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Les Essais de Societas Criticus
Pour une nouvelle approche économique, sociale et politique ou réflexions d'après G-20!
La place de la femme, il n’y a pas si longtemps : épouse ou sœurs?! Qu’en disent les hommes? Ou commentaires de Michel Handfield autour de « Love and savagery », « Marre d’être la fée du logis? » et « la domination masculine »!
Les accommodements… et les croyances!
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Pour une nouvelle approche économique, sociale et politique ou réflexions d'après G-20!

Societas Criticus, revue de critique sociale et politique, Vol. 12 no 3, Essais : www.societascriticus.com
Michel Handfield, sociologue et éditeur de Societas Criticus (19 juillet 2010) – Photo d'une affiche sur une boite à lettres de la rue Jean-Talon prise par l'auteur.
Le sommet du G-20 à Toronto, qui a eu lieu les 26 et 27 juin 2010, a conduit à un nombre record d'arrestations: 1090! (1) On en parle depuis, au point qu'on ne sait pas ce qui est sorti de ce sommet, ni le message des opposants! Toute l'attention médiatique a porté sur les manifestations, les arrestations et leurs suites! Peu sur le contenu. Deux semaines après l'évènement, « environ 1000 personnes ont [encore] manifesté pour protester contre le travail des policiers pendant le Sommet du G20 » (2) puis, aujourd'hui, plusieurs organismes ont lancé « une nouvelle coalition arc-en-ciel qui non seulement réclame une enquête publique sur le récent sommet du G20, mais compte soutenir concrètement les personnes aux prises avec des frais judiciaires et même des séquelles psychologiques après un séjour dans les cellules torontoises. » (3) C'est dire que cela a camouflé tout ce qui s'est dit à ce sommet, puis de la part des opposants. On n'en retient que la casse, ce qui est triste. Qui peut nous parler du contenu aujourd'hui?
Il faut cependant admettre que ces sommets donnent souvent peu de résultats, car ils se concluent sur des vœux pieux et pas très contraignants. (4) Pas surprenant, car la plupart des gouvernements n'aiment pas se lier au point de se mettre dans le trouble. À preuve:
« Le premier ministre Stephen Harper rejette la suggestion de ses fonctionnaires d'éliminer les allègements fiscaux pour l'exploration pétrolière, a appris La Presse canadienne. Au dernier Sommet du G20 à Pittsburgh, les pays membres se sont entendus pour examiner les cas où les gouvernements subventionnaient la consommation et la production de fossiles combustibles, puis éliminer ces subventions. » (5)
On peut donc jouer sur les mots et dire qu'un engagement n'est pas un contrat! Déjà, l'une des principales causes mises de l'avant par Stephen Harper à Toronto fut immédiatement réinterprétée par les différents pays membres du G-20 suite à leur signature:
« Le premier ministre s'est félicité d'avoir obtenu de ses 19 homologues l'engagement qu'il sollicitait en matière de réduction de leur déficit et de leur dette. Mais la question est maintenant de savoir si cet engagement fera une quelconque différence: la France a affirmé qu'elle ne se sentait pas liée par l'objectif canadien, la Grande-Bretagne et les États-Unis avaient déjà une cible aussi ambitieuse et le Japon a obtenu une exception. » (6)
Plus symbolique que contraignant, finalement, que ces sommets! D'ailleurs, une des choses qui fut ratifiée à Toronto fut la proposition de M. Harper contre l'imposition « d'une taxe sur les banques ou encore d'une taxe internationale sur les transactions financières. » (7) C'est tout dire. On vise la libéralisation du commerce, pas sa contrainte. Mais, pour le peuple, on ne semble pas avoir les mêmes préoccupations.
En effet, la libre circulation des personnes est loin d'être au même niveau que celle des biens, des services ou des capitaux! Peut-être est-ce plus sécuritaire? J'en conviens, mais si certaines contraintes sont nécessaires pour les individus, pourquoi n'en est-il pas ainsi pour les entreprises et les milieux financiers. Parce qu'on ne peut contraindre le marché, cette chose qui se passe entre vendeurs et acheteurs consentants que l'on appelle aussi l'offre et la demande? On juge bien certains produits illégaux malgré l'existence d'un marché! La drogue en est un bon exemple. Alors, pourquoi ne pas mettre des limites à d'autres produits et services pour des raisons de santé, de sécurité ou humanitaires? Si c'est vrai pour la drogue, ce devrait l'être pour les produits dommageables à l'environnement ou le commerce inéquitable. Pensons à l'eau par exemple. C'est là qu'on voit que ces forums internationaux ont aussi une teinte idéologique. Certains organismes ont raison de le dire.
Mais, souvent, le message ne passe pas dans les médias, sauf, parfois, un entrefilet. Il faut des gestes d'éclats pour être en première page, comme de la casse. Cependant, cela efface le message et la crédibilité: on ne retient que « des casseurs » ou « des barbares »! Qui se soucie du message? Qui le rapporte, sauf dans les pages d'opinions? Ainsi, cette opinion de Francis Dupuis-Déri, professeur de sciences politiques à l'Université du Québec à Montréal, parue dans la section « idées » du Devoir:
« En suivant la manifestation anticapitaliste du samedi 26 juin, j'ai pu constater son respect pour les autres manifestantes et manifestants, puisqu'elle s'est détachée de la marche des syndicats et des organisations non gouvernementales avant de commencer à lancer des frappes. J'ai aussi pu observer des dizaines et des dizaines de vitres éclatées et de façades couvertes de graffitis (et dire qu'un milliard de dollars a été dépensé pour la sécurité). Dans 99 % des cas, il s'agissait de cibles qui avaient une signification politique claire: banques, McDonald's, Starbucks, Nike, American Apparel (malgré son hypocrite discours sympathique), des panneaux publicitaires, un bar de danseuses nues, quelques véhicules de médias d'État ou privés et des voitures de la police. » (8)
Cette stratégie n'est pas nécessairement la bonne, car si on présente les briseurs aux informations on ne prend pas le temps d'expliquer leurs choix! Pourtant, il y a des motivations à expliquer, comme le fait que la loi n'oblige pas « l’étiquetage obligatoire pour les aliments avec OGM » (9, 10) ou d'inscrire le pourcentage (%) d'OGM dans ces aliments, car ils ne sont pas nécessairement génétiquement modifiés à 100%. Une manière de manipuler le consommateur en ne lui permettant pas d'avoir toute l'information à laquelle il a droit pour un choix éclairé, ce qui ne veut pas dire qu'il éviterait tous ces produits. Mais, il pourrait faire des choix. D'ailleurs, quand on nous parle du marché, on fait toujours référence à un choix éclairé des consommateurs. Alors, pourquoi retenir cette information? Pour ne pas nuire à certaines entreprises? Mais, n'est-ce pas nuire à celles qui font dans les produits sans OGM? Une manière d'avantages indus pour certaines entreprises, gracieuseté du gouvernement.
Il faudrait peut-être se poser enfin la question: que sont devenus nos gouvernements? Des facilitateurs du commerce? Des ambassadeurs économiques? Car ils sont de moins en moins pour les régulations et de plus en plus pour la dérèglementation. Il ne faut pas nuire au milieu des affaires nous dit-on! C'est ainsi que, depuis des années, on a vu les États aller vers le non-interventionnisme dans la sphère économique tout en soutenant les entreprises par de généreux programmes de subventions! Des magazines sérieux parlent même de « corporate welfare », genre de bienêtre social des entreprises. Une recherche Google avec cette expression m'a donné environ 6 990 000 résultats, dont l'article original du Time que j'ai lu en 1998! (11) Le préjugé favorable aux entreprises s'est même accru sous le régime de George W. Bush aux États-Unis, ce que suit Stephen Harper au Canada même si ce sont les démocrates qui sont présentement au pouvoir au sud de notre frontière. En matière économique, l'État se retire de plus en plus de certains de ses champs de compétence au profit des entreprises, car il ne faut pas nuire aux marchés. En matière sociale, il le fait au profit des compagnies d'assurance et des fondations privées et religieuses. Ainsi, sous l'ancienne administration républicaine aux États-Unis, qui est le modèle que suivent les conservateurs canadiens…
« Aside from its proselytizing mandate, the federal government will be reduced to the protection of property rights and "homeland" security.* Some Dominionists (not all of whom accept the label, at least not publicly) would further require all citizens to pay "tithes" to church organizations empowered by the government to run our social-welfare agencies, and a number of influential figures advocate the death penalty for a host of "moral crimes," including apostasy, blasphemy, sodomy, and witchcraft. The only legitimate voices in this state will be Christian. All others will be silenced. » (12)
On s'est donc tourné vers la libéralisation économique; la moralisation du support social, avec des organismes qui se sont vus coupés des fonds vu leurs positions éthiques (13) et politiques (14) difficilement tenables pour les conservateurs; et un renforcement des règles sur la délinquance individuelle; ce qui fait que vous risquez maintenant d'être davantage puni pour avoir brisé une vitrine dans une manifestation que pour avoir mis en marché des produits financiers qui ont créé la première crise économique du XXIe siècle! Il faut savoir où mettre ses priorités n'est-ce pas?! De toute manière, plusieurs fondamentalistes chrétiens américains sont pour le libre marché et la propriété privée d'une part (15), mais sont aussi méfiants des villes d'autre part (16), ce qui inclut des partisans de la droite canadienne! (17)
Cette idéologie conservatrice va plus loin encore que le néolibéralisme. Quant le privé devient la réponse toute faite et s'accompagne du désengagement de l'État, on n'est pas loin de l'anarchisme. Que dit l'anarchisme: à bas l'État! Que dit cette idéologie: l'État minimal, si possible ne conservant qu'un rôle policier (18) envers les citoyens, mais surtout pas une entrave au libre marché et aux entreprises! On est si près des anarcho-capitalstes (19) que les analystes de la politique ont forgé le terme de « libertarisme » pour qualifier ce nouveau courant, fusion entre les termes « libéral » et « libertaire », un synonyme d'anarchisme! (20) Mais, un anarchisme de droite, conservateur et capitaliste, qui accepte un État minimal et non interventionniste en matière économique. Ainsi, pendant qu'on en a contre les anarchistes de gauche, qui font de la casse pendant les sommets (que ce soit le G-8, le G-20 ou les travaux de l'organisation mondiale du commerce), les anars de droite, cravatés, y négocient la réduction de l'État, voir la privatisation des ressources! Normal, car ces anars sont diplômés en économie de grandes écoles qui suivent la pensée de l'école de Chicago! (21)
Bref, il y a des choses qui doivent être dites. Mais, des vitrines qui volent en éclat dans une manifestation ne sont pas la meilleure façon de le faire savoir. L'éducation serait mieux. De l'éducation populaire par exemple. Pourquoi ne pas ouvrir des locaux dans les écoles (22) pour le faire avec des gens qualifiés, car il y en a? Combien de diplômés universitaires en sciences humaines et sociales ont des difficultés d'employabilité? Plusieurs, dont un certain nombre pourrait monter des formations en éducation populaire par exemple. On nous dit d'être créatifs et de créer nos emplois, mais on ne devrait pas avoir à refaire la roue à chaque fois. Des infrastructures existent, il faut savoir les mettre au service de la population. Combien de débats tournent en rond faute de nouvelles façons de les approcher? Un exemple: le débat concernant l'État versus le privé! On entend souvent dire que l'État coute cher, question de privilèges, comme l'ancienneté, qui ne favorisent pas toujours les plus vaillants. Mais, est-ce une question d'État versus de privé ou d'organisation? Certaines grandes entreprises ne sont-elles pas construites sur le même modèle? Inversement, n'avoir aucune protection, n'est-ce pas favoriser l'arbitraire et le copinage? Puis, si le secteur public coute parfois cher, on a vu le privé gonfler indument la facture dans certains contrats avec l'État! Alors, privé ou public, ce n'est pas aussi simple que le disent les commentateurs! Pourtant, il existe d'autres voies.
Pourquoi ne propose-t-on pas des alternatives comme des entreprises en cogestion ou des coopératives de travail? Ce sont des possibles, mais qui en parle? Il est pourtant beaucoup moins facile de faire de la collusion dans une coopérative de travail ou financière qu'entre deux amis dans un « marché du siècle » en partenariat public-privé! Ces formations populaires seraient l'occasion de regarder vers d'autres modèles; des alternatives au changement de main entre les tenants du privé et du public au gré des scandales que révèlent les médias. On a parfois l'impression d'être conduit par des joueurs de poker qui s'échangent la main! Bref, on tourne en rond.
D'autres modèles économiques existent et il ne s'agit pas nécessairement du communisme. Loin de là d'ailleurs, car un État qui a la main haute sur tout peut être étouffant pour une société et tuer la créativité. Mais, le libéralisme a plus d'une couleur et nous offre plusieurs visages, incluant même la social-démocratie! On n'a qu'à penser au libéralisme social par exemple:
« Tout État est affaibli par une trop grande disproportion entre les citoyens. Chacun, si c'est possible, devrait jouir des fruits de son travail, par la pleine possession de tout ce qui est nécessaire à la vie, et de plusieurs des choses qui la rendent agréable. Nul ne peut douter qu'une telle égalité soit ce qui s'accorde le mieux avec la nature humaine et qu'elle ôte bien moins au bonheur du riche qu'elle n'ajoute à celui du pauvre. Elle augmente aussi le pouvoir de l'État, et elle est cause que les taxes ou impositions extraordinaires seront payées de meilleur gré. Là où les riches s'engraissent sur le dos d'un petit nombre, il faut que leur contribution aux nécessités publiques soit très large; mais dès lors que les richesses sont répandues sur une multitude, le fardeau semble léger à chaque épaule, et les taxes n'apportent pas de différence bien sensible dans la façon de vivre de chacun. » (23)
On peut aussi penser au modèle brésilien, à la fois procommercial et propauvres. Non pas un modèle à la Chavez (24), mais à la Lula (25); soit pour le social, mais aussi pour le commerce et la liberté d’entreprise. Une forme de libéralisme social contrairement au libéralisme économique états-unien, où le gouvernement est parfois perçu comme un ennemi du peuple; régime souvent proche de l’anarcho-capitalisme (26) selon moi, ce dont les États-Uniens ne semblent pas très conscients. Suffit de les regarder manifester contre toutes interventions de l’État, si minimes soient-elles, pour le comprendre! Seul son rôle policier et militaire semble toléré, mais, encore, il ne faut pas toucher le droit des citoyens de porter une arme (27)!
Parlant du Brésil, ceci me fait toujours remonter à une vie antérieure alors que j’étais consultant sur un modèle participatif de cellules de travail au Québec. Deux ans! À l’époque j’avais assisté à une conférence de Ricardo Semler, président de Semco S.A., du Brésil (28), à l’hôtel Hilton Bonaventure, où il présentait son modèle participatif! C’était le 25 novembre 1993! (29) Alors que la participation des employés dans l’entreprise fut une mode ici, Semco fonctionne toujours selon ce modèle et a vu son succès continuer! (30) Cette entreprise a toujours conservé sa façon de faire à ce que j’ai lu sur leur site: The Semco way (31)! (32) C'est dire que l'on pourrait aussi changer des choses dans nos entreprises et parler d'une véritable participation des employés.
Pour revenir aux formations populaires que je propose, on pourrait aussi y parler de coopération économique internationale et de commerce solidaire. La conscientisation est toujours mieux que de briser les vitrines d'un café-bistro du centre-ville! Mais, si nous pensons global, il faut agir localement! Alors, pourquoi ne pas aussi – voir surtout! – parler des couts de l'automobile et de l'étalement urbain dans cette nouvelle éducation populaire, mais aussi des solutions possibles comme la complémentarité et l'intermodalité régionale plutôt que l'affrontement entre la ville et ses banlieues sur le droit sacré à l'automobile et aux autoroutes! Il faut penser le transport autrement pour ne pas suffoquer, mais il faut aussi éduquer pour conscientiser la population! Sans éducation, difficile de changer les choses. Et, l'environnement a besoin de changements! Notre survie en dépend à long terme.
Le commerce aussi pourrait être repensé. Pourquoi reproduire le même modèle partout avec les mêmes bannières? La «Wal-martisation» de l'espace commercial n'est pas un passage obligé. Il peut y en avoir, mais il doit aussi y avoir autre chose. Pourquoi les gouvernements, ce qui inclut les municipalités, sont-ils quasi obligés de donner des permis sur demande comme s'il s'agissait d'un droit? Pour ne pas entraver le commerce? Mais, n'est-ce pas entraver la liberté de choix en limitant ainsi l'offre? Certaines zones peuvent accepter des « power-centers », mais d'autres doivent en être protégées pour créer un véritable libre marché, sinon cela conduira à la multiplication des mêmes commerces et à une diminution de l'offre pour les consommateurs. On ne peut faire confiance aux commerçants et aux manufacturiers comme l'a déjà écrit le maitre du capitalisme: Adam Smith lui-même! (33) En conséquence, entre l'État et l'entreprise privée il devrait y avoir autre chose, comme des mutuelles et des coopératives par exemple. D'ailleurs, au risque de nous répéter, ces entreprises sont beaucoup plus difficiles à contrôler par quelques-uns vu la multiplicité des parties prenantes. En concurrence avec les entreprises privées, elles peuvent conduire à un assainissement des manières de faire.
Ceci nous conduit à un autre point: les anarchistes! On en a beaucoup parlé au sommet du G-20 comme étant des casseurs. L'anarchie est souvent synonyme de chaos et de désorganisation dans les médias. Par extension, elle l'est aussi dans la population en général. Pourtant, elle nous a donné de grandes choses comme le soulignaient deux profs des HEC dans l'introduction de leur livre il y a quelques années:
« Proudhon fait là encore figure de précurseur en ce domaine. Il sera à la base d'idées telles que le mutualisme, l'autogestion, le syndicalisme, le régionalisme, le fédéralisme et le coopératisme. » (34)
Dans « Liberation management », Tom Peters, un gourou du monde des affaires des années 1990 a même titré une section d'un de ses livres « Toward productive anarchy »! (35) C'est tout dire. Avant de parler de la désorganisation que l'on associe à l'anarchie, il faudrait au moins lire ces quelques lignes de Malatesta:
« Si nous croyons qu'il ne pourrait pas y avoir d'organisation sans autorité, nous serions des autoritaires, parce que nous préfèrerions encore l'autorité qui entrave et rend triste la vie à la désorganisation qui la rend impossible. » (36)
La pensée anarchiste ne se réduit pas aux gestes de quelques casseurs et la réduire à cela serait injuste et malhonnête pour ce courant très à propos encore aujourd'hui. (37) Encore là, de la formation populaire est nécessaire pour bien comprendre ces modèles qui traversent nos débats – que ce soit le libéralisme, le communisme, l'anarchisme ou le conservatisme par exemple - et desquels on a retenu quelques éléments dans l'histoire de nos sociétés tout en en oubliant les origines tellement ils sont intégrés. Si on avait aussi parlé de ces éléments et fait un peu d'histoire en plus de parler des casseurs, cela aurait au moins eu un aspect éducatif. Mais, on ne l'a pas fait, car il est peut-être plus avantageux pour la classe dirigeante, ce qui inclut les milieux d'affaires, de présenter les opposants comme des casseurs et des pas de tête, ce qui leur enlève toute crédibilité dans la population et amenuise les chances de voir poindre des solutions de rechange de ce côté du spectre des idées. À défaut d'alternatives plausibles, l'élite s'assure de sa pérennité et de la poursuite du modèle qui la sert le mieux! Mais, comme l'a dit Adam Smith: « l'intérêt particulier de ceux qui exercent une branche particulière de commerce ou de manufacture est toujours, à quelques égards, différent et même contraire à celui du public. » (38) À ce sujet, on peut penser aux péripéties du contrat de renouvèlement des wagons du métro de Montréal ou à la construction du Centre hospitalier de l'Université de Montréal, dit le CHUM, mais qui ressemble parfois à une mauvaise histoire de « chums » autour d'une bière qui parlent et qui parlent sans qu'il y ait grand-chose qui avance!
Il faut vraiment regarder de nouveaux modèles économiques, mais cela ne peut se faire sans éduquer la population pour qu'elle comprenne les débats et vote en connaissance de cause et non pas seulement sur l'allure du candidat! Si le XXIe siècle en est un du savoir, il faut d'abord investir dans l'éducation. Mais, au G-20, il me surprendrait que ce fût réellement une préoccupation majeure. Quant aux opposants, si cela faisait partie des leurs, quel média l'a relayé, car on confond trop souvent encore vendre de la copie et informer! Le sensationnalisme a généralement meilleur gout dans la presse commerciale que l'analyse!
Addenda:
Un autre modèle de capitalisme est celui de Rhénan, plus social. Mais, je n'en ai pas parlé ici même si j'en ai déjà parlé dans d'autres textes. Pour ceux que cela intéresse, voir le livre de Michel Albert en biographie.
Notes:
1. Alec Castonguay , Le G20 de Toronto - La dérive, Le Devoir, 3 juillet 2010: www.ledevoir.com/politique/canada/291907/le-g20-de-toronto-la-derive
2. Sommet du G20, Manifestation dans la Ville Reine, Radio-Canada nouvelles, mise à jour le samedi 10 juillet 2010 à 18 h 32: www.radio-canada.ca/regions/Ontario/2010/07/10/002-g20_manifestation_toronto.shtml
3. Amélie Daoust-Boisvert, G20: une coalition en appui aux détenus, in Le Devoir, 19 juillet 2010: www.ledevoir.com/politique/canada/292845/g20-une-coalition-en-appui-aux-detenus
4. Pour les conclusions du G-20 de Toronto, voir:
http://g20.gc.ca/fr/sommet-de-toronto/documents-du-sommet/
5. Ottawa continuera de donner un coup de pouce à l'exploitation pétrolière. La Presse canadienne in Le Devoir, 28 juin 2010: www.ledevoir.com/politique/canada/291676/ottawa-continuera-de-donner-un-coup-de-pouce-a-l-exploitation-petroliere
6. Hélène Buzzetti, G20: Harper crie victoire, mais..., in Le Devoir, 28 juin 2010: www.ledevoir.com/international/actualites-internationales/291689/g20-harper-crie-victoire-mais
7. Hélène Buzzetti, Ibid.
8. Francis Dupuis-Déri, G20: n'attendez plus les barbares, ils sont là!, Le Devoir, Idées, Mardi 29 juin 2010, A 7: www.ledevoir.com/international/actualites-internationales/291694/g20-n-attendez-plus-les-barbares-ils-sont-la
9. www.ogm.gouv.qc.ca/regl_etiquetage.html
10. OGM ou Organisme génétiquement modifié. Voir:
http://fr.wikipedia.org/wiki/Organisme_génétiquement_modifié
http://www.greenpeace.org/france/campagnes/ogm
11. Donald L. Barlett and James B. Steele, Corporate welfare, Time, Monday, Nov. 9, 1998. Voir
www.time.com/time/magazine/article/0,9171,989508-1,00.html#ixzz0tlYwnhdS
12. D'abord, la note du texte (*) est la suivante:
« When George W. Bush was first elected, Pat Robertson resigned as head of the Christian Coalition, a sign to many that Bush was the first in an expected line of regents that will herald the coming of the Messiah. »
Quant à la référence du texte: Chris Hedges, Feeling the hate with the National Religious Broadcasters, Harper's magazine,May 2005, p. 58
13. Un exemple parmi d'autres:
« Alors que le gouvernement conservateur a coupé les vivres à plus de 12 groupes de femmes [qui avaient dénoncé le refus des conservateurs de financer l'avortement à l'étranger], les libéraux s'étonnent que des groupes religieux aient touché, eux, des fonds de l'Agence canadienne de développement international (ACDI). Ottawa a en effet versé plus de 800 000 $ à deux organisations, une formant des porteurs de la parole de Jésus, l'autre veillant à la traduction de la Bible dans différents dialectes. » (Hélène Buzzetti, Des sous pour la parole de Dieu, mais pas pour les femmes, Le Devoir, 6 mai 2010: www.ledevoir.com/politique/canada/288401/des-sous-pour-la-parole-de-dieu-mais-pas-pour-les-femmes)
L'ajout entre [] est tiré d'un autre texte sur le sujet aussi d'Hélène Buzzetti: Ottawa prive d'aide 12 groupes de femmes. Ils ont critiqué le gouvernement Harper à propos de l'avortement, Le Devoir, 5 mai 2010: www.ledevoir.com/politique/canada/288371/ottawa-prive-d-aide-12-groupes-de-femmes. On apprend aussi dans ce texte qu'« Une pléiade de groupes de femmes avaient déjà vu leurs subventions abolies il y a deux ans par le gouvernement conservateur, qui ne reconnaît plus la défense des droits comme un objectif légitime devant être financé. L'association nationale Femmes et Droit a dû fermer pour cette raison. »
Voir aussi Hélène Buzzetti, La droite religieuse contrôle-t-elle le gouvernement?, Le Devoir, 22 mai 2010: www.ledevoir.com/politique/canada/289516/la-droite-religieuse-controle-t-elle-le-gouvernement
14. A ce sujet, par exemple...
« M. Benoît explique que l'ACDI se concentre désormais sur un plus petit nombre de pays dans trois domaines: l'aide alimentaire, l'enfance et la croissance économique. La gouvernance n'est plus considérée comme une priorité. C'est de cette direction générale que provenait le financement de KAIROS. » (Hélène Buzzetti, Les vivres coupées - Ottawa se défend de punir KAIROS, Le Devoir, 9 décembre 2009: www.ledevoir.com/politique/canada/278892/les-vivres-coupees-ottawa-se-defend-de-punir-kairos)
Voir aussi...
Marco Bélair-Cirino, Le couperet tombe sur Alternatives, Le Devoir, 7 décembre 2009: www.ledevoir.com/societe/actualites-en-societe/278762/le-couperet-tombe-sur-alternatives
Libre opinion: Un Conseil menacé, par Brian Barton - Président de l'Association québécoise des organismes de coopération internationale, Le Devoir, 10 juin 2010 Canada: www.ledevoir.com/politique/canada/290582/libre-opinion-un-conseil-menace
15. Jeff Sharlet, Inside America's most powerful megachurch, Harper's magazine, May 2005, p. 47. Ce passage se lit ainsi:
« According to Ted, it was this army of Christian capitalists that took to the streets. "They're profree markets, they're pro-private property," he said. "That's what evangelical stands for. »
16. « Cities, therefore, are especially dangerous. » Et, cet autre passage, plus loin, sur la même page:
« Part of their antipathy is literally biblical: the Hebrew Bible is the scripture of a provincial desert people, suspicious of the cosmopolitan powers that threatened to destroy them, and fundamentalists read the New Testament as a catalogue of
urban ills-sophistication, cynicism, lust-so deadly that one would be better off putting out one's own eye than partaking in their alleged pleasures. » (Jeff Sharlet, Ibid., p. 49)
17. J'ai choisi le terme américain plutôt qu'étatsunien justement pour montrer l'inclusion d'une frange canadienne. En effet, « Le créationnisme, une affaire d'Américains... et d'Albertains » nous apprenait Le Devoir du 16 juillet 2010 sous la signature d'Hélène Buzzetti (www.ledevoir.com/societe/actualites-en-societe/292691/le-creationnisme-une-affaire-d-americains-et-d-albertains). Le premier ministre Harper demeure justement en Alberta...
18. Même ce rôle est en partie privatisé par le recours à des firmes privées pour assurer des mandats sécuritaires, que ce soit des patrouilles dans les cités ou du travail de mercenaire et de garde du corps dans des zones de conflits et de guerre.
19. Lemieux, Pierre, 1988, L'anarcho-capitalisme, Paris: PUF, que sais-je?
20. Arnsperger, Christian, et Van Parijs, Philippe, 2000, Éthique économique et sociale, France : La Découverte/repères – Chapitre II, Le libertarisme.
21. « L'École de Chicago est un groupe informel d'économistes libéraux. Ils sont généralement associés à la théorie néoclassique des prix, au libre marché libertarien et au monétarisme ainsi qu'à une opposition au keynésianisme. Leur nom vient du département d'économie de l'Université de Chicago dont la majorité des professeurs étaient membres de cette école de pensée.» (http://fr.wikipedia.org/wiki/École_de_Chicago_(économie))
22. Il y a environ 180 jours d'école par année au Québec... sur 365 jours dans une année. On pourrait donc facilement prendre une cinquantaine de jours par année pour offrir de l'éducation populaire près des gens!
23. David Hume (1711-1776), La liberté comme nécessité historique, in Le libéralisme, 1998, Paris: GF Flammarion, coll. Corpus, p. 63
24. Chàvez : http://en.wikipedia.org/wiki/Hugo_Chávez
25. Lula : http://en.wikipedia.org/wiki/Luiz_Inácio_Lula_da_Silva
26. Lemieux, Pierre, 1988, L'anarcho-capitalisme, Paris: PUF, que sais-je? Arnsperger, Christian, et Van Parijs, Philippe, 2000, Éthique économique et sociale, France : La Découverte/repères – Chapitre II, Le libertarisme.
27. « Les marchands d'armes américains ont de quoi être heureux. Par cinq voix contre quatre, la Cour suprême des États-Unis a décrété que le deuxième Amendement de la Constitution, qui garantit le droit de tout individu de posséder une arme, s'applique aux États et aux localités. Dans les attendus, les juges soulignent, en guise de justification, que le droit à l'autodéfense est au coeur de la conception américaine de la liberté «ordonnée», en prenant soin de ne pas se prononcer sur la constitutionnalité des lois des États où la propriété de pistolets et fusils est interdite. » (Serge Truffaut, La Cour suprême des États-Unis - À droite toute!, In Le Devoir, 30 juin 2010: www.ledevoir.com/international/etats-unis/291760/la-cour-supreme-des-etats-unis-a-droite-toute)
29. Ricardo Semler avait écrit un livre à l’époque pour présenter son modèle : Maverick, 1993, U.S.A.: Warner books.
30. Deux références sur le sujet, mis à part le site officiel de Semco (note 28) :
http://en.wikipedia.org/wiki/Ricardo_Semler
www.duperrin.com/2007/05/24/il-ny-a-pas-que-la-pensee-unique-qui-permet-de-reussir/
31. The Semco Way:
www.semco.com.br/en/content.asp?content=3&contentID=605
32. Ces deux paragraphes viennent en partie de Commentaires de Michel Handfield (6 novembre 2009) sur « The world Next supermodel » (www.icarusfilms.com/new2009/wns.html), Societas Criticus, Vol. 11 no 6, Textes ciné et culture : www.societascriticus.com
33. Voici ce passage:
« Cependant l'intérêt particulier de ceux qui exercent une branche particulière decommerce ou de manufacture est toujours, à quelques égards, différent et même contraire à celui du public. L'intérêt du marchand est toujours d'agrandir le marché et de restreindre la concurrence des vendeurs. Il peut souvent convenir assez au bien général d'agrandir le marché, mais de restreindre la concurrence des vendeurs lui est toujours contraire, et ne peut servir à rien, sinon à mettre les marchands à même de hausser leur profit au-dessus de ce qu'il serait naturellement, et de lever, pour leur propre compte, un tribut injuste sur leurs concitoyens. Toute proposition d'une loi nouvelle ou d'un règlement de commerce, qui vient de la part de cette classe de gens, doit toujours être reçue avec la plus grande défiance, et ne doit jamais être adoptée qu'après un long et sérieux examen, auquel il faut apporter, je ne dis pas seulement la plus scrupuleuse, mais la plus soupçonneuse attention. Cette proposition vient d'une classe de gens dont l'intérêt ne saurait jamais être exactement le même que l'intérêt de la société, qui ont en général intérêt à tromper le public et même à le surcharger, et qui en conséquence ont déjà fait l'un et l'autre en beaucoup d'occasions. » (Adam Smith (1776), 1976, Recherches sur la nature et les causes de la richesse des nations, France: Gallimard/idées, pp. 122-3. Ce livre se trouve aussi en version numérique, produit par Jean-Marie Tremblay, professeur de sociologie au Cégep de Chicoutimi dans le cadre de la collection « Les classiques des sciences sociales »: une collection développée en collaboration avec la Bibliothèque Paul-Émile-Boulet de l'Université du Québec à Chicoutimi. Cette citation est alors en p.64. Pour le document électronique: http://classiques.uqac.ca/classiques/Smith_adam/richesse_des_nations_extraits/richesse_nations_extraits.pdf.)
34. CHANLAT, Jean Francois, SEGUIN BERNARD, Francine, 1983, L'analyse
des organisations une anthologie sociologique tome I: les
théories de l'organisation, Saint Jean (Qc): éd. Préfontaine, p. 48
35. Peters, Tom, 1994, Liberation Management, New York: Fawcett Columbine, p. 596.
36. Malatesta, E., L'Agitazione, Ancône, Nos 13 et 14, 4 et 11 juin 1897, cité in Révolution et réaction, in Guérin, Daniel, 1970, 1976, Ni Dieu ni Maître, Paris: FM/petite collection Maspero, tome III. Ce texte est aussi reproduit dans Chanlat, Jean-François, et Séguin-Bernard, Francine, 1983, Op. Cit., p. 332)
37. « Aujourd'hui, lorsqu'on lit ou relit les anarchistes, dégagé des nombreux stéréotypes qu'on leur a accolés, on ne peut s'empêcher d'être frappé par la modernité de leurs critiques et l'actualité de leurs propos. La réaffirmation de l'importance de la personne, la critique de la bureaucratie et de l'étatisme, le désir de démocratie industrielle, la volonté de rendre le pouvoir au citoyen et de décentraliser les organisations, l'intention de désétatiser tout en socialisant ne constituent-ils pas en effet les thèmes majeurs de nos débats contemporains? Les récents travaux sur les effets pervers des grandes organisations, sur la contre-productivité organisationnelle et sur l'utilité des petites unités de production ne sont-ils pas également les vrais héritiers de l'intention anarchiste originale? » (Chanlat, Jean-François, et Séguin-Bernard, Francine, 1983, Ibid.,p. 49)
38. Déjà cité à la note 33.
Biographie ou quelques livres et articles que j'aurais pu citer aussi!
Albert, Michel, 1991, Capitalisme contre capitalisme, Paris: Seuil, l'histoire immédiate (copie 2 dans la coll. Points Actuels)
Arvon, Henri, 1974, L’anarchisme, Paris: PUF, que-sais-je?
Courville Léon, 1994, Piloter dans la tempête, Montréal: Québec/Amérique-Presses HEC
GROUPE DE LISBONNE, 1995, Limites à la compétitivité, Québec: Boréal
GUERIN, Daniel, 1965, L'anarchisme, France, Gallimard, coll. Idées.
Klein, Naomi, Disaster capitalism: The new economy of catastrophe, Harper's magazine, October 2007, pp. 47-58
Lapham, Lewis H., Tentacles of rage: The Republican propaganda mill, a brief history, Harper's magazine, September 2004, pp31-41
Neurrisse, André, 1983, L'économie sociale, Paris: P.U.F.: coll. que sais-je?
Phillips, Kevin P., Numbers racket: Why the economy is worse than we know, Harper's magazine, May 2008, pp. 43-47
Quelques hyperliens sur les libertariens:
http://fr.wikipedia.org/wiki/Libertarianisme
http://en.wikipedia.org/wiki/Libertarianism
http://fr.wikipedia.org/wiki/Parti_libertarien_(États-Unis)
http://plato.stanford.edu/entries/libertarianism/
http://www.libertarianism.com/
http://fr.wikipedia.org/wiki/Robert_Nozick
http://fr.wikipedia.org/wiki/David_Friedman
12/2
Societas Criticus, revue de critique sociale et politique, Vol. 12 no 2, Essais : www.societascriticus.com
Michel Handfield (5 avril 2010)
Lors des dernières rencontres internationales du documentaire de Montréal (www.ridm.qc.ca), en novembre 2009, j'ai vu « Enjoy poverty » de Renzo Martens. Il joue sur l'hypothèse que « la pauvreté est la principale richesse des Africains, et que ceux-ci doivent l’exploiter. » (1) Provocateur, mais éducatif!
On
y découvre que dans un pays comme le Congo, où le
travail assure à peine la subsistance des gens, il y a
d'immenses richesses exploitées par des entreprises
étrangères! On produit pour l'occident, et la Chine
probablement, que ce soit de l'huile de palme ou de l'or, mais, en
même temps, l'on quête à l'étranger pour
aider les pauvres congolais qui n'arrivent pas à manger à
leur faim, les entreprises ne les payant pas à leur juste
valeur! Le vrai sens du mot exploitation: travailler sans avoir les
moyens de vivre! Pire: l'aide qui leur est destinée est même
dépensée dans les pays occidentaux, ce qui fait que de
80 à 90% de cette aide retourne enrichir l'occident par la
suite, en y achetant les denrées alimentaires à
redistribuer par exemple. Pourquoi ne pas investir sur place pour
créer une agriculture de subsistance? C'est une question que
posait déjà René Dumont dans les années
1960! (1) Bref, même l'aide n'aide pas les Congolais.
Pire, une agriculture pour nourrir les populations locales n'entre plus dans les paramètres de la nouvelle économie, où il faut produire ce qu'on fait de mieux – par exemple l'huile de palme - en vue de l'exporter pour avoir des devises pour acheter la nourriture nécessaire à la population. On est ainsi moins dépendant, dit-on, à de mauvaises récoltes et on bénéficie d'une productivité accrue, sauf que l'on est dépendant de l'effondrement des prix de l'huile de palme sur les marchés étrangers!
Pour s'en sortir, les Congolais devraient s'entraider, soit exploiter eux-mêmes leurs richesses. Ils pourraient le faire sous forme de coopératives par exemple. Mais, ce n'est pas le modèle le plus valorisé par le capitalisme, surtout dans sa variante néolibérale! Au contraire, on aide plutôt l'entreprise, car elle est, par hypothèse, considérée comme la seule voie de création de la richesse alors qu'elle exploite bien souvent une richesse qui est là de façon naturelle. C'est le cas de l'or au Congo comme celui de l'eau au Québec. Elle exploite aussi le travail à moins que les ouvriers n'aient une force de frappe particulièrement imposante. Ce n'est pas le cas de tous. L'employé de Wal-Mart n'a pas le pouvoir de négociation du col bleu de Montréal par exemple! Le Congolais, lui, a encore moins de pouvoir! Il se fait donc manger tout rond!
Par comparaison avec le Congo, on vient de présenter le nouveau budget du Québec. On taxe le citoyen, mais on ménage l'entreprise, car elle « donne » des emplois. Mais, les donne-t-elle vraiment ou exploite-t-elle le travail? L'entreprise crée-t-elle des emplois par charité ou parce qu'elle a besoin de main-d'œuvre pour produire sa richesse? Je pencherais personnellement pour la seconde option, car si une technologie apparaît qui lui permet de produire avec moins d'employés elle ne les conservera pas par bonté. Ce sera une décision d'affaires tout comme de délocaliser des emplois là où les salaires sont plus faibles si elle peut le faire. Seule une main-d'oeuvre bien formée et créatrice, qui peut produire les produits les plus avant-gardistes, peut s'assurer d'un certain avenir. (2) Mais, même là, la concurrence est de plus en plus féroce. C'est pour cela qu'il faut investir dans l'éducation. Alors, pourquoi une entreprise qui bâtit un entrepôt ou un centre de distribution pour redistribuer des produits importés voit-elle ses investissements déductibles d'impôt alors que le gouvernement hésite à investir davantage dans les commissions scolaires, les cégeps et les universités comme si c'était une dépense? Produire de l'éducation, n'est-ce pas un investissement dans l'avenir? Le savoir, ne rapporte-t-il pas des fruits économiques? De la façon dont on traite l'éducation, comme une dépense et non un investissement, il n'y a pas de quoi être surpris des taux de décrochage! Si on ne juge pas important d'investir dans l'éducation, pourquoi les jeunes jugeraient-ils important de rester à l'école? On leur dit presque qu'ils sont un fardeau! Puis, on cherche à mettre fin à cette hémorragie qu'est le décrochage scolaire! Trouvez l'erreur?
Pourrions-nous aussi favoriser de nouvelles formes de travail et d'entreprises, dont la coopération, plutôt que l'entreprise privée, surtout si elle rapatrie ses profits vers un paradis fiscal? Ce sont des choses dont on n'entend pas parler souvent de la part du gouvernement. Pourtant, il faudra bien regarder ces enjeux un jour ou l'autre si on ne veut pas dire nous aussi « enjoy poverty »!
Attention, je ne dis pas que tout est mauvais dans ce budget. Des changements sont à faire. On ne peut toujours vivre à crédit, mais il faut distinguer entre l'emprunt pour payer l'épicerie (par exemple des hausses de salaire dans la fonction publique) et l'hypothèque, qui devrait être amortie sur une portion de la durée de vie d'un investissement comme la construction d'une route, d'une école ou d'un hôpital, puisque leur vie devrait normalement dépasser deux ou trois générations, parfois plus! Il faut distinguer les coûts réels et la surprime payée à des gens qui abusent du système comme semblent le montrer quelques enquêtes journalistiques récentes. Il y aurait là sujet à des commissions d'enquête publique pour démonter ces systèmes qui nous coûtent cher. Si l'État paie 10, 15, 20 ou 35% trop cher pour des biens et services qui n'ont pas la qualité escomptée, il y a là beaucoup à aller chercher pour assainir les finances publiques; plus qu'une hausse de quelques points de la taxe de vente ou des tarifs de l'électricité! Faire le ménage dans la cour du gouvernement veut aussi dire de regarder ses relations privilégiées avec certains fournisseurs qui semblent abuser de lui! Ne pas le faire soulève deux questions importantes chez le contribuable: À qui cela sert-il? Pourquoi ces gens sont-ils si puissants?
Ce budget n'est pas pensé pour nous aider à nous développer autrement. Ainsi, au lieu d'accroitre davantage le coût du bloc patrimonial de notre hydro-électricité, on pourrait plutôt moduler la facture en fonction de la surconsommation au-delà de ce bloc. Ainsi, la piscine chauffée ou le spa feraient monter le prix du kilowatt-heure, puisque chaque tranche de x kilowatts-heures supplémentaires à ce bloc pourrait être tarifiée à un taux plus élevé selon une échelle progressive. Une façon de favoriser une consommation raisonnée de cette ressource!
La taxe sur l'essence pourrait aussi être plus élevée, car on l'importe alors qu'on produit de l'hydro-électricité. Ce serait une façon de conserver notre argent pour notre développement plutôt que de l'exporter dans les coffres d'entreprises étrangères, car c'est ce qu'on fait quand on consomme de l'essence: on exporte notre argent via des entreprises étrangères! Les fonds générés par cette taxe pourraient alors être investie dans les réseaux de transport collectif – trains, tramways, trolleybus et autobus confondus – plutôt que pour la voiture individuelle, car on a des entreprises québécoises qui sont des leaders en ces domaines ailleurs dans le monde, mais ça ne parait pas quand on regarder notre réseau de transport collectif. Pour le pays de Bombardier, on fait dur!
Un budget d'État, c'est davantage que de prévoir des dépenses. Ce doit être une occasion non seulement de contribuer à créer de la richesse, mais de voir à ce que ses retombées soient d'abord ici!
La technologie aidant, on pourrait aussi moduler la taxe de vente sur les biens de luxe ou dommageable pour la santé et l'environnement. On n'entraverait pas la liberté de choix, mais on paierait davantage pour certains choix moins justifiables socialement! Par exemple, une voiture sport et énergivore pourrait se voir appliquer une taxe de vente de 20% alors qu'un hybride pourrait être exempté de taxe provinciale. Des confiseries au chocolat pourraient se voir appliquer une taxe de vente supérieure au chocolat noir à 70% alors que les fruits sont exempts de taxe. La technologie à barre code permet cette discrimination tarifaire. Utilisons là à bon escient.
Enfin, concernant la tarification des soins de santé qui fait tant parler depuis la présentation du budget, celle-ci peut être aveugle ou éducative.
Aveugle: on tarifie toutes les visites chez le médecin, à l'hôpital ou au CLSC à 5, 10 ou 20$ par exemple.
Éducative: vous avez un rhume et vous allez à l'urgence, on vous tarifie 50$, mais chez votre médecin de famille, au CLSC ou à la clinique, on ne vous tarifie pas, car vous vous êtes présenté au bon endroit. On pourrait même installer le CLSC à l'hôpital là où il y a de l'espace pour le faire. Ainsi, pour le triage, cas de CLSC à gauche, cas d'hôpital à droite. Vous préférez l'hôpital malgré qu'on vous a dit que vous êtes un cas de CLSC, alors si vous sortez avec un diagnostic de rhume, il s'accompagne d'une facture de 100$! Vous avez choisi le système le plus couteux, vous assumez votre choix. Mais, si vous arrivez sur une civière en infarctus, vous n'aurez pas à payer. De plus, la salle d'attente risquera d'être moins surchargée, les citoyens trouvant certainement plus rentable d'aller à la bonne place. Pour cela il faut aussi que les CLSC soient ouverts! Il faut donc des professionnels.
Ceci pose donc la question de la formation. On doit y investir pour former des gens capables d'assumer les tâches qu'il y aura à faire! L'organisation du travail pourrait être revue, mais les syndicats sont-ils prêts à des concessions? Est-on prêt à accepter de ne pas avoir de hausses de salaire en échange d'une meilleure qualité de vie par exemple. Des semaines de travail écourtées, avec moins de salaires, mais aussi moins d'impôts à payer, pour ceux qui préfèrent ce mode de travail qui leur donne plus de temps libre? Si cela les rend plus efficace quand ils sont au travail, pourquoi pas? Il faut changer les façons de faire et de penser. Pas facile, mais on doit y parvenir.
Ce n'est pas de recettes toutes faites dont on a besoin, ni de tarifications arbitraires, mais d'une nouvelle façon de faire incluant une nouvelle forme de tarification créatrice et une nouvelle organisation des tâches. Ce n'est pas de couper les fonctionnaires pour les couper non plus qu'il faut, car si le travail doit être fait, on le fera faire au privé ou en temps supplémentaire, ce qui aura aussi un coût. Il faut sortir des sacro-saintes formules toutes faites, car elles cachent souvent de mauvais plis qui sont devenus contreproductifs! Il faut donner de l'air frais au système même si ce n'est pas facile, chacun des acteurs étant dans sa zone de confort et ne voulant pas bouger. Le meilleur exemple de ce système est l'ancienneté qui récompense souvent les employés les plus anciens avant les plus créatifs! Pourtant, c'est souvent de créativité dont on a besoin pour trouver de nouvelles façons de faire. Crozier a déjà écrit un livre sur le sujet: la société bloquée. (3) Suffit de le lire pour comprendre que ce n'est pas un budget, des déplacements de chaises, et encore moins un gel de l'embauche qui vont résoudre nos problèmes budgétaires. Il faut des changements plus profonds, soit des changements de mentalité, mais des vrais!
Vous aurez bien compris que le budget n'est vraiment pas à la hauteur de mes attentes, pas plus que ne le furent les budgets péquistes depuis bien longtemps. Quant aux adéquistes, ils sont toujours trop près du privé à mon goût, car quand on regarde les allégations de factures gonflées de la part du privé, ce n'est vraiment pas la panacée. Pour se sortir de cette dichotomie entreprises privées/système public et para-public, il faudrait oser promouvoir d'autres formes d'entreprises; les coopératives notamment! J'ose espérer qu'on y arrivera un jour, car on tourne en rond en attendant. Puis, pendant qu'on fait du surplace, on ne règle rien.
J'aimerais un budget dans la lignée du plan vert que Stéphane Dion avait osé présenter lors des dernières élections fédérales. Cela l'a peut-être coulé, mais c'était un plan qui misait sur la solidarité sociale, l'environnement et le développement durable. Un diagnostic qu'on préfère ne pas savoir, mais qui est le plus raisonnable si un jour on ne veut pas ressembler à certains pays pauvres dont les richesses sont exploitées au profit des autres. Comprenez moi bien: je n'en ai pas contre certaines hausses de taxes et de tarifs, mais encore faudrait-il qu'elles soient placées à la bonne place pour promouvoir un développement qui nous sert avec un objectif d'équité sociale et d'équilibre écologique. C'est beaucoup demander aux politiciens, je sais!
Notes:
1. Dumont, René et Mottin, Marie France, 1982, L'Afrique étranglée, France: Seuil, coll. Point.
2. VERNON, Raymond, 1966, International investment and international trade in the product cycle, in the Quaterly journal of economics, Vol. LXXX no. 2, Cambridge (U.S.A.): Harvard University, pp. 190 @ 207.
3. CROZIER, Michel, 1970, La société bloquée, Paris: Seuil, coll.
Point.
Notes
du RIDM sur Episode III – Enjoy poverty
PROJECTIONS
13 novembre 2009, 18:00 heure
Grande Bibliothèque
La pauvreté est la principale richesse des Africains, et ceux-ci doivent l’exploiter. À partir de ce postulat provocateur, Renzo Martens a tourné pendant deux ans au Congo, à la rencontre des populations pauvres et de ceux qui les aident et/ou les exploitent. Directeur de plantation colonialiste, photographes qui vendent la souffrance en images, organisations humanitaires opulentes et remplies de bonnes intentions : le constat est sans appel. Adoptant une attitude plus artistique qu’analytique, le cinéaste faussement naïf confesse la vanité de son entreprise. Et fait la preuve par l’absurde de ce qu’il avance : l’exploitation de la misère ne sert que l’Occident. (Éric Fourlanty)
Réalisateur(s) : Martens, Renzo
Pays
: Pays-Bas
Langue(s) originale(s) : français, anglais, lingala
Langue
des sous-titres : anglais
Durée : 90 min.
Année de production : 2008
12/1
Michel Handfield (21 février 2010)
Societas Criticus, revue de critique sociale et politique, Vol. 12 no 1, Essais : www.societascriticus.com
Présentation
Suite à la crise économique de 2007-2009, de laquelle on n'est pas encore sortie même si nous sommes dans une accalmie, résultat de la crise des prêts à haut risque (« subprimes »), de l'éclatement de la bulle immobilière et de la crise du marché hypothécaire, qui s'est transformée en crise financière, contaminant ainsi l'ensemble de l'économie étasunienne, puis, par vases communicants, de l'économie mondiale, nous avons vu apparaître des plans de sauvetage du système financier. (1) Mais, on n'a pas touché la base du problème, soit l'organisation du système économique, notamment la mondialisation.
Les économies se sont spécialisées depuis le milieu des années 80, transférant les productions à forte main-d'œuvre vers les pays en développement, de façon à réduire leurs coûts de production. Mais, ce faisant, elles ont aussi perdu des emplois rentables qui permettaient à des familles de vivre et de consommer, ce qui est la base du système capitaliste. L'économie de service ne pouvait pas remplacer tous ces emplois, car les salaires ne sont pas les mêmes dans un comptoir de « burger-frites » que sur une chaîne de montage de Ford ou de GM! À ce transfert s'est ajoutée l'automatisation du travail qui venait encore réduire le nombre d'ouvriers spécialisés. (2) Pour un nombre d'automobiles données, moins de travailleurs étaient nécessaires à leur production. La sauvegarde de l'emploi passait dorénavant par la hausse de la consommation et la baisse des coûts. Les fabricants se sont alors tournés vers les économies émergentes et les pays en développement pour se fournir à grande échelle en pièces et produits meilleurs marchés! On a aussi accru le crédit et déréglementé des pans entiers de l'économie pour réduire les coûts et favoriser la consommation de masse (3), voir la surconsommation. Ce n'est pas étranger aux défis environnementaux qui se profilent à l'horizon.
Mais, l'économie financière, qui jouait sur les disparités géographiques et culturelles, devenait rentable au point de cacher ces problèmes. Ce qu'on perdait en salaire, on le gagnait en valeur comptable. On bénéficiait aussi d'une certaine baisse des prix, cela venant des disparités régionales, mais jamais autant que les entreprises en bénéficiaient pour accroître leurs profits par contre! C'est ainsi que le T-shirt qui se vend entre 30 et 40$ en magasin peut coûter environ 2$ pièce, incluant le transport, aujourd'hui! (4) Mais, on en trouve aussi à 10$ ou moins dans certains « magasins d'escomptes » et à grand volume, le logo en moins! Le marketing, ça se paie parfois cher.
En prêtant sur le profit à terme, notamment la hausse de la valeur des maisons, on pouvait soutenir la consommation, en hypothéquant pour s'acheter un 4X4 ou un bateau par exemple, sauf qu'un jour la bulle éclata! (5) Là, le système s'effrita, car il était de moins en moins basé sur la production, mais de plus en plus sur la spéculation! Il est bien d'avoir une économie de service, mais encore faut-il avoir une base industrielle pour soutenir l'édifice! On s'en rend compte aujourd'hui! (6) On est donc dans le paradoxe du rendement, thème sur lequel j'ai écrit il y a 14 ans.
Le paradoxe du rendement
Texte paru dans le Journal Les Affaires, 27 janvier 1996, en page éditoriale (p. 6)!
Une
des choses qui me fascine quand je lis les nouvelles économiques,
c'est le nombre de fois que l'on peut appliquer le principe de la
contreproductivité (Ivan Illich, 1975, Némésis
médicale, Seuil).
À long terme, les décisions ont souvent l'effet inverse à celui recherché.
Au
nom de la recherche du profit, les entreprises ont localisé
leurs productions consommatrices de main-d'oeuvre dans les pays où
les salaires sont moins élevés et ont automatisé
leurs opérations dans les pays développés.
Cela a eu pour effet de réduire le bassin de consommateurs. On parle alors de surcapacité de production, mais l'on pourrait aussi parler de sous-consommation.
On
a cru que le tertiaire serait davantage créateur de richesse
et l'on a eu un engouement pour les secteurs de pointe.
Ce qui n'était pas de pointe pouvait être produit ailleurs. À nous les emplois qualifiés et payants!
Sauf que tous ne peuvent obtenir cette qualification, car tous n'ont pas les mêmes capacités intellectuelles et la même dextérité.
On se retrouve alors avec une pénurie de main-d'oeuvre dans certains secteurs en même temps que nous avons des surplus de travailleurs ailleurs.
On a cru que le tertiaire pouvait se tenir sans les niveaux d'en-dessous!
La résultante est le nombre élevé de sans-emplois, ce qui accroît nos charges sociales et diminue notre productivité et notre compétitivité.
On doit couper dans les dépenses publiques (santé, éducation, recherche et développement), ce qui hypothèque demain.
Les
secteurs primaire et secondaire ont une certaine utilité, ne
serait-ce que pour rendre productif les travailleurs que le tertiaire
ne peut absorber et ainsi faire rouler l'économie. Ils
consomment davantage s'ils ont des emplois et ils ne constituent pas
une charge pour les autres.
Il n'y a pas de mauvaise production, de mauvais secteurs économiques. Des entreprises minières ou manufacturières bien gérées peuvent aussi bien bien [sic] faire, sinon mieux, que certaines entreprises tertiaires.
Il ne peut y avoir qu'une mauvaise gestion ou de mauvaises stratégies.
Dans
les années 1980 les constructeurs automobiles américains
ont en partie abandonné le créneau des voitures bon
marché aux Asiatiques parce-que le profit n'était pas
intéressant. Les japonnais ont saisi l'occasion: ils ont pris
ce marché et ont su fidéliser la clientèle. Ils
ont élaboré leur gamme à mesure que cette
clientèle s'élevait dans l'échelle sociale.
Ainsi, Honda est passé de la Civic à l'Accord et
maintenant à l'Acura. Chrysler a compris cette stratégie
et a fait la Néon, son modèle d'entrée de sa
gamme. On ne peut qu'avoir la crème, il faut aussi utiliser le
lait et le petit lait pour être rentable.
Même
si certains produits ne rapportent pas, ils peuvent servir à
fidéliser la clientèle.
Leur rendement est alors positif pour l'entreprise. Malheureusement, ces considérations sont rarement prises en compte, car on est dans l'ère du court terme. Cela est vrai dans les affaires comme en politique, même si l'on est plus critique du second que du premier.
Les
décideurs devraient penser à l'impact à long
terme de leurs décisions, car celles-ci ont souvent un effet
boomerang qui les rejoint plus tard.
Les décideurs pensent cependant avoir trouvé la solution: baisser les coûts de production en ayant recours à de la main-d'oeuvre précaire.
Essayez-donc d'emprunter pour accéder à la consommation si vous êtes un travailleur précaire. Il est peut être temps que nos décideurs changent leurs paradigmes.
Mchel Handfield,
M.Sc. Sociologie,
Montréal
Conclusion
La société états-unienne voit donc son gouvernement intervenir pour aider les banques et les entreprises. Elle n'aime pas ça. Mais, on veut sauver le système capitaliste plutôt que de le réformer, car ce serait en partie donner raison à Marx qui disait que, comme tous les autres systèmes avant lui, celui-ci serait un jour dépassé et remplacé. Son erreur fut de croire que ce serait par le système qu'il proposait.
On pourrait cependant aller vers une forme plus sociale de capitalisme, comme l'Europe ou le Brésil (7), si les États-Uniens étaient moins anarchocapitalistes, car ils refusent l'interventionnisme d'État au nom de la liberté individuelle. On le voit avec la question de la réforme du régime d'assurance santé aux États-Unis. C'est la pierre d'achoppement qui peut faire dérailler la présidence de Barack Obama. Les États-Uniens espèrent tous s'en tirer seuls et devenir riches. Des « self-made man »!
Nos voisins du Sud croient toujours que l'esprit entrepreneurial les sortira de l'impasse, sauf qu'à l'ère des firmes multinationales, la petite entreprise est bien petite pour porter le sort du pays. On est dans l'idéologie de l'entrepreneuriat salutaire ici et le refus de voir la réalité en face: les grandes entreprises qui pourraient être porteuses, car très profitables, ne sont déjà plus nationales, mais multinationales. Elles se sont libérées de contraintes de la nation pour assurer leur profitabilité et tiennent dorénavant à cette liberté, car elles sont ainsi au dessus des États et peuvent les faire chanter à leur guise! Elles ne s'en privent d'ailleurs pas, jouant les nations les unes contre les autres pour en tirer le plus d'avantages possible contre la moindre promesse d'investissement. Au besoin, elles n'hésiteront pas à menacer leur pays d'origine, sachant que les électeurs pourraient tenir rigueur au gouvernement pour le départ d'un fleuron national, mais pas à elles si elles savent y mettre la forme! Parfois, une bonne campagne de relation publique peut être très payante! Suffit de bien savoir manipuler l'opinion! C'est ainsi que les choses ne pourront plus jamais être comme avant, les entreprises ayant le dessus sur des États prisonniers de leurs frontières nationales et des citoyens dépendant de ces États! Seule une réglementation mondiale pourrait changer la donne, mais les États ont plutôt choisi l'inverse: la dérèglementation, ce dès les années 1980.
Puis, ce fut la chute du communisme, qui, en libérant les forces en présence de l'obligation de choisir un des deux camps, communiste ou capitaliste, a permis une renaissance des idéologies religieuses et nationalistes. Ces idéologies ne tardèrent pas à s'affirmer dans des mouvements de revendication et de libération, soit nationale, soit idéologique! Le terrorisme en est un résultat.
Maintenant, ce sont les États-Unis, l'Europe, la Chine et la Russie qui s'affrontent pour un réalignement des forces d'influences du monde, certains voulant conserver leur position, d'autres empêcher de revenir à un monde bipolaire, préférant les garanties que pourrait offrir la multipolarité.
On est donc loin d'une voix unifiée des États face aux entreprises. Elles le savent. Celles-ci ont donc le haut du pavé et ne cesseront pas de si tôt d'imposer leurs désirs aux États qui veulent avoir des emplois sur leur territoire, allant jusqu'à demander des changements aux lois nationales si celles-ci ne font pas leurs affaires! Ce n'est donc pas demain que l'on pourra réformer le capitalisme malgré les vœux d'intellectuels et de penseurs allant en ce sens. Les patrons des grands groupes multinationaux semblent avoir la draguée haute encore pour un certain temps, le monde étant divisé sur des questions idéologiques pendant qu'eux en exploitent les faiblesses. Diviser pour régner. Ce vieux principe colonial fonctionne toujours, mais les colonisés sont maintenant ces citoyens devenus des clients. Quant aux colonisateurs, ce sont les grands entrepreneurs de ce monde qui savent en exploiter toutes les disparités! (8)
Notes:
1. http://en.wikipedia.org/wiki/Financial_crisis_of_2007–2009
2. C'était là l'objet de mon mémoire de maîtrise dans les années 80: « La Division Internationale du Travail et les Nouvelles Formes d'Organisation du Travail: une nouvelle perspective »
3. Phillips, Kevin, Numbers racket. Why the economy is worse than we know, Harper's magazine, May 2008, pp. 43-47
4. « Like Kim at Kie & Kie, Chang needed additional information, but he said that GW could offer a rate of about $2 per piece, which would include shipping. Not bad for a T-shirt that would probably retail at trendy stores for around $30 or $40. » (Silverstein, Ken, Shopping for sweat, in Harper's magazine, January 2010, p. 43)
5. We all fall down: The American Mortgage Crisis, 2009,
www.icarusfilms.com/new2009/fall.html. Nous en avons parlé dans Societas Criticus, Vol. 11 no 3, Textes ciné et culture.
6. Tonelson, Alan, Notebook: Up from Globalism , in Harper's magazine, January 2010, pp. 7-9.
7. The world Next supermodel, 2009, www.icarusfilms.com/new2009/wns.html, 48 minutes / colorD.I., in Societas Criticus, Vol. 11 no 6, Textes ciné et culture
8. Diviser pour régner. J'ai lu cette formule il y a longtemps dans un texte de Stephen A. Marglin, Origines et fonctions de la parcellisation des tâches. À quoi servent les patrons? (pp. 53 et 55) in GORZ, A., 1973, Critique de la division du travail, Paris, éd. Du Seuil, coll. Point.
11/6
La place de la femme, il n’y a pas si longtemps : épouse ou sœurs?! Qu’en disent les hommes? Ou commentaires de Michel Handfield autour de « Love and savagery », « Marre d’être la fée du logis? » et « la domination masculine »!
Societas Criticus, revue de critique sociale et politique, Vol. 11 no 6, Essais : www.societascriticus.com
2 décembre 2009
1969. County Clare, Irlande.
D’abord,
on remarque que la musique irlandaise ressemble à notre
musique « trad » comme si on en avait assimilé
une part au contact des Anglo-Irlandais d’ici et qu’on
l’avait francisée, tout comme on a francisé une
part des Irlandais! On n’est pas si « pure
laine » qu’on se plaît à le dire
parfois. Par contre, il y a une différence fondamentale :
le conservatisme était encore présent là bas en
69, alors qu’ici, suite à Duplessis, la libération
avait débuté. On ouvrait les fenêtres et fissions
de l’air! La religion a été au moins dépoussiérée
quand elle ne fut pas tout simplement remisée au grenier! On
la sort au besoin depuis. À l’inverse, dans la
communauté irlandaise où se déroule l’action,
la religion est encore très présente; les valeurs
traditionnelles et religieuses étant tricotées serré,
une maille à l’endroit, une maille à l’envers!
Les valeurs sont si serrées que lorsque Michael, géologue et poète de passage pour étudier le Burren et ses plateaux calcaires, rencontre Cathleen O'Connell, qui travaille à l’hôtel et au bar de Ballyclochan (1), où il a pris une chambre, s’en éprend, commencent les allusions de la laisser tranquille, dont un billet glissé sous sa porte:
« Please leave Cathleen. She has chosen her path. »
Puis, comme il est de plus en plus épris de Cathleen, qui est loin d’être insensible, les problèmes s’aggravent. Les villageois veillent à ses bonnes mœurs, car elle doit devenir religieuse comme elle l’avait promise à l’âge de 13 ans! Une promesse est une promesse, surtout lorsqu’elle est faite à Dieu.
On n’aurait pas vu cela ici: se préparer à entrer dans les ordres et travailler dans un bar en même temps. Mais, dans cette Irlande catholique et conservatrice, cela semble tout naturel. De toute manière, elle a le village comme chaperon! Pour lui, qui vient du Canada, cela apparaît inconcevable, surtout que cette promesse de devenir religieuse est une affaire d’enfance! Cependant, dans ce coin de pays, où la tradition doit être respectée, c’est jugé d’avance. Croyances contre nature et science, appuyées sur une culture sociale très puissante, ce qui va au-delà de la rationalité et de la logique!
On
se trouve donc au point d’équilibre entre raison et
passion sur le continuum psychologique et entre science et croyances
sur celui de la culture locale, qui est très religieuse. Il
faut dire que l’Irlande était traversée à
l’époque par de grands conflits religieux entre
catholiques et protestants même si on n’en est pas témoin
dans ce film. D’ailleurs, le religieux est omniprésent
partout, même dans les chambres d’hôtel, où
l’on retrouve des images pieuses.
On est donc dans un film socio romantique qui balance entre passion et promesse; cœur et culture! Même si ce sont des adultes, parfois la culture est plus forte que leur volonté, vu la pression sociale. On sent la lourdeur des mentalités. Pas loin du comportement de certains peuples face aux filles pourrait-on dire. Mais, ces mentalités viennent aussi de notre passé, parfois pas très lointain, mais parfois beaucoup plus loin, au point que les filles d’aujourd’hui ne savent même pas d’où vient cette tradition qu’elles respectent comme étant romantique :
« Le jour de ses noces, l’épousée est voilée parce qu’elle est offrande d’une famille et d’une maison à une autre : « Car ce qui est voilé est donné (initiation, sacrifice), ou réservé, retiré du monde commun et profane. (i) » D’ailleurs, l’épousée ne franchit pas elle-même le seuil de sa porte pour marquer qu’elle n’entre pas dans ce foyer par l’effet de sa propre volonté et « qu’elle ne doit plus désormais sortir de cette maison selon son bon plaisir, mais seulement selon la volonté de son époux (ii). » On reconnaît là, d’ailleurs, l’image traditionnelle, mais encore vivante, du marié portant la mariée au moment de franchir le seuil de leur maison commune, sans que, selon toute probabilité, la mariée, ni le nouvel époux ne devinent que la scène simule le rapt de la femme, comme au temps des Romains, et qu’elle illustre l’idée que l’épousée est « offrande » de sa famille à celle de son époux. » (2)
Deux choix s’offraient dans cette Irlande : épouse ou religieuse! Des femmes emprisonnées, car les sœurs le sont elles aussi selon la symbolique chrétienne, « qui signifie qu’elles sont devenues épouses du Christ. » (3) Ce voile, pour lequel on critique parfois le musulman, est aussi chrétien :
« Le voile limite. Il crée l’inconfort du corps, en empêche la liberté de mouvement et restreint la portée du regard que les femmes portent sur le monde environnant. Il peut prendre une signification quasi carcérale : « Élève autour de ton sexe un mur qui ne laisse sortir tes regards ni entrer les regards d’autrui (i). » L’injonction date du IIe siècle et vient du théologien chrétien Tertullien. » (4)
Puis, avant l’ère chrétienne, les femmes sortent « accompagnées de servantes, de dames de compagnie et d’un chevalier servant qui forment ainsi une véritable « prison mobile ». (5)

Naturellement, « Marre d’être la fée du logis? » va plus loin que cela. Je n’ai ici donné que des exemples historiques, mais cela montre tout le construit social et culturel autour de la femme. Parfois, un construit oublié dans certaines cultures, mais que d’autres nous rappellent. On ne sait pas toujours que nous sommes déjà passé par là il n’y a pas si longtemps – 40 ans dans le cas de ce film – et il suffirait parfois qu’un vent de droite se lève pour y revenir au non des bonnes mœurs! Mais, définie par qui?
J’aurais pu parler d’autres aspects de ce livre aussi, sauf que mon but n’est pas de vous en faire faire le tour ni un résumé, mais d’en montrer tout l’intérêt, tant historique que contemporain, pour comprendre que madame la Présidente est aussi la reine du foyer parfois, cela sans difficulté. Et vice versa! Et, si les femmes avaient appris à gérer à la maison? L’Art ménager (6) et le multitâche! Elles étaient donc prêtes quand la révolution des sexes est arrivée. Leurs bases, solides! Plus que pour certains hommes d’ailleurs! La déroute des sexes, c’est peut-être celle des hommes qui se cherchent maintenant. Suffit de comparer les rendements scolaires et les taux de décrochage entre garçons et filles pour le voir.
Mais,
des hommes qui refusent tout changement et prônent la
supériorité du mâle ça existe encore!
Bienvenue chez les masculinistes, une minorité qui dit parler
pour les vrais gars! C’est le sujet du documentaire « la
domination masculine ». On y parle des hommes et des
femmes; de leurs relations et de la domination féminine vue de
leur point de vue! Les femmes ont pris plus que le pouvoir selon eux;
elles les ont castrés! La réponse de certains :
récupérer ce pouvoir en se faisant allonger le pénis!
« Un cm de pénis de plus, c’est un km dans
la tête! » Wow, quelle affirmation. A ce niveau
je répondrais « une p’tite travaillante,
c’est mieux qu’une grande paresseuse! »
Une chance : si le film débute à ce niveau, il
suit d’autres pistes par la suite. Il monte en intérêt
à mesure qu’on explore le sujet!
On peut critiquer les masculinistes tout comme on peut critiquer les féministes, mais il faut bien voir qu’il y a des niveaux dans ces idéologies. Si certaines féministes aiment voir les hommes relégués au rang de faux-bourdons (7), ce n’est le cas que de quelques marginales. La majorité cherche davantage une égalité. Mais, il y aussi des femmes qui recherchent ce type d'homme dominant. On en voit dans ce doc!
Comme les féministes ont des alliés chez les hommes, ces masculinistes radicaux en ont aussi chez les femmes. Ils aimeraient revenir à ces années de la femme dominée et fière de son homme! Cette Irlande des années 60 dont parle « Love and sauvagery »! Mais, ils ont plutôt le modèle québécois dans la face : « 20 ans d’avance sur les pays européens! »
Pourquoi pas la femme police ou pompière si elle peut le faire? Mais, et c’est moi qui pose la question, pourquoi pas davantage d’hommes dans des rôles traditionnellement féminins s’ils veulent le faire? Car, ce devrait être l’étape « postféministe » : des mesures de discrimination positive pour les hommes qui ne sont pas des hommes de chantier ou de la construction, mais davantage des commis de bureau, secrétaire ou enseignant. On peut même se demander si le manque de gars en éducation ne renforce pas une impression de division homme/femme dans la tête des jeunes, certaines « jobs » étant celle des femmes, comme de s’occuper et d’éduquer les enfants. Questions culturelles aussi, car la culture, le mimétisme et les jeux renforcent l’intériorisation de certains rôles traditionnels. On ne vend pas beaucoup d’électroménagers miniatures pour les petits gars, alors que c’est toujours un « hit » pour les petites filles nous dit-on dans le film! Puis, les filles jouent-elles encore davantage à l’école que les garçons, car c’était le cas en mon temps? Si l’école est ainsi perçue comme une affaire de filles, cela expliquerait-il le décrochage des garçons? Simple question, car on ne peut faire de relation causale sur cette simple observation ici, mais la question est importante.
Ce film s’avance dans des observations et certaines tentatives d’explications. Par exemple, avec les avancées du féminisme, on a aussi vu une montée des intégrismes religieux qui diminuent la femme. Mais, il n’est pas dit que les masculinistes se convertissent à ces religions, ni que les femmes de ces mouvances en sortent en guise de protestation. Ce sont deux phénomènes en parallèles entre lesquels on ne peut établir de lien causal selon moi. C’est davantage la fin du communisme soviétique qui expliquerait ce phénomène, car avec la chute du communisme on a assisté à la montée des autres idéologies qui étaient toutes étouffées par la mégaconfrontation entre communisme et capitaliste depuis 50 ans! Chacune veut maintenant faire sa place dans ce nouveau monde en redéfinition. Les idéologies religieuses, comme les autres, veulent profiter de ce vide pour s’imposer comme modèle explicatif du monde.
Qui parle de domination ou de guerre des sexes ne peut s’empêcher de parler de violence. La violence masculine est donc examinée ici. D’abord verbale, mais aussi physique. 85 % de la violence conjugale est masculine, 15% féminine y dit-on. Par contre, je me demande si la violence féminine n’est pas sous représentée pour des questions culturelles : un homme serait-il aussi à l’aise de porter plainte contre sa femme pour violence physique? Je pense ici à un film allemand, « L’un contre l’autre », fort intéressant sur le sujet, car c’est l’histoire d’un policier battu par sa femme à la maison, mais qui ne peut porter plainte vu sa position. S’ajoute aussi une violence psychologique intense, ce qui permet de soulever cet autre point : certaines violences psychologiques ne sont peut-être pas encore traitées à leur juste valeur. (8) Mais, une chose est sûre : la violence féminine n’est pas le sujet le plus traité qui soit et elle a changé dans le temps. De rares études existent cependant. (9) On commence aussi à regarder la violence entre filles, car elles en sont capables comme les garçons (10) même si le phénomène n’a pas la même ampleur. Avec l’égalité et la montée des femmes dans toutes les sphères de la société, les patterns de violence vont peut-être eux aussi se « désexuer »! Les justifications aussi : « Excuse mon chou, c’est le stress du bureau. Ce n’est pas toi que je visais personnellement! »
S’il y a une part sociale dans ce phénomène, il y a aussi une part psychologique et culturelle, car filles et garçons ont été élevés par des parents pour la plupart normaux, non par des professionnels de la psychologie. Mais, comment et dans quel climat? Le garçon reproduira-t-il la violence du père ou, de plus en plus, de la mère rentrant du boulot exténuée? Ou, serait-ce sa sœur qui la reproduira? Car papa est peut-être au foyer maintenant, alors que maman est au boulot! Mai, si les enfants ont majoritairement des pères et des mères comme modèle, ils ont aussi les voisins, l’école, la télé, le cinéma et les jeux vidéo! Quelle est donc la part de chacun dans leur développement?
Un film à voir, mais surtout à discuter, car s’il porte sur des gens qui voudraient revenir en arrière, il repose en fait sur une autre lutte : celle du pouvoir. Car hommes et femmes sont de plus en plus en lutte pour le pouvoir : économique, politique et social. Le vieux principe britannique à l’œuvre dans le champ des genres: diviser pour régner! La vraie question devient donc : si on divise les hommes et les femmes au point qu’ils en viennent à lutter les uns contre les autres, cela fait l’affaire de qui? Imaginez les fractures syndicales, par exemple, entre hommes et femmes! Le patron en bénéficierait-il? Les conflits dans les couples? Vente de livres et consultation psychologique en hausse. Diviser les genres en marchés, un autre truc du capitalisme pour ne pas parler d’humains et de valeurs communes? Briser les solidarités et créer des individualités, ce qui accroît les besoins et la consommation. Où il y avait un appartement, il en faut maintenant deux! On se partage les enfants et on n’a plus le temps de militer pour les droits humains, sociaux, environnementaux et j’en passe! Le politique laissé aux professionnels qui nous gèrent pendant qu’on s’essouffle à vivre nos vies! Trop exténué pour s’opposer, le peuple devient docile. La dictature sans souffrance!
Notes:
1. Tel qu’écrit dans le film, mais j’ai trouvé “ ballyvaughan » sur l’internet!
2. Serfaty-Garzon, Perla, 2008, Marre d'être la fée du logis ? Paradoxes de la femme d'aujourd'hui, Paris : Armand Colin, 198 p. ISBN : 978-2-200-35038-3 http://www.armand-colin.com/, p. 24. Cité dans le texte :
i) Agascinski S., Métaphysique des sexes, Masculin/Féminin aux sources du christianisme, Paris, Éditions du Seuil, La librairie du XXIe siècle, 2005, p. 178.
ii) Ibid., p. 177.
3. Ibid., p. 24
4. Ibid., p. 25
i) Tertulien, Le voile des vierges, XVI, 5, cité in Agascinski S., Op. Cit., p. 175
5. Ibid., p. 24
6. « Il faut gérer mais, comme vous le savez, le mot anglais manager vient du français « ménagère », nettoyer la maison. » (Saul, John Ralston, 1994, Le citoyen dans un cul-de-sac?, Québec: Musée de la civilisation/Éditions Fides, p. 19)
7. « Leur rôle se limite strictement à la fécondation des jeunes reines, lors du vol nuptial. Ceux qui ont la «chance» de s’accoupler à une reine meurent peu de temps après. Quant aux autres faux-bourdons, les ouvrières cessent, à la fin de l’été, de nourrir ces bouches inutiles et, de plus en plus affaiblis à mesure que l’automne approche, ils finissent par être impitoyablement rejetés de la ruche et par mourir, épuisés. Ils ont des yeux qui comportent sept mille facettes. » (Apis (genre) : http://fr.wikipedia.org/wiki/Apis_(genre) )
8. L’un contre l’autre, un film de Jan Bonny. 2007 / Allemagne / 96 minutes. Avec Victoria Trauttmansdorf, Matthias Brandt, Wotan Wilke Möhring, Jochen Striebeck. Voir Societas Criticus, Vol. 10 no. 5 (Du 5 août 2008 au 8 octobre 2008).
9. Eva Wyss, Violence féminine: mythes et réalités. La violence domestique n’est pas l’apanage des hommes. Quatrième rapport de la Commission cantonale de l’égalité.
www.sta.be.ch/site/fr/gleichstellung-frauengewalt_fk06_dt.pdf
10. Suzanne Décarie, La violence des adolescentes, in Madame :
www.madame.ca/Votrevie/famille/la-violence-des-adolescentes-n3274p1.html
Hyperliens:
www.facebook.com/pages/Love-and-Savagery/154654240348
County Clare, Irlande sur Google Map :
http://en.wikipedia.org/wiki/County_Clare
www.clareireland.net/fr/index.html
ballyvaughan Irlande : www.ballyvaughanireland.com/
Annexes :
LOVE AND SAVAGERY
À l’affiche dès le 6 novembre au cinéma AMC Forum!
Le réalisateur John N. Smith de Montréal et le scénariste Des Walsh de St. John ont fait équipe sur Love and Savagery, l’histoire lyrique d’un amour impossible. Le film, qui a pour toile de fond l’Irlande de 1969, est une adaptation de l’ouvrage de poésie éponyme de Walsh publié en 1989. Après une présentation au Festival des Films du Monde, le film prendra l’affiche le 6 novembre à Montréal et le 13 novembre ailleurs au Canada.
Le géologue et poète Michael (l’acteur terre-neuvien Allan Hawco) quitte sa Terre-Neuve natale et se rend sur la côte ouest de l’Irlande pour étudier le Burren, une région aux fascinants paysages reconnue pour ses plateaux calcaires. Dans un village voisin, Michael fait la rencontre d’une ravissante jeune femme nommée Cathleen (l’actrice irlandaise Sarah Greene), ceux-ci se retrouvent inéluctablement attirés l’un par l’autre, malgré qu’elle soit sur le point de devenir religieuse. La sauvagerie survient lorsque Michael entre en conflit avec les villageois déterminés à les séparer. Cathleen choisira-t-elle l’amour d’un homme ou celui de Dieu?
Le film rend magnifiquement l’atmosphère qui régnait en 1969 au sein d’une communauté irlandaise enracinée dans la tradition. De la rude vie menée dans un village de pêcheurs à l’importance de la musique, en passant par la puissance exercée par la religion, si les expériences que vit Michael lui semblent aussi familières que les souvenirs qu’il a de Terre-Neuve, on le considère néanmoins ici comme un « étranger ».
Tourné à County Clare (Irlande) et à St. John (Terre-Neuve), le film met en vedette Martha Burns dans le rôle de la mère supérieure et le chanteur Sean Panting dans celui de l’ami de Michael faisant preuve de pragmatisme. La distribution comprend également Macdara O’Fatharta et Nicolas Campbell.
Il s’agit de la troisième collaboration de John N. Smith, de Des Walsh et du directeur de la photographie, Pierre Letarte, après les deux miniséries saluées par les critiques The Boys of St. Vincent (1992) et Random Passage (2002). Smith et Letarte ont récemment collaboré à la minisérie The Englishman’s Boy qui leur a également valu des éloges. Barbara Doran et Lynne Wilson (Young Triffie) ainsi que Kevin Tierney (Bon Cop, Bad Cop) sont les producteurs du film.
L’ouvrage Love and Savagery de Des Walsh a été réédité par Talonbooks. Love and Savagery est distribué au Québec par Métropole Films Distribution.
Marre d'être la fée du logis ?
Reçu dans la semaine du 16 juin 2008 : Perla Serfaty-Garzon, 2008, Marre d'être la fée du logis ? Paradoxes de la femme d'aujourd'hui, Paris : Armand Colin, 198 p. ISBN : 978-2-200-35038-3 http://www.armand-colin.com/
Les femmes d'aujourd’hui sont-elles des fées du logis ?
L’expression est désuète, sent un peu l’ironie, paraît même insultante à certaines. Leurs mères en étaient, oui… Elles, non… Elles se rebiffent à l’idée. Car toutes ont une vie qui ne se résume plus à leur foyer et la majorité d’entre elles ont un métier auquel elles tiennent. Elles savent s’affirmer.
Et puis, pensant à tout ce qu’elles s’imposent pour que tout aille bien chez elles, elles se disent : après tout… Savoir faire éclore le bonheur au quotidien et le protéger ne reste-t-il pas de la vraie magie ?
Les tâches et le souci de la maison sont à partager, c’est sûr. Mais n’y a-t-il pas des pouvoirs qu’on n’a aucune envie d’abdiquer ?
L’auteure nous entraîne au coeur des paradoxes du quotidien au féminin. Une exploration vivante, intime, émouvante. Et l’éclairage qu’elle apporte est neuf et original.
Perla Serfaty-Garzon, psychosociologue, est connue pour ses études sur le chez-soi et l’intimité.
La domination masculine
Réalisateur(s) : Jean, Patric
Pays : Belgique, France
Langue(s) originale(s) : français
Langue des sous-titres : anglais
Durée : 98
Année de production : 2009
« Il est plus facile de se battre contre la réalité que contre une illusion. » Cette illusion, c’est celle de l’égalité homme-femme, que Patric Jean déboulonne en montrant diverses facettes de sociétés occidentales qui, du lit au bureau, sont toujours patriarcales. De Léo Ferré, misogyne en chef, à Hélène Pedneault (à qui le film est dédié), en passant par la violence conjugale, les stéréotypes sexuels véhiculés dès la tendre enfance et les conséquences à long terme de la tuerie de Polytechnique : une analyse éclatée des rapports de forces entre hommes et femmes. Et un excellent point de départ pour un débat brûlant d’actualité. Éric Fourlanty
Les accommodements… et les croyances!
Michel Handfield, M.Sc. Sociologie
La loi est aussi culturellement marquée que son territoire!
Societas Criticus, revue de critique sociale et politique, Vol. 11 no 6, Essais : www.societascriticus.com
15 octobre 2009
Deux débats font actuellement couler beaucoup d’encre dans les médias. L’un au Québec, l’autre à l’étranger. Au Québec, c’est le débat autour du projet de loi 16 « favorisant l’action de l’Administration à l’égard de la diversité culturelle » qui soulève des passions. Au plan international, la France et les États-Unis au premier rang, mais aussi dans l’ensemble des pays occidentaux, c’est l’affaire Roman Polanski qui soulève des débats! Deux choses en apparence éloignées, mais très près l’une de l’autre, surtout pour nous au Québec. J’explique, où d’autres accusent!
D’abord, le projet de loi 16 (1), nous dit des choses comme « Ce projet de loi vise à favoriser l’action de l’Administration à l’égard de la diversité culturelle résultant des particularités ethnoculturelles et en matière de lutte contre la discrimination fondée sur la race, la couleur, la religion ou l’origine ethnique ou nationale. » (p. 2) Ou, encore, « qu’il importe de favoriser davantage la pleine participation des personnes des communautés culturelles à la société québécoise ». (p. 3) Des a priori qui semblent logiques à première vue. Mais, vu certains accommodements qui vont à l’encontre de l’égalité, comme de permettre « à un juif hassidique de refuser de subir un examen de conduite donné par une femme et de se voir plutôt offrir les services d’un homme » (2), ce qui a eu lieu au cours des derniers mois, des passages comme « le projet de loi 16 donne à la ministre la tâche d'élaborer et de proposer une politique gouvernementale «pour favoriser l'ouverture de la société à la diversité culturelle et pour lutter contre la discrimination fondée sur la race, la couleur, la religion ou l'origine ethnique ou nationale». » font peur. (3) Si nous devons nous ouvrir, les autres ne doivent-ils pas aussi s’adapter pour s’intégrer? N’y a-t-il pas du donnant-donnant ou un bout de chemin à faire des deux côtés; des manières et des coutumes à abandonner pour vivre avec l’autre, comme cela se fait dans un couple? D’ailleurs, la première considération de ce projet de loi se lit ainsi :
« CONSIDÉRANT que, conformément aux principes énoncés par la Charte des droits et libertés de la personne, le respect de la dignité de l’être humain, l’égalité entre les femmes et les hommes et la reconnaissance des droits et libertés dont ils sont titulaires constituent le fondement de la justice, de la liberté et de la paix; » (p. 3)
Cela pose les principes d’ici. Ce projet ne devrait donc pas faire peur, vu sous cet angle du moins. Pourtant, il suscite des craintes dans certains milieux informés. Pourquoi?
C’est que l’égalité des sexes, reconnue dans le premier « considérant », semble abolie quand il s’agit d’ouverture ethnoculturelle, car à part ce passage on ne parle nulle part ailleurs d’égalité entre les femmes et les hommes! Par contre on y parle beaucoup plus souvent de lutte contre la discrimination basée sur la religion! C’est comme si la religion prenait le pas sur les autres droits dans les faits. Ceci pose problème, la religion n’étant pas un droit, mais une liberté, donc non fondée sur des faits vérifiables, comme la science, mais une croyance, ce qu’est aussi l’horoscope ou croire que le sexe est un choix pour les enfants, voir bon pour eux comme le soutiennent certains défenseurs de la liberté sexuelle (4), ce sans discrimination d’âge, car certains en font une question de santé! (5) Distinctions sémantiques sur le sujet, mais dans lesquelles les législateurs ne sont pas encore tombés, parlant plutôt d’âge de consentement! (6) Voyez-vous poindre le lien avec l’affaire Polanski? Nous allons d’ailleurs y revenir plus loin.
Si je n’ai pas de problème à ce qu’on favorise « la pleine participation de toute personne au progrès économique, social et culturel du Québec » ou qu’on favorise « davantage la pleine participation des personnes des communautés culturelles à la société québécoise » (p. 3), cependant j’aurais des réserves avant « d’affirmer la volonté de l’ensemble de la société québécoise de se mobiliser afin de mettre en œuvre solidairement des actions visant à favoriser l’épanouissement des personnes sans égard à leur race, leur couleur, leur religion ou leur origine ethnique ou nationale » (p. 3), surtout si certaines de ces valeurs vont à l’encontre des nôtres et sont mises de l’avant par la même occasion. Favoriser l’épanouissement des personnes, oui, mais des cultures, croyances et religions, pas nécessairement. Le « sans égard » peut être ici trompeur!
C’est encore la religion qui pose problème, non seulement parce que l’on est dans une société dite laïque, mais parce que certaines croyances religieuses vont à l’encontre de droits que l’on considère non négociables! En fait, c’est donner beaucoup de poids à des croyances. Des questions se posent alors :
- Jusqu’où va l’accommodement aux cultures et aux croyances, surtout la religion?
- L’accommodement doit-il être égal pour tout, sur tout et pour tous?
- Toutes religions et toutes croyances sont-elles de même valeur?
- En cas de conflits interreligieux ou de croyances, laquelle prédomine? On appelle Dieu ou la science à la rescousse pour départager?
On doit mesurer ces questions aux extrêmes pour voir où poser les limites, car extrêmes il y a. Et pour ceux qui ne croient pas aux extrêmes en cette matière, je vous souligne que le nazisme peut aussi être considéré comme une religion! Vous ne saviez pas? Moi non plus avant de lire « Le nazisme comme religion » de Kathleen Harvill-Burton aux Presses de l’Université Laval! (7) Avant d’accommoder, on devrait donc bien soupeser la question pour ne pas laisser la porte ouverte à tous vents idéologiques, car on pourrait avoir de mauvaises surprises. S’il faut de l’air frais dans la maison, on doit cependant éviter les tempêtes! Pas seulement celles qui viennent d’ailleurs, car on pointe souvent à tort l’immigration en ces domaines, mais aussi celles d’ici, car nous avons des sectes qui pourraient profiter d’un tel laxisme de notre part !
Maintenant, reprenons l’affaire Roman Polanski dans ce contexte de l’accommodement culturel et religieux! Polanski a été arrêté le 27 septembre dernier en Suisse pour une affaire de mœurs :
« Le réalisateur de Chinatown et Rosemary's Baby a fui les Etats-Unis en 1978, après avoir plaidé coupable dans une affaire de mœurs. Il est accusé d'avoir eu une relation sexuelle avec une jeune fille de 13 ans. Polanski avait au départ fait l'objet de six chefs d'inculpation, et notamment de viol, pour avoir eu une relation sexuelle avec elle après lui avoir fait consommer du champagne et de la drogue. Il a rejeté l'accusation de viol mais a plaidé coupable de relation sexuelle avec une mineure, ce qui est passible de 20 ans de prison. » (8)
Le point de vue légaliste dit qu’il doit faire face à ses accusations et ses responsabilités. Cela est clair d’un point de vue de juriste. Par contre, ce l’est moins d’un point de vue culturel si je me fie à ce que j’ai lu, même si, personnellement, je suis loin d’être d’accord avec tous ces points de vue. Cela est cependant important dans le contexte de la future loi 16, car, si elle est acceptée telle qu’elle, ne dit-elle pas que l’on doit « favoriser l’ouverture de la société à la diversité culturelle »? (Voir note 3) Devrait-on alors tenir compte de la culture de Polanski puisque certains de ces défenseurs soutiennent que vu le milieu où cela s’est passé, milieu très libéral s’il en est, et la situation de la fille, « une adolescente qui posait dénudée pour Vogue homme » rappelle Alain Finkielkraut, ce n’était pas un cas d’abus comme les autres, car ce n’était déjà plus une fillette. « C'est quand même une chose à prendre en considération » poursuit le philosophe! (9) D’autres pourront aussi dire des artistes que c’est un milieu différent et plus libéral, donc plus ouverts à ce genre de chose. Les fréquenter serait donc accepter en quelque sorte! On pourrait aussi poser la question « où étaient les parents? » et étaient-ils « consentants par omission »? Des façons de dire qu’un même crime n’a pas le même poids selon le milieu où cela se passe! Culturellement, ou parler pour parler, tous les arguments semblent bons. Mais, il y a aussi de quoi les remettre en cause! (10)
On pourra toujours objecter que les juristes sauront faire la part des choses là où elle s’impose, mais rappelons qu’il y a eu des dérapages ici aussi. Je pense à un jugement qui a eu lieu il y a quelques années, où l'honorable juge Monique Dubreuil a laissé sortir deux violeurs avec une peine à purger «dans la collectivité» vu le «contexte culturel particulier à l'égard des relations avec les femmes» chez les Haïtiens, ce dont j’ai déjà parlé. (11) Même d’un point de vue juridique, il y toujours des questions de culture! D’ailleurs, dans certains pays, des relations avec une fille de 13 ans ne seraient pas un crime. La loi est aussi culturellement marquée que son territoire!
Ainsi, à la lumière de ce nouvel éclairage que la loi 16 forcerait si elle était passée telle qu’elle, Roman Polanski pourrait-il avoir recours à son bagage culturel comme défense? Cela constituerait-il des circonstances atténuantes ou aggravantes? Dans cette optique, et en comparaison avec Polanski, comment jugerions-nous alors…
- Un curé qui aurait fait des actes d’attouchement avec une fillette de 13 ans, après qu’elle eut bu du vin de messe, cela il y a 30 ans?
- Un musulman de 50 ans qui arrive ici avec sa femme de 12 ans, légalement mariée dans son pays?
- Un illustre inconnu dont on n’a jamais entendu parler auparavant, soit avant que le Journal local ne sorte son histoire, mais qui dit que son horoscope de cette journée lui disait qu’il initierait une jeune personne à des plaisirs de la vie? Comme il croyait, il l’a fait! Et il dit toujours croire profondément à l’horoscope, ce qui est une croyance au même titre que la religion est une croyance. L’horoscope a d’ailleurs connu ses heures de gloire dans l’histoire, certains chefs d’État ayant leur astrologue comme d’autres leur confesseur! Pensons à François Mitterrand, Ronald Reagan, Catherine de Médicis, Richard Nixon, Hassan II… (12)
- Un Africain qui arrive avec ses 3 femmes, lui aussi légalement marié dans son pays?
- Un musulman de 60 ans, marié depuis 20 ans à une femme qui a maintenant 32 ans? C’est dire qu’il l’a mariée à 12 ans, soit dès qu’elle a montré des signes de puberté!
Il peut être intéressant de reprendre cet exercice du jugement en mettant 14, 15 ou 16 ans à la place des âges déjà mentionnés pour voir si le jugement changerait selon les cas. Changerait-il dans tous les cas? Question de culture ou de perception? Certains principes sont-ils immuables? C’est à voir pour chacun de nous, mais faire l’exercice est enrichissant et révélateur sur nous et nos valeurs. Essayez-le pour voir à défaut de pouvoir faire cet exercice collectivement, ce qui serait certes instructif sur la société québécoise et ses valeurs. Mais, nous n’en avons pas les moyens. Le gouvernement ou une firme de sondage pourrait peut être le faire cependant.
Pas facile de juger des droits à partir de la liberté de croyance. C’est pour cela que le projet de loi 16 doit être bien étudié sans nécessairement céder aux lobbies de la peur et du repli, mais ne pas non plus s’ouvrir plus que nécessaire pour se montrer meilleurs que les autres. Dans les excès, il y a toujours danger de dérapages d’un côté comme de l’autre. Si l’affaire Polanski soulève des débats, imaginons maintenant d’avoir à juger de tels cas en favorisant le point de vue de l’autre, que ce point de vue soit ethnique, culturel, religieux ou de toutes autres croyances, incluant l’horoscope et les songes, car Dieu peut toujours nous parler dans nos rêves! Comment juger alors?
Notes :
1. Projet de loi no 16, Loi favorisant l’action de l’Administration à l’égard de la diversité culturelle, présenté par Madame Yolande James, Ministre de l’Immigration et des Communautés culturelles, Éditeur officiel du Québec, 2009 : www.assnat.qc.ca/fra/39legislature1/Projets-loi/Publics/09-f016.pdf. Dans notre texte, les pages entre parenthèses (p.) font références à cette version pdf de ce projet de loi, la couverture comptant pour la page 1.
2. Robert Dutrisac, Loi 16 - Une petite loi aux ramifications imprévues,
Le Devoir, Édition du samedi 10 et du dimanche 11 octobre 2009 :
www.ledevoir.com/2009/10/10/271092.html
3. Robert Dutrisac, Ibid. Mais, nous nous devons d’être honnêtes. Dans la version pdf de la loi nous n’avons pas trouvé ce passage intégralement. Il est probablement un montage des deux paragraphes suivants :
« Ce projet de loi vise à favoriser l’action de l’Administration à l’égard de la diversité culturelle résultant des particularités ethnoculturelles et en matière de lutte contre la discrimination fondée sur la race, la couleur, la religion ou l’origine ethnique ou nationale.
« Le projet de loi confie au ministre, chargé de conseiller le
gouvernement à l’égard de la diversité culturelle, l’élaboration et la mise en œuvre de mesures visant à accroître l’ouverture de la société à la diversité culturelle et à favoriser la pleine participation des personnes des communautés culturelles à la société québécoise. Le projet de loi confie aussi au ministre la réalisation et la mise en œuvre d’une politique gouvernementale et d’un plan d’action pour favoriser l’ouverture de la société à la diversité culturelle et lutter contre la discrimination. Le projet de loi crée également l’obligation pour les organismes de l’Administration d’adopter une politique de gestion de la diversité culturelle et d’en rendre compte. » (Projet de loi no 16, Op. Cit., p. 2)
4. C’est là le type de discours tenu par certaines personnes, dont des spécialistes et des intellectuels. A ce sujet, Denise Bombardier a d’ailleurs fait éclat en s’en prenant à Gabriel Matzneff, qui avouait « son penchant pour des jouvencelles » sur le plateau d’Apostrophe en mars 1990 (www.ina.fr/media/entretiens/video/CPB90002010/la-fidelite.fr.html) rappelle Le figaro dans un texte tout simplement intitulé « Denise Bombardier Gabriel Matzneff »
(www.lefigaro.fr/livres/2009/01/22/03005-20090122ARTFIG00443-denise-bombardier-gabriel-matzneff-.php). Selon Wikipédia, cet auteur « ne revendique que des amours partagées avec des jeunes filles et des jeunes garçons pubères: Le « troisième sexe » définit ainsi pour lui « les filles ou les garçons ayant entre dix ans et seize ans (Cf. son ouvrage Les Moins de seize ans » ». (http://fr.wikipedia.org/wiki/Gabriel_Matzneff).
A l’émission « Campus, qui a remplacé celle de Bernard Pivot sur France 2 », où était invité Gabriel Matzneff en 2001, « La romancière Christine Angot, l'auteure de L'Inceste, a critiqué elle-aussi l'attitude de Denise Bombardier », dix ans après! (Canoë, LIVRES, Bombardier contre Matzneff, PC, 23-11-2001, 09h07 : http://fr.canoe.ca/divertissement/livres/nouvelles/2001/11/23/1739381-ca.html). Façon de prendre la défense de Matzneff.
Facteur culturel que l’amour des jeunes? Je ne sais pas, mais on semble trouver plusieurs défenseurs de cette fantaisie chez les intellectuels français. Il faut dire que la littérature en a donné maints exemples au cours de l’histoire. Quelques heures de recherche sur Google avec de multiples mots clefs le prouvent, mais j’ai préféré limiter les exemples vu le sujet. Après toutes ces recherches, voici néanmoins un dernier lien en référence : L’Histoire du militantisme pédophile sur Wikipédia :
http://fr.wikipedia.org/wiki/Histoire_du_militantisme_pédophile
5. Le 4e point de la « DÉCLARATION DES DROITS SEXUELS » de la « World Association for Sexual Health » se lit ainsi :
« Le droit à l'équité sexuelle. Cela se réfère à la liberté de se dégager de toutes formes de discrimination sans distinction de sexe, de préjugé, de penchant sexuel, d'âge, de race, de classe sociale, de religion, ou d'invalidité physique et émotionnelle. » (www.worldsexology.org/about_sexualrights_france.asp)
6. En effet, on parle de majorité sexuelle, de pubère et de prépubère par exemple. Cela varie selon les pays, mais aussi dans l’histoire. A une certaine époque la ligne fut par exemple fixée à onze ans. Maintenant, elle est généralement fixée plus tard, soit entre 14 et 16 ans pour la plupart des pays occidentaux. Une référence sur le sujet est le site français de Jeunes Violences Écoute :
www.jeunesviolencesecoute.fr/index.php?module=page&action=Display&pageref=13235&cmplang=fr
Pour le Canada, consulter « ÂGE REQUIS AU CANADA POUR CONSENTIR À DES ACTES SEXUELS » sur le site de la bibliothèque du parlement : www.parl.gc.ca/information/library/prbpubs/prb993-f.htm
Quant à la puberté d’un point de vue médical, celle-ci peut être différente de celle légale ! Voir le dictionnaire médical en ligne MedicoPedia: www.medicopedia.net/term/19392,1,xhtml
7. Harvill-Burton, Kathleen, 2006, Le nazisme comme religion. Quatre théologiens déchiffrent le code religieux nazi (1932-1945), Québec : Presses de l’Université Laval, 252 pages ISBN: 2-7637-8336-8, Prix: 30,00$
8. LEMONDE.FR, 27.09.09, 12h22 (Mis à jour le 28.09.09, 08h45), Le cinéaste Roman Polanski arrêté à Zurich :
9. NOUVELOBS.COM, 09.10.2009, 18:40: POLEMIQUE, Finkielkraut défend Polanski : à treize ans, « ce n'était pas une enfant » : http://tempsreel.nouvelobs.com/actualites/culture/20091009.OBS4087/finkielkraut_defend_polanski__a_treize_ans_ce_netait_pa.html
10. A ce sujet, lire les deux textes suivants, mais il y en avait plusieurs autres tout aussi intéressants:
Gil Courtemanche, Plus libre que les autres?, Le Devoir, Édition du samedi 10 et du dimanche 11 octobre 2009 : www.ledevoir.com/2009/10/10/271059.html
Yves Boisvert, La pédophilie politiquement correcte, La Presse, 2 octobre 2009 :
11. Handfield, Michel, Le multiculturalisme à l’encontre de l’égalité?, Opinion in La Presse, 28 janvier 1998, p. B 2.
Il y a aussi un dossier de Sirma BILGE, de l’Université de Montréal, «La « différence culturelle » et le traitement au pénal de la violence à l’endroit des femmes minoritaires : quelques exemples canadiens», paru dans le journal international de victimologie / International journal of victimology, Année 3, Numéro 3, Avril 2005, qui devrait être consulté. Il était disponible sur internet au moment où j’ai écrit ces lignes : www.jidv.com/BILGE-S-JIDV2005_10.htm,.
12. CNRS : Astrologie et pouvoir : un tandem gagnant ?, voir http://www2.cnrs.fr/presse/thema/481.htm
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