vendredi, 10 février, 2006
www.michelhandfield.homestead.com
Les textes du Delinkan
Intellectuel!
Coéditeur de Societas
Criticus
La sociologie… pratique (1995 et 2002)
Exode des cervaux
(1999)
Le paradigme écologique (Société, mai 1998)
A quand un bordel d'État?
(Sept. 1996)
Un nouveau modèle
de Communauté Urbaine (5 juin 1996)
L'entreprise
de l'an 2000 (Sept.1991)
C’était demain (Sept. 1991)
Et l'exagération
des politiciens dans tout ça? (7 avril 1991)
Les
aspects sociaux du culturisme (19 juillet
1990)
Quelques idées
pour monter davantage à bord ...
(04-10-89)
Mémoire concernant la Politique de consultation publique en
matière d'urbanisme (non daté)
Les
deux textes suivants concernent la pratique de
la sociologie qui me tient à cœur même s’il ne s’agit pas d’une
évidence. L’un fut publié en 1991 et
l’autre en 1995, mais ils sont encore très contemporains, car la situation de
la sociologie ne s’est pas améliorée. Je n’ai pu trouver d’emploi en sociologie
même si les problèmes sociaux demeurent criants et les besoins d’analyse et
d’intervention, avec un point de vue sociologique, toujours là. On a souvent
notre place comme bénévole ou sur des conseils d’administration, mais nous ne
l’avons pas sur le marché du travail ni dans les professions, la Sociologie
n’étant pas corporatiste au même titre que l’est la psychologie.
Michel
Handfield, vendredi, 11 janvier, 2002
Pour
la pratique de la sociologie
Par Michel Handfield, M.Sc.
Montréal, le 15 janvier
1991 (Texte publié dans
Society/Société, Bulletin de la Société Canadienne de Sociologie et
d’Anthropologie, Mai 1991)
Étant
à la recherche d'un emploi depuis plus
d'un an, j'ai pu réfléchir à la situation du travail en sociologie. Je ne vous
apprendrai rien en vous disant que la situation n'est pas rose actuellement
pour nous. Cependant, je crois que certaines initiatives peuvent être prises
pour promouvoir l'usage de la sociologie dans divers milieux et ainsi
(espérons-le!) créer de l'emploi pour les sociologues. Comme c'est dans la
nature de notre discipline de faire des recommandations pour améliorer les
choses, c'est ce que je vais faire ici pour notre profession.
I.
Vendre la sociologie:
Il y
a peu de postes qui s'offrent aux sociologues actuellement. Pourtant, la
sociologie est loin d'être une discipline limitée. Elle s'intéresse à tous les
aspects de la vie sociale et communautaire: la culture, la politique,
l'éducation, la santé, le travail, les organisations, les communications, etc. Elle peut ainsi jouer un rôle bénéfique
dans plusieurs milieux. Mais son utilité semble méconnue hors de l'enseignement
(collégial et universitaire) et de la recherche. Il faut donc vendre la sociologie.
C'est un des objectifs que doit viser notre association pour le bien de tous
ses membres. Quant à savoir comment, il faudrait en discuter, mais j'ai
néanmoins quelques propositions de départ. Ainsi, il faudrait:
1)
Présenter la sociologie comme une profession (ou comme un «métier») utile et
nécessaire et le sociologue comme ayant des compétences particulières à offrir,
car la sociologie est trop souvent perçue comme une discipline «culturelle».
«Vous êtes cultivés, mais à quoi servez-vous?» demandent certains!
2)
Promouvoir l'utilisation de la sociologie dans diverses organisations et divers
milieux (industries, commerces, secteur public, médias, syndicats, corporations
de développement, services de consultation, commissions scolaires, milieux
culturels et éducatifs, affaires
sociales, groupes communautaires, etc.) en montrant
que les sociologues peuvent y jouer un rôle
important, notamment en analysant et en intervenant
dans le système social, qui est trop souvent négligé au détriment des autres
systèmes: technique, économique, et juridique. (1)
Par exemple, dans un récent article, Finkelstein
conclut qu'un besoin existe pour l'utilisation de la
sociologie dans les milieux industriels. Mais il
faut montrer notre intérêt pour ce domaine si
on veut le pénétrer: «if
sociologists fail to take the initiative, professionals from other fields
will continue to dominate this area and the recognition of and the demand for
sociological practice will be diminished» (1990, p. 75).
3)
Montrer que si la sociologie peut être théorique, elle peut aussi être
appliquée. Il est d'ailleurs temps de promouvoir ce rôle, car seul son rôle théorique semble connu (et souvent mal connu).
4)
Faire valoir que si la sociologie est parfois critique, ce rôle est souvent
nécessaire. Sinon, on ne peut vérifier si ce qui est fait ou planifié est «valable». Nombre d'échecs (dans des choses aussi diverses
qu'un plan de marketing, une réforme pédagogique, un plan d'aménagement
urbain, une réorganisation industrielle, etc.) sont
d'ailleurs dus à un manque d'analyse sociale et
d'approche critique, c'est‑à‑dire à la
non vérification et à la non conformité
du projet avec ce que les groupes sociaux demandent
(employés, clients,
bénéficiaires, etc.).
5) Publier
les offres d'emplois en sociologie appliquée dans «Society/Société».
En
bref, ce que l'on doit faire semble clair: il faut faire connaître le rôle que
nous pouvons jouer dans différentes organisations,
différents milieux, et différents domaines d'application.
Un Comité de promotion doit être mis sur pied. Il
faut relever ce défi pour notre avenir.
II.
Création de sections de sociologie:
Si
l'on doit promouvoir l'usage de la sociologie dans les organisations,
l'on doit aussi favoriser les échanges entre les sociologues,
qu'ils soient intéressés par la sociologie appliquée ou différentes
spécialisations de la sociologie. Pour cela il faut:
1)
Mettre sur pied une section pour les membres faisant (ou étant intéressé à
faire) de la sociologie appliquée de manière à favoriser les contacts entre
eux.
2)
Créer des sections pour les membres intéressés par des secteurs
particuliers d'analyse sociologique peu importe leur type de pratique
(sociologie appliquée, recherche
théorique et expérimentale, enseignement, etc.),
soit: travail et organisations, développement, éducation, affaires sociales et santé, médias, politique, théories, méthodologies, etc.
3)
Donner de l'espace aux différentes sections dans «Society/Société» si elles ont des communication
à faire. Si elles deviennent assez forte elles pourront publier leur propre bulletin.
4)
Permettre aux membres de l'association à la recherche d'un emploi dans un
secteur particulier de la sociologie de s'inscrire
aux sections qui l'intéressent (y inclus la «section de sociologie
appliquée») et de participer à leurs activités.
III.
Conclusion:
Ce ne
sont là que quelques idées. Peut être pourront-elles aider à la promotion de la
sociologie et à sa percée dans de nouveaux milieux. Personne d'autres que nous
peut le faire à notre place. Il faut nous faire connaître pour nous développer. Les sociologues américains l'ont compris et je crois que nous devons
suivre ce mouvement. A titre d'exemple l'American Sociological Association a une
section sur la pratique. On trouve aussi quelques
associations spécialisées en Sociologie appliquée aux Etats‑Unis.
Nous devons y voir pour favoriser la demande de notre profession et la création
d'emplois en sociologie. Cela devrait même se faire
en collaboration avec L'Association
Canadienne des Sociologues et Anthropologues de
Langue Française (ACSALF) pour le bien de tous les sociologues.
Telle
est ma réflexion pour une pratique de la sociologie. Si
vous avez des commentaires à formuler à ce sujet vous
devriez les communiquer à l'association ou à la
revue. C'est pour le bien de tous.
Référence:
Finkelstein, Marvin S., 1990, Sociologists
needed: But will they come forward in America's industrial
transformation, in Sociological Practice Review, (august).
Note:
(1)
Ainsi, les entreprises prennent davantage en considération les systèmes
technique et économique que social. Ce dernier est pourtant tout aussi
important, la production étant le fait des investissements (économique), des
équipements et méthodes (technique) et des employés
(social). Pour tout dire, le système juridique (lois du travail, des
corporations, etc.) est davantage respecté que le système social.
Au
niveau de la société globale aussi le social est quelque peu oublié, le
Politique considèrant davantage le juridique. En
voici deux exemples.
D'abord,
il garantit le «Droit à», mais ne donne pas nécessairement les moyens d'en jouir. Prenons le droit au
travail: il est garanti, mais le Politique ne cherche pas pour autant des ressources et des alternatives
(sociale, technique, et économique) pour créer davantage d'emplois pour l'honorer! Ce droit est juridique;
il n'est pas socialement concret. Il est, et cela
doit suffire! Il y a là tout un champ de recherche pour nous.
Ensuite,
le Politique décide souvent, par lois et décrets, des conditions sociales et
économiques des citoyens sans les avoir consulté au préalable. Et même
lorsqu'il y a eu «consultation», il y a souvent une
marge entre aller voir ce qui se passe dans la population, le vrai monde (ethnométhodologie), et écouter des groupes de pressions dire ce qu'ils veulent ou ne veulent pas, au nom
de la population, ou de segments de la population, qu'ils estiment
représenter!
Les
sociologues seraient donc utiles à plus d'un point pour éclairer le couple
«juridico-politique». J'en donne deux exemples.
D'abord,
les organismes des «droits de la personne» et les institutions juridiques bénéficieraient certainement de la présence de sociologues, car nous pourrions poser plusieurs
questions socialement pertinente. Par exemple: S'il y a des droits, y a-t-il aussi
des investissements à faire pour les rendre opérationnels (réels)? Y a-t-il
aussi des devoirs qui les accompagnent? S'il y a des
risques à pousser le droit collectif à son extrême (totalitarisme), y en a-t-il aussi à pousser les droits
individuels à leur extrême (anarchisme)? Est-il
mieux d'atteindre un équilibre entre les droits individuels et collectifs que de donner l'avantage à l'un sur l'autre? Comment, si c'est le cas? Le
juridique ne fait pas ces débats, mais le social le peut.
Ensuite,
dans la recherche d'alternatives pour tenter de
résoudre certains des problèmes que posent les sociétés avancées (non-emploi et
autres problèmes) nous pourrions faire des études du
vrai monde: aller voir ce qu'ils font (ici et ailleurs) et ce qu'ils ont à dire
pour élargir les options disponibles au Politique. Ce serait pour le bien de tous.
Ce
sont là des rôles importants, mais ce ne sont pas les seuls. D'autres milieux
auraient eux aussi avantage à nous utiliser. Je ne peux cependant pas continuer
à en parler ici, cette note étant déjà trop longue pour une note!
Pour
la création d'une section de Sociologie Appliquée et
de groupes d'intérêts en sociologie
Michel Handfield, M.Sc. sociologie
(Texte publié
dans Society/Société, Bulletin de la Société Canadienne de Sociologie et
d’Anthropologie, Février 1995)
Summary:
Sociology have 3 kinds of practice: Teaching, Research, and Applied
sociology (or Sociological Practice). The later is our subject. Two ideas are
presented here. First, the need to create a practical section for sociologists
who work out of research and teaching ‑‑ by example in delinquency,
organization development, community organizations, etc. For them we can open
some pages of the review for practical topics; workshops in the Congress; and a
network of practitioners. We have to promote applied sociology because in the
same time sociologists have difficulties to work, some gurus, without adequate
formation, have contracts in enterprises to improve social things. Second, we
need networks in the diverse fields of sociology ‑‑ education,
social psychology, work and organization, environment, health, etc. ‑‑
to promote exchanges between practical sociologists, researchers, teachers and
students interested by those fields. We have to do that for the future of our
profession. Your comments will be send (at my
attention if you want) to the association at Montréal.
******
En tant que sociologue pratiquant hors université je ressens
un vide, car le métier de sociologue dont on entend le plus parler est celui
d'universitaire (recherche et enseignement). Ce n'est pourtant pas celui de la
majorité d'entre nous. (1) Que peut faire l'Association pour ces autres
sociologues? C'est la question que je pose ici en espérant qu'elle soulève une
réflexion au sein de notre communauté.
1. Pour la création d'une section de Sociologie
appliquée – ou Pratique:
De façon claire et précise il y a trois genres de pratique
en sociologie, soit:
‑ L'Enseignement, Collégial et Universitaire, ce qui
n'a pas besoin d'être davantage explicité ici.
‑ La Recherche, théorique et appliquée, peu importe
qu'elle soit faite en institution d'enseignement ou non ‑‑ c'est‑à‑dire dans des universités, des centres de recherche
privée, des institutions publiques et parapubliques, des entreprises, des
organismes sans buts lucratifs, etc. Ce n'est pas l'objet de ce texte, mais les
chercheurs hors université peuvent y trouver un intérêt, car ils vivent des
problèmes semblables à ceux des praticiens. (2)
‑ La sociologie appliquée ou pratique (3), l'objet de ce
texte, qui peut être définie comme l'ensemble des pratiques et interventions
qu'un sociologue peut faire tout en conservant un cadre de référence et une
méthode sociologique. Ce peut être de l'intervention en délinquance, de la
réorganisation d'entreprise, de la gestion communautaire, du diagnostic, de la
formation en milieu de travail, etc. C'est une sociologie dans l'action. (4)
Dans la sociologie appliquée, le vécu prend toute son
importance. Pourtant il circule peu. C'est là un paradoxe, car le résultat des
pratiques et des développements méthodologiques que cela apporte ne peut être
partagé que dans notre milieu immédiat et à travers quelques réseaux, mais ces
connaissances sont peu diffusées au sein de la profession et de son
enseignement. (5) Ce vécu (observations, méthodes de travail et d'intervention,
etc.), est donc perdu pour la profession. Les autres sociologues, qui feront
face à des conditions semblables, se devront de refaire les mêmes cheminements
pour développer leurs pratiques. Pourquoi avoir à réinventer la roue à chaque
fois quand on peut s'entraider?
Un moyen de s'entraider est de créer une section de
sociologie pratique au sein de l'Association. Nous aurions ainsi un réseau
d'échange sur nos pratiques, nos méthodes et nos besoins. Nos savoirs
circuleraient.
Quelques pages de la
revue (Société/Society) pourraient être consacrées à la sociologie appliquée à
chaque parution. Les praticiens auraient alors accès à l'information dont ils
ont besoin. De plus, comme l'information serait accessible à tous, les
enseignants et les chercheurs pourraient s'en servir pour élargir leurs
méthodes et enseignements. Quant aux étudiants cela leur donnerait une idée de
ce qui les attend hors université pour mieux s'y préparer.
En plus de quelques pages de la revue consacrées à la
pratique, nous pourrions aussi organiser des ateliers, dans le cadre du congrès
de l'Association, et un réseau d'échanges entre praticiens. C'est à nous de
voir ce qui peut être fait. Pouvons nous prendre notre
profession en main? Sociologues unissons‑nous!
Un autre fait milite pour que l'on agisse: le besoin, car le
marché est là. Il faut cependant le vouloir, le travailler, se faire connaître.
La Presse titrait récemment «Entreprises: le désarroi des gestionnaires favorise
les gourous. Le directeur de l'ENAP y voit une raison de la percée des cours d'éco‑gestion de Gilles Charest et des conférences de
Luc Jouret.» (6)
En bref, M. Pierre Decelles, le Directeur de
l'ENAP, nous y apprend que les gestionnaires ont de la difficulté dans «le
domaine de
l'interpersonnel» et qu'ils cherchent des réponses.
Trois sources sont à leur disposition:
La première est scientifique,
appuyée par la sociologie et la
psychologie. La deuxième est empirique. Des gestionnaires d'expériences forment
des plus jeunes.
Dans la troisième catégorie, on
retrouve des formateurs qui ont une vision plus ou moins participative, basée
sur des valeurs morales ou pas, sur des idéologies de gauche ou de droite.
«C'est là que se situent souvent des gens qui ont
des comportements plus preacher.»
(7)
Combien privillégient la troisième option, avec des résultats qui
peuvent être décevants? Pourquoi laisser des gens s'improviser spécialistes en
relations sociales pendant qu'on nous dit qu'il n'y a pas de besoin pour nous
en entreprise?
Pendant que nous vivons des problèmes de non‑emplois
dans notre profession, «des gens avec beaucoup de charisme, mais dont les
présentations ne sont appuyés sur aucune formation universitaire profonde ou
aucune expérience de gestion profonde» (8), travaillent! C'est une question que
nous devons regarder. Nous devons promouvoir la sociologie appliquée.
2. La mise sur pied de groupes d'intérêts:
Nous devons former des réseaux spécifiques aux différents
secteurs de la sociologie pour faciliter les échanges entre praticiens,
chercheurs, professeurs et étudiants selon leurs champs d'intérêts. Ces groupes
se confondraient aux divers secteurs de la sociologie: travail, profession et
organisation; psycho‑sociologie; éducation;
santé et services sociaux; environnement; politique; etc.
Chaque réseau pourrait faciliter les échanges entre ses
membres par...
1) Un bulletin trimestriel (d'une page ou plus ou par l’Internet)
dans lequel on trouverait des informations pertinentes: recherches, échanges
(Questions/Réponses), dernières publications, conférences, etc.;
2) Des ateliers, qui pourraient être tenus dans le cadre du
Congrès ou à d'autres occasions;
3) Un bottin des membres pour faciliter les contacts entre
eux.
Conclusion:
On se doit d'ouvrir des possibilités pour ceux qui sortent
de l'Université et qui veulent travailler dans des champs moins traditionnels
que l'enseignement et la recherche. La profession n'a pas le choix, car si on
forme des étudiants qui n'auront pas de débouché, il y aura de moins en moins
d'étudiants intéressés par la sociologie et, avec moins d'étudiants, il y aura
de moins en moins de besoins de professeurs. Cette question est importante pour
toute la profession et ne doit pas être prise à la légère.
Les faits militent pour la création d'une section de
sociologie appliquée ou pratique et de groupes d'intérêts dans l'Association.
Naturellement, ce n'est réalisable que si un intérêt est manifesté par les
membres. Il faut diffuser ces idées pour rejoindre le plus grand nombre de
sociologues.
Vos commentaires seront bienvenus à l'Association. Vous
pouvez aussi communiquer avec moi par l'intermédiaire de l'Association à
Montréal, car c'est un dossier que je compte travailler avec eux si le temps me
le permet.
Notes:
1. Il y a quelques années Jean Renaud écrivait ceci:
Fait banal: la sociologie existe et se pratique hors les
murs des universités. Ce fait «banal» devient singulièrement curieux lorsqu'on
réalise que cette sociologie est, somme toute, peu ou pas connue... et quasi
absente des enseignements et des publications universitaires. Ce n'est pas la
faute du nombre: au seul niveau des études supérieures, près de 600 étudiants
ont été inscrit depuis 1972 au département de sociologie de l'Université de
Montréal. Si on ajoute les diplômés du baccalauréat et les diplômés des autres
universités québécoises, il s'agit, non plus de centaines, mais bien de
milliers de sociologues que les universités ont produits... puis en quelque
sorte oubliés. («La sociologie hors université ou l'invisible sociologie», in
Sociologie et Sociétés, «Sociologie hors université», Vol. XX, no 1, Avril
1988, p. 5)
2. Concernant la
recherche deux questions peuvent être soulevées. D'abord, doit‑il
y avoir une section de recherche au sein de l'Association (section qui
regrouperait tant les chercheurs universitaires qu'hors université)? Ensuite,
la plupart des travaux diffusés dans les revues de sociologie étant ceux
d'universitaires, doit‑on faire davantage de
place à la recherche hors université dans les publications de sociologie et,
particulièrement, dans le «Society‑Société»?
Pour ceux que cette seconde question intéresse je leur suggère la lecture du
Sociologie et Sociétés sur la «Sociologie hors université» (Vol.
XX, no 1, Avril 1988). La réponse à ces questions appartient
cependant aux chercheurs. Je ne pouvais que soulever le parallèle entre
pratique et recherche hors université ici.
3. Nous considérons ces deux expressions, Sociologie
Appliquée ou Sociologie Pratique, comme équivalente dans notre texte.
Cependant, le terme «sociologie pratique» est celui utilisé par l'American Sociological Association, qui a d'ailleurs une section
pratique: «Sociological Practice Section».
4. C'est ma définition de la sociologie appliquée ou
pratique. Dans le «Dictionary of Sociology»
(Collectif, 1988, Penguin Books), nous trouvons
plutôt la définition suivante:
Applied
Sociology: While the methods and substantive
findings of sociology are frequentely applied, the
notion of applied
sociology is neither a discrete and developed area of the discipline nor a term
wich is commonly used by sociologists. It raises
problems of ethics and professional autonomy. (pp. 12 et
13)
Cependant c'est là une définition qui écarte plus le sujet
qu'il ne l'éclaire. Avec une telle définition on risque de passer à côté d'un
enjeu important pour la profession. D'ailleurs, ce n'est pas d'aujourd'hui que
certains sociologues utilisent ce terme et/ou veulent promouvoir cette pratique
pour la profession. Il y a 10 ans Howard E. Freeman et Peter H. Rossi avaient
écrit un article visant à promouvoir la pratique et l'enseignement de la
sociologie appliquée aux Etats‑Unis: «Furthering the applied side of Sociology» in American Sociological Review, August 1984
(Vol. 49 no. 4), pp. 571‑580. Je l'avais lu avec intérêt à
l'époque et il a certainement marqué mon
désir de faire de la sociologie appliquée ou pratique.
5. Cela est d'autant plus vrai que dans ce type
d'intervention on est souvent dans des équipes multidisciplinaires, ce qui fait
que les contacts que l'on a ne sont pas avec des sociologues, mais avec des
gens d'autres disciplines.
6. Presse Canadienne, in La Presse, 22 octobre 1994, p. A 4
7. Ibid.
8. Ibid.
Montréal, le 19 août 1999
Depuis quelques temps il y a un débat sur l’exode des
cerveaux. Malheureusement, ce n’est pas le débat à faire, car l’exode des cerveaux
est une conséquence des débats que nous n’avons pas fait
lorsqu’il était temps de les faire, soit avant de choisir de nous aligner sur
les courants dominants de la productivité et du développement économique
"prêt à consommer"!
D’abord, si l’on veut conserver nos cerveaux, il faut
justifier leur présence. C’est-à-dire qu’il faut les utiliser. Historiquement, au lieu de développer nos
entreprises, nos politiques ont davantage favorisées la venue d’entreprises
étrangères, en insistant sur les capacités de production de la main-d’œuvre
canadienne. Nous avons favorisé une économie consommatrice de notre
main-d'œuvre et de nos richesses naturelles, mais pas nécessairement de nos
cerveaux. Nous avons prouvé que nous pouvions être bons et rentables pour produire
ce que d’autres pensaient. D’autres pays ont aussi suivi cette voie, ce qui met
en concurrence nos industries avec les pays asiatiques et d’Amérique du Sud, où
les salaires sont inférieurs aux nôtres. En fait, on peut produire des autos,
des camions, etc., mais ce n’est pas nécessairement nous qui les pensons. Alors
nos cerveaux qui ont la capacité et le désir de les penser doivent s’expatrier.
Nos choix de développement en sont une des causes. Et cela dans plus d’un
domaine. A titre d’exemple, je suis sociologue et je me suis fait répondre à
quelques reprises dans l’industrie et dans des entreprises de services, qu’ici
on n’est qu’une filiale américaine et qu’on n’engage pas de sociologues. S’il y
a un problème, le siège social à New-York en a! On dépend souvent des
professionnels d’ailleurs dans les entreprises.
Ensuite, l’on dépend des courants mondiaux. Les
entreprises ont peur d’essayer quelque chose de neuf. Dans plusieurs domaines
des entreprises naissantes et des professionnels ne sont pas soutenus, car
leurs idées sont novatrices, leur secteur d’activités méconnu ou peu développé.
Ce sont des pionniers et le secteur bancaire veut des valeurs sûres. Tout le
monde a entendu des histoires d’entreprises révolutionnaires (novatrices) qui
n’avaient pas de financement avant d’être acheté par des “Majors” américains.
La même chose est vraie des professionnels. Je me suis déjà fait dire que
j’avais de bonnes idées au niveau organisationnel, mais que si les américains
ne le faisaient pas, c’est parce-que ça ne devait pas se faire! Essayer de dire
que s’ils ne le font pas, c’est parce qu’ils n'ont peut être pas eu l'idée et
vous passerez pour un idéaliste au mieux, un fou sinon!!!
Troisièmement, est-ce que les cerveaux dont ont parle
englobent toutes les disciplines ou se limite-t-on à quelques disciplines
vedettes? Parfois un diplômé en philosophie, en sociologie ou en science
politique pourrait être d’un apport aussi important pour l’entreprise qu’un
ingénieur ou un chimiste. Naturellement ce ne serait pas de la même façon, mais
est-ce la façon ou l’apport qui compte?
D’ailleurs, le film Kodachrome fut inventé par deux pianistes et le
stylo bille par un sculpteur! Il y a de ces paradoxes parfois.
Enfin, si des cerveaux quittent, d’autres sont prêts à
les remplacer. Mais est-ce que nos paradigmes nous permettent de les voir?
Peut-être y-t-il des génies assis à la maison, découragée de se faire dire
qu’ils n’ont pas d’expériences, et qui seraient heureux d’aider des entreprises
dans le besoin. Mais les critères que l’on pose
empêchent de voir d’autres alternatives. Je suis sûr, qu’avec un
salaire, les "laissé pour compte" des critères actuels, ne se
plaindraient pas de payer de l’impôt. Car si l’on paie de l’impôt c’est que
l’on a (enfin) un revenu décent et une reconnaissance. Je suis de ceux qui
attendent.
Michel Handfield, M.Sc. Sociologie
Délinquant intellectuel
Le paradigme écologique et le développement
économique
Michel Handfield,
M.Sc. sociologie
16 décembre 1997
(Paru dans Society/Société,
Vol. 22 no. 2, May/Mai 1998, pp. 19-21)
On oppose souvent environnement et développement
économique, comme si l'on devait choisir l'un ou l'autre. Si, au contraire, le
paradigme écologique représentait le développement durable de l'économie,
incluant celui de l'emploi! C'est l'avenue que nous prenons ici. Ce paradigme
(1) répond aux problèmes que pose le paradigme économique actuel: pollution,
dégradation des milieux de vie et diminution de l'emploi. C'est ce que nous
allons tenter de démontrer à travers les exemples du libre-échange et du
développement urbain. Peut-être que la forme n'est pas au point, mais certaines
idées méritent d'être présentées au plus tôt.
1. Le libre-échange:
Au niveau économique la question du libre-échange n'a
pas la même portée si on inclut la donnée environnementale. Selon la théorie
néo-libérale, le libre-échange favorise la libre circulation des produits les
plus efficaces. Si on pose la question de l'efficacité environnementale cependant,
le bilan n'est plus aussi positif. Il y a des risques et des coûts écologiques
associés au transport des marchandises qui doivent être pris en compte: les
ressources non-renouvelables utilisées pour le transport (mazout), les risque
qu'un bateau coule, les risques de déversement de matières toxiques sont tous
des facteurs qui menacent l'environnement. Si les sources énergétiques ou
alimentaires sont taries à cause de leur surexploitation ou de dommages
environnementaux, que ferons-nous demain? (2)
Il ne faut pas croire qu'on ne doit pas échanger.
Mais il ne faut pas le faire n'importe comment. On doit se poser la question de
l'efficience. Si les produits «échangés» sont des biscuits par exemple,
peut-être que leur libre-circulation n'est pas ce qui est le plus efficace, vu
les coûts et les risques du transport. De plus, si les ventes sont inégales, il
y aura chômage dans les pays où les échanges sont déficitaires. Mais il y a des
alternatives, telle la libre-circulation des recettes! (3)
Le libre-échange peut être un transfert de compétence
plutôt qu'un échange de produits. C'est dire qu'on ne doit pas s'arrêter à une
vision matérialiste de l'échange. En ce domaine, comme en d'autres, on se doit
d'être créatif.
Naturellement, certains produits doivent être
importés (pour des raisons techniques ou de manque de ressources), mais rien
n'empêche la recherche de solutions de remplacement qui se fondent sur les
ressources locales, principalement si elles sont renouvelables. C'est le cas
des recherches sur la voiture électrique. (4)
2. Le développement urbain:
Le paradigme environnemental concerne beaucoup plus
que les produits de consommation. Les 3 R que sont la réutilisation, le
recyclage et la récupération peuvent aussi s'appliquer à la production urbaine.
Pourquoi démolir au lieu de réutiliser ou recycler les édifices? Et si l'on
doit démolir, pourquoi ne pas récupérer les matériaux?
Pourquoi concentrer les entreprises dans des parcs
industriels périphériques? Pourquoi ne pas favoriser la réutilisation des
anciens parcs industriels de quartier pour des industries peu nuisibles? On
pourrait y promouvoir l'installation d'industries légères (comme l'informatique
ou le vêtement) qui créeraient de l'emploi pour le quartier. On pourrait aussi
réserver des espaces pour des incubateurs d'entreprises favorisant les
entrepreneurs locaux qui veulent répondre à des besoins spécifiques du
quartier. En fait, certains de ces parcs industriels ont l'air de zones
sinistrés (à Montréal du moins), et n'invitent pas à s'y installer. Ils se
dégradent irremédiablement. Pire, avec les pertes
d'emplois pour les citoyens des zones environnantes, cela a des répercussion
sur l'environnement socio-physique des quartiers: dégradation des logements,
augmentation de la délinquence et de la criminalité,
etc. Sans compter que ces bâtiments peuvent servir de repère aux délinquants,
ce qui ne rassure pas la population limitrophe. On se demande ensuite pourquoi
la ville perd son attrait...
On peut aussi questionner les liens entre consommation,
environnement et urbanisme. Je pense au dossier des grandes surfaces (les
magasins-entrepôts) à Montréal et ailleurs. On parle à la fois d'une baisse de
la consommation et d'un besoin de magasins plus grands. Pourquoi? Ce peut être
parce-que les consommateurs demandent plus de choix; parce-qu'on
nous impose de plus en plus de produits; mais aussi parce-que le marketing est
de plus en plus vorace d'espace: on fabrique 15 formats de «pot de confiture»
pour ne pas laisser de place aux produits concurrents sur les tablettes! On
grossit alors les magasins pour offrir le plus de formats et de produits
possibles. L'aspect marketing est particulièrement apparent dans les produits
informatiques, surtout les logiciels. Combien de ressources et d'espace sont
gaspillés par des emballages plus gros que nécessaire? Tout un programme entre
sur un CD-ROM avec fonctions interactives de dépanage
et d'apprentissage, mais il vient dans une boîte pouvant contenir 200
disquettes! On requiert de plus en plus de surface à l'intérieur des magasins
pour placer du contenant «vide». Cela représente (i) un coût économique direct
pour les consommateurs, car on paie pour l'embonpoint des contenants; (ii) des
coûts environnementaux: gaspillage des ressources et utilisation moins efficace
de l'espace urbain, car il faut des magasins de plus en plus grand pour stocker
des emballages de plus en plus obèses; et (iii) des coûts sociaux, car les
magasins de quartier ferment, n'ayant plus l'espace pour offrir tous les
produits demandés, et les rues commerciales se dégradent. Ceci oblige les
citoyens à se déplacer plus loin pour faire leurs achats, ce qui a un coût
environnemental direct, car les déplacements motorisés sont énergivores.
Conclusion:
En tant que citoyen et consommateur on doit demander
que les entreprises tiennent compte de l'environnement dans la conception, la
production et le marketing de leurs produits. Si on n'est pas vigilant,
personne ne le sera à notre place.
En fait, la beauté du paradigme écologique est qu'il
élargit la vision. Ce n'est pas un paradigme qui remplace les autres, mais qui
s'y ajoute. On peut questionner tous nos comportements -- qu'ils soient de
consommation, politique ou économique -- sous cet angle. Les entreprises et les
gouvernements peuvent aussi se questionner -- stratégie, production, marketing,
lois et règlements, etc. -- à partir de ce paradigme: le choix que l'on pose
est-il le meilleur pour l'environnement? S'inscrit-il dans un modèle de
développement durable de la planête? Y-a-t-il des
alternatives? On doit se questionner comme individu, mais aussi questionner
tous les Forums et toutes les organisations auxquelles nous participons: école,
employeur, services municipaux, partis politiques, etc. Notre avenir en dépend.
A nous d'être responsable.
Notes:
1. Parmi les auteurs qui ont mis la main à la
construction de ce paradigme du développement durable il y a E.F. Schumacher,
1978, Small is beautiful,
Seuil: Point; Vaillancourt, Jean-Guy, Tessier, Robert, 1996, La recherche
sociale en environnement: nouveaux paradigmes, Montréal: Presses de
l'Université de Montréal; Stead, W. Edward, & Stead, Jean Garner, 1996, Management for a small planet, U.S.A: Sage; et
plusieurs autres.
2. A ce sujet voir: André Gorz/Michel
Bosquet, 1977, Ecologie et Politique, Seuil: Point; Dumont, René et Mottin,
Marie-France, 1982, L'Afrique étranglée, Seuil: Point; et Stead,
W. Edward, & Stead, Jean Garner, 1996, Management
for a small planet, U.S.A:
Sage.
3. Cet exemple est
adaptée de Stead, W. Edward, & Stead, Jean
Garner, Management for a small planet, U.S.A: Sage (p. 111) qui citent Daly, H.E., 1993 (November), The perils of free
trade, Scientific American, pp. 50-57.
4. Cette solution, valide pour nous qui avons de
l'hydro-électricité, serait moins efficiente pour un pays qui doit produire son
électricité à partir de charbon ou de pétrole importé. C'est une question de
ressources disponibles. Certains pays auraient avantage à se tourner vers
d'autres sources énergétiques renouvelables et disponibles localement (comme le
soleil ou le vent).
Voir Montréal, 26 septembre au 2 octobre 1996, p. 11;
Montréal, le 23 août 1996
Suite au
mécontentement face au projet de transformer l'ex- Forum de Montréal en complexe
de cinémas on est en droit de s'interroger sur les solutions possibles. Tous
s'entendent pour dire qu'il faut quelque chose qui crée un achalandage dans le
secteur -- donc ni des résidences ni un parc de stationnement.
Par contre
on ne veut pas de nouveaux cinémas ni de nouveaux commerces, car ils seront en
concurrence avec ceux existants. Cela menacerait la survie de la rue
Sainte-Catherine en diluant l'achalandage de la clientèle. Que reste-t-il à
faire de ce site si on ne veut ni résidences, ni nouveaux commerces, ni
cinémas?
Peut être
pourrions-nous faire un «Bordel d'État», car tout comme le jeu peut être
légalisé s'il est tenu dans un lieu Gouvernemental avec l'objectif honorable de
remplir les coffres de l'État, on pourrait transformer le Forum en «Bordel
d'État» avec le même objectif de renflouer le trésor public! Il y aurait assez
de place pour faire un Club de spectacles à l'Européenne et des bordels
spécialisés pour hommes, femmes, gais et lesbiennes. On étatiserait ainsi la
prostitution pour aider le Québec à se sortir du trou! N'est-ce pas Charlebois
qui disait qu'au Québec «tout commence par un Q et fini par un bec» dans une
chanson célèbre. Si cela se fait pour le jeu, je ne vois pas pourquoi cela ne
se ferait pas aussi pour le sexe. De toute façon le commerce du sexe existe
déjà, alors pourquoi ne pas le mettre à contribution pour éponger le déficit?
Et pour se
donner bonne conscience on pourrait utiliser la notoriété de ce «Bordel d'État»
pour promouvoir des habitudes sexuelles plus sécuritaires. Ce Bordel aurait
ainsi une mission sociale acceptable. N'est-ce pas ce que la SAQ fait quand
elle prône la modération tout en cherchant à accroître ses ventes de
boisson? Ce ne serait pas plus contradictoire
de la part d'un «Bordel public». En fait, on pourrait même tirer profit de sa
visibilité pour y centraliser au niveau de la rue, juste à côté de la boutique
des souvenirs, les cliniques et les centres de prévention sur les MTS et le
SIDA.
Ainsi on résoudrait cet épineux
problème du Forum tout en contribuant à éponger le déficit et à revitaliser ce
secteur qui en a bien besoin. Un «Bordel d'État» pour sortir le Québec du trou,
n'est-ce pas là une bonne idée?
Michel Handfield, citoyen
Un nouveau modèle de Communauté
Urbaine: Proposition pour la C.U.M.
Michel Handfield, M.Sc.
Sociologie
L'auteur a un intérêt
particulier pour les questions d'organisation et de stratégie. (La Presse, 5
juin 1996, B 3)
Les idées de privatisation des services publics de Pierre Bourque sont contestées par les médias et l'opposition depuis un certain temps. Cependant, il faut distinguer entre deux types de privatisation: le recours à des travailleurs externes et la vente d'actifs municipaux, car ce n'est pas du même ordre.
Dans le cas du recours à des
travailleurs externes, c'est davantage une question de régie interne. On peut
être en désaccord avec ce principe et proposer d'autres solutions à nos élus (comme
des horaires de 8 heures par jour, moins l'heure de lunch, sur trois quarts de
travail, ce qui couvrirait la journée entière et diminuerait le recours au
temps supplémentaire pour une semaine de 35 heures), mais ce n'est pas à cette
question que nous nous intéressons ici, car elle ne concerne pas toute l'île de
Montréal.
Il en va autrement de la vente
d'actifs municipaux -- comme un réseau d'aqueduc, un musée, un site historique
ou écologique, etc. Cela a un impact à l'extérieur de la Ville et concerne
toute la région. Tel est le cas du dossier de la privatisation de l'eau, car
Montréal est le fournisseur de 16 autres municipalités de la C.U.M. Cependant,
dire à l'administration actuelle de ne pas vendre son réseau d'aqueduc ne met
pas fin au dossier. Une autre administration pourra toujours le ressortir au
nom d'une approche «économiste» à court terme. Une autre solution consisterait
en son achat par la C.U.M, ce qui serait logique puisque ce réseau la dessert.
On ne règle cependant pas le problème
des «solutions municipales» qui semblent parfois bonnes pour la municipalité
concernée, mais vont à l'encontre du bien commun de la Communauté. Prenons
l'exemple du développement économique. Toutes les municipalités veulent attirer
des emplois, mais cela se fait souvent au détriment de l'ensemble de l'île de
Montréal. On ouvre de nouveaux parcs industriels pour attirer des entreprises
qui étaient ailleurs dans la région et l'on assiste à des transferts entre
zones montréalaises. Il est vrai que parfois l'on a empêché des Investissements
d'aller à l'extérieur de l'île, surtout s'il s'agissait d'un déménagement pour
des raisons de croissance que l'ancienne localisation ne permettait pas. Mais
d'autres fois l'on n'a que déplacé des emplois du voisin à chez-nous par des
avantages fiscaux. On n'en sort pas gagnant, car il n'y a pas d'Investissements
supplémentaires et cela amène une pression à la hausse de la fiscalité des
contribuables, pour compenser les cadeaux faits aux entreprises, ce qui amène
les gens à quitter vers la banlieue. La vision manque.
Pourquoi ne pas changer le régime
politique de l'île de Montréal et donner plus de poids à la Communauté Urbaine:
- En y transférant tous les services commun à l'île
qu'ils soient municipaux, provincial ou fédéral: comme l'eau, les pompiers, les
Commissions scolaires, la formation professionnelle (pour répondre aux besoins
des entreprises de la Communauté), etc.;
- En lui donnant la coordination du développement
économique de l'île, pour empêcher que des villes ne se «tirent dessus» pour
attirer des investisseurs, ce qui a pour effet d'affaiblir la Communauté plutôt
que de la renforcer, car en même temps que naissent de nouveaux parcs
industriels d'autres sont abandonnés laissant une image de vide économique --
et où les bienfaits des Investissements sont amoindris par les cadeaux qui ont
été faits;
- En lui donnant les moyens de récupérer les éléments
de patrimoine menacés par les ventes de feu de certaines municipalités et des
niveaux supérieurs de Gouvernement;
- En ayant un Conseil élu par les habitants de la
C.U.M. (1);
- En donnant plus de moyens financiers à la
Communauté Urbaine par différents transferts fiscaux des Gouvernements qui lui
cèdent des responsabilités.
Quant aux municipalités, elles conserveraient les responsabilités locales soit la gestion des services municipaux (entretien des rues, enlèvement des ordures, environnement, etc.) et l'orientation des autres services (santé, éducation, etc.); la prise en charge du développement économique et communautaire local; l'orientation de leur développement; etc. Cela se ferait en coopération avec le Conseil de la C.U.M. et les citoyens, qui seraient partie prenante de Conseils locaux.
Dans le cas de la Ville de
Montréal, qui a une taille démographique plus importante, certaines
responsabilités communes relèveraient du Conseil municipal, comme la gestion
des finances, mais avec la participation des citoyens aux débats et aux
orientations. Les Conseils de quartier auraient pour leur part la responsabilité
de la gestion et de l'orientation des services locaux; de la prise en charge du
développement économique et communautaire; de leur environnement, etc. Cela se
ferait avec la participation des citoyens et ces Conseils auraient un Pouvoir
de décision réel. Naturellement, la coordination et l'arbitrage entre les
quartiers, pour éviter une concurrence néfaste entre eux, demeureraient la
responsabilité du Conseil municipal.
Ce sont là quelques pistes pour
lancer ce débat, car la région de Montréal est dans un marasme qu'on ne peut
laisser aller. Il faut changer la situation. Je ne prétends pas apporter toutes
les réponses et j'invite les lecteurs à contribuer au débat pour une nouvelle
organisation politique de l'île de Montréal avant qu'il ne soit trop tard. Cela
m'apparaît une nécessité. C'est aussi l'occasion de promouvoir une
décentralisation des pouvoirs provincial et fédéral vers les Communautés
Urbaines, car plus près des citoyens. C'est d'ailleurs une tendance qui se
dessine au niveau mondial, car le citoyen s'identifie de plus en plus à sa
région et au monde, mais de moins en moins à son pays. On n'est plus des
États-Unis, de la France, de l'Asie, du Canada ou du Québec, mais de Boston, de
la Silicon Valey, de Paris,
de Toronto, de Montréal, de la Beauce,... (2)
Notes:
1. Les modalités de représentation de ce Conseil sont
à trouver. Une suggestion cependant. Nous pourrions avoir a
choisir un candidat pour la Présidence du Conseil de la C.U.M. parmi une liste de
candidats en même temps que se dérouleraient toutes les élections municipales
de l'île de Montréal. On voterait ainsi pour le maire et notre conseiller à la
Ville sur un bulletin de vote et pour le Président de la C.U.M. sur un second
bulletin de vote. Ce poste serait ainsi au-dessus de la politique municipale et
représenterait tous les citoyens de l'île. Quand aux autres élus, nous les
choisirions dans un second temps par une élection de quartier en ensemblée publique. Nous nomerions
alors un représentant à la C.U.M. parmi tous les élus de notre quartier ou de
notre arrondissement. Ce serait plus représentatif que ce ne l'est
actuellement, car c'est généralement le parti au pouvoir qui détermine quels
candidats il envoie à la C.U.M.
2. A ce sujet la lecture de Groupe de Lisbonne, 1995,
Limites à la Compétitivité, Québec: Boréal est très enrichissante. Les auteurs
y parlent, entre autres, de l'importance accrue de la ville et des
villes-région dans le cadre de l'économie mondiale au dépend des États-nation.
Michel Handfield, paru
dans le journal interne d’une chaîne de bijouteries, sept. 1991.
Les
entreprises sont appelées à bien des changements d'ici l'an 2000 et après. Le
principal sera leur responsabilisation.
D'abord il y aura la responsabilisation de l'entreprise face à la
société, notamment concernant l'environnement. Ensuite il y aura la
responsabilisation des employés, car la concurrence se fera moins sur les
produits vendus, chaque gamme de produits comptant sur plusieurs réseaux de
distribution, que sur la QUALITE et le SERVICE offert. Ce sont d'ailleurs les
mots clés de demain. Dans ce marché l'approche client fera toute la différence,
car lorsque le client a le choix entre des produits comparables au même prix
(Prix de Détail Suggéré par le Fabricant), c'est le service, l'accueil et
l'attention dont il bénéficie qui font les ventes.
Le reste
de l'organisation devra aussi changer pour soutenir le magasin dans son approche
client. Cela se fera avec l'arrivée de nouvelles formes de gestion (clients
internes), de nouvelles technologies et la responsabilisation des postes à tous
les niveaux pour assurer la qualité du service. La communication prendra
davantage d'importance et changera de forme, car dans un marché basé sur le
service et la rapidité, la communication hiérarchique ne sera pas toujours
appropriée.
Les
magasins conserveront cependant un «standard» commun, ce qui fait le nom d'une
chaîne, mais devront se distinguer selon
le milieu où ils opèrent. En fait, l'adaptation au milieu sera un facteur
déterminant dans la décennie qui vient.
L'administration
changera quelque peu elle aussi. Elle effectuera de la recherche et de la
consultation pour rendre l'organisation plus efficace et mieux coordonnée que
celle de ses concurrents. Par exemple elle cherchera «comment on approche le
client dans tel secteur?» ou «que peut-on y faire de plus que les
concurrents?». Elle jouera aussi un rôle de soutien pour les départements et
les magasins qui le demanderont en leur prêtant des ressources (consultants
internes) pour résoudre des problèmes spécifiques. Cependant, elle conservera
le leadership pour l'établissement des objectifs de l'entreprise, le
management, les ressources humaines, l'administration, et les finances, quoi
que cela pourra se faire en concertation avec les
départements et les magasins concernés.
En
conclusion, la responsabilisation des employés, la culture de l'entreprise et
la rapidité d'évaluation des situations distingueront les entreprises de
demain, toutes les firmes d'un même secteur comptant sur des technologies
comparables et vendant les mêmes marques au même prix. L'entreprise gagnante
sera donc celle qui lira le mieux la situation sociale et qui aura le personnel
le plus polyvalent pour y répondre efficacement et rapidement.
Voir, 5 au 11 septembre 1991, p. 4
Un
auteur écrivait un jour «... que, même dans les classes sociales régnantes, le
pressentiment commence à poindre que la société actuelle, loin d'être un
crystal solide, est un organisme susceptible de changement et toujours en voie
de transformation.» C'est ce que l'on a vu au cours des dernières semaines en U.R.S.S.,
où l'on a assisté aux derniers soubresauts et à la mort du communisme
soviétique, et où, au cours des prochains mois, l'on assistera au démantèlement
graduel de l'empire.
'est donc dire que même une société sous surveillance
militaire et peu démocratique comme l'U.R.S.S., au sens où nous l'entendons
ici, peut être changée si le Peuple le veut. La force des classes régnantes,
même appuyé par un fort appareil militaire et de contrôle sociopolitique
(Censure, K.G.B., Organes d'information, etc.), ne peut qu'être brisé par la
volonté d'un peuple qui veut le changement. Cet auteur avait donc raison.
u fait, cet auteur s'appelait Karl Marx. Il avait écrit cela
dans La préface de la première édition allemande du Capital! (Le Capital, Tome
I, p. 14, Paris: Éditions Sociales) C'est bien pour dire...
Michel Handfield, sociologue
Et l'exagération des politiciens
dans tout ça?
Montréal,
le 7 avril 1991/La Presse, 15 avril 1991, B 3
Je pense ici au «projet» de Montréal d'interdire
l'affichage érotique et l'utilisation du corps humains dans certaines affiches
et cela me tracasse énormément. Voici donc mes réflexions, à prendre avec
humour, sur le sujet.
Je crois que ce projet de loi est inutile et inapproprié.
Je n'ai jamais fait attention à ces affiches et je ne vois pas comment une
personne en néon, si «nue» soit-elle, pourrait me donner des idées! Car le but
derrière ce projet est d'empêcher les publicités suggestives qui donnent des
idées!
D'abord, cela va contre la liberté d'expression. Ensuite,
comme c'est le service offert, ne pas l'afficher représenterait peut être une
entrave à la loi de protection du consommateur (qui interdit la fausse
représentation), car le couple qui voit une affiche disant «danseurs/ses à
votre table», peut se sentir lésé s'il s'attend à un spectacle de «cha-cha»!
De plus, si l'on veut être contre la subjectivité, les
annonces de la ville devraient aussi être revues, car elles ne montrent bien
souvent que le «beau» côté des choses. A quand des publicités qui montreront la
réalité des trous dans nos rues par exemple, ce qui est une réalité objective!
Le «Montréal, plaque tournante de la mode» devrait aussi
être oublié, car la mode crée des vêtements qui mettent en valeur l'anatomie
humaine. Ce peut être subjectif, parfois érotique! Faudrait peut être avoir un
règlement de «bon goût» pour la mode et n'accepter que les entreprises qui s'y
conforment. Pourquoi ne pas imposer un vêtement unique et unisexe à tous les
citoyens? On pourrait l'appeler le «Montréalaid»!
Et les écoles mixtes? Surtout qu'on va peut être y vendre
des préservatifs! Même l'apprentissage de la lecture pourrait être contesté,
car les jeunes peuvent s'en servir pour lire «Playboy», «Playgirl»
ou «Les fleurs du mal» de Baudelaire! Et on ne sait pas ce qu'ils peuvent
écrire plus tard! Peut être des choses à vous faire dresser les oreilles M. le
maire?
On devrait aussi faire deux salles de Conseil, une pour
chaque sexe, car peut être qu'un jour deux conseillers pourront se lancer un
clin d'oeil émotif, subjectif, et «érotique»!
Imaginez si cela venait à les conduire à une vie commune et qu'ils ne soient
pas du même parti. Vous voyez le scandale!
Je crois qu'il faut accepter le fait que la majorité de
la population a un jugement valable et est capable de discernement, comme les
politiciens quoi! Ce n'est pas une annonce qui fait «capoter» le/la citoyen/ne
normal(e). Quand au «malade», c'est d'abord de soins, d'aide, et de ressources
qu'il a besoin. C'est cela que les citoyens attendent, pas un projet de loi sur
l'affichage. Vos priorités doivent être ailleurs. Tiens, pourquoi pas un projet
de loi contre l'exagération politicienne? Je suis sûr que les citoyens vous
appuieraient unanimement dans cette voie.
Michel
Handfield
Sociologue
et membre du RCM