Cette page fut redessinée en Open Office (http://www.openoffice.org/), façon de promouvoir le logiciel libre.


Le caractère fut donc grossi pour le texte, mais réduit pour les notes et certains hyperliens de manière à fonctionner autant sur ordinateur de table, portable, qu'en format «I Phone» et «I Touch».


24 août 2010


Le Journal/Fil de Presse/Direct



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Reportages, communiqués de presses et opinions!




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Les meilleures lignes de Societas Criticus en direct


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LE DOCUMENTAIRE QUÉBÉCOIS «BOMBES À RETARDEMENT» FORCE LE GOUVERNEMENT CANADIEN À COMPENSER LES ANCIENS COMBATTANTS…


« Appel citoyen pour un encadrement et une transparence des activités de lobbying en direction des instances de décision publiques »


Le Québec exclu des tablettes (Source : alternatives, le journal, Vol 14, no 10, juillet/août 2008)


Les harceleurs sont parmi nous... Mohamed Lotfi, Journaliste et réalisateur radio


Bolivie : La coca est là pour rester



Les meilleures lignes de Societas Criticus en direct

Par Michel Handfield


Des mots que je place sur Twitter et/ou Facebook alors que je suis devant mon ordinateur ou que j'ai accès à un réseau sans fil, en direct d'un événement par exemple. Pour la mise en ligne sur cette page, des corrections ont parfois dû être faites, car il faut parfois tourner les coins ronds pour les besoins du médium que sont « Twitter » et « Facebook », mais aussi pour la rapidité d'action du direct lors d'un événement qui demande toute notre attention ou presque! Mais, ces corrections sont minimales pour ne pas en changer l'apparence directe et instantanée. Souvent de l'orthographe et de la ponctuation.


Societas Criticus, revue de critique sociale et politique, Vol. 12 no 4, Le Journal/Fil de presse : www.societascriticus.com


Caroline Venaille, Israël : enquête de satisfaction « raciste » dans le tram d'Alstom, in Rue 89, 23/08/2010, 20H15, A LA UNE.

www.rue89.com/2010/08/23/dans-le-tram-franco-israelien-une-enquete-de-satisfaction-raciste-163602


Avec le partage du lien sur Facebook, j'ai mis ce mot de mon cru:


« Ça force à réfléchir sur la montée de la droite au nom de la sécurité, mais aussi la réponse à apporter par la gauche au sentiment d'insécurité. Pendant ce temps les gouvernements de droite coupent dans la recherche pour être surs de manipuler l'information dans l'ignorance générale! » Michel H. (23 aout 2010 alors que j'étais au Palais des congrès pour le rendez-vous des médias citoyens)



Societas Criticus, revue de critique sociale et politique, Vol. 12 no 2, Le Journal/Fil de presse : www.societascriticus.com


Alors que j'ai appris le décès de Michel Chartrand (13 avril 2010, au cinéma Parallèle):


Michel Handfield: Alors qu'on a des vieux esprits en politique, on vient d'en perdre un jeune: Michel Chartrand! À quand la canonisation du juste?



De la réunion du « comité du visible: États généraux du cinéma sur l'avenir de l'ONF » Via Facebook pour iPhone par le réseau « Île sans fil ». En direct de la cinémathèque! (12 avril 2010)


Michel Handfield. Présentement je suis à une rencontre sur l'avenir de l'ONF - on ne censure pas , mais on peut couper les fonds...


Michel Handfield. ONF: On parle de coupe dans la création... Mais, ça ne me surprend pas. On coupe aussi à Radio-Can!


Michel Handfield. ONF: idée qui ressort est qu'il faut plus de créateurs dans le processus décisionnel! Pour ceux qui ne le savent pas, je suis à la rencontre du «comité du visible» (ils ont une page Facebook: www.facebook.com/profile.php?id=100000891441428&ref=ts) à la cinémathèque. Le sujet: états généraux du cinéma sur l'avenir de l'ONF. Merci au réseau wi-fi qui me permet le direct!


Michel Handfield. Rencontre du visible (ONF): Des dédales du financement pour les créateurs. Digne des « Douze travaux d'Astérix »!


Michel Handfield. Problème du pan canadien: on n'a pas les mêmes services partout. Une raison de les abolir où ils existent plutôt que des créer ailleurs. L'ONF deviendrait un centre administratif et les créateurs envoyés au secteur privé.


Michel Handfield. Comité du visible: États généraux du cinéma sur l'avenir de l'ONF: on a un manque d'information. On est entre gens intéressés qui auront des devoirs à faire ensuite. Des questions à poser à l'ONF pour avoir des réponses plus claires en vue d'agir s'il y a lieu.


Michel Handfield. Dans la politique conservatrice: il faut des retombées concrètes selon le gouvernement Harper. On finance ce qui est populaire, voire le populisme! Ce qui est rentable. Ce qui rapporte aux dépens de l'information et du savoir pur, la recherche universitaire par exemple, mais élitiste et moins (non) rentable.


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LE DOCUMENTAIRE QUÉBÉCOIS «BOMBES À RETARDEMENT» FORCE LE GOUVERNEMENT CANADIEN À COMPENSER LES ANCIENS COMBATTANTS IMPLIQUÉS DANS LES ESSAIS NUCLÉAIRES DU NEVADA


Societas Criticus, revue de critique sociale et politique, Vol. 11 no 6, Le Journal/Fil de presse : www.societascriticus.com


Montréal, le mercredi 7 octobre


Sorti à l’automne 2007, le documentaire Bombes à retardement (Time Bombs) des producteurs et réalisateurs Guylaine Maroist et Éric Ruel, relatait l’histoire des soldats canadiens utilisés comme cobayes dans les essais nucléaires du Nevada en 1957. Une histoire cachée par nos autorités depuis 50 ans. Le documentaire a remporté le prestigieux Ruban d’or pour le meilleur documentaire diffusé à la télévision canadienne en 2008 ainsi que le Grand Prix du Jury au Festival du Film indépendant de New York.


Depuis, les choses ont bougé. Le Gouvernement Canadien compense présentement les soldats ou leur famille, puisque plusieurs sont décédés des suites d’un cancer ou d’une maladie pouvant être liée aux radiations et aux retombées nucléaires des bombes. Les victimes vont recevoir 24 000$ pour les préjudices subis. Plus de 400 soldats et scientifiques canadiens ont été liés à ces tests nucléaires, qui se sont déroulés entre 1945 et 1962.


Guylaine Maroist et Éric Ruel, les co-producteurs et réalisateur du documentaire choc, avaient organisé une conférence de presse sur la Colline parlementaire avec l’association des vétérans canadiens des essais nucléaires (Canadian Atomic Veterans Association - CAVA). Combiné à la diffusion pan canadienne du documentaire (Canal D et Global), l’affaire a eu un impact retentissant dans les médias. Le Gouvernement n’avait plus le choix de bouger.


« Le film a été une aide précieuse pour faire bouger le Gouvernement » affirme Jim Huntley, président de l’Association des anciens combattants du nucléaire. « Nous avons mené une lutte pendant 15 ans pour être reconnus. Personne ne répondait à nos demandes. Nous étions complètement ignorés. Avec le film, on nous a pris au sérieux. On a même obtenu une rencontre avec le Ministre de la Défense! »


C’est pourquoi l’Association des vétérans, basée à Calgary en Alberta, a tenu à organiser l’été dernier une réception très émouvante pour remercier les cinéastes.


Guylaine Maroist et Eric Ruel, aussi producteurs et réalisateur de la série J’ai la mémoire qui tourne, qui obtient un vif succès sur la chaîne Historia, ont été approchés par L’Association des vétérans américains des essais nucléaires pour qu’ils réalisent un film sur l’expérience des soldats américains. Une histoire dont le peuple américain ignore tous les détails.


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« Appel citoyen pour un encadrement et une transparence des activités de lobbying en direction des instances de décision publiques »


Societas Criticus, revue de critique sociale et politique, Vol. 10 no 6, Le Journal/Fil de presse : www.societascriticus.com

COMMUNIQUE / Paris le 10 octobre 2008

http://www.adequations.org


Dix-huit associations et syndicats ont lancé jeudi 9 octobre 2008, lors d'une conférence de presse à l'Assemblée nationale à Paris, un «Appel citoyen pour un encadrement et une transparence des activités de lobbying en direction des instances de décision publiques ».


« L'influence croissante des groupes d'intérêt industriels et financiers sur la décision publique devient préoccupante », déclare Yveline NICOLAS, coordinatrice de l'association Adéquations qui assure le secrétariat de cette initiative collective. « En pleine crise financière, il devient urgent de réglementer ces pratiques de lobbying et de rétablir la primauté de l'intérêt général sur les intérêts particuliers. Un débat public est nécessaire sur la question du lobbying, qui reste encore tabou en France ».


En ce moment même, le démantèlement d'une partie substantielle des acquis du Grenelle de l'environnement témoigne de la pression d'intérêts économiques privés sur des décisions résultant d'une négociation collective qui visait un bien public vital : les équilibres écologiques et sociaux de la planète.


Un règlement interne est en cours d'élaboration à l'Assemblée nationale sur le lobbying et pourrait s'appliquer dès janvier 2009. Les organisations signataires de l'Appel proposent une série de mesures dont :


- un système obligatoire d'inscription pour tous les lobbyistes dotés d'un budget de lobbying annuel significatif, avec la publication de rapports d'activité, d'informations financières précises figurant dans une base de données consultable en ligne ;


- des règles interdisant aux groupes de pression l'emploi du personnel de l'Assemblée ou de leurs proches à des fins de lobbying, ainsi que l'utilisation des lieux de pouvoir.


Yiorgos VASSALOS, représentant de la campagne européenne Alter EU, a souligné que le « registre volontaire des lobbyistes lancé le 23 juin dernier par la Commission européenne est un échec : moins de 400 organisations se sont inscrites alors que 2600 groupes d'intérêts ont des bureaux à Bruxelles. Il faut un système obligatoire et une déclaration détaillée des budgets consacrés à chaque opération de lobbying ».


Le lobbying ne favorise pas la démocratie. Il renforce le pouvoir des plus forts, donc le pouvoir de l'argent. Le jeu est faussé : les moyens matériels et humains des différents acteurs ne sont pas équitables.


Pourtant, des alternatives sont possibles. Pour Jacques TESTART,

secrétaire général de la Fondation Sciences citoyennes, « l'Etat doit garantir des dispositifs de régulation participatifs qui reconnaissent l'expertise citoyenne : auditions pluralistes par les décideurs, conférences de citoyens, création d'une haute autorité de l'expertise (indépendante, pluraliste, contradictoire, transparente) et de l'alerte

(statut des lançeurs d'alerte) ».


La frontière entre lobbying, trafic d'intérêt, corruption est parfois floue. Selon Séverine TESSIER, présidente de l'association Anticor, « le lobbying contourne la souveraineté populaire en exerçant une influence, voire une manipulation. Il faut sanctuariser les lieux de décision tels que l'Assemblée nationale, refuser le système des badges qui assure actuellement un libre accès à des lobbyistes. Ce refus fait aussi partie d'une pensée de la laïcité ».


Les signataires de « l'Appel citoyen pour un encadrement et une transparence des activités de lobbying en direction des instances de décision publiques » exerceront une action de veille et d'information sur le lobbying et favoriseront la concertation des acteurs de la société civile. Leur objectif : formuler des propositions s'appliquant à toutes les instances de décisions publiques. Dans l'immédiat, ils vont demander à être reçus par les députés en charge d'élaborer de nouvelles règles sur le lobbying à l'Assemblée nationale.


Le texte de l'appel est publié en ligne sur le site de l'association

Adéquations : www.adequations.org/spip.php?rubrique241


Organisations signataires de l'appel (au 10/10/08)


Action Consommation

ACME (Association pour un contrat mondial de l'eau)

Adéquations

AITEC (Association internationale de techniciens, experts et chercheurs)

Anticor

ATTAC

Ban Asbestos France (association de lutte contre l'amiante)

Cheminements Solidaires

Confédération paysanne

CRIIRAD (Commission de recherche et d'information indépendantes sur la radioactivité)

FNAB (Fédération nationale de l'agriculture biologique)

Fondation France Libertés

FGTE - CFDT (Fédération générale des transports et de l'équipement)

Fondation Sciences citoyennes

Greenpeace

Inf'OGM

MDRGF (Mouvement pour le droit et le respect des générations futures)

Réseau semences paysannes


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Le Québec exclu des tablettes


Societas Criticus, revue de critique sociale et politique, Vol. 10 no 4, Le Journal/Fil de presse : www.societascriticus.com


Avis :


Dans alternatives, le journal, Vol 14, no 10, juillet/août 2008, p. 3, un article a attiré notre attention et nous avons décidé de le reproduire sur notre page Le journal/Fil de presse vu son intérêt : Le Québec exclu des tablettes. Cette reproduction est légale, car il est écrit en page 4 de ce numéro que « La reproduction des textes est autorisée. Veuillez mentionner la source », ce que nous faisons avec plaisir. Nous invitons même nos lecteurs à visiter le site d’alternatives (www.alternatives.ca/) si ce n’est déjà fait, car c’est une excellente source d’informations.


Michel Handfield, éditeur de societascriticus.com.


La concentration en catimini de la distribution alimentaire.

Le Québec exclu des tablettes


Vendredi 27 juin 2008 par Camille Beaulieu


Les producteurs agricoles et petits industriels de l’alimentation sont expulsés par centaines des épiceries québécoises ces dernières années. La part du Québec dans la transformation alimentaire canadienne a chuté de 25% à 20%. Parallèlement, les importations de produits transformés à l’étranger ont bondi à un milliard de dollars.


« Les produits québécois ont plus de difficulté que leurs équivalents étrangers à se retrouver sur les tablettes de nos épiceries, » s’étonne Dominique Arseneault, propriétaire d’un marché IGA à Coaticook.

« Le Québec est un cas unique au monde, explique Jacques Légaré, président-directeur général du Conseil de la transformation agroalimentaire et des produits de consommation. Nulle par ailleurs, à l’exception de l’Australie, ne trouve-t-on une telle concentration dans la distribution alimentaire. »


La politique des centrales d’achat


Discrètement et depuis au moins dix ans, Loblaw-Provigo, Sobeys-IGA et Metro qui vendent 80% des aliments et des boissons au Québec, centralisent leurs approvisionnements. Les chaînes réclament dorénavant de gros volumes, livrables selon la formule « juste à temps » dans un entrepôt de la région de Montréal. Elles approvisionnent ensuite les épiceries de tout le Québec.


Les propriétaires de marchés franchisés ont joui longtemps d’une certaine latitude pour offrir des produits régionaux ou du terroir. Ce qui leur permettait de se démarquer de la concurrence. Cette liberté rétrécit comme peau de chagrin, constate Louise Ménard, propriétaire de quatre IGA à Montréal. « On rogne davantage chaque année sur mes achats de produits locaux et régionaux ! On me dit que les fournisseurs doivent être « listés » au siège social. Alors, ils font de l’argent au siège social et ils font de l’argent sur ce qu’ils me vendent. Et en plus, on demande aux petits producteurs de fournir toute la chaîne… c’est une aberration. »


En effet, tout se monnaye dans ce commerce. Les fournisseurs paient des frais de référencement (introduction d’un nouvel article sur la liste des produits offerts par la chaîne : c’est le fameux listing). Les fournisseurs sortent ensuite le carnet de chèques pour la publicité. Certains paient aussi pour trôner à un endroit stratégique sur la tablette. D’autres, pour de la gomme, du chocolat ou un magazine, allongent des centaines de milliers de dollars pour voisiner les caisses.


Les petits fournisseurs ne sont donc plus dans la course. « Les chaînes ne s’intéressent qu’aux gros volumes, conclut Daniel Mercier Gouin, directeur du Département d’économie agroalimentaire et des sciences de la consommation à l’Université Laval. Les petits n’ont pas les capacités de se faire référencer. La marge de manœuvre des franchisés s’est réduite. Les marchés étalent des produits locaux, mais en petites quantités. »


Au diable l’autosuffisance alimentaire


Les géants de l’alimentation « tolèrent tout au plus 10 % de produits régionaux hors des centrales d’achat et du listing », accuse Philippe Mollé, chef et chroniqueur gastronomique.


Ghyslain Trudel, qui démarche pour des entreprises hétéroclites comme l’ail mariné de la ferme Chant-O-vent de Saint-Esprit, les canards de la ferme Aux Champs Élysé de Marieville, et des fromages du Lac Saint-Jean, de l’Estrie ou des Iles-de-la-Madeleine abonde dans le même sens : « Lorsqu’on réussit à entrer dans l’une des trois chaînes, ils nous font sentir que c’est une faveur ! Les chaînes centralisent leurs opérations pour éviter de concurrencer des produits déjà sur leurs tablettes », affirme ce promoteur de produits régionaux.


« La sélection est féroce, confirme Françoise Pitt, qui fut rédactrice en chef pendant 13 ans du journal L’Alimentation. Ne resteront bientôt, parmi les petits producteurs, que ceux qui offrent un produit de niche, un produit du terroir. »


Beaucoup de boîtes, peu de produits


Les trois chaînes, contraintes d’espace oblige, ne tiennent que quelques marques d’un produit. Une marque maison, pour le haut de gamme (Choix du président, Sélection, Nos compliments) et une marque sans nom. Plus deux marques nationales — les beurres d’arachides Kraft, par exemple, et Skippy, de Bestfoods Canada.


Cette concentration, à l’intérieur même des épiceries, permet à trois boulangeries industrielles de vendre 88 % du pain frais tranché au Québec. Elle explique aussi pourquoi, selon une étude de l’Université Laval (Lambert et al. 2004), les coûts de production ont davantage diminué que les prix des aliments payés par les consommateurs depuis l’entrée en vigueur de l’ALÉNA en 1994, ce qui fait que les marges de profits sont supérieures.


Loblaw-Provigo, Sobeys-IGA et Metro Richelieu se simplifient encore l’existence en exigeant des fournisseurs capables d’alimenter tous leurs points de vente au pays. Les petits produits sans prestige ou moins rentables sont biffés du listing.


Que reste-t-il de l’autosuffisance alimentaire dans ce contexte ? Réconciliées pour une fois, Loblaw et Sobeys gardent un silence pudique sur le pourcentage de produits québécois sur leurs tablettes. Metro avance 50 %. En réalité : « On est dans le noir le plus total, » tranche Jean Larose, directeur général de l’UPA.


L’avenir des produits québécois en supermarché demeure impossible à prédire, mais pour Jacques Légaré, président du Conseil de la transformation agroalimentaire et des produits de consommation, la concentration est inéluctable. « Dans 5 ou 10 ans, il y aura beaucoup moins de distributeurs et de fournisseurs à travers le monde. Ici comme ailleurs. »


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Les harceleurs sont parmi nous...

Mohamed Lotfi, Journaliste et réalisateur radio


Societas Criticus, revue de critique sociale et politique, Vol. 10 no 4, Le Journal/Fil de presse : www.societascriticus.com

Reçu le 8, publié le 22 mars 2008 avec la permission de l’auteur.


Le Québec est devenu la première juridiction en Amérique du Nord à adopter une loi sur le harcèlement psychologique au travail. Dans la première année de son adoption en juin 2004, 3500 plaintes ont été déposées.

Malgré l'embauche d'une trentaine d'enquêteurs supplémentaires, la Commission des normes du travail ne disposait pas assez d'avocats pour défendre les victimes. Un an et demi après l'adoption de la loi, une seule décision a été prise, en février 2006, en faveur d’une plaignante.

Colette Ganley travaillait comme gérante pour un restaurant Subway. Dans cette première décision en matière de harcèlement psychologique au travail, le Commissaire Michel Denis a reconnu que la plaignante a été victime.

La moitié des plaintes de harcèlement psychologique au travail déposées en 2005 se sont avérées fondées, indique un rapport soumis au gouvernement du Québec, deux ans après l'entrée en vigueur de la loi contre le harcèlement au travail. Dans la majorité des cas, les entreprises et administrations, publiques et privées, préfèrent obtenir des règlements à l'amiable.

Comment une commission peut-elle gagner de la crédibilité si elle ne produit pas plus de jugements pour rendre justice et dissuader les harceleurs ? Malgré l'adoption d'une loi sur le harcèlement au travail, la guerre d'usure contre les victimes, continue.

Le harcèlement psychologique en milieu de travail est une guerre en silence. Elle tue à petites doses des hommes et des femmes dans la plus totale indifférence. Ils sont de plus en plus nombreux et nombreuses, près de votre bureau, à mourir d'une mort lente. À chaque jour d'une semaine de travail, des milliers de gestes sont posés dans le but de transformer la vie d'un employé en enfer. Si des caméras cachées de CNN ou de TVA pouvaient les capter, vous seriez aussi terrifiés que devant les images d'une guerre civile en Irak.

Faut-il le voir et le vivre pour le croire ? Les images de guerre n’empêchent plus personne de dormir. Être victime ou témoin de harcèlement au travail peut porter gravement atteinte à la qualité de vie. Les caméras de télé n'investissent pas des milieux de travail, elles ne sont pas encore partout, mais les murs écoutent, regardent et ils leur arrivent, à l'occasion, d'avoir envie de hurler ASSISTANCE À PERSONNE EN DANGER.

Le harcèlement psychologique en milieu de travail est devenu un art digne d'un gala hebdomadaire. Comme dans n'importe quel art, certains excellent plus que d'autres. Suite à plusieurs attaques réussies, au bout de sa cinquième journée de guerre, le harceleur s'auto désigne le meilleur et s'autoproclame ''le harceleur de la semaine''.

Le harceleur de la semaine est un animal féroce qui a toutes les apparences d'un humain muni d'un cerveau programmé pour accomplir le crime parfait. Il arrive au travail, toujours avec un plan bien mijoté pour croquer sa proie sans laisser de traces. Vous ne saurez jamais le nom d'un harceleur de la semaine, vous ne verrez jamais son visage dans le journal.

Par définition, les harceleurs de la semaine sont anonymes. Entre eux, ils s'échangent volontiers des trucs et des procédés pour raffiner leur art. On atteint l'excellence dans le harcèlement en milieu de travail en provoquant des situations où le harceleur réussit à passer, auprès de ses patrons, pour un harcelé. Le harceleur de la semaine, fin renard, se plaint avant qu'on ne se plaigne de lui. Il est programmé pour écrire à ses patrons à la moindre occasion. Sa plainte arrive avant celle de sa victime. Parfois, il n'en revient pas lui-même d'obtenir gain de cause. Le harceleur de la semaine ne travaille pas, il tue.

Le harceleur de la semaine est une personne dont le cœur est gravement asséché. Incapable d'aimer ou d'être aimé. Toute son intelligence est mise au service d'une machine à tuer l'autre. Le harceleur de la semaine est en guerre perpétuelle contre l'humanité.

Les victimes du harcèlement en milieu de travail ne sont pas du même métal. Certaines résistent mieux que d'autres. Certaines se font justice elles-mêmes en tuant les attaques dans l'œuf. Mais la plupart des harcelés encaissent et souffrent en silence. Le harceleur de la semaine est assez malin pour ne pas s'attaquer à n'importe qui. Il sait apprendre de ses premières erreurs pour savoir reconnaître la victime parfaite. Par ordre de priorité, les précaires, les immigrants et les femmes, par leurs conditions, sont des cibles de choix pour faire l'objet d'offensive. L'employé qui réunit ces trois critères de vulnérabilités est forcément encore plus susceptible à faire objet d'agression.

Le pire des harcelés est celui qui refuse de se reconnaître comme victime. Il incarne le syndrome du survivant. Il se ment à lui-même durant des mois et des années. Il met les comportements harcelants qu'il subit sur le dos des conditions de travail. Il se voit plutôt victime de situations conflictuelles passagères et non de harcèlement psychologique. Telle que certaines femmes battues, le pire des harcelés trouve des excuses à son agresseur et lui pardonne.

Et ça continue ainsi durant des années jusqu'à ce que son corps sonne l'alarme. Il n'en peut plus de subir. Stress, angoisses et dépressions cumulés en silence finissent par donner lieu à des maladies graves. Dans certains cas, le suicide n'est pas exclu comme solution pour mettre fin au calvaire.

Dans certains milieux de travail, ce qui pourrait rajouter à la souffrance d'une victime de harcèlement, c'est le silence complice de son employeur et de ses collègues. Tout le monde sait, mais chacun fait semblant de ne pas savoir. Selon la loi sur les normes de travail, il est indiqué aux employés et aux employeurs de garder confidentiels les rapports, les plaintes et les avertissements.

Les silences renforcent le pouvoir du harceleur. Personne n'ose parler ou témoigner contre lui. Pour justifier leur impuissance, employeurs et employés évoquent le manque de preuves solides. En réalité, les collègues du harcelé ont peur d'être à leur tour victimes de harcèlement.

Quand à l'employeur du harcelé, il arrive que par son impuissance, il développe à son tour un art autrement plus mesquin. Celui de laisser croire au harcelé qu'il serait peut-être un peu responsable de ce qui lui arrive. On atteint le comble de l'absurde lorsque le harcelé le croit. Il se dit qu'il n'est pas faux que nous soyons en partie tous responsables du comportement des autres envers nous. Avec un tel raisonnement, le harcelé aggrave sa situation et devient effectivement en partie responsable de ce qui lui arrive.

Selon la loi sur les normes du travail, article 81.19, ''Le salarié a droit à un milieu de travail exempt de harcèlement psychologique. L'employeur a l’obligation de prendre les moyens raisonnables pour prévenir et faire cesser le harcèlement psychologique lorsqu’il est informé d’une telle conduite''. Par son impuissance à sanctionner l'harceleur, l'employeur finit par se constituer complice. Certains employeurs poussent l'absurde jusqu'à préférer renvoyer le harcelé que de punir le harceleur. Il est plus facile de se débarrasser du précaire que du syndiqué.

Selon les mêmes normes de travail au Québec, ''Les dispositions concernant le harcèlement psychologique s’appliquent à tous les salariés syndiqués ou non syndiqués et à tous les niveaux de la hiérarchie organisationnelle y compris les cadres supérieurs. Toutes les entreprises du Québec – autant du secteur privé que du secteur public sont visées par de telles normes''. Dans la réalité, la parole d'un précaire ne vaut pas celle d'un syndiqué encore moins celle d'un patron.

J'aurais bien aimé conclure en disant que tôt ou tard, le harceleur en milieu de travail finit par goûter à sa propre médecine, parce que le crime parfait n'existe pas. Hélas, les harceleurs sont parmi nous, plus nombreux qu'on ne le pense. Terroristes invisibles. Véritables ennemis de la paix. Des milliers de victimes de harcèlement en milieu de travail croupissent sous l'incompréhension et l'insensibilité de leurs collègues et leurs employeurs.

Aussi longtemps que le harcèlement en milieu de travail n’est pas considéré comme une responsabilité collective, tant que le silence des témoins persiste et tant que la nouvelle loi sur les normes de travail ne rend pas des jugements qui brisent le silence, les harceleurs seront encore plus présents et plus nombreux parmi nous.

Qui ne dit mot consent...


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Bolivie : La coca est là pour rester


Societas Criticus, revue de critique sociale et politique, Vol. 9 no 3, Le Journal/Fil de presse : www.societascriticus.com

Nous avons lu cet article dans Alternatives/Le Journal, Vol. 13 no. 7 / Avril 2007, et nous avons décidé de le reproduire dans le « Journal/Fil de presse » de Societas Criticus vu l’éclairage qu’il apporte sur la coca, qui ne doit pas se réduire à la drogue qu’on en tire. En fait, il est aussi con d’interdire les produit de la coca, dû à l’existence de la cocaïne, qu’il serait con d’interdire les produits de la patate si on réussissait à en tirer une drogue un jour, la « patatéïne » par exemple! Imaginez votre hamburger ou votre poulet sans frites; votre soirée du hockey ou de Super Bowl sans chips; votre rôti de bœuf sans patates en purées! Ce ne serait plus pareil. C’est un peu la même chose pour la coca…


A l’occasion d’une conférence de presse, tenue à Montréal il y a quelques années déjà, j’ai eu la chance de gouter de la tisane de coca et c’était bien. Un peu comme un thé vert avec un petit feeling de plus! Malheureusement, cette tisane ne semble pas se trouver en épicerie ici. Du moins je n’en ai jamais vu quand j’ai jeté un coup d’œil, mais faut dire que je n’ai pas poussé mes recherches plus qu’il ne le faut. Pourtant, il s’agissait d’un produit emballé comme toutes tisanes commerciales que l’on retrouve sur le marché. Un produit standard; rien de fabrication domestique, artisanale ou illégale. Un produit tout ce qu’il y a de plus commercial. Je ne me souviens plus de la marque, mais j’ai trouvé la Mate de Coca de marque Windsor Mate (www.hansa.com.bo/windsor/mates.php) sur internet, ce qui donne une bonne idée de ce que je veux dire. C’était peut être celle là même, mais je ne pourrais le certifier.


Sur ce, bonne lecture de cet article que nous reproduisons avec plaisir ici, d’autant plus qu’Alternatives mentionne dans ses pages que « La reproduction des textes est autorisée. Veuillez mentionner la source. » Vous trouverez toutes ces informations suite au texte.


Michel Handfield, éditeur Societas Criticus, 8 avril 2007


Bolivie : La coca est là pour rester

Louis Jean – 29 mars 2007


En Bolivie et dans les Andes, la feuille de coca fait partie de la vie de tous les jours, un peu comme le café en Occident. Mais plus au Nord, on continue de l’associer à son puissant dérivé, la cocaïne. Au point où la question est devenue un sujet de friction internationale.


Depuis six heures du matin, la soixantaine de soldats du peloton Amarillo patrouillent dans une région reculée du Chapare, à la recherche de plantations de coca. Il est près de midi lorsqu’ils découvrent finalement une petite parcelle de terre sur laquelle pousse le fameux arbuste, qui sert de matière première à la cocaïne. Sur l’ordre du caporal Chambi, qui dirige le peloton, les soldats se mettent aussitôt à arracher chaque petite pousse avec acharnement. Tout cela, alors même qu’ils mâchent... de la coca, la plante qu’ils sont justement en train d’éradiquer.


La situation des soldats illustre le dilemme devant lequel se trouvent les Boliviens. D’un côté, la feuille de coca joue un rôle central dans la culture locale. On l’utilise depuis des millénaires à des fins alimentaires, médicales, rituelles et sociales. D’un autre côté, le pays a besoin du support économique des Etats-Unis. Et celui-ci est conditionnel au respect de la politique d’éradication prévue dans leur ambitieux programme de lutte contre la drogue.


Depuis 1988, le gouvernement bolivien tolère la production d’une certaine quantité de coca, destinée à la mastication et à l’usage traditionnel. Mais au-delà de ce quota national, l’armée éradique des champs entiers, comme vient de l’apprendre à ses dépens Gregorio Udaeta, le petit producteur du Chapare dont les soldats s’affairent à détruire la récolte. « On a besoin de la coca parce que rien d’autre ne pousse dans cette terre, proteste-t-il. Il n’y a aucune autre plante qui puisse me donner un revenu pour faire vivre ma famille. »


Rien en faire. En 10 minutes, le vieil homme vient de perdre les trois quarts de son revenu annuel.


Dans une région comme celle du Chapare, la coca est avant tout une histoire de survivance. Le territoire, situé au centre du pays, a été peuplé par des gens qui, comme Gregorio Udaeta, se sont retrouvés sans emploi après la chute du prix de l’étain et la privatisation des entreprises d’État, au cours des années 1980. Confrontés à un sol peu fertile, en quête d’un revenu immédiat, plusieurs cultivateurs se sont tournés vers la coca. La plante était idéale. Contrairement aux arbres fruitiers, elle produisait une récolte dès la première année. La coca possédait aussi l’avantage de fournir trois récoltes par an. Sans compter qu’on pouvait la transporter assez facilement.


Reste que le principal attrait de la coca demeure son prix de vente. En raison de la demande élevée et du contrôle de la production, une livre de feuille de coca se vend environ 20 bolivianos (3 $) dans les marchés locaux. En comparaison, une livre de banane rapporte rarement plus que 50 centavos (7 cents). Voilà qui explique pourquoi, même si notre Gregorio Udaeta possédait une bananeraie de deux hectares, soit environ la superficie de quatre terrains de football américain, il tirait la majorité de son revenu d’une plantation de coca de la taille d’une patinoire de hockey.


Les vertus de la coca et les méfaits de la cocaïne


En Bolivie, le parfum caractéristique de la coca flotte un peu partout dans les maisons et dans les marchés. Les habitants l’ont totalement intégrée à leur mode de vie. Ils lui attribuent aussi de multiples vertus. « La coca aide mes hommes à travailler plus fort et elle leur permet de travailler plus longtemps », explique le caporal Chambi. « Et lorsque tu reviens à la maison avec un sac de coca, ta femme est contente, ajoute-t-il à la blague. Ça te permet d’accomplir ta mission. »


N’en déplaise au caporal Chambi, les vertus aphrodisiaques de la coca restent à prouver. Mais plusieurs des propriétés attribuées à la plante reposent sur des bases scientifiques. L’étude la plus exhaustive sur le sujet, réalisée par une équipe franco-bolivienne et publiée dans le Journal of Physiology en 1995, rapporte plusieurs effets positifs pour les « mastiqueurs ». Par exemple, en raison d’une augmentation du taux d’adrénaline dans le sang, ces derniers tolèrent mieux la fatigue et ils peuvent travailler plus longtemps. L’étude indique également que la coca permet de tolérer davantage la faim, le froid et le manque d’oxygène en altitude.


En Bolivie, les étudiants et les chauffeurs de taxi utilisent d’abord la coca pour vaincre la fatigue, un peu comme nous le faisons avec le café. Mais l’échelle mondiale, la coca n’est pas à la veille de remplacer le café. Depuis 1961, la plante sacrée des Incas est considérée comme un stupéfiant par le Bureau des Nations unies contre la drogue et le crime. Au même titre que l’héroïne. En Occident, on l’associe immanquablement à la cocaïne, son puissant dérivé. Tout cela même si la feuille de coca ne contient que de très faibles quantités de l’alcaloïde cocaïne, l’élément qu’on extrait pour produire la drogue.


Dans les faits, une chique de 12 grammes de coca permet d’ingérer l’équivalent de 60 mg de cocaïne. Mais comme l’absorption est très lente, l’effet sur le corps est assez limité. L’euphorie recherchée par les cocaïnomanes ne se produit pas, selon Hilde Spielvoguel, principale auteure de l’étude publiée dans le Journal of Physiology. « C’est dommage qu’il y ait tant de désinformation à propos de la coca. Dans les études que nous avons faites, nous n’avons rien trouvé de dangereux [...] La coca n’est pas plus une drogue que le café. L’effet de la coca est même très semblable à celui du café, mais sans produire de l’acide dans l’estomac », explique-t-elle.


De la coca à la présidence


On le devinera, la lutte contre la drogue menée par Washington, depuis les années 1980, n’est pas très populaire en Bolivie. Même le caporal Chambi, dont le travail consiste à détruire des plantations de coca, semble avoir des réserves. « S’il y a de la demande pour la cocaïne, il y aura toujours de l’offre. Et la demande, elle ne vient pas d’ici. Les Boliviens ne consomment pas la cocaïne », dit-il.


En attendant la suite, la lutte contre la drogue a fait naître l’un des mouvements politiques les plus puissants en Bolivie : les cocaleros. Organisés autour d’une structure syndicale héritée de l’époque minière, ces producteurs de coca ont orchestré plusieurs révoltes populaires. Au point d’être en partie responsables de la démission de cinq présidents boliviens au cours des six dernières années.


Faut-il s’en étonner ? L’actuel président, Evo Morales, est lui-même un ancien cocalero. Tabassé, emprisonné et qualifié de narco-terroriste par Washington, Morales a continué à lutter pour la reconnaissance de la coca. Il est vite devenu le chef de file du mouvement. En 2001 à Cochabamba, il a entrepris une marche de 384 km vers la capitale, devant des milliers de manifestants qui scandaient : « Vive la coca, mort aux Yankees ». Cinq ans plus tard, en décembre 2005, dans un revirement de situation totalement inattendu, le même Evo Morales a remporté les élections nationales. Avec 53,7 % des suffrages !


Devenu président, Morales a dû adapter quelque peu son discours. Il mène aujourd’hui une campagne internationale pour la décriminalisation de la coca sous la bannière : « oui à la coca, non à la cocaïne ». Autrement dit, il tente de convaincre le monde que la coca n’est pas de la cocaïne, tout comme le raisin n’est pas du vin. L’enjeu n’est pas négligeable. Une éventuelle reconnaissance internationale permettrait à la Bolivie d’industrialiser et d’exporter plusieurs produits à base de coca, comme des boissons énergisantes, du thé, de la farine et des cosmétiques.


« Nous exportons déjà à Cuba et au Venezuela » nous dit le porte-parole de la présidence, Alex Contreras. « Et nous comptons bientôt élargir notre marché à la Chine et à l’Afrique du Sud, qui sont particulièrement intéressées », ajoute-t-il. Selon lui, l’industrialisation de la coca s’inscrit même dans la nouvelle stratégie de lutte contre la drogue du gouvernement Morales. « L’industrialisation utilisera les excédents de coca, qui n’iront plus au narcotrafic », explique-t-il.


Pour mener à bien son projet, le président Morales a fait passer le quota national de coca de 12 000 à 20 000 hectares, en décembre dernier. Du même coup, il a légitimé la production de milliers de paysans qui, comme Gregorio Udaeta, étaient jusqu’alors considérés comme des narcotrafiquants.


Il n’empêche. La Bolivie a un long chemin à parcourir pour rallier les États-Unis à cette nouvelle stratégie. Depuis l’annonce de l’augmentation du quota de coca, en guise de représailles, les États-Unis ont réduit leur aide à la Bolivie pour le contrôle de la drogue de 25 %. Un dur coup pour l’un des pays les plus pauvres d’Amérique du Sud, qui est aussi l’un des plus grands bénéficiaires per capita de l’aide américaine au monde.


Le président Morales se retrouve donc coincé entre la volonté de Washington et les revendications du mouvement cocalero, qu’il dirige encore. Jusqu’à maintenant, il a réussi à convaincre les syndicats d’éradiquer une certaine quantité de coca, espérant ainsi pouvoir sauver les liens commerciaux privilégiés avec les États-Unis. On estime que le commerce avec le partenaire américain assure un emploi à environ 100 000 Boliviens, en plus de permettre l’exportation de produits d’une valeur de 300 millions de dollars.


Mais revenons à la plantation de notre Gregorio Udaeta, où les soldats du caporal Chiambi ont achevé la destruction de la récolte de coca. Tout s’est passé dans le calme. Même que le caporal ne cache pas sa satisfaction. « Avant, c’était des commandos [qui détruisaient les plantations], explique le caporal. Nous étions masqués et il y avait souvent des confrontations violentes avec les paysans. »


Comble de l’ironie, au moment où les soldats s’apprêtent à partir, Gregorio Udaeta leur tend un petit sac de coca, selon le rituel d’usage en Bolivie. Ce geste est central à toute une culture : on le fait par fraternité - comme les Occidentaux s’offrent un verre - mais aussi pour communier avec les ancêtres et la Pachamama, la Terre mère. Pour les soldats, qui viennent pourtant de détruire la plantation de coca du vieil homme, il ne saurait être question de refuser.


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Cet article a été réalisé avec le soutien financier de l’ACDI.


Source: Alternatives, Le Journal, Vol. 13 no 7 / Avril 2007 p. 1 et p. 5. Au moment où nous l’avons mis ce texte en ligne cet article était disponible à l’adresse suivante  www.alternatives.ca/article2841.html. Le site d’Alternatives est: www.alternatives.ca/.


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