seulement, ce n’est pas une politique. Les X doivent s’en
rendre compte aujourd’hui comme tous les autres citoyens. Cette économie
créative chute sans cesse et le mouvement s’est accentué depuis le 29 septembre
dernier, premier lundi noir de cette crise. (6)
Hier, une
semaine jour pour jour après ce lundi noir, Le Devoir titre « Panique sur les places boursières »,
car nous venons de connaître un second lundi noir de suite! (7) Le verdict
conservateur de M. Harper : « Un
premier ministre responsable ne peut pas prédire une récession quand l'économie
n'est pas en récession », a affirmé Stephen Harper hier matin, lors d'une
conférence de presse tenue dans une garderie, en banlieue d'Ottawa. » (8)
Remarquez qu’il s’adressait à des enfants de garderie! Ils ne lui ont
probablement pas posé de questions sur le sujet. Heureusement pour lui, car
quand on est tenant du laissez-faire économique, comment peut-on offrir une
politique économique pour discipliner des marchés qui en ont bien besoin?
D’ailleurs, laisseriez-vous vos enfants dans une garderie sans balise ni surveillance? Non, alors pourquoi feriez-vous
confiance à un marché économique sans
balise ni surveillance? Ce n’est pourtant pas d’aujourd’hui que c’est la ligne
de pensée conservatrice, car ce sont eux qui ont dérèglementé et libéralisé les
marchés et laissé s’installer le laissez-faire. Et qu’a à dire M. Harper quand
tous les gouvernements s’en inquiètent sur la planète : tout va bien! Le
marché va probablement s’en occuper, M. Harper?! « C’est ça être un grand leader? » (9)
***
Ce livre est donc intéressant, car il va plus loin que le
phénomène de Jeff Fillion. Il nous permet de comprendre sur quelle vague il
surfait : une vague conservatrice! La génération X serait-elle plus
conservatrice que leurs parents? C’est une réelle possibilité. A lire, donc, si
vous aimez les médias ou la politique.
***
Jeff
Fillion n’est plus à radio X, mais il est maintenant sur le net : www.radiopirate.com/
Notes :
1. Simon Langlois,
« La colère des jeunes hommes de
Québec », Le Soleil, 24 juillet 2004. Cette référence est en note 7 à
la page précédente (p. 139).
2. Ce qui est le plus
étonnant dans le cas des banlieues montréalaises qui s’en prennent à Montréal,
c’est que ces banlieues oublient qu’elles
n’auraient pas existées sans Montréal! Elles sont nées du développement
de la grande ville! Ce n’est par contre pas le cas de Québec, qui a plutôt vue
des choses lui glisser des mains pour aboutir à Montréal, comme Montréal en a
aussi vu partir vers Toronto!
3. Je me demande si le
même phénomène est aussi vrai dans d’autres grandes villes canadiennes. Toronto
versus l’Ontario ou Vancouver versus la Colombie-Britannique par exemple. Je
serais porté à croire que oui, car ce sont aussi des villes multiculturelles,
mais il faudra vérifier le soir des élections. De mémoire, il me semble
cependant que ce clivage existait à la dernière élection.
4.
J’ai lu cette expression la première fois dans Stephen Marglin, « Origine et fonction de la parcellisation des
tâches » in GORZ, A., 1973, Critique de la division du travail, Paris, éd. Du Seuil, coll.
Point. p. 53. Il écrit exactement que
c’est « …le principe sur lequel les
puissances impériales ont de tout temps assis leur domination : diviser
pour régner. »
5. André Arthur sur Wikipédia : http://fr.wikipedia.org/wiki/Andr%C3%A9_Arthur
Michel
Hébert et Jean Laroche, Élections fédérales
2008. Stephen Harper espère la réélection d'Arthur, in le Journal de
Québec, 08/09/2008 05h44 : www.canoe.com/infos/quebeccanada/federales2008/archives/2008/09/20080908-054400.html
6. « "Lundi noir" pour les Bourses
mondiales », LEMONDE.FR avec AFP et Reuters / 29.09.08, 12h04 / Mis à
jour le 30.09.08, 05h32 : www.lemonde.fr/economie/article/2008/09/29/les-bourses-europeennes-guettent-les-premiers-signes-de-contagion_1100713_3234.html
7. Gérard Bérubé, Panique sur les places boursières, Le Devoir,
Édition du mardi 07 octobre 2008 : www.ledevoir.com/2008/10/07/209508.html
8. Alec Castonguay, Harper tente de rassurer les Canadiens,
Le Devoir,
Édition du mardi 07
octobre 2008 : www.ledevoir.com/2008/10/07/209505.html
9. Cette question se
trouvait dans une publicité libérale télévisée et je la reprends ici en toute
conscience. Elle se retrouve sur You Tube à
http://www.youtube.com/watch?v=d8_m8fdMn28&feature=related
Arrière de couverture
Reçu le 3 septembre
2008 : Cloutier, Jean-François, 2008, Jeff
Fillion et le malaise québécois, Montréal : Liber: www.editionsliber.org/ (ISBN :
978-2-89578-157-8)
CHOI-FM et son morning man Jeff Fillion ont animé la ville de
Québec et défrayé la chronique pendant une dizaine d’années (1996-2006). Radio
«poubelle» pour les uns, radio «liberté» pour les autres, cette radio qui a
polarisé l’opinion de toute la province
a été au centre de vives polémiques qui l’ont menée à quelques reprises devant
les tribunaux. «C’est un phénomène pour
le moins exceptionnel qu’une station de radio suscite autant de passion.»
Cet ouvrage entend justement rendre la chose plus claire. «Le succès de CHOI et la bruyante controverse
que la radio a suscitée s’expliquent par le fait qu’elle a été au carrefour des
grands courants du Québec actuel. Des plaques tectoniques se mouvant lentement
et insensiblement se sont rencontrées au cœur de cette petite station.» Du
«mystère» Québec au caractère propre de la génération X en passant par l’écart
grandissant entre Montréal et les régions et l’essoufflement des idéaux de la
Révolution tranquille, l’auteur dégage ainsi les «tendances lourdes» qui
rendent compte du malaise collectif dont le «phénomène» témoigne.
Jean-François Cloutier est journaliste. Il a fait des études en littérature (université
de Montréal) et en management (université McGill). Ce livre est son premier
ouvrage.
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Societas Criticus, revue de
critique sociale et politique, Vol. 10 no 5, Essais :
www.societascriticus.com
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Le confort et l’indifférence de Denys Arcand…
Une mise en garde aux élections qui viennent!
Michel Handfield
5 octobre 2008
« Un prince bien avisé ne doit
point accomplir sa promesse lorsque cet accomplissement lui serait nuisible, et
que les raisons qui l’ont déterminé à promettre n’existent plus : tel est
le précepte à donner. (…) Et d’ailleurs, un prince peut-il manquer de raisons
légitimes pour colorer l’inexécution de ce qu’il a promis? » (Machiavel, p. 128)
J’ai
dernièrement reçu le coffret « Denys Arcand / L'œuvre documentaire
intégrale 1962-1981 ». En cette période électorale, où les élections fédérales
sont prévues dans quelques jours (14 octobre), les élections états-uniennes
dans quelques semaines (4 novembre), qu’une rumeur d’élections québécoises
flotte dans l’air et que les élections municipales montréalaises sont prévues
dans un an à quelques jours près (novembre 2009), il m’apparaît intéressant de
revoir « Le confort et
l’indifférence ».
D’abord,
on remarquera le côté historique de ce film, avec l’avant et l’après référendum
de 1980, car on voit des anciens politiciens, dont plusieurs disparus depuis;
la mode; les idées du temps, dont certaines qui nous apparaissent à des lunes
d’aujourd’hui; le visage de Montréal et du Québec, qui a beaucoup changé en
près de 30 ans; la déception et l’espoir de se reprendre pour faire un pays. On
voit le chemin parcouru et les changements survenus depuis. On est maintenant
dans un autre monde : mondialisé et branché à l’échelle de la planète.
Certains des objectifs derrières ce référendum, comme de décider de notre
économie, n’auraient plus le même sens dans le monde globalisé où l’on est
maintenant. Un pays peut probablement faire moins que le Québec du temps, même
sous le « joug » du Fédéral, avec
tous les accords internationaux, la déréglementation des marchés et la
mondialisation de la production et des échanges qui ont eu lieu depuis. Au
risque de me répéter, on est réellement dans un autre monde et un autre
siècle!
Par
contre, on voit aussi que l’Homme est demeuré l’Homme et que la politique est toujours la politique!
Chacun cherche l’astuce pour avoir le dessus sur l’autre. Mais, parfois, rien
ne soutient l’astuce et tout l’échafaudage s’écroule, bâtit sur du vide. On l’a
vu à Wall-Street ces dernières semaines.
Le peuple se réveille alors avec des économies qui fondent comme neige
au soleil. Mais, le politicien de talent promettra de remettre les choses en
ordre. D’ailleurs, les politiciens promettent ou l’ordre ou le désordre. Ainsi,
face à la menace référendaire, le PQ demandait les pleins pouvoirs pour
remettre les choses en ordre alors qu’Ottawa promettait le désordre en cas de
victoire du oui…
Aujourd’hui,
l’on nous promet les mêmes choses. Face à la crise financière états-unienne,
qui risque de s’étendre au Canada selon les uns et qui n’inquiète pas du tout
les autres, c’est encore ordre et désordre! La même constatation en
justice : pour les uns, il faut des lois plus sévères pour maintenir
l’ordre, alors que pour les autres il faut poursuivre dans la prévention et la
réhabilitation, puisque les chiffres montrent une baisse de la criminalité.
Mais, si la peur fonctionne, on parlera de désordre pour se faire élire malgré
les faits! (1) Toujours ordre et désordre,
interchangeable selon les partis politiques, que ce soit en justice, en
économie, en environnement, en éducation ou en culture par exemple, car ce qui
est l’ordre pour l’un est nécessairement facteur de désordre pour l’autre!
C’est ce que les anglophones appellent « a wedge issue » comme me l’a fait remarquer Luc Chaput quand
je lui parlais de ce texte. (2)
Magie
aussi! Une fois la souveraineté acquise, on pourra régler tout ce qu’on n’a pas
pu régler auparavant! C’est encore le discours en vigueur chez les
souverainistes du Bloc Québécois par exemple. Pourtant, l’usage nous montre que
le Parti Québécois n’a pas fait que des bons coups, même dans ses sphères de
compétences exclusives, là où il ne peut accuser le Canada. Mais, on croit
encore à cette formule. Pensée magique!
C’est la
même chose avec l’élection fédérale du 14 octobre prochain. Le gouvernement
conservateur, minoritaire, a déclenché des élections malgré sa loi qui fixe les
scrutins à date fixe, disant qu’il lui était maintenant impossible de gouverner
vu sa position (minoritaire), mais demande un nouveau mandat minoritaire!
Comment pourra-t-il mieux gouverner qu’il ne pouvait faire s’il est encore
minoritaire? C’est un contresens, mais
cela a de quoi apaiser l’électeur moyen qui ne veut pas d’un gouvernement
conservateur majoritaire. Harper espère ainsi faire le plein de votes en se
disant que les électeurs vont voter en confiance pour lui, puisqu’il leur a
promis d’être minoritaire. Pas de danger alors de voter pour cet homme s’il est
pour être minoritaire, mais, ce faisant, les électeurs peuvent élire un
gouvernement conservateur majoritaire contre leur gré! Il est de ces astuces
que les citoyens peuvent parfois gober. Être élu majoritaire en promettant un
gouvernement minoritaire, ce serait assez machiavélique! Je vous le dis tout de
suite, il ne peut pas compter sur moi, car j’ai lu Machiavel! D’ailleurs, comme
l’a écrit Rousseau de Machiavel : « En
feignant de donner des leçons aux rois il en a donné de grandes aux peuples. Le
Prince de Machiavel est le livre des républicains. » (Rousseau, p. 101) Il
vous faudrait au moins voir le film de Denys Arcand à défaut de lire le maître.
Si je
parle de Machiavel, ce n’est pas un hasard. C’est que Jean-Pierre Ronfard est Machiavel dans ce film! Et son propos,
s’il s’appliquait à l’époque, s’applique encore aujourd’hui, comme des axiomes
scientifiques! Des lois invariables de la nature humaine et politique que
Machiavel a su saisir mieux que tous les autres! Elles étaient vraies en son
temps; elles le sont aujourd’hui; et le seront demain! Prenons celle-ci en exemple :
« Sur quoi il y a lieu
d’observer que la haine est autant le fruit des bonnes actions que des
mauvaises; d’où il suit, comme je l’ai dit, qu’un prince qui veut se maintenir
est souvent obligé de n’être pas bon; car lorsque la classe de sujets dont il
croit avoir besoin, soit peuple, soit soldats, soit grands, est corrompue, il
faut à tout prix la satisfaire pour ne l’avoir point contre soi; et alors les
bonnes actions nuisent plutôt qu’elles ne servent. » (Machiavel, p.
140)
Les
morceaux choisis de Machiavel sont excellents (3), mais il ne peut en être
autrement vu la richesse du Prince. A défaut de le lire, il faut voir ce film.
En fait, même si vous avez déjà fréquenté Machiavel par la lecture, vous aurez
de l’intérêt à voir cet opus de Denys Arcand
pour des raisons historiques, mais aussi pour prendre conscience de
cette interchangeabilité du discours politique dans le temps. Même si le sujet
semble passé date (l’option référendaire étant présentement dans un congélateur
barré à double tour dans un hangar quelque part dans le grand nord du Québec), suffirait de changer quelques mots pour
reprendre les mêmes textes et les appliquer à des questions tout à fait
contemporaines, comme si la structure du discours politique était immuable.
C’est un peu comme si le discours politique relevait de la même dynamique ou de
la même psychologie que le conte pour enfant : on aime se faire raconter
les mêmes histoires depuis toujours… même si on sait que ce sont des histoires!
L’Homme
politique n’a pas évolué au même rythme que sa contrepartie technique! Peut être
même que l’Homo technicus nuit à l’Homo politicus, écoutant de la musique sur
son baladeur et s’isolant de la communauté des Hommes et de la rumeur publique.
Déconnecté d’être trop branché! Le baladeur MP3, nouvel opium du peuple! (4)
Notes :
1. Brian Myles, Étude internationale - La prévention a fait
ses preuves contre la criminalité, Le Devoir, Édition du mercredi 10
septembre 2008 : www.ledevoir.com/2008/09/10/204806.html
2. Il m’a même fait
parvenir ce lien pour le bénéfice des lecteurs: http://en.wikipedia.org/wiki/Wedge_issue
3. Mais, ce ne sont pas
nécessairement les mêmes citations que moi j’ai choisis pour illustrer ce texte,
car j’ai lu Le Prince de Machiavel et je considère que c’est un de trois livres essentiels pour comprendre le monde avec
Jean-Jacques Rousseau, 1762, Du contrat social, et La Boétie, 1576, Discours
de la servitude volontaire. Denis Arcand peut avoir choisi des coupes
différentes ou une autre traduction. Je n’ai pas poussé jusqu’à les vérifier
textuellement, mais, à l’oreille, je crois qu’elles étaient d’une autre
tournure, davantage en vieux français.
4. Clin d’œil à « La religion est l'opium du peuple » de
Karl Marx. (Le Petit Robert sur CD-ROM) Le paragraphe exact se lit comme
suit :
« La misère religieuse est, d'une part,
l'expression de la misère réelle, et, d'autre part, la protestation contre la
misère réelle. La religion est le soupir de la créature accablée par le
malheur, l'âme d'un monde sans cœur, de même qu'elle est l'esprit d'une époque
sans esprit. C'est l'opium du peuple. » (Karl Marx, 1843, Contribution
à la critique de La philosophie du droit de Hegel, in wikisource.org : http://fr.wikisource.org/wiki/Contribution_%C3%A0_la_critique_de_La_philosophie_du_droit_de_Hegel)
Il faut
par contre souligner qu’on peut aussi télécharger de l’information en format
MP3, ce que je fais. Mais, à parler avec les gens, c’est un comportement
minoritaire, la plupart écoutant de la musique sur leur baladeur. Plusieurs ont
même des baladeurs sans radio, d’où une coupure encore plus nette avec
l’information et la communauté au sens politique du terme.
Références :
Machiavel, Nicolas, 1996
[1532], Le prince, Paris : Booking International, p. 128)
Rousseau, Jean-Jacques,
1992 [1762], Du contrat social, France: Grands écrivains.
Résumé officiel du coffret :
Reçu le 16 septembre
2008 : Denys Arcand
/ L'œuvre documentaire intégrale 1962-1981
Une œuvre documentaire
d'avant-garde marquée par les thèmes de la politique, de la vie sociale et de
l'imagination.

Pour la première fois, l'ONF
réunit la totalité des documentaires historiques et politiques du réalisateur
oscarisé des Invasions barbares, Denys Arcand. Réalisés entre 1962 et 1980, ces
trois longs métrages et sept courts métrages établissent les assises
thématiques et formelles de l'oeuvre cinématographique du réalisateur du Déclin
de l'empire américain. Plus de vingt ans ont passé, mais les documentaires de
Denys Arcand restent d'une criante actualité.
On prendra plaisir à
découvrir, dans son œuvre documentaire, le cinéaste qu'il n'a jamais cessé
d'être, inventeur de mondes imaginaires et puissants, comme ce Machiavel qui
commente le référendum de 1980 sur la souveraineté du Québec, ou encore cette
mystérieuse institutrice qui, dans Québec : Duplessis et après..., se promène en
lisant Le catéchisme des électeurs de 1936, une invention du grand " cheuf
"!
Avec la version originale
censurée du film On est au coton après plus de trente ans de purgatoire.
CE COFFRET DE 4 DVD COMPREND :
Disque 1
On est au coton - version
censurée
L'insurrection politique
et la censure : une révolution pas si tranquille
Disque 2
On est au coton - version
non censurée
Après trente ans de
purgatoire, l'œuvre originale complète
Disque 3
Québec : Duplessis et
après...
Élections 1970 : et si
Duplessis était encore vivant?
Disque 4
Le confort et
l'indifférence
L'échec du référendum de
1980. La fin de la Révolution tranquille.
Suppléments DVD :
- Sept courts métrages
- Présentation de chaque
film par le réalisateur
- Un film inédit : Le documentaire
selon Denys Arcand
- Filmographie complète
- Courte biographie
- Une galerie de photos
- Un livret illustré de
24 pages
Détails :
Numéro de produit
:183B0204228
Durée :758 min 0 s
Année de production: 2004
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Societas Criticus, revue de
critique sociale et politique, Vol. 10 no 5, Essais :
www.societascriticus.com
Societas Criticus, revue de
critique sociale et politique, Vol. 10 no 4, Essais :
www.societascriticus.com
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EXPELLED:
NO INTELLIGENCE ALLOWED
www.getexpelled.com (USA)
www.expelledthemovie.com (Canada)
Sortie : 27 juin
2008
Le documentaire
controversé mettant en vedette Ben Stein
Commentaires de Michel Handfield (29 juin 2008)
« EXPELLED: NO INTELLIGENCE ALLOWED. » On pourrait traduire ce titre par « Écarté : intelligence non permise! »
Mais, c’est un titre trompeur, car l’intelligence dont on parle ici est la
théorie du dessein intelligent (intelligent
design). Une théorie qui remet en cause
Darwin et la théorie de l’évolution, mais très questionnable sur des
bases scientifiques.
Malgré
toutes mes réserves face à cette théorie du dessein intelligent, je conseille
néanmoins ce film, car pour comprendre les dangers de cette mécanique qui
consiste à élever une pseudoscience au rang de science il faut voir comment
fonctionne le phénomène. On le voit dans ce film. Puis, mieux est faite cette
pseudoscience, plus on peut se laisser prendre. Quoi de plus séduisant que de
dire que ce qu’on ne peut expliquer pourrait l’être par un dessein intelligent
mis au cœur des choses par une force supérieure. Une explication qui comble les
vides! Sauf que la science n’a pas pour but de combler les vides, mais de
chercher des réponses qui ne semblent pas fausse. Elle ne pourra jamais
accepter le dessein intelligent, car il ne relève pas de la démarche
scientifique. Ce qui fait la validité de la science ce n’est pas la réponse,
mais la démarche pour y arriver. Dans le dessein intelligent, la réponse est
intuitive ou dogmatique. Elle n’est
pas scientifique pour des raisons
épistémologiques et méthodologiques. Point à la ligne.
Ceci étant dit, il y a objet à analyse dans ce film et je
vous invite à lire la suite de ce texte, que vous décidiez d’aller le voir où
non, car il nous permet d’examiner la différence entre science, foi et
philosophie, ces genres se mélangeant trop souvent dans la culture populaire et
ouvrant toute grande la porte à des virus idéologiques un peu comme le font les
ordinateurs mal protégé pour les virus informatiques!
Un acte de foi!
Un acte de
foi n’est pas prouvable, mais la foi veut parfois une reconnaissance
scientifique, ce qui pose problème. C’est le cas du dessein intelligent (1),
car c’est un acte de foi enrobé dans la science. Ce sont deux voies distinctes
qui peuvent parfois se croiser, mais qui
sont rarement parallèles et encore moins côte à côte, car la foi se
solidifie rapidement en un dogme alors que la science est appelée à changer, se
questionnant toujours sur la validité des choses. C’est ainsi que la terre fut plate beaucoup
plus longtemps dans le monde religieux que dans le monde scientifique ou que
l’homme fut créé plutôt que le résultat
d’une évolution. On tente même de revenir à la création sous couvert de
science. C’est le dessein intelligent, qui dit que « certaines caractéristiques de l’univers et des choses de la vie sont
mieux expliquées par une cause intelligente, non un processus non directif
comme la sélection naturelle. » (2) On ne peut s’en remettre au hasard
pour contrer Dieu, même si on ne parle pas de Dieu. Mais, qu’est-ce qu’une
« cause intelligente »
sinon Dieu? L’ADN? Les extra-terrestres? Bref, on nous ramène Dieu par la porte
d’en arrière, sans le nommer, sous couvert scientifique.
Le dessein
intelligent est donc de la pseudoscience même si des scientifiques en parlent,
car un scientifique peut aussi nous tromper, notamment s’il parle d’un domaine
qui n’est pas le sien en se couvrant d’une chape du savoir universel ou en se
servant de son statut de scientifique
pour vendre ce qui n’est qu’une croyance. C’est un processus connu, parfois
involontaire. Certains idéologues peuvent par contre profiter de leur bonne
fois et l’exploiter à leurs fins, c’est-à-dire les utiliser comme caution à
l’idéologie qu’ils défendent.
Il faut faire attention de ne pas tomber dans
le piège que ce film nous tend et croire que le dessein intelligent doit être
mis sur le même pied que la théorie de l’évolution et, surtout, enseigné au même titre qu’elle dans les
écoles même si c’est l’objectif recherché depuis des années par les tenants de
cette théorie. Une simple recherche Google avec les mots « intelligent design in school » suffit
pour le constater. De plus, le site web
du film est assez clair là-dessus : il est écrit dans la section « resources for leaders » que « ce
matériel va vous donner une formation rapide sur la science des origines de la
vie et vous rendre capable de créer un événement, un enseignement, un sermon,
une discussion ou un débat pour engager et éduquer les autres. »
(3) On cherche à convaincre et le film
fait partie des outils pour le faire!
Puis, si
on essuie une fin de non recevoir, ce que les milieux scientifique ont fait
subir aux tenants de cette théorie plus d’une fois, on se dit alors persécuté, car on est
rebelle! Pourtant ce sont les milieux conservateurs et religieux (4) qui sont
derrière le dessein intelligent. On n’a
plus les rebelles qu’on avait!
La science n’a que faire des croyances!
Imaginer
qu’il y aurait eu plus d’une variété d’humains depuis les débuts de l’humanité,
voire même deux concurrentes à une certaine époque, va contre l’idée que Dieu
nous a fait à son image, sinon, quel Homme aurait été à son image? Nous ou les
anciens, maintenant disparus? Pourtant, voici ce qu’il en est :
« D’abord, s’il y eut plusieurs groupes de primates qui
s’humanisaient, il ne reste plus aujourd’hui que les descendants d’un seul de
ces groupes, celui des sapiens
sapiens. Parmi les autres, l’un notamment se multiplia assez pour qu’on en
retrouve des ossements jusqu’en Europe : il s’agit du sapiens neandertalensis.
L’homme
de Neandertal était d’apparence plus simiesque. Il était, par exemple, affublé
d’un bourrelet osseux au-dessus des yeux qui le faisait ressembler aux gorilles
actuels. Cependant, il avait un cerveau plus gros que le nôtre. Il connaissait
l’art et la religion. Il enterrait ses morts selon des rites compliqués.
Notons
au passage que les objets d’art et les tombes sont des preuves indiscutables
d’humanité. Mais les tombes les plus anciennes que nous ayons découvertes n’ont
pas plus de quarante ou cinquante mille ans; quant aux peintures rupestres,
elles sont plus récentes encore. Cela n’a rien d’étonnant: statistiquement, les
commencements échappent toujours à l’archéologue, qui a davantage de chances de
retrouver les objets déjà nombreux.
Or
l’homme de Neandertal a complètement disparu il y a vingt mille ans, sans que
nous puissions comprendre pourquoi. Nous savons que le sapiens sapiens et le
sapiens neandertalensis ont coexisté sur les mêmes territoires pendant quelques
milliers d’années. Se sont-ils fait la guerre? Étaient-ils interféconds? On
n’en sait rien. Plus probablement nos ancêtres mieux adaptés ont pris tout le
gibier pour eux, condamnant les autres à la famine. Quoi qu’il en soit, tous
les hommes vivant actuellement sur la Terre, si variées soient leurs apparences
physiques, descendent de quelques milliers de sapiens sapiens africains. La
génétique le prouve.
Nous
savons aussi que ces sapiens ont peuplé progressivement la Terre entière. (…) » (5)
La science et la religion ne sont donc pas au même diapason,
la religion ayant reçu une vérité divine qu’on ne peut changer, un dogme, alors
que la science est constamment en recherche de la vérité. Mais, attention, ça ne veut pas dire que la vérité change tous
les jours, tous les mois ou tous les ans. Même pas toutes les décennies.
Certaines théories peuvent être valables plus d’une centaine d’années. C’est d’ailleurs le cas de la théorie de
Darwin (6), la sélection naturelle (7), qui date de 1859!
On n’est
pas dans les croyances ici : avant de changer de paradigme, il faut des
preuves solides, non seulement des intuitions. D’ailleurs, même si je ne suis
pas diplômé en sciences pures, mais en sciences sociales, le premier principe
que j’ai appris en méthodologie est qu’une chose n’est pas vraie, mais plutôt
qu’elle n’est pas fausse, car elle peut être remise en cause dans le temps.
Sauf que, pour changer un paradigme qui explique des choses, il faut un paradigme
beaucoup plus fort, qui explique non seulement ce que le paradigme précédent
expliquait, mais aussi ce qu’il n’expliquait pas. Ce n’est pas un processus
linéaire, mais révolutionnaire (8) comme je l’ai ensuite appris en
épistémologie. Alors, d’arriver avec une réponse mi-magique, mi-scientifique
pour expliquer l’inexplicable ne passe pas et ne passera jamais! C’est pourtant
ce qu’est le dessein intelligent : ce qu’on ne peut expliquer vient d’une
intelligence supérieure. Mais, elle
vient d’où cette intelligence supérieure? De Dieu ou d’extra-terrestres? À
moins que les gènes aient mémorisé des éléments dans leur évolution! On revient
alors à la théorie de l’évolution, mais à un niveau microbiologique. On ne
change donc pas de théorème, mais de niveau pour ne pas dire de taille, car si
les gènes ont enregistré ces éléments dans leur évolution, on reste toujours
dans la théorie de l’évolution n’en déplaise aux tenants du dessein
intelligent! (9) Preuve qu’ils ont tort.
Croire n’est pas une preuve!
Si c’est si simple à régler, alors
pourquoi cette controverse dure? Du côté scientifique il y a longtemps que la
cause est entendue et réglée. Mais, c’est le jeu de cette secte de faire durer
le débat en espérant passer pour une
théorie scientifique équivalente et concurrente à l’évolutionnisme darwinien.
Plus la cause dure, plus elle a le temps de gagner des alliés qui mêleront
leurs croyances personnelles et la science, même dans la communauté
scientifique, une façon de gagner en crédibilité par association. Sur cette
base les disciples du dessein intelligent se permettent même d’accuser la
science de dogmatisme alors qu’eux se basent sur un dogme! En effet, la science
rejette le dessein intelligent parce qu’elle cherche une cause surnaturelle, un
dessein intelligent mis au cœur des gènes pour remplacer la théorie de la
sélection naturelle. Pourtant, cette dernière
explique « de façon naturaliste la
complexité adaptative des êtres vivants, sans avoir recours au finalisme ni à
une intervention surnaturelle, d'origine divine, par exemple. » (10)
Les
tenants du dessein intelligent ne tentent même pas de répondre à la question
d’où vient ce dessein : de Dieu; des extra-terrestres; du hasard; ou de l’évolution
génétique, ce qui fait qu’on en reviendrait à Darwin! Ils accusent plutôt leurs
objecteurs de dogmatisme parce qu’ils rejettent leur explication sans vouloir
les entendre. Mais, la science cherche à comprendre les choses, pas à entendre
des réponses toutes faites.
La
science, ce n’est pas la liberté de penser. C’est une démarche; une méthode de
recherche; et des principes acceptés jusqu’à preuve du contraire. Il faut des
preuves solides pour changer un théorème, encore plus pour changer une théorie.
Des milliards de personnes auraient beau croire en la réincarnation, ça n’en
fera jamais une vérité scientifique par le fait même, pas plus que de croire
que la terre est plate! Croire au dessein intelligent n’en fait pas davantage
une vérité, même si des scientifiques y croient! La science n’est pas une
intuition même si le scientifique peut parfois partir d’une intuition. Mais,
après l’intuition il a une démarche à suivre, ce qu’on appelle le protocole de recherche.
Doit-on leur accorder une nouvelle chance?
Ne pas
permettre à cette théorie de se défendre est-ce antiscientifique? Voilà l’autre
question que soulèvent les tenants du dessein intelligent dans le film pour
dire que la science officielle est aussi dogmatique que la religion puisqu’elle
leur ferme ses portes! Mais, généralement, en science, rien n’est prédéterminé.
On a par contre des protocoles à respecter avant d’avoir droit de parole ou de
publication. Même des auteurs connus, des sommités, s’y sont frappés et ont vu
des textes et des communications refusés par des comités de lecture composé des
pairs, soit d’autres scientifiques du même niveau qui examinent les idées
défendues. Quiconque écoute des émissions scientifiques, comme Les années lumières à Radio-Canada (11),
le sait. Cela est vrai des sciences pures, mais aussi des sciences sociales.
Ainsi, sur le site de Sociologie et Sociétés on peut lire :
« La revue Sociologie et
sociétés publie des textes originaux et inédits. Chaque texte fait l’objet
d’une évaluation de la part de spécialistes anonymes, du ou des responsables
d’un numéro et de la direction de la revue. » (12)
Si l’idée
du dessein intelligent se frappe continuellement à ces portes, c’est qu’elle
pose problème. Soit qu’elle n’apporte rien, soit qu’elle a un biais. Si elle
relèverait de la science, on abandonnerait l’idée une fois prouvé son
invalidité. Alors, où on se rallierait à la théorie darwinienne, qui est la
plus explicative actuellement, même sans être parfaite, ou on prendrait de
nouvelles pistes de recherche. Mais, ce
n’est pas ce que font les tenants du dessein intelligent. Ils s’entêtent à dire
qu’ils ont raison et que tous les autres scientifiques sont des obscurantistes.
Pourtant, la méthode est claire et la même pour tous!
En fait,
les défenseurs du dessein intelligent procèdent un peu comme la mafia le fait
pour passer d’une économie de l’ombre à une économie de la lumière avec le
blanchiment de l’argent. On tente de s’insérer par tous les orifices possibles
du côté officiel des choses. Nous y reviendrons en conclusion.
D’un point de vue philosophique!
Par
contre, il est vrai qu’on ne connait pas l’origine. Comment tout a commencé.
Même pour les opposants au dessein intelligent, on ne sait pas quel était le
point de départ. Un hasard ou Dieu? Qui a mis les éléments du hasard en place?
Dieu? Mais, qui a créé Dieu? Dieu
aurait-il créé les Hommes et les Hommes l’auraient-ils créé en retour? L’un
serait-il le miroir de l’autre finalement! Ni la science, ni la religion, ni la
philosophie n’ont la réponse. La religion se bloque sur un dogme; la science
cherche hors des dogmes; le philosophe se questionne! Mais, tous se buttent à la question du
commencement! Il y eut un début! C’est tout ce que l’on peut en dire.
Si le
dessein intelligent était accepté comme théorie scientifique, on chercherait
quoi? De qui est ce dessein intelligent! De Dieu? Des extra-terrestres? Du
hasard? Des vents astraux? Ce n’est donc pas scientifique, mais philosophique,
voir spirituel, mais la spiritualité ne devrait pas interférer avec la science.
C’est incompatible, car la science doit toujours être à l’écoute alors que la
spiritualité est une réponse sentie : une croyance, voir une révélation! A
preuve, si la science rejette l’idée de Raël selon laquelle ce sont des extra-terrestres
qui ont créé la vie sur terre en utilisant l’ADN (13), elle est quand même
ouverte à l’idée que la vie peut venir d’ailleurs, car la science n’est pas
fermée aux idées même si elle l’est aux dogmes. Elle ne veut pas des croyances,
mais des preuves! Alors, on ne sera pas surpris d’apprendre que la vie
est venue de l'espace :
« L'analyse montre que les bases azotées
contiennent une forme de carbone lourd qui n'a pu se former que dans l'espace.
Les matériaux formés sur Terre contiennent une variété de carbone plus légère.
— Dr Zita Martins, Imperial College » (14)
Par
contre, ce n’est pas la vie extra-terrestre au sens raélien du terme. Ce serait
même un certain hasard, le carbone météorite ayant rencontré les éléments nécessaires
à la création de la vie sur terre! (15) Il aurait bien pu ne pas les trouver,
ni y trouver les conditions pour se développer. A moins que tout n’était pensé
dans un grand dessein divin. Mais, on revient hors de la science, et, là, on
peut spéculer. Si Dieu n’était qu’un ion, une clef, un déclencheur, qui, au
contact de poussières terrestres et sous bonnes conditions aurait créé la
vie? Nous serions part de Dieu et Dieu
part de nous! On rejoindrait alors le panthéisme, « seule façon logique de considérer Dieu et l'univers » selon
Spinoza. (16) Dieu, une clef de carbone venue d’ailleurs!
On en
revient donc à la question de croire ou de savoir? En fait, science et
religions se rejoignent sur un point : elles partent d’intuitions et
cherchent l’origine. Après, on essaie de prouver les choses, les unes par des
méthodes scientifiques, les autres par des textes saints et la pensée d’exégètes, de philosophes, de
mystiques et d’illuminés!
Personnellement, je fais davantage confiance à la méthode scientifique,
ce qui n’empêche pas une certaine foi, mais dosée d’une part de scepticisme.
Cela est nécessaire à mon équilibre.
Conclusion
Ce film doit être pris avec une part de doute. Malgré qu’il
dénonce la science officielle comme
étant dogmatique, on ne doit pas se laisser berner par ce renversement de sens.
Ce n’est cependant pas une raison pour
ne pas aller le voir, car il montre sans le vouloir les mécanismes de
réinterprétation à l’œuvre. C’est ainsi que pour discréditer la sélection
naturelle on fait un parallèle avec le nazisme, les deux faisait une sélection
des Hommes! De là à qualifier la science de religion sans Dieu ni morale, donc
païenne et sans espoir, il n’y a qu’un pas. Mais, c’est oublier que le nazisme
a fait une sélection idéologique alors que le darwinisme parle de sélection
naturelle au cours du processus d’évolution, un processus lent qui s’est étendu sur des millions d’années. Le
changement climatique tend pourtant à prouver le darwinisme puisqu’aux
variations de climat sont associés la disparition de certains milieux de vie et
des espèces (végétales et animales) qui en dépendent, car ces espèces n’ont pas
le temps de s’adapter. On pourrait donc utiliser le même raccourci et accuser
la droite religieuse et les milieux conservateurs de ces maux puisqu’elle a élu
George W. Bush, aux Etats-Unis, qui ne reconnaît pas Kyoto! De là à dire que la
droite religieuse menace l’humanité il n’y a qu’un pas! Raccourci facile et
certainement pas honnête, mais c’est le genre de processus qu’on utilise ici.
Je ne puis être d’accord avec cela, mais il faut voir ce film pour comprendre
les principes idéologiques derrière cette approche.
C’est même
fondamental de comprendre ces principes, car on tend à faire accepter cette
idéologie par contamination. On assiste à des colloques pour défendre ces
idées, ne serait-ce que dans les périodes des questions si on ne peut y avoir
de voix officielles; on les soumet à des publications scientifiques reconnues,
mais aussi plus marginales, en espérant que quelques textes passent les
barrières et gagnent ainsi une certaine
reconnaissance; on publie dans les revues « spécialisées » défendant
ces théories, façon de les disséminer dans le grand public et de les faire
accréditer puisque « si c’est écrit,
ça doit être vrai! »; on tente d’investir l’enseignement à partir de
la petite école; puis, on a aussi des églises qui défendent ces idées en
chaire. Maintenant, avec ce film, on
s’associe aux prophètes de la vérité stigmatisé par l’obscurantisme
scientifique! Si la position de la victime est payante, pourquoi ne pas la
prendre! C’est ainsi que cette théorie pseudo-scientifique fait son chemin et
gagne en visibilité. Elle sera alors bien placée pour dénoncer la science
officielle d’être dogmatique et exiger des débats d’égal à égal avec elle. Une
façon de devenir crédible pour ensuite imposer ses dogmes à la communauté
scientifique. L’idéologie à l’œuvre, mais en position de victime, car cela
rapporte de la sympathie. C’est ce que l’on voit dans ce film. Un film à voir
pour être prêt à répondre à ces idéologues quand ils voudront investir nos
écoles si ce n’est déjà commencé. (17)
Rien
n’empêche cependant le scientifique comme le citoyen ordinaire d’avoir sa foi
et ses croyances. C’est même une liberté constitutionnelle, mais pas un droit,
je le souligne, au Canada! (18) Cependant, il doit être capable de faire la
part des choses entre sa foi et la démarche scientifique, car elle ne relève
pas des mêmes processus, sinon la science ne serait plus de la science. A lui de gérer ses dissonances
cognitives. S’il ne peut le faire, les comités des pairs le feront et
distingueront entre ce qui est science et ce qui est croyance ou foi. Les
comités scientifiques, je le rappelle,
ont décidé que le dessein intelligent relève de la foi ou de la
croyance, mais non de la science, jusqu’à maintenant. Ce n’est pas pour rien.
Ainsi est!
Si on
continue à en débattre cependant, c’est que les tenants du dessein intelligent
sont des idéologues qui voudraient voir leur croyance passer au rang de science
et qui continuent le combat espérant un relâchement de la garde scientifique ou
que les pressions populaires la feront céder. On ne doit surtout pas leur
ouvrir la porte des écoles, car ce serait le premier pas pour s’insérer dans la
tête des enfants et ainsi voir cette idéologie migrer vers d’autres lieux par
la suite, car, de croyance, cette théorie gagnerait la crédibilité d’un
enseignement : si on l’a appris à l’école, ce doit donc être vrai! Cela
deviendrait une forme de contamination. Non,
l’école doit enseigner la pensée critique bien avant le dessein intelligent! Il
faut donc voir ce film pour ce qu’il n’est pas : une mise en garde contre
le dessein intelligent. Je le recommande donc avec une bonne dose
d’intelligence critique!
Notes :
1. intelligent
design : www.intelligentdesign.org/,
une branche de Discovery Institute (www.discovery.org/), cité dans le film. Une autre de ses branches est
le Intelligent Design The Future (www.idthefuture.com/).
Voir aussi le Dessein intelligent sur Wikipédia: http://fr.wikipedia.org/wiki/Dessein_intelligent
2. « The theory of intelligent design holds that certain features of the
universe and of living things are best explained by an intelligent cause, not
an undirected process such as natural selection. Through the study and analysis of a system's components, a design
theorist is able to determine whether various natural structures are the
product of chance, natural law, intelligent design, or some combination
thereof. Such research by observing the types of information produced when
intelligent agents act. Scientists then seek to find objects which have those
same types of informational properties which we commonly know come from
intelligence. Intelligent design has applied these scientific methods to detect
design in irreducibly complex biological structures, the complex and specified
information content in DNA, the life-sustaining physical architecture of the
universe, and the geologically rapid origin of biological diversity in the
fossil record during the Cambrian explosion approximately 530 million years
ago. » (www.intelligentdesign.org/whatisid.php)
3. « These materials will give
you a quick education on the science of the origins of life, and enable you to
create an event, teaching, sermon, discussion, or debate to engage and educate
others. » www.getexpelled.com/ordermaterials.php
4. Quelques supporteurs
du film selon leur site web (http://getexpelled.com/channelpartners.php) :
- The American Family Association [who] represents and stands for
traditional family values: www.afa.net/
- Bible.com! Que dire de plus? www.bible.com/.
- Discovery Institute et ses
différentes branches, déjà cité en note 1. On peut cependant ajouter ici ce
qu’on peut lire sur leur site :
« Discovery
Institute's mission is to make a positive vision of the future practical. The
Institute discovers and promotes ideas in the common sense tradition of
representative government, the free market and individual liberty. Our mission
is promoted through books, reports, legislative testimony, articles, public
conferences and debates, plus media coverage and the Institute's own
publications and Internet website (http://www.discovery.org).
Current
projects explore the fields of technology, science and culture, reform of the
law, national defense, the environment and the economy, the future of
democratic institutions, transportation, religion and public life, government
entitlement spending, foreign affairs and cooperation within the bi-national
region of "Cascadia." The efforts of Discovery fellows and staff,
headquartered in Seattle, are crucially abetted by the Institute's members,
board and sponsors. » (www.discovery.org/about.php)
- New Ethos (Films). Dans leur mission nous
pouvons lire « New Ethos works in
continuity and collaboration with existing Catholic-Christian and other
faith-based ministries to serve the spiritual needs of entertainment
professionals. » (http://new-ethos.org/mission.php). Leur site: http://new-ethos.org.
The Dove Foundation. Sur leur site on peut lire « Our
standards and criteria are based on Judeo/Christian values, free from the
pressure of commercial interests. » (www.dove.org/aboutdove.asp) Leur site :
www.dove.org/.
Association of Christian
Schools International (ACSI). Que dire de plus! www.acsi.org/ Paradoxalement, le lien sur le
site avait une erreur de frappe au moment où nous l’avons visité et envoyait au site de l’Art & Science
Collaborations, Inc (www.asci.org/), ce qui
n’est pas du tout pareil!
5.
Barreau, Jean-Claude, et Bigot, Guillaume, 2005, Toute l'histoire du monde de la préhistoire à nos jours, France :
Fayard (Histoire) (Distribution Hachette), pp. 23-24.
6.
Darwin: http://fr.wikipedia.org/wiki/Charles_Darwin
Sur le Larousse en ligne,
voir: www.larousse.fr/encyclopedie/
et rechercher « Charles
Darwin »
7. Sélection naturelle: http://fr.wikipedia.org/wiki/S%C3%A9lection_naturelle
Sur le Larousse en ligne,
voir : www.larousse.fr/encyclopedie/
et rechercher « sélection naturelle »
8.
KUHN, Thomas S., 1972, La structure des révolutions scientifiques, Paris: Flammarion.
9. S’ils ne rejettent pas
la théorie de l’évolution, voici ce qu’ils en disent sur le site de www.intelligentdesign.org:
Is intelligent design
theory incompatible with evolution?
It depends on what one
means by the word "evolution." If one simply means "change over
time," or even that living things are related by common ancestry, then
there is no inherent conflict between evolutionary theory and intelligent
design theory. However, the dominant theory of evolution today is neo-Darwinism,
which contends that evolution is driven by natural selection acting on random
mutations, an unpredictable and purposeless process that "has no
discernable direction or goal, including survival of a species." (NABT
Statement on Teaching Evolution). It is this specific claim made by
neo-Darwinism that intelligent design theory directly challenges. (www.intelligentdesign.org/faq.php)
10. http://fr.wikipedia.org/wiki/S%C3%A9lection_naturelle
11. www.radio-canada.ca/actualite/v2/anneeslumiere/
12. www.erudit.org/revue/documentation/protocoleRedacSOCSOC.pdf
13. « DES SCIENTIFIQUES
VENUS D'UNE AUTRE PLANÈTE ONT CRÉÉ TOUTES FORMES DE VIE SUR TERRE EN UTILISANT
L'ADN » apprend-ton sur le site des raéliens! Source : http://fr.rael.org/rael_content/rael_summary.php
14. La vie venue de l'espace, Radio-Canada/Nouvelles/Science-Santé,
mercredi le 18 juin 2008 à 8 h 36:
www.radio-canada.ca/nouvelles/Science-Sante/2008/06/17/003-espace-vie.shtml
15. J’ai trouvé le résumé
de l’article en question sur www.sciencedirect.com/
:
« Carbon-rich meteorites,
carbonaceous chondrites, contain many biologically relevant organic molecules
and delivered prebiotic material to the young Earth. We present
compound-specific carbon isotope data indicating that measured purine and
pyrimidine compounds are indigenous components of the Murchison meteorite.
Carbon isotope ratios for uracil and xanthine of δ13C = + 44.5‰ and + 37.7‰, respectively, indicate a non-terrestrial
origin for these compounds. These new results demonstrate that organic
compounds, which are components of the genetic code in modern biochemistry,
were already present in the early solar system and may have played a key role
in life's origin. » (Zita Martins, Oliver Botta,
Marilyn L. Fogel, Mark A. Sephton, Daniel P. Glavin, Jonathan S. Watson, Jason
P. Dworkin, Alan W. Schwartz and Pascale Ehrenfreund, Extraterrestrial nucleobases in the Murchison meteorite, in Earth
and Planetary Science Letters, Earth and Planetary Science Letters, Volume
270, Issues 1-2, 15 June 2008, Pages 130-136)
16. On rejoint ici le
panthéisme, « doctrine philosophique
selon laquelle tout est Dieu. » : http://fr.wikipedia.org/wiki/Panth%C3%A9isme
Sur le Larousse en ligne,
voir www.larousse.fr/LaroussePortail/encyclo/XHTML/EUL.Online/explorer.aspx#larousse/57365/11/panth%C3%A9isme
17. Aux États-Unis ce
l’est depuis longtemps. Ici, je crois qu’il y a eu quelques cas déjà. Une
recherche Google pourrait être utile si le sujet vous intéresse. Je n’ai
répertorié qu’un site en exemple mais il y en a des milliers: http://atheisme.free.fr/Revue_presse/Creationnisme_2005.htm
18. La constitution
canadienne comporte des droits et libertés. Au niveau des droits nous pouvons
lire, par exemple, que « Tout
citoyen canadien a le droit de vote et est éligible aux élections législatives
fédérales ou provinciales. » (Article 3) Par contre, article 2,
« Chacun a les libertés
fondamentales suivantes :
a) liberté de conscience et de religion;
b) liberté de pensée, de croyance, d'opinion et
d'expression,
y compris la liberté de la presse et des autres moyens de
communication;
c) liberté de réunion pacifique;
d) liberté d'association. »
Source : http://lois.justice.gc.ca/fr/Charte/index.html#garantie
Autres références trouvées pour cet article, mais non
utilisé dans le texte :
i) Les débats de l'Obs. Complot
contre Darwin. Nouvel
Observateur, No 2204, SEMAINE DU JEUDI
01 Février 2007 :
http://hebdo.nouvelobs.com/p2204/articles/a331765.html
En bref :
« Né en 1961, Jacques Arnould, frère dominicain,
ingénieur agronome, docteur en histoire des sciences et en théologie, est
actuellement chargé de mission au Cnes (Centre national d’Études spatiales). Il est
l’auteur d’une quinzaine d’ouvrages traitant du rapport entre science et religion, dont « les Créationnistes » (Cerf).
Il vient de publier chez Albin Michel « Dieu versus Darwin. Les créationnistes
vont-ils triompher de la science ? ». Il s’alarme des attaques répétées contre la théorie pourtant
universellement admise de l’évolution des espèces. »
Marie Lemonnier
Le Nouvel Observateur
ii) Rasoir
d'Occam : http://fr.wikipedia.org/wiki/Rasoir_d%27Occam
iii) Discovery Institute sur Wikipedia: http://en.wikipedia.org/wiki/Discovery_Institute
iv) Sur Ben Stein, qui a
fait ce film, voir http://en.wikipedia.org/wiki/Ben_Stein
Résumé officiel du film (en anglais) :
In a controversial new satirical documentary, author, former
presidential speechwriter, economist, lawyer and actor Ben Stein travels the
world, looking to some of the best scientific minds of our generation for the
answer to the biggest question facing all Americans today:
Are we still free to disagree about the meaning of life?
Or has the whole issue already been decided… while most of us weren’t
looking?
Ben realizes that he has been “Expelled,” and that educators and
scientists are being ridiculed, denied tenure and even fired – for the “crime”
of merely believing that there might be evidence of “design” in nature, and
that perhaps life is not just the result of accidental, random chance.
____________________________________________________
Societas Criticus, revue de
critique sociale et politique, Vol. 10 no 4, Essais :
www.societascriticus.com
Societas Criticus, revue de
critique sociale et politique, Vol. 10 no 4, Essais :
www.societascriticus.com
____________________________________________________
Michel Handfield
25 juin 2008
Attention : les
caractères gras sont de nous, façon d’attirer l’attention du lecteur sur
certains points précis.
Le Parti libéral du Canada
a lancé son nouveau programme économique si je puis dire : « le Tournant vert. Bâtir l’économie canadienne du XXIe siècle. » (1) Étant
pro environnemental, je suis pour par défaut. Mais, j’ai quand même fait mes devoirs. Je l’ai lu
et j’ai quelques commentaires à faire sur le sujet.
D’abord, ce plan est plus ou moins un tournant vert :
c’est plutôt un programme de changement fiscal pour le Canada, changement qui
tient compte d’objectifs environnementaux, mais aussi sociaux et fiscaux. On
rebrasse la soupe fiscale. C’est ce qui explique que « pour chaque dollars perçu grâce à la
nouvelle taxe, il y aura une baisse d’impôt correspondante pour les canadiens. »
(p. 28) Les 15 milliards que nous irons chercher avec une nouvelle taxe sur le
carbone (40$ la tonne dans 4 ans) seront donc redistribués aux canadiens, mais
pas nécessairement pour récompenser des gestes environnementaux : baisse
des taux d’imposition; prestation fiscale pour enfants; crédit pour emploi
remboursable; aides aux canadiens vivant en régions rurales et nordiques;
réduction de l’impôt sur les bénéfices des sociétés et des petites entreprises;
déduction pour amortissement accéléré
des technologies vertes; encouragements
à la R &D. (pp. 7-10) Puis, de poursuivre :
« Cette initiative complète d’autres
engagements libéraux en faveur d’une économie verte, comme l’Encouragement à la production d’énergie renouvelable, qui fera
plus que doubler les sources d’énergie propres disponibles pour les Canadiens,
et le Fonds pour la prospérité et les industries de pointe, doté de 1 milliard
de dollars, qui stimulera la production
manufacturière verte, et l’engagement important en faveur de
l’infrastructure qui vise à améliorer
nos infrastructures durables, comme les transports en commun, en y consacrant
tout surplus budgétaire inattendu du gouvernement. Notre plan inclut
également des réglementations et des incitatifs complémentaires destinés aux
Canadiens pour la rénovation des logis,
l’achat d’appareils électroménagers et
d’automobiles éconergétiques, des exploitations
agricoles et des pratiques forestières faibles en émissions de carbone, de
même que d’autres moyens d’aider les
Canadiens à réduire leur empreinte sur l’environnement, à être plus éconergétique et à économiser sur leurs
factures d’énergie. » (p. 11)
Il y a donc beaucoup d’objectifs dans ce plan, ce qui dépasse la seule économie verte. De plus,
comme à « chaque dollars perçu grâce
à la nouvelle taxe » correspondra « une baisse d’impôt » (p. 28), cela n’aura-t-il pas un effet
neutre finalement? En fait, on aurait dû affubler ce document de son sous titre : « Bâtir l’économie canadienne du XXIe siècle », ce qui aurait
été plus juste comme titre. Son premier chapitre aurait pu être « le tournant vert », les deux autres : « la réforme fiscale » et « un nouveau plan social ». Remarquez
qu’une fois traduit en programme politique, passé sous le crible des membres et
bonifié par eux, c’est la tangente qu’il pourra prendre, car la plupart des
éléments y sont.
Ceci étant
dit, on ne doit pas rejeter ce plan du revers de la main comme le font les
autres partis, surtout pas pour des questions de syntaxe. Mais, la politique
étant ce qu’elle est, ça fait un meilleur « front page » de déchirer sa chemise sur la place publique pour
des questions partisanes plutôt que de
montrer une ouverture à la discussion, surtout pour le Bloc et le NPD. Pour les
Conservateurs, il est sûr qu’ils sont à l’opposé idéologiques de ces
propositions. Tous ces gens ont des
publics à satisfaire, des votes à conserver et d’autres à gagner. On n’est pas
dans une discussion intellectuelle, mais dans des débats partisans ici. C’est
une des raisons pour lesquelles Stéphane Dion a autant de difficultés dans ce
milieu : ce n’est pas un politicien, mais un politologue fils de
politicologue! (2)
Naturellement, on pourrait aller plus loin, mais cela se fera
par étape pour ne pas susciter trop de craintes chez l’électorat, car si on
souhaite tous le changement, on veut rarement voir bousculer ses habitudes du jour
au lendemain. Il faut d’abord éduquer et conscientiser. N’empêche qu’on pourrait rêver à plus et plus
vite. Si le PLC ne peut le faire trop rapidement, pour des raisons électorales, nous pouvons le
faire ici! Voici donc nos recommandations pour l’avenir.
Recommandations pour aller plus loin sur…
Le plan vert :
Que l’on
taxe la production de CO2 je veux bien, car en accroissant le prix on en
réduira la consommation, surtout la consommation excessive. Mais, cette taxe
doit elle être égale pour tout et se limiter à 40$/tonne? Il faudrait se comparer avec ailleurs, voir
les prix sur la bourse du carbone (3) et ce que demande le plan de Kyoto.
(4) Taxer le carbone ou mettre un
plafond? Il s’agit d’un plafond (5), quoi qu’on puisse le contourner par la
bourse du carbone où se transigent les parts d’émissions inutilisées. Tout
gouvernement se négocie une porte de sortie.
Dans ces
conditions, la taxe sur le carbone de Stéphane Dion n’est pas une mauvaise
chose, ni incompatible avec la bourse du carbone, l’entreprise payant sa taxe,
mais pouvant aussi vendre ses unités de carbone non utilisé sur les marchés
internationaux si elle a bien su faire.
Elle recevra donc des entrées pour l’aider à payer son dû, réduisant d’autant
ce nouveau fardeau. A l’inverse, si elle utilise davantage de carbone qu’elle
n’a droit, elle devra acheter des « droits
d'émission de gaz à effet de serre »
ailleurs. (6) Elle payera
alors beaucoup plus cher cette
surproduction de carbone, car aux droits achetés s’ajoutera la taxe sur le
CO2. Une forme d’incitatif à faire
mieux.
Pour le
citoyen, on dit qu’on lui remettra le fruit de cette taxe en baisse
d’impôt : « taxer la pollution
tout en allégeant les impôts sur le revenu » nous dit ce document à la page
17! Mais, cela n’aura-t-il pas un effet neutre sur le citoyen, car il pourrait
conserver ses mauvaises habitudes sans être pénalisé, la baisse d’impôt
compensant pour la taxe sur le CO2. Il est vrai que s’il change de
comportement, il aura une économie, ce qui est un incitatif, mais ce n’est pas
très punitif pour les mauvais comportements.
Au lieu de
redonner le fruit de cette taxe en baisse d’impôt on pourrait la redistribuer
en incitatifs économiques environnementaux
par l’investissement dans le transport collectif par exemple. Taxer la
pollution pour réduire les impôts ne devrait pas être un automatisme! Le
citoyen qui voudrait économiser aurait à changer certains comportements, comme
de prendre le transport en commun plutôt que son automobile, surtout s’il est
davantage subventionné qu’il ne l’est actuellement. Et s’il n’a pas de
transport collectif dans son coin, il commencera peut être à faire des pressions pour en avoir. Trop souvent les
gens vont en banlieue pour payer moins de taxe, sans tenir compte que cette
économie se fait sur le dos de l’environnement. Cette économie relative a
cependant un impact collectif par l’ajout de voitures sur les routes et la
destruction de milieux naturels et agricoles. L’étalement urbain n’est pas
environnemental et il faudrait que les responsables en assument les coûts. En
partie du moins, car il faut reconnaître que la ville ne peut absorber toute la
population qu’elle génère, surtout pour une île comme Montréal, ce qui est un
cas particulier. Mais, il y a certainement des modèles plus écologiques à
faire que les banlieues champignons
espacées que l’on connaît.
On pourrait aussi donner un crédit sur l’achat
d’un vélo ou d’une voiture à faible consommation d’essence ou hybride, mais
imposer une taxe supplémentaire à l’émission de CO2 pour les véhicules qui dépassent une certaine
norme de CO2/passager! Peut être une
taxe ascenseur allant avec l’émission de gaz à effet de serre. Plus un véhicule
émet de CO2/passager, plus il est taxé selon un tarif en escalier. Ainsi, le
Hummer serait davantage taxé qu’une Ford Focus; un scooter 2 temps plus qu’une
moto 4 temps! Inversement, le titre de transport en commun pourrait être réduit
au lieu d’être déductible d’impôt, car l’environnement n’est pas qu’une affaire
fiscale, du moins pour le citoyen. Quant aux entreprises ce pourrait être un
peu différent. Celles qui fourniraient un titre de transport en commun, un
abonnement à un service d’autopartage (Communauto par exemple), ou une voiture hybride à leurs employés,
elles auraient droit à une déduction de
125% de ce montant, façon d’inciter ces nouveaux comportements.
Je ferais
une exception temporaire pour le chauffage de la maison, car il faut distinguer
entre la nécessité et la promenade en Hummer sur Crescent. Ainsi, la taxe CO2 sur
l’huile à chauffage pourrait être réduite pour une période tampon (maximum 5
ans) dans laquelle les entreprises seraient invitées à trouver des alternatives
au mazout et à l’huile à chauffage, comme des combustibles allongés par l’ajout
de graisses végétales ou animales recyclées,
ce qui se fait bien pour le diesel, qui est pourtant comparable à
l’huile à chauffage. (7) Ça rapporterait à tous finalement. Voilà pour le plan vert. On vise
l’environnement ici. Pour la fiscalité, c’est le point suivant.
La réforme fiscale :
La réforme
fiscale est un autre objectif. On doit adopter notre fiscalité au XXIe siècle.
Tout le monde sera d’accord là-dessus, mais pas sur les moyens. C’est normal,
car en matière de fisc tout le monde dit payer trop alors que l’autre n’en paie
jamais assez! Que l’on donne des prestations fiscales pour enfant et que l’on
réduise les taux d’impositions (p.7), je n’ai rien contre. Ni que l’on aide les
personnes handicapées, les petits salariés et les sans emploi! Mais, on ne doit
pas prendre la taxe verte pour cela, à moins que ce ne soit qu’une ponction
marginale. On doit le faire par une révision de la fiscalité globale :
taxes et impôts. Par exemple, on pourrait accroitre la taxe en fonction du luxe
des produits : taxer davantage les parfums que les bas ou le déodorant;
taxer les bijoux et les boissons en fonction de leur gamme de prix (taxe
ascenseur); taxer les boissons gazeuses, mais non les jus de fruits par
exemple! On pourrait aussi simplifier le rapport d’impôt, car il y a peut être
bien des calculs pour rien, surtout pour les bas revenus. Si j’ai fait
10 000$, mon impôt est de 0. Si on est une famille de 3 sur les
10 000$, on m’invite à passer à un bureau du gouvernement pour voir ma
situation et les services/plans d’aide dont je peux bénéficier. Naturellement,
le citoyen est libre de ne pas y aller, mais il ne peut alors exiger le soutien
correspondant. A 50 000$ ou plus, il peut y avoir des déductions, comme
pour les études des enfants, mais pas nécessairement pour le Hummer qui sert au
déplacement du psychiatre qui pratique à Montréal. On limite la déduction au
prix d’un véhicule moyen, le surplus n’ayant pas à être assumé par la
collectivité, car une déduction fiscale c’est parfois cela : faire assumer
ses choix par la collectivité. Le prix du camion du plombier sera aussi celui
du modèle moyen de sa catégorie, pas celui du modèle de luxe fini en cuir.
Simple logique, ce qui ne l’empêche pas de choisir le modèle qu’il veut, mais
il devra assumer sa part de luxe hors déduction. Naturellement, le médecin en
région éloigné aura droit de déduire un utilitaire moyen selon la même logique.
La déduction sert à déduire la partie utilitaire de votre achat pour le travail
et non votre véhicule de rêve. On parle ici de fiscalité responsable.
La même
optique devrait guider la fiscalité corporative et institutionnelle. On
accordera davantage de déduction à la construction de facilités de recherche et
développement ou de production qu’à un entrepôt qui servira à stocker ce qu’on
fait produire ailleurs (délocalisation du travail) par exemple, car la
fiscalité doit encourager l’investissement dans notre économie, pas le
contraire!
Un nouveau plan social :
La réduction
de la pauvreté est aussi un objectif louable. Elle nécessite donc un plan
spécifique. On pourrait ainsi regarder une forme de revenu minimum garanti pour
les bas revenus, une aide au logement et
à l’éducation. C’est bien de lutter contre la pauvreté des enfants, mais
cela ne peut se faire qu’en luttant contre celle des familles. Puis, pourquoi
pas une aide à la créativité pour ceux qui font œuvre utile, intellectuelle ou
artistique, mais hors des cadres traditionnels du travail ou de l’entreprise? Combien de créateurs ou d’intellectuels ne
peuvent s’insérer dans les liens traditionnels du travail? Ce serait une façon
d’encourager une ingéniosité et une créativité qui existe, mais souvent tenue à
bout de bras (et de souffle!) par les créateurs eux mêmes. Trop souvent on
facilite la vie aux soi-disant créateurs de richesses matérielles, comme les
grandes multinationales, qui peuvent pourtant être délocalisé/relocalisé
ailleurs sur simple décision du siège social, mais on ne considère pas, ou très
peu, les créateurs de richesses culturelles, qui sont pourtant davantage ancrés
dans leur milieu. Des rêveurs? Mais, s’il n’y avait pas eu de rêveurs, le pays
n’existerait pas, car ce n’étaient que des arpents de neige dans la tête des
rationalistes d’un autre temps. Des arpents de neige qu’il ne valait pas la
peine de défendre!
Combien
mettent leur savoir ou leur talent au service de la collectivité, que ce soit
par la créativité, les arts ou du bénévolat,
même si ce savoir, utile, n’est pas monnayable? En terme marxien, leur
valeur d’usage est plus grande que leur valeur d’échange! (8) En terme
capitaliste, on parle de choses qui n’ont pas de prix. Une valeur qu’on ne
peut estimer, encore moins payer, mais pourtant utile et nécessaire. (9) En contrepartie
de cet apport, on pourrait accorder une certaine aide. Naturellement, on
devrait instaurer des contrôles plus sévères contre la fraude, car si on doit
être équitable, on ne doit pas être
dupe.
On dit
bien que notre plus grand capital est le savoir. On ne peut alors subventionner
que les grandes entreprises, souvent des chaînes de montage facilement
délocalisable au moindre changement dans les conditions mondiales! On l’a
d’ailleurs vu avec GM au Québec et on le voit maintenant en Ontario. (10) La même chose est vraie dans la plupart des
industries, même celle des communications, où on peut fermer une salle des
nouvelles ou mettre les employés d’un journal en lock-out et fonctionner quand
même en diffusant des textes faits à l’extérieur du journal, que ce soit par
d’autres filiales du groupe ou achetés à des agences de presse indépendantes
(11), car ce sont les chiffres qui mènent le bal dans ces grosses boîtes. Le
créateur, comme le journaliste internet dans son sous-sol, ont autant de valeur
et qui sait où ils se rendraient avec un certain encouragement de l’État. Pas
des millions, mais au moins un signe d’encouragement!
On ne peut
bâtir une nouvelle économie sans changer les dogmes, n’en déplaise aux
conservateurs! Voilà jusqu’où on devrait aller. Naturellement, avant d’en
arriver là, il faudra un changement de mentalité des citoyens. En attendant, ce
plan Libéral est un premier pas dans la bonne direction. Mais, il faudra aller
plus loin et, surtout, plus vite pour ne pas faire du surplace. C’est donc un
début, mais il faut poursuivre la réflexion même si cela doit chambarder
quelques dogmes et bien des habitudes.
Notes :
1. téléchargeable en
version pdf à partir du site www.letournantvert.ca/.
2. Politicologue
et politologue : Spécialiste de politologie. REM.
Politicologue, subst. masc., var. rare ou vieillie. (Trésor de la langue française informatisé : http://atilf.atilf.fr/)
3. Bourse du Carbone: http://fr.wikipedia.org/wiki/Bourse_du_carbone
Chicago Climate Exchange (CCX) : www.chicagoclimatex.com/
European Climate Exch. (ECX): www.europeanclimateexchange.com