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Les textes du Delinkan
Intellectuel!
Éditeur de Societas
Criticus
Vous
trouverez ici des textes d’analyses et d’opinions datant d’avant la création de
la revue ou n’ayant pas rapport avec la ligne éditoriale donnée à la revue.
La sociologie…
pratique (1995 et 2002)
Exode des cervaux (1999)
Dépotoir
ou camping? (6 août 1998)
Le
paradigme écologique (Société, mai 1998)
A
quand un bordel d'État? (Sept. 1996)
Un nouveau modèle
de Communauté Urbaine (5 juin 1996)
L'entreprise de l'an 2000 (Sept.1991)
C’était demain (Sept. 1991)
Et l'exagération des politiciens dans tout ça? (7 avril 1991)
Les aspects sociaux du culturisme (19 juillet 1990)
Quelques idées pour monter davantage à bord ... (04-10-89)
Mémoire concernant la Politique de
consultation publique en matière d'urbanisme (non daté)
Les deux textes suivants concernent la pratique de la sociologie qui me tient à cœur même s’il
ne s’agit pas d’une évidence. L’un fut
publié en 1991 et l’autre en 1995, mais ils sont encore très contemporains, car
la situation de la sociologie ne s’est pas améliorée. Je n’ai pu trouver
d’emploi en sociologie même si les problèmes sociaux demeurent criants et les
besoins d’analyse et d’intervention, avec un point de vue sociologique,
toujours là. On a souvent notre place comme bénévole ou sur des conseils
d’administration, mais nous ne l’avons pas sur le marché du travail ni dans les
professions, la Sociologie n’étant pas corporatiste au même titre que l’est la
psychologie.
Michel Handfield, vendredi, 11 janvier, 2002
Pour la pratique de la sociologie
Par Michel Handfield, M.Sc.
Montréal, le 15 janvier 1991 (Texte publié dans
Society/Société, Bulletin de la Société Canadienne de Sociologie et
d’Anthropologie, Mai 1991)
Étant à la
recherche d'un emploi depuis plus d'un an, j'ai pu réfléchir à la situation du travail
en sociologie. Je ne vous apprendrai rien en vous disant que la situation n'est
pas rose actuellement pour nous. Cependant, je crois que certaines initiatives
peuvent être prises pour promouvoir l'usage de la sociologie dans divers
milieux et ainsi (espérons-le!) créer de l'emploi pour les sociologues. Comme
c'est dans la nature de notre discipline de faire des recommandations pour
améliorer les choses, c'est ce que je vais faire ici pour notre profession.
I. Vendre la sociologie:
Il y a peu de postes qui s'offrent aux sociologues
actuellement. Pourtant, la sociologie est loin d'être une discipline limitée.
Elle s'intéresse à tous les aspects de la vie sociale et communautaire: la
culture, la politique, l'éducation, la santé, le travail, les organisations,
les communications, etc. Elle peut ainsi
jouer un rôle bénéfique dans plusieurs milieux. Mais son utilité semble
méconnue hors de l'enseignement (collégial et universitaire) et de la
recherche. Il faut donc vendre la sociologie. C'est un des objectifs que doit
viser notre association pour le bien de tous ses membres. Quant à savoir
comment, il faudrait en discuter, mais j'ai néanmoins quelques propositions de
départ. Ainsi, il faudrait:
1) Présenter la sociologie comme une profession (ou comme
un «métier») utile et nécessaire et le sociologue comme ayant des compétences
particulières à offrir, car la sociologie est trop souvent perçue comme une
discipline «culturelle». «Vous êtes cultivés, mais à quoi servez-vous?»
demandent certains!
2) Promouvoir l'utilisation de la sociologie dans
diverses organisations et divers milieux (industries, commerces, secteur
public, médias, syndicats, corporations de développement, services de
consultation, commissions scolaires, milieux culturels et éducatifs,
affaires sociales, groupes communautaires, etc.) en montrant que les sociologues
peuvent y jouer un rôle important, notamment en analysant et en intervenant dans le système social, qui est trop souvent
négligé au détriment des autres systèmes: technique, économique,
et juridique. (1) Par exemple, dans un récent article, Finkelstein
conclut qu'un besoin existe pour l'utilisation de la
sociologie dans les milieux industriels. Mais il
faut montrer notre intérêt pour ce domaine si
on veut le pénétrer: «if
sociologists fail to take the initiative, professionals from other fields
will continue to dominate this area and the recognition of and the demand for
sociological practice will be diminished» (1990, p. 75).
3) Montrer que si la sociologie peut être théorique,
elle peut aussi être appliquée. Il est d'ailleurs temps de promouvoir ce rôle,
car seul son rôle théorique semble connu (et souvent
mal connu).
4) Faire valoir que si la sociologie est parfois
critique, ce rôle est souvent nécessaire. Sinon, on ne peut vérifier si ce qui
est fait ou planifié est «valable». Nombre d'échecs
(dans des choses aussi diverses qu'un plan de marketing, une réforme
pédagogique, un plan d'aménagement urbain, une
réorganisation industrielle, etc.) sont d'ailleurs
dus à un manque d'analyse sociale et d'approche
critique, c'est‑à‑dire à la non vérification et à la non conformité
du projet avec ce que les groupes sociaux demandent
(employés, clients,
bénéficiaires, etc.).
5) Publier les offres d'emplois en sociologie appliquée
dans «Society/Société».
En bref, ce que l'on doit faire semble clair: il faut
faire connaître le rôle que nous pouvons jouer dans différentes organisations, différents milieux, et différents domaines
d'application. Un Comité de promotion
doit être mis sur pied. Il faut relever ce défi pour notre avenir.
II. Création de sections de sociologie:
Si l'on doit promouvoir l'usage de la sociologie dans
les organisations, l'on doit aussi favoriser les
échanges entre les sociologues, qu'ils soient
intéressés par la sociologie appliquée ou différentes spécialisations de la
sociologie. Pour cela il faut:
1) Mettre sur pied une section pour les membres faisant
(ou étant intéressé à faire) de la sociologie appliquée de manière à favoriser
les contacts entre eux.
2) Créer des sections pour les membres intéressés par
des secteurs particuliers d'analyse sociologique peu
importe leur type de pratique (sociologie appliquée,
recherche théorique et expérimentale,
enseignement, etc.), soit: travail et organisations,
développement, éducation, affaires sociales et
santé, médias, politique, théories, méthodologies,
etc.
3) Donner de l'espace aux différentes sections dans «Society/Société» si elles ont
des communication à faire. Si elles deviennent assez forte elles
pourront publier leur propre bulletin.
4) Permettre aux membres de l'association à la recherche
d'un emploi dans un secteur particulier de la sociologie de s'inscrire aux sections qui l'intéressent (y inclus la
«section de sociologie appliquée») et de participer
à leurs activités.
III. Conclusion:
Ce ne sont là que quelques idées. Peut être
pourront-elles aider à la promotion de la sociologie et à sa percée dans de
nouveaux milieux. Personne d'autres que nous peut le faire à notre place. Il
faut nous faire connaître pour nous développer. Les sociologues américains l'ont
compris et je crois que nous devons suivre ce mouvement.
A titre d'exemple l'American Sociological Association a une section sur la pratique.
On trouve aussi quelques associations spécialisées en Sociologie appliquée aux Etats‑Unis. Nous devons y voir pour favoriser la
demande de notre profession et la création d'emplois en sociologie. Cela devrait même se faire en collaboration avec L'Association
Canadienne des Sociologues et Anthropologues de
Langue Française (ACSALF) pour le bien de tous les sociologues.
Telle est ma réflexion pour une pratique de la
sociologie. Si
vous
avez des commentaires à formuler à ce sujet vous devriez les communiquer à l'association ou à la revue. C'est pour le
bien de tous.
Référence:
Finkelstein,
Marvin S., 1990, Sociologists needed:
But will they come forward in America's industrial transformation, in Sociological
Practice Review, (august).
Note:
(1) Ainsi, les entreprises prennent davantage en
considération les systèmes technique et économique que social. Ce dernier est
pourtant tout aussi important, la production étant le fait des investissements
(économique), des équipements et méthodes (technique)
et des employés (social). Pour tout dire, le système juridique (lois du
travail, des corporations, etc.) est davantage respecté que le système social.
Au niveau de la société globale aussi le social est
quelque peu oublié, le Politique considèrant
davantage le juridique. En voici deux exemples.
D'abord, il garantit le
«Droit à», mais ne donne pas nécessairement les
moyens d'en jouir. Prenons le droit au travail: il est garanti, mais le
Politique ne cherche pas pour autant des ressources
et des alternatives (sociale, technique, et
économique) pour créer davantage d'emplois pour l'honorer!
Ce droit est juridique; il n'est pas socialement concret. Il est, et cela doit suffire! Il y a là tout un champ de recherche
pour nous.
Ensuite, le Politique décide souvent, par lois et
décrets, des conditions sociales et économiques des citoyens sans les avoir
consulté au préalable. Et même lorsqu'il y a eu «consultation»,
il y a souvent une marge entre aller voir ce qui se passe dans la population,
le vrai monde (ethnométhodologie), et écouter des
groupes de pressions dire ce qu'ils veulent ou ne
veulent pas, au nom de la population, ou de segments de la population, qu'ils estiment représenter!
Les sociologues seraient donc utiles à plus d'un point
pour éclairer le couple «juridico-politique». J'en donne deux exemples.
D'abord, les organismes des «droits de la personne» et les institutions juridiques bénéficieraient
certainement de la présence de sociologues, car
nous pourrions poser plusieurs questions
socialement pertinente. Par
exemple: S'il y a des droits, y a-t-il aussi des investissements à faire pour
les rendre opérationnels (réels)? Y a-t-il aussi des devoirs qui les accompagnent? S'il y a des risques à pousser le droit collectif à son extrême (totalitarisme),
y en a-t-il aussi à pousser les droits individuels à leur extrême (anarchisme)? Est-il mieux d'atteindre un équilibre entre les droits individuels
et collectifs que de donner l'avantage à l'un sur
l'autre? Comment, si c'est le cas? Le juridique ne fait pas ces débats, mais le
social le peut.
Ensuite, dans la recherche d'alternatives
pour tenter de résoudre certains des problèmes que posent les sociétés avancées
(non-emploi et autres problèmes) nous pourrions
faire des études du vrai monde: aller voir ce qu'ils font (ici et ailleurs) et
ce qu'ils ont à dire pour élargir les options disponibles
au Politique. Ce serait pour le bien de tous.
Ce sont là des rôles importants, mais ce ne sont pas les
seuls. D'autres milieux auraient eux aussi avantage à nous utiliser. Je ne peux
cependant pas continuer à en parler ici, cette note étant déjà trop longue pour
une note!
Pour la création d'une section de Sociologie Appliquée
et
de
groupes d'intérêts en sociologie
Michel Handfield, M.Sc. sociologie
(Texte publié dans Society/Société, Bulletin de la
Société Canadienne de Sociologie et d’Anthropologie, Février 1995)
Summary:
Sociology have 3 kinds of practice:
Teaching, Research, and Applied sociology (or Sociological Practice). The later
is our subject. Two ideas are presented here. First, the need to create a
practical section for sociologists who work out of research and teaching ‑‑
by example in delinquency, organization development, community organizations,
etc. For them we can open some pages of the review for practical topics;
workshops in the Congress; and a network of practitioners. We have to promote
applied sociology because in the same time sociologists have difficulties to
work, some gurus, without adequate formation, have contracts in enterprises to
improve social things. Second, we need networks in the diverse fields of
sociology ‑‑ education, social psychology, work and organization,
environment, health, etc. ‑‑ to promote exchanges between practical
sociologists, researchers, teachers and students interested by those fields. We
have to do that for the future of our profession. Your comments will be send (at my attention if you want) to the association at
Montréal.
******
En tant que sociologue
pratiquant hors université je ressens un vide, car le métier de sociologue dont
on entend le plus parler est celui d'universitaire (recherche et enseignement).
Ce n'est pourtant pas celui de la majorité d'entre nous. (1) Que peut faire
l'Association pour ces autres sociologues? C'est la question que je pose ici en
espérant qu'elle soulève une réflexion au sein de notre communauté.
1. Pour la création
d'une section de Sociologie appliquée – ou Pratique:
De façon claire et précise il y
a trois genres de pratique en sociologie, soit:
‑ L'Enseignement,
Collégial et Universitaire, ce qui n'a pas besoin d'être davantage explicité
ici.
‑ La Recherche, théorique
et appliquée, peu importe qu'elle soit faite en institution d'enseignement ou
non ‑‑ c'est‑à‑dire dans des
universités, des centres de recherche privée, des institutions publiques et
parapubliques, des entreprises, des organismes sans buts lucratifs, etc. Ce
n'est pas l'objet de ce texte, mais les chercheurs hors université peuvent y
trouver un intérêt, car ils vivent des problèmes semblables à ceux des
praticiens. (2)
‑ La sociologie appliquée
ou pratique (3), l'objet de ce texte, qui peut être définie comme l'ensemble
des pratiques et interventions qu'un sociologue peut faire tout en conservant
un cadre de référence et une méthode sociologique. Ce peut être de
l'intervention en délinquance, de la réorganisation d'entreprise, de la gestion
communautaire, du diagnostic, de la formation en milieu de travail, etc. C'est
une sociologie dans l'action. (4)
Dans la sociologie appliquée,
le vécu prend toute son importance. Pourtant il circule peu. C'est là un
paradoxe, car le résultat des pratiques et des développements méthodologiques
que cela apporte ne peut être partagé que dans notre milieu immédiat et à
travers quelques réseaux, mais ces connaissances sont peu diffusées au sein de
la profession et de son enseignement. (5) Ce vécu (observations, méthodes de travail
et d'intervention, etc.), est donc perdu pour la profession. Les autres
sociologues, qui feront face à des conditions semblables, se devront de refaire
les mêmes cheminements pour développer leurs pratiques. Pourquoi avoir à
réinventer la roue à chaque fois quand on peut s'entraider?
Un moyen de s'entraider est de
créer une section de sociologie pratique au sein de l'Association. Nous aurions
ainsi un réseau d'échange sur nos pratiques, nos méthodes et nos besoins. Nos
savoirs circuleraient.
Quelques pages de la revue (Société/Society)
pourraient être consacrées à la sociologie appliquée à chaque parution. Les
praticiens auraient alors accès à l'information dont ils ont besoin. De plus,
comme l'information serait accessible à tous, les enseignants et les chercheurs
pourraient s'en servir pour élargir leurs méthodes et enseignements. Quant aux
étudiants cela leur donnerait une idée de ce qui les attend hors université
pour mieux s'y préparer.
En plus de quelques pages de la
revue consacrées à la pratique, nous pourrions aussi organiser des ateliers,
dans le cadre du congrès de l'Association, et un réseau d'échanges entre
praticiens. C'est à nous de voir ce qui peut être fait. Pouvons
nous prendre notre profession en main? Sociologues unissons‑nous!
Un autre fait milite pour que
l'on agisse: le besoin, car le marché est là. Il faut cependant le vouloir, le
travailler, se faire connaître. La Presse titrait récemment «Entreprises: le
désarroi des gestionnaires favorise les gourous. Le directeur de l'ENAP y voit
une raison de la percée des cours d'éco‑gestion
de Gilles Charest et des conférences de Luc Jouret.»
(6) En bref, M. Pierre Decelles, le Directeur de l'ENAP, nous y apprend que les
gestionnaires ont de la difficulté dans «le domaine de
l'interpersonnel» et
qu'ils cherchent des réponses. Trois sources sont à leur disposition:
La
première est scientifique, appuyée par la sociologie et la psychologie. La deuxième est empirique.
Des gestionnaires d'expériences forment des plus jeunes.
Dans la
troisième catégorie, on retrouve des formateurs qui ont une vision plus ou
moins participative, basée sur des valeurs morales ou pas, sur des idéologies
de gauche ou de droite. «C'est là que se situent souvent des gens qui ont
des comportements
plus preacher.» (7)
Combien privillégient
la troisième option, avec des résultats qui peuvent être décevants? Pourquoi
laisser des gens s'improviser spécialistes en relations sociales pendant qu'on
nous dit qu'il n'y a pas de besoin pour nous en entreprise?
Pendant que nous vivons des
problèmes de non‑emplois dans notre profession,
«des gens avec beaucoup de charisme, mais dont les présentations ne sont
appuyés sur aucune formation universitaire profonde ou aucune expérience de
gestion profonde» (8), travaillent! C'est une question que nous devons
regarder. Nous devons promouvoir la sociologie appliquée.
2. La mise sur pied de
groupes d'intérêts:
Nous devons former des réseaux
spécifiques aux différents secteurs de la sociologie pour faciliter les échanges
entre praticiens, chercheurs, professeurs et étudiants selon leurs champs
d'intérêts. Ces groupes se confondraient aux divers secteurs de la sociologie:
travail, profession et organisation; psycho‑sociologie;
éducation; santé et services sociaux; environnement; politique; etc.
Chaque réseau pourrait
faciliter les échanges entre ses membres par...
1) Un bulletin trimestriel
(d'une page ou plus ou par l’Internet) dans lequel on trouverait des
informations pertinentes: recherches, échanges (Questions/Réponses), dernières
publications, conférences, etc.;
2) Des ateliers, qui pourraient
être tenus dans le cadre du Congrès ou à d'autres occasions;
3) Un bottin des membres pour
faciliter les contacts entre eux.
Conclusion:
On se doit d'ouvrir des
possibilités pour ceux qui sortent de l'Université et qui veulent travailler
dans des champs moins traditionnels que l'enseignement et la recherche. La
profession n'a pas le choix, car si on forme des étudiants qui n'auront pas de
débouché, il y aura de moins en moins d'étudiants intéressés par la sociologie
et, avec moins d'étudiants, il y aura de moins en moins de besoins de
professeurs. Cette question est importante pour toute la profession et ne doit
pas être prise à la légère.
Les faits militent pour la
création d'une section de sociologie appliquée ou pratique et de groupes
d'intérêts dans l'Association. Naturellement, ce n'est réalisable que si un
intérêt est manifesté par les membres. Il faut diffuser ces idées pour
rejoindre le plus grand nombre de sociologues.
Vos commentaires seront
bienvenus à l'Association. Vous pouvez aussi communiquer avec moi par
l'intermédiaire de l'Association à Montréal, car c'est un dossier que je compte
travailler avec eux si le temps me le permet.
Notes:
1. Il y a quelques années Jean
Renaud écrivait ceci:
Fait banal: la sociologie
existe et se pratique hors les murs des universités. Ce fait «banal» devient
singulièrement curieux lorsqu'on réalise que cette sociologie est, somme toute,
peu ou pas connue... et quasi absente des enseignements et des publications
universitaires. Ce n'est pas la faute du nombre: au seul niveau des études
supérieures, près de 600 étudiants ont été inscrit depuis 1972 au département
de sociologie de l'Université de Montréal. Si on ajoute les diplômés du
baccalauréat et les diplômés des autres universités québécoises, il s'agit, non
plus de centaines, mais bien de milliers de sociologues que les universités ont
produits... puis en quelque sorte oubliés. («La sociologie hors université ou
l'invisible sociologie», in Sociologie et Sociétés, «Sociologie hors
université», Vol. XX, no 1, Avril 1988, p. 5)
2. Concernant la recherche deux questions
peuvent être soulevées. D'abord, doit‑il y
avoir une section de recherche au sein de l'Association (section qui
regrouperait tant les chercheurs universitaires qu'hors université)? Ensuite,
la plupart des travaux diffusés dans les revues de sociologie étant ceux
d'universitaires, doit‑on faire davantage de
place à la recherche hors université dans les publications de sociologie et,
particulièrement, dans le «Society‑Société»?
Pour ceux que cette seconde question intéresse je leur suggère la lecture du
Sociologie et Sociétés sur la «Sociologie hors université» (Vol.
XX, no 1, Avril 1988). La réponse
à ces questions appartient cependant aux chercheurs. Je ne pouvais que soulever
le parallèle entre pratique et recherche hors université ici.
3. Nous considérons ces deux
expressions, Sociologie Appliquée ou Sociologie Pratique, comme équivalente dans
notre texte. Cependant, le terme «sociologie pratique» est celui utilisé par
l'American Sociological Association, qui a d'ailleurs
une section pratique: «Sociological Practice
Section».
4. C'est ma définition de la
sociologie appliquée ou pratique. Dans le «Dictionary
of Sociology» (Collectif, 1988, Penguin
Books), nous trouvons plutôt la définition suivante:
Applied Sociology:
While the methods and substantive findings of sociology are frequentely applied, the notion of applied sociology is neither a
discrete and developed area of the discipline nor a term wich
is commonly used by sociologists. It raises problems of ethics and professional
autonomy. (pp. 12 et 13)
Cependant c'est là une
définition qui écarte plus le sujet qu'il ne l'éclaire. Avec une telle
définition on risque de passer à côté d'un enjeu important pour la profession.
D'ailleurs, ce n'est pas d'aujourd'hui que certains sociologues utilisent ce
terme et/ou veulent promouvoir cette pratique pour la profession. Il y a 10 ans
Howard E. Freeman et Peter H. Rossi avaient écrit un article visant à
promouvoir la pratique et l'enseignement de la sociologie appliquée aux Etats‑Unis: «Furthering the
applied side of Sociology» in American Sociological
Review, August 1984 (Vol. 49 no. 4), pp. 571‑580.
Je l'avais lu avec intérêt à
l'époque et il
a certainement marqué mon désir de faire de la sociologie appliquée ou
pratique.
5. Cela est d'autant plus vrai
que dans ce type d'intervention on est souvent dans des équipes
multidisciplinaires, ce qui fait que les contacts que l'on a ne sont pas avec
des sociologues, mais avec des gens d'autres disciplines.
6. Presse Canadienne, in La
Presse, 22 octobre 1994, p. A 4
7. Ibid.
8. Ibid.
Montréal, le 19 août
1999
Depuis quelques temps il
y a un débat sur l’exode des cerveaux. Malheureusement, ce n’est pas le débat à
faire, car l’exode des cerveaux est une conséquence des débats que nous n’avons
pas fait lorsqu’il était temps de les faire, soit
avant de choisir de nous aligner sur les courants dominants de la productivité
et du développement économique "prêt à consommer"!
D’abord, si l’on veut
conserver nos cerveaux, il faut justifier leur présence. C’est-à-dire qu’il
faut les utiliser. Historiquement, au
lieu de développer nos entreprises, nos politiques ont davantage favorisées la
venue d’entreprises étrangères, en insistant sur les capacités de production de
la main-d’œuvre canadienne. Nous avons favorisé une économie consommatrice de notre
main-d'œuvre et de nos richesses naturelles, mais pas nécessairement de nos
cerveaux. Nous avons prouvé que nous pouvions être bons et rentables pour
produire ce que d’autres pensaient. D’autres pays ont aussi suivi cette voie,
ce qui met en concurrence nos industries avec les pays asiatiques et d’Amérique
du Sud, où les salaires sont inférieurs aux nôtres. En fait, on peut produire
des autos, des camions, etc., mais ce n’est pas nécessairement nous qui les
pensons. Alors nos cerveaux qui ont la capacité et le désir de les penser
doivent s’expatrier. Nos choix de développement en sont une des causes. Et cela
dans plus d’un domaine. A titre d’exemple, je suis sociologue et je me suis
fait répondre à quelques reprises dans l’industrie et dans des entreprises de
services, qu’ici on n’est qu’une filiale américaine et qu’on n’engage pas de
sociologues. S’il y a un problème, le siège social à New-York en a! On dépend
souvent des professionnels d’ailleurs dans les entreprises.
Ensuite, l’on dépend des
courants mondiaux. Les entreprises ont peur d’essayer quelque chose de neuf.
Dans plusieurs domaines des entreprises naissantes et des professionnels ne
sont pas soutenus, car leurs idées sont novatrices, leur secteur d’activités
méconnu ou peu développé. Ce sont des pionniers et le secteur bancaire veut des
valeurs sûres. Tout le monde a entendu des histoires d’entreprises
révolutionnaires (novatrices) qui n’avaient pas de financement avant d’être
acheté par des “Majors” américains. La même chose est vraie des professionnels.
Je me suis déjà fait dire que j’avais de bonnes idées au niveau
organisationnel, mais que si les américains ne le faisaient pas, c’est
parce-que ça ne devait pas se faire! Essayer de dire que s’ils ne le font pas,
c’est parce qu’ils n'ont peut être pas eu l'idée et vous passerez pour un
idéaliste au mieux, un fou sinon!!!
Troisièmement, est-ce
que les cerveaux dont ont parle englobent toutes les disciplines ou se
limite-t-on à quelques disciplines vedettes? Parfois un diplômé en philosophie,
en sociologie ou en science politique pourrait être d’un apport aussi important
pour l’entreprise qu’un ingénieur ou un chimiste. Naturellement ce ne serait
pas de la même façon, mais est-ce la façon ou l’apport qui compte? D’ailleurs, le film Kodachrome fut inventé
par deux pianistes et le stylo bille par un sculpteur! Il y a de ces paradoxes
parfois.
Enfin, si des cerveaux
quittent, d’autres sont prêts à les remplacer. Mais est-ce que nos paradigmes nous
permettent de les voir? Peut-être y-t-il des génies assis à la maison,
découragée de se faire dire qu’ils n’ont pas d’expériences, et qui seraient
heureux d’aider des entreprises dans le besoin. Mais les critères que l’on pose empêchent de voir d’autres alternatives. Je
suis sûr, qu’avec un salaire, les "laissé pour compte" des critères
actuels, ne se plaindraient pas de payer de l’impôt. Car si l’on paie de
l’impôt c’est que l’on a (enfin) un revenu décent et une reconnaissance. Je
suis de ceux qui attendent.
Michel Handfield, M.Sc. Sociologie
Délinquant intellectuel
Paru dans Le Devoir, 14 août 1998, A 10
Montréal, le 6 août 1998
Me déplaçant à bicyclette,
aujourd’hui j’ai eu à passer par la piste du parc Maisonneuve. Malheureusement,
le parc est fermé aux citoyens pour deux semaines ; dixit le “jam” des scouts.
Ceci m’amène à faire deux remarques.
D’abord, pourquoi ne pas
partager les lieux avec les citoyens, surtout en période de vacance. Bien des
montréalais n’ont que les parcs pour “espace vert” durant leurs vacances.
D’ailleurs une jeune mère de famille, qui venait faire du patin à roues
alignées avec ses deux enfants, était bien déçue. C’était une de leurs sorties
des vacances !
Ensuite, cela indique
que Montréal manque d’infrastructures pour accueillir les campeurs - scouts ou
autres. Pourtant, le PARI St-Michel a un projet de transformer l’ex-carrière
Francon (qui n’a pas reçu de déchet encore) en terrain de camping. Ce serait un
atout pour Montréal, car on manque d’espaces de camping pour accueillir les
touristes et les grands groupes comme les Scouts, les Lions ou autres qui
viennent à Montréal. Ce n’est d’ailleurs pas la première fois que le parc
Maisonneuve est pris comme terrain d’accueil au détriment des citoyens. Mais la
ville est lente à appuyer notre projet. Un tel événement en souligne cependant
toute la pertinence.
Certains sont peut-être sceptiques
face à la transformation d’une carrière en terrain de camping, pourtant cela
offre un site exceptionnel, qui n’est pas à la vue, avec un panorama rocheux et
faunique particulier. Certaines carrières désaffectées ont d’ailleurs été
transformées en parc ou en jardin botanique, comme Butch Garden. Pourquoi pas
un camping à Montréal ? On veut promouvoir l’écologie, le recyclage et le
tourisme. Ce serait une bien meilleure vocation pour une carrière en milieu
urbain et densément peuplé qu’un centre d’enfouissement des déchets (une “dump”
quoi !) comme c’est le cas de la carrière Miron ! A St-Michel on sait quoi
faire de notre carrière, et on n’attend que l’appui de la ville.
J’invite les citoyens à nous appuyer dans nos
démarches pour le bien de toute la communauté montréalaise.
Michel Handfield, M.Sc.
Secrétaire du CA
PARI St-Michel
Le paradigme écologique et le
développement économique
Michel Handfield, M.Sc. sociologie
16 décembre 1997
(Paru
dans Society/Société, Vol. 22 no. 2, May/Mai 1998, pp. 19-21)
On oppose souvent
environnement et développement économique, comme si l'on devait choisir l'un ou
l'autre. Si, au contraire, le paradigme écologique représentait le développement
durable de l'économie, incluant celui de l'emploi! C'est l'avenue que nous
prenons ici. Ce paradigme (1) répond aux problèmes que pose le paradigme
économique actuel: pollution, dégradation des milieux de vie et diminution de
l'emploi. C'est ce que nous allons tenter de démontrer à travers les exemples
du libre-échange et du développement urbain. Peut-être que la forme n'est pas
au point, mais certaines idées méritent d'être présentées au plus tôt.
1. Le libre-échange:
Au niveau économique la
question du libre-échange n'a pas la même portée si on inclut la donnée
environnementale. Selon la théorie néo-libérale, le
libre-échange favorise la libre circulation des produits les plus efficaces. Si
on pose la question de l'efficacité environnementale cependant, le bilan n'est
plus aussi positif. Il y a des risques et des coûts écologiques associés au
transport des marchandises qui doivent être pris en compte: les ressources
non-renouvelables utilisées pour le transport (mazout), les
risque qu'un bateau coule, les risques de déversement de matières
toxiques sont tous des facteurs qui menacent l'environnement. Si les sources
énergétiques ou alimentaires sont taries à cause de leur surexploitation ou de
dommages environnementaux, que ferons-nous demain? (2)
Il ne faut pas croire
qu'on ne doit pas échanger. Mais il ne faut pas le faire n'importe comment. On
doit se poser la question de l'efficience. Si les produits «échangés» sont des
biscuits par exemple, peut-être que leur libre-circulation n'est pas ce qui est
le plus efficace, vu les coûts et les risques du transport. De plus, si les
ventes sont inégales, il y aura chômage dans les pays où les échanges sont
déficitaires. Mais il y a des alternatives, telle la libre-circulation des
recettes! (3)
Le libre-échange peut
être un transfert de compétence plutôt qu'un échange de produits. C'est dire
qu'on ne doit pas s'arrêter à une vision matérialiste de l'échange. En ce
domaine, comme en d'autres, on se doit d'être créatif.
Naturellement, certains
produits doivent être importés (pour des raisons techniques ou de manque de
ressources), mais rien n'empêche la recherche de solutions de remplacement qui
se fondent sur les ressources locales, principalement si elles sont
renouvelables. C'est le cas des recherches sur la voiture électrique. (4)
2. Le développement
urbain:
Le paradigme
environnemental concerne beaucoup plus que les produits de consommation. Les 3
R que sont la réutilisation, le recyclage et la récupération peuvent aussi
s'appliquer à la production urbaine. Pourquoi démolir au lieu de réutiliser ou
recycler les édifices? Et si l'on doit démolir, pourquoi ne pas récupérer les
matériaux?
Pourquoi concentrer les
entreprises dans des parcs industriels périphériques? Pourquoi ne pas favoriser
la réutilisation des anciens parcs industriels de quartier pour des industries
peu nuisibles? On pourrait y promouvoir l'installation d'industries légères
(comme l'informatique ou le vêtement) qui créeraient de l'emploi pour le
quartier. On pourrait aussi réserver des espaces pour des incubateurs
d'entreprises favorisant les entrepreneurs locaux qui veulent répondre à des
besoins spécifiques du quartier. En fait, certains de ces parcs industriels ont
l'air de zones sinistrés (à Montréal du moins), et
n'invitent pas à s'y installer. Ils se dégradent irremédiablement.
Pire, avec les pertes d'emplois pour les citoyens des zones environnantes, cela
a des répercussion sur l'environnement socio-physique
des quartiers: dégradation des logements, augmentation de la délinquence et de la criminalité, etc. Sans compter que ces
bâtiments peuvent servir de repère aux délinquants, ce qui ne rassure pas la
population limitrophe. On se demande ensuite pourquoi la ville perd son
attrait...
On peut aussi
questionner les liens entre consommation, environnement et urbanisme. Je pense
au dossier des grandes surfaces (les magasins-entrepôts) à Montréal et
ailleurs. On parle à la fois d'une baisse de la consommation et d'un besoin de
magasins plus grands. Pourquoi? Ce peut être parce-que les consommateurs
demandent plus de choix; parce-qu'on nous impose de
plus en plus de produits; mais aussi parce-que le marketing est de plus en plus
vorace d'espace: on fabrique 15 formats de «pot de confiture» pour ne pas
laisser de place aux produits concurrents sur les tablettes! On grossit alors
les magasins pour offrir le plus de formats et de produits possibles. L'aspect
marketing est particulièrement apparent dans les produits informatiques,
surtout les logiciels. Combien de ressources et d'espace sont gaspillés par des
emballages plus gros que nécessaire? Tout un programme entre sur un CD-ROM avec
fonctions interactives de dépanage et
d'apprentissage, mais il vient dans une boîte pouvant contenir 200 disquettes!
On requiert de plus en plus de surface à l'intérieur des magasins pour placer
du contenant «vide». Cela représente (i) un coût économique direct pour les
consommateurs, car on paie pour l'embonpoint des contenants; (ii) des coûts
environnementaux: gaspillage des ressources et utilisation moins efficace de
l'espace urbain, car il faut des magasins de plus en plus grand pour stocker
des emballages de plus en plus obèses; et (iii) des coûts sociaux, car les
magasins de quartier ferment, n'ayant plus l'espace pour offrir tous les
produits demandés, et les rues commerciales se dégradent. Ceci oblige les
citoyens à se déplacer plus loin pour faire leurs achats, ce qui a un coût
environnemental direct, car les déplacements motorisés sont énergivores.
Conclusion:
En tant que citoyen et
consommateur on doit demander que les entreprises tiennent compte de
l'environnement dans la conception, la production et le marketing de leurs
produits. Si on n'est pas vigilant, personne ne le sera à notre place.
En fait, la beauté du
paradigme écologique est qu'il élargit la vision. Ce n'est pas un paradigme qui
remplace les autres, mais qui s'y ajoute. On peut questionner tous nos
comportements -- qu'ils soient de consommation, politique ou économique -- sous
cet angle. Les entreprises et les gouvernements peuvent aussi se questionner --
stratégie, production, marketing, lois et règlements, etc. -- à partir de ce
paradigme: le choix que l'on pose est-il le meilleur pour l'environnement?
S'inscrit-il dans un modèle de développement durable de la planête?
Y-a-t-il des alternatives? On doit se questionner comme individu, mais aussi
questionner tous les Forums et toutes les organisations auxquelles nous
participons: école, employeur, services municipaux, partis politiques, etc.
Notre avenir en dépend. A nous d'être responsable.
Notes:
1. Parmi les auteurs qui
ont mis la main à la construction de ce paradigme du développement durable il y
a E.F. Schumacher, 1978, Small is beautiful,
Seuil: Point; Vaillancourt, Jean-Guy, Tessier, Robert, 1996, La recherche
sociale en environnement: nouveaux paradigmes, Montréal: Presses de
l'Université de Montréal; Stead, W. Edward, & Stead, Jean Garner, 1996, Management for a small planet, U.S.A: Sage; et
plusieurs autres.
2. A ce sujet voir:
André Gorz/Michel Bosquet, 1977, Ecologie
et Politique, Seuil: Point; Dumont, René et Mottin,
Marie-France, 1982, L'Afrique étranglée, Seuil: Point; et Stead,
W. Edward, & Stead, Jean Garner, 1996, Management
for a small planet, U.S.A:
Sage.
3. Cet exemple est adaptée de Stead, W. Edward,
& Stead, Jean Garner, Management for a small planet, U.S.A: Sage (p. 111)
qui citent Daly, H.E., 1993 (November), The perils of
free trade, Scientific American, pp. 50-57.
4. Cette solution,
valide pour nous qui avons de l'hydro-électricité, serait moins efficiente pour
un pays qui doit produire son électricité à partir de charbon ou de pétrole
importé. C'est une question de ressources disponibles. Certains pays auraient
avantage à se tourner vers d'autres sources énergétiques renouvelables et
disponibles localement (comme le soleil ou le vent).
Voir Montréal, 26 septembre au 2
octobre 1996, p. 11;
Montréal, le 23 août 1996
Suite
au mécontentement face au projet de transformer l'ex- Forum de Montréal en
complexe de cinémas on est en droit de s'interroger sur les solutions
possibles. Tous s'entendent pour dire qu'il faut quelque chose qui crée un
achalandage dans le secteur -- donc ni des résidences ni un parc de
stationnement.
Par
contre on ne veut pas de nouveaux cinémas ni de nouveaux commerces, car ils
seront en concurrence avec ceux existants. Cela menacerait la survie de la rue
Sainte-Catherine en diluant l'achalandage de la clientèle. Que reste-t-il à
faire de ce site si on ne veut ni résidences, ni nouveaux commerces, ni
cinémas?
Peut
être pourrions-nous faire un «Bordel d'État», car tout comme le jeu peut être
légalisé s'il est tenu dans un lieu Gouvernemental avec l'objectif honorable de
remplir les coffres de l'État, on pourrait transformer le Forum en «Bordel
d'État» avec le même objectif de renflouer le trésor public! Il y aurait assez
de place pour faire un Club de spectacles à l'Européenne et des bordels
spécialisés pour hommes, femmes, gais et lesbiennes. On étatiserait ainsi la
prostitution pour aider le Québec à se sortir du trou! N'est-ce pas Charlebois
qui disait qu'au Québec «tout commence par un Q et fini par un bec» dans une
chanson célèbre. Si cela se fait pour le jeu, je ne vois pas pourquoi cela ne
se ferait pas aussi pour le sexe. De toute façon le commerce du sexe existe
déjà, alors pourquoi ne pas le mettre à contribution pour éponger le déficit?
Et
pour se donner bonne conscience on pourrait utiliser la notoriété de ce «Bordel
d'État» pour promouvoir des habitudes sexuelles plus sécuritaires. Ce Bordel
aurait ainsi une mission sociale acceptable. N'est-ce pas ce que la SAQ fait
quand elle prône la modération tout en cherchant à accroître ses ventes de
boisson? Ce ne serait pas plus
contradictoire de la part d'un «Bordel public». En fait, on pourrait même tirer
profit de sa visibilité pour y centraliser au niveau de la rue, juste à côté de
la boutique des souvenirs, les cliniques et les centres de prévention sur les
MTS et le SIDA.
Ainsi
on résoudrait cet épineux problème du Forum tout en contribuant à éponger le
déficit et à revitaliser ce secteur qui en a bien besoin. Un «Bordel d'État»
pour sortir le Québec du trou, n'est-ce pas là une bonne idée?
Michel Handfield, citoyen
Un nouveau
modèle de Communauté Urbaine: Proposition pour la C.U.M.
Michel
Handfield, M.Sc. Sociologie
L'auteur
a un intérêt particulier pour les questions d'organisation et de stratégie. (La
Presse, 5 juin 1996, B 3)
Les idées de privatisation des services publics de Pierre Bourque sont contestées par les médias et l'opposition depuis un certain temps. Cependant, il faut distinguer entre deux types de privatisation: le recours à des travailleurs externes et la vente d'actifs municipaux, car ce n'est pas du même ordre.
Dans
le cas du recours à des travailleurs externes, c'est davantage une question de
régie interne. On peut être en désaccord avec ce principe et proposer d'autres
solutions à nos élus (comme des horaires de 8 heures par jour, moins l'heure de
lunch, sur trois quarts de travail, ce qui couvrirait la journée entière et
diminuerait le recours au temps supplémentaire pour une semaine de 35 heures),
mais ce n'est pas à cette question que nous nous intéressons ici, car elle ne
concerne pas toute l'île de Montréal.
Il en
va autrement de la vente d'actifs municipaux -- comme un réseau d'aqueduc, un
musée, un site historique ou écologique, etc. Cela a un impact à l'extérieur de
la Ville et concerne toute la région. Tel est le cas du dossier de la
privatisation de l'eau, car Montréal est le fournisseur de 16 autres
municipalités de la C.U.M. Cependant, dire à l'administration actuelle de ne
pas vendre son réseau d'aqueduc ne met pas fin au dossier. Une autre administration
pourra toujours le ressortir au nom d'une approche «économiste» à court terme.
Une autre solution consisterait en son achat par la C.U.M, ce qui serait
logique puisque ce réseau la dessert.
On ne
règle cependant pas le problème des «solutions municipales» qui semblent
parfois bonnes pour la municipalité concernée, mais vont à l'encontre du bien
commun de la Communauté. Prenons l'exemple du développement économique. Toutes
les municipalités veulent attirer des emplois, mais cela se fait souvent au détriment
de l'ensemble de l'île de Montréal. On ouvre de nouveaux parcs industriels pour
attirer des entreprises qui étaient ailleurs dans la région et l'on assiste à
des transferts entre zones montréalaises. Il est vrai que parfois l'on a
empêché des Investissements d'aller à l'extérieur de l'île, surtout s'il
s'agissait d'un déménagement pour des raisons de croissance que l'ancienne
localisation ne permettait pas. Mais d'autres fois l'on n'a que déplacé des
emplois du voisin à chez-nous par des avantages fiscaux. On n'en sort pas
gagnant, car il n'y a pas d'Investissements supplémentaires et cela amène une
pression à la hausse de la fiscalité des contribuables, pour compenser les
cadeaux faits aux entreprises, ce qui amène les gens à quitter vers la banlieue.
La vision manque.
Pourquoi
ne pas changer le régime politique de l'île de Montréal et donner plus de poids
à la Communauté Urbaine:
- En y transférant tous
les services commun à l'île qu'ils soient municipaux, provincial ou fédéral:
comme l'eau, les pompiers, les Commissions scolaires, la formation
professionnelle (pour répondre aux besoins des entreprises de la Communauté),
etc.;
- En lui donnant la
coordination du développement économique de l'île, pour empêcher que des villes
ne se «tirent dessus» pour attirer des investisseurs, ce qui a pour effet
d'affaiblir la Communauté plutôt que de la renforcer, car en même temps que
naissent de nouveaux parcs industriels d'autres sont abandonnés laissant une
image de vide économique -- et où les bienfaits des Investissements sont
amoindris par les cadeaux qui ont été faits;
- En lui donnant les
moyens de récupérer les éléments de patrimoine menacés par les ventes de feu de
certaines municipalités et des niveaux supérieurs de Gouvernement;
- En ayant un Conseil
élu par les habitants de la C.U.M. (1);
- En donnant plus de
moyens financiers à la Communauté Urbaine par différents transferts fiscaux des
Gouvernements qui lui cèdent des responsabilités.
Quant aux municipalités, elles conserveraient les responsabilités locales soit la gestion des services municipaux (entretien des rues, enlèvement des ordures, environnement, etc.) et l'orientation des autres services (santé, éducation, etc.); la prise en charge du développement économique et communautaire local; l'orientation de leur développement; etc. Cela se ferait en coopération avec le Conseil de la C.U.M. et les citoyens, qui seraient partie prenante de Conseils locaux.
Dans
le cas de la Ville de Montréal, qui a une taille démographique plus importante,
certaines responsabilités communes relèveraient du Conseil municipal, comme la
gestion des finances, mais avec la participation des citoyens aux débats et aux
orientations. Les Conseils de quartier auraient pour leur part la responsabilité
de la gestion et de l'orientation des services locaux; de la prise en charge du
développement économique et communautaire; de leur environnement, etc. Cela se
ferait avec la participation des citoyens et ces Conseils auraient un Pouvoir
de décision réel. Naturellement, la coordination et l'arbitrage entre les
quartiers, pour éviter une concurrence néfaste entre eux, demeureraient la
responsabilité du Conseil municipal.
Ce
sont là quelques pistes pour lancer ce débat, car la région de Montréal est dans
un marasme qu'on ne peut laisser aller. Il faut changer la situation. Je ne
prétends pas apporter toutes les réponses et j'invite les lecteurs à contribuer
au débat pour une nouvelle organisation politique de l'île de Montréal avant
qu'il ne soit trop tard. Cela m'apparaît une nécessité. C'est aussi l'occasion
de promouvoir une décentralisation des pouvoirs provincial et fédéral vers les
Communautés Urbaines, car plus près des citoyens. C'est d'ailleurs une tendance
qui se dessine au niveau mondial, car le citoyen s'identifie de plus en plus à
sa région et au monde, mais de moins en moins à son pays. On n'est plus des
États-Unis, de la France, de l'Asie, du Canada ou du Québec, mais de Boston, de
la Silicon Valey, de Paris,
de Toronto, de Montréal, de la Beauce,... (2)
Notes:
1. Les modalités de
représentation de ce Conseil sont à trouver. Une suggestion cependant. Nous
pourrions avoir a choisir un candidat pour la
Présidence du Conseil de la C.U.M. parmi une liste de candidats en même temps
que se dérouleraient toutes les élections municipales de l'île de Montréal. On
voterait ainsi pour le maire et notre conseiller à la Ville sur un bulletin de
vote et pour le Président de la C.U.M. sur un second bulletin de vote. Ce poste
serait ainsi au-dessus de la politique municipale et représenterait tous les
citoyens de l'île. Quand aux autres élus, nous les choisirions dans un second
temps par une élection de quartier en ensemblée
publique. Nous nomerions alors un représentant à la
C.U.M. parmi tous les élus de notre quartier ou de notre arrondissement. Ce
serait plus représentatif que ce ne l'est actuellement, car c'est généralement
le parti au pouvoir qui détermine quels candidats il envoie à la C.U.M.
2. A ce sujet la lecture
de Groupe de Lisbonne, 1995, Limites à la Compétitivité, Québec: Boréal est
très enrichissante. Les auteurs y parlent, entre autres, de l'importance accrue
de la ville et des villes-région dans le cadre de l'économie mondiale au dépend
des États-nation.
Michel Handfield, paru dans le journal interne d’une chaîne de bijouteries,
sept. 1991.
Les entreprises sont appelées à bien des changements d'ici l'an 2000 et
après. Le principal sera leur responsabilisation. D'abord il y aura la responsabilisation de
l'entreprise face à la société, notamment concernant l'environnement. Ensuite
il y aura la responsabilisation des employés, car la concurrence se fera moins
sur les produits vendus, chaque gamme de produits comptant sur plusieurs
réseaux de distribution, que sur la QUALITE et le SERVICE offert. Ce sont
d'ailleurs les mots clés de demain. Dans ce marché l'approche client fera toute
la différence, car lorsque le client a le choix entre des produits comparables
au même prix (Prix de Détail Suggéré par le Fabricant), c'est le service,
l'accueil et l'attention dont il bénéficie qui font les ventes.
Le reste de l'organisation devra aussi changer pour soutenir le magasin
dans son approche client. Cela se fera avec l'arrivée de nouvelles formes de
gestion (clients internes), de nouvelles technologies et la responsabilisation
des postes à tous les niveaux pour assurer la qualité du service. La
communication prendra davantage d'importance et changera de forme, car dans un
marché basé sur le service et la rapidité, la communication hiérarchique ne
sera pas toujours appropriée.
Les magasins conserveront cependant un «standard» commun, ce qui fait le
nom d'une chaîne, mais devront se
distinguer selon le milieu où ils opèrent. En fait, l'adaptation au milieu sera
un facteur déterminant dans la décennie qui vient.
L'administration changera quelque peu elle aussi. Elle effectuera de la
recherche et de la consultation pour rendre l'organisation plus efficace et
mieux coordonnée que celle de ses concurrents. Par exemple elle cherchera
«comment on approche le client dans tel secteur?» ou «que peut-on y faire de
plus que les concurrents?». Elle jouera aussi un rôle de soutien pour les
départements et les magasins qui le demanderont en leur prêtant des ressources
(consultants internes) pour résoudre des problèmes spécifiques. Cependant, elle
conservera le leadership pour l'établissement des objectifs de l'entreprise, le
management, les ressources humaines, l'administration, et les finances, quoi
que cela pourra se faire en concertation avec les
départements et les magasins concernés.
En conclusion, la responsabilisation des employés, la culture de
l'entreprise et la rapidité d'évaluation des situations distingueront les entreprises
de demain, toutes les firmes d'un même secteur comptant sur des technologies
comparables et vendant les mêmes marques au même prix. L'entreprise gagnante
sera donc celle qui lira le mieux la situation sociale et qui aura le personnel
le plus polyvalent pour y répondre efficacement et rapidement.
Voir, 5 au 11
septembre 1991, p. 4
Un auteur écrivait un jour «... que, même
dans les classes sociales régnantes, le pressentiment commence à poindre que la
société actuelle, loin d'être un crystal solide, est
un organisme susceptible de changement et toujours en voie de transformation.»
C'est ce que l'on a vu au cours des dernières semaines en U.R.S.S., où l'on a
assisté aux derniers soubresauts et à la mort du communisme soviétique, et où,
au cours des prochains mois, l'on assistera au démantèlement graduel de
l'empire.
'est donc dire
que même une société sous surveillance militaire et peu démocratique comme
l'U.R.S.S., au sens où nous l'entendons ici, peut être changée si le Peuple le
veut. La force des classes régnantes, même appuyé par un fort appareil
militaire et de contrôle sociopolitique (Censure, K.G.B., Organes d'information,
etc.), ne peut qu'être brisé par la volonté d'un peuple qui veut le changement.
Cet auteur avait donc raison.
u fait, cet
auteur s'appelait Karl Marx. Il avait écrit cela dans La préface de la première
édition allemande du Capital! (Le Capital, Tome I, p. 14, Paris: Éditions
Sociales) C'est bien pour dire...
Michel Handfield,
sociologue
Et
l'exagération des politiciens dans tout ça?
Montréal, le 7 avril 1991/La
Presse, 15 avril 1991, B 3
Je pense ici au «projet» de
Montréal d'interdire l'affichage érotique et l'utilisation du corps humains
dans certaines affiches et cela me tracasse énormément. Voici donc mes
réflexions, à prendre avec humour, sur le sujet.
Je crois que ce projet de loi est
inutile et inapproprié. Je n'ai jamais fait attention à ces affiches et je ne
vois pas comment une personne en néon, si «nue» soit-elle, pourrait me donner
des idées! Car le but derrière ce projet est d'empêcher les publicités
suggestives qui donnent des idées!
D'abord, cela va contre la
liberté d'expression. Ensuite, comme c'est le service offert, ne pas l'afficher
représenterait peut être une entrave à la loi de protection du consommateur
(qui interdit la fausse représentation), car le couple qui voit une affiche
disant «danseurs/ses à votre table», peut se sentir lésé s'il s'attend à un
spectacle de «cha-cha»!
De plus, si l'on veut être
contre la subjectivité, les annonces de la ville devraient aussi être revues, car
elles ne montrent bien souvent que le «beau» côté des choses. A quand des
publicités qui montreront la réalité des trous dans nos rues par exemple, ce
qui est une réalité objective!
Le «Montréal, plaque tournante
de la mode» devrait aussi être oublié, car la mode crée des vêtements qui
mettent en valeur l'anatomie humaine. Ce peut être subjectif, parfois érotique!
Faudrait peut être avoir un règlement de «bon goût» pour la mode et n'accepter
que les entreprises qui s'y conforment. Pourquoi ne pas imposer un vêtement
unique et unisexe à tous les citoyens? On pourrait l'appeler le «Montréalaid»!
Et les écoles mixtes? Surtout
qu'on va peut être y vendre des préservatifs! Même l'apprentissage de la
lecture pourrait être contesté, car les jeunes peuvent s'en servir pour lire
«Playboy», «Playgirl» ou «Les fleurs du mal» de
Baudelaire! Et on ne sait pas ce qu'ils peuvent écrire plus tard! Peut être des
choses à vous faire dresser les oreilles M. le maire?
On devrait aussi faire deux
salles de Conseil, une pour chaque sexe, car peut être qu'un jour deux
conseillers pourront se lancer un clin d'oeil émotif,
subjectif, et «érotique»! Imaginez si cela venait à les conduire à une vie
commune et qu'ils ne soient pas du même parti. Vous voyez le scandale!
Je crois qu'il faut accepter
le fait que la majorité de la population a un jugement valable et est capable
de discernement, comme les politiciens quoi! Ce n'est pas une annonce qui fait
«capoter» le/la citoyen/ne normal(e). Quand au «malade», c'est d'abord de soins,
d'aide, et de ressources qu'il a besoin. C'est cela que les citoyens attendent,
pas un projet de loi sur l'affichage. Vos priorités doivent être ailleurs.
Tiens, pourquoi pas un projet de loi contre l'exagération politicienne? Je suis
sûr que les citoyens vous appuieraient unanimement dans cette voie.
Michel Handfield
Sociologue et membre du RCM
Les aspects
sociaux du culturisme
Par Michel Handfield, Sociologue et
culturiste
Des extraits de ce textes ont été publiés sous le
titre « Témoignage d’un sociologue » dans la chronique « Le
culturisme » de Denis Gauthier, in Photo Police, 19 juillet 1990, p. 25
Chers
lecteurs, je veux vous entretenir d'un aspect un peu particulier de la culture
physique: son aspect social. Pratiquant le culturisme depuis un peu plus de 20
ans, j'en ai entendu des remarques à ce sujet: ça empêche de grandir si tu
commences trop jeune, gros bras petite tête, vous vous regardez toujours dans
le miroir, etc. Vous devez en avoir entendu vous aussi de ces remarques,
surtout si vous avez commencé avant la mode "Nautilus", dans le temps
où «faire des poids» n'était pas à la mode.
J'ai
commencé à faire de la culture physique en 1968, à l'âge de 10 ans, chez Denis
Gauthier -- où je vais toujours -- et cela ne m'a ni empêché de grandir (je
fais 6" 2') ni atrophié la tête au profit des bras. Je n'étais «pas gros»
et je ne le suis pas encore. Ce n'était pas le but que je cherchais. Je voulais
être bien dans ma peau, me détendre, et faire de l'exercice autrement qu'en
jouant au ballon ou au hockey. La culture physique était parfaite pour moi, car
elle permet de se dépasser tout en allant à son rythme et à son goût.
En
effet, le culturisme est une activité qui offre une grande souplesse. Il permet
à celui qui veut faire de la compétition d'en faire; à celui qui veut aller
lentement de travailler à son rythme; et à celui qui veut «pousser» de «donner
la claque»...
Son
avantage sur d'autres activités sportives, et plus particulièrement sur les
activités d'équipe, est que cela se fait sans punition, sans sanction, si l'on
n'atteint pas l'objectif que l'on s'est fixé. On peut ainsi s'entraîner le
temps qu'il faut pour atteindre nos objectifs... Et si on ne les atteint pas,
on n'est pas «collé» au banc comme dans certains sports où seul
les meilleurs restent et où la personne un peu plus «lente» n'a pas le temps de
se développer (élitisme).
La
différence est que le culturisme est d'abord et avant tout une activité
personnelle de mise en forme. Personne ne nous fixe un objectif sauf nous même.
Le culturiste peut ainsi s'entraîner à son rythme et «ajuster» ses objectifs
personnels (c'est-à-dire les augmenter ou les diminuer s'ils sont irréalistes)
selon sa progression et sa condition physique. C'est d'ailleurs une des rares
activités sportives qui permet un entrainement «sur mesure». Les plus
talentueux comme les moins talentueux peuvent ainsi s'entraîner à leur rythme,
et même les moins talentueux se développeront avec le temps.
A cause
de cette liberté le culturisme est une bonne école de vie où l'on apprend à se
fixer des objectifs réalistes et à les poursuivre. Et, une fois qu'ils sont
atteints, rien n'empêche de s'en fixer d'autres pour se dépasser.
Naturellement
tous ne réussissent pas cet apprentissage. Certains se fixent des objectifs
trop élevés dans des délais trop courts. Ils abandonnent alors, car ils
considèrent avoir échoué au lieu de s'ajuster à leurs capacités. Pourtant ces
personnes se sont malgré tout améliorées même si elles n'ont pas atteint leur
but dans les temps qu'elles s'étaient fixées. Malheureusement ces personnes
n'ont pas apprise à se connaître. C'est là un autre apprentissage à faire.
En fait
le culturisme aide à s'améliorer compte tenu de ses priorités, aptitudes, et
habitudes. Quand même j'aurais voulu être M. Univers, je n'aurais pas atteint
ce but n'ayant pas les aptitudes pour cela, mais je serais probablement plus
gros que je le suis. Mais, mes priorités étaient ailleurs. D'autres, qui
avaient cette priorité et des aptitudes, ont travaillé en conséquence pour
l'atteindre, et l'ont atteint à leur rythme et niveau. Car, quand on parle de
compétition, le culturisme devient alors semblables à d'autres sports sur un
point: tous ne peuvent être premier.
La
culture physique est aussi bénéfique sur d'autres plans. Quand on fait des
poids, on doit penser à nos mouvements; on apprend alors à mieux se concentrer
et on se détend, car il n'est plus question de penser à nos problèmes. Cette
détente, physique et psychologique, me paraît salutaire pour bien des facettes
de notre vie (travail, santé, etc.), car combien de fois le stress est
responsable de nos problèmes et de nos erreurs?
Notre sommeil
peut aussi être amélioré, car la fatigue est mieux «équilibrée»! Je m'explique,
car je parle ici de mon expérience personnelle. Souvent, quand je ne vais pas
«aux poids» parce-que je crois avoir trop de travail, j'ai de la difficulté à
dormir. C'est comme si mon corps demeurait éveillé et que ma tête était
fatiguée, endormie. On se sent mal, on pense, on se tourne d'un bord et de
l'autre... et on trouve difficilement le sommeil. Il m'apparaît alors
préférable d'aller faire quelques exercices (1 heure au maximum dans mon cas,
sinon je me sens stressé par le temps), que de sauter «mes poids»... pour cause
d'un surplus de travail. La nuit est meilleure et la productivité de la journée
suivante excellente.
Le
culturisme a aussi un effet sur nos problèmes. Lorsqu'on se concentre sur nos poids on fait le vide et
nos problèmes semblent perdre leur ampleur. Ils apparaissent davantage tel
qu'ils sont plutôt que tel qu'on se les imagine. Cela change notre perspective,
notre façon de les voir, et facilite la recherche de solutions appropriées.
Après ma séance de poids j'ai souvent des idées qui m'aident à surmonter les
problèmes que je dois résoudre. Je suis certain qu'être demeuré face à mes
problèmes dans ces moments là aurait été beaucoup moins utile. Le syndrome de
la feuille blanche en est un bon exemple, car moins on trouve d'idées plus on
s'énerve et plus c'est difficile d'avoir des idées. La culture physique brise
ce cercle vicieux du «plus on cherche moins on trouve» en donnant une pause à
l'esprit. C'est d'ailleurs dans ces moments que j'ai des idées «de génie»,
comme celle d'écrire cet article!
Les
poids aident aussi à diminuer l'agressivité, car on se défoule sans faire de
tort à autrui. Au lieu d'engueuler le patron qui vous a fait une remarque que
vous n'avez pas aimé -- il a peut être ce comportement parce qu’il est stressé
et ne fait pas de poids lui -- vous pouvez vous défouler sur vos poids, par
exemple en mettant 10 livres de plus sur le bench!
Les conséquences seront certainement mieux pour vous que si vous l'auriez
envoyé promener.
La
culture physique est donc bénéfique au plan social. Elle permet d'éviter des
petits drames quotidiens en faisant diminuer le stress.
C'est
aussi un lieu de contact. On rencontre des gens de tous genres et de tous les
milieux dans un studio de culture physique -- de l'assisté social au
professionnel. Cela peut être formateur. Ça aide d'ailleurs à comprendre les
autres et à vivre plus harmonieusement en société. En ce sens le culturisme est
un bon exercice de sociabilité.
Je suis
d'ailleurs persuadé que si nos dirigeants (tant ceux de la politique que ceux
du monde des affaires) s'entraînaient dans des studios de culture physique,
leur perspective du monde changerait,
car un studio de culture physique est souvent un microcosme, c'est-à-dire une
représentation à l'échelle de la société. On y voit de tout. Et c'est réel,
bien vivant, non pas statistique. Cela a de l'importance. On peut ne pas être
d'accord avec toutes les opinions et idées qu'on y entend, mais on sait ainsi
qu'elles existent. On peut alors mieux comprendre le monde qui nous entoure.
Parfois, je me demande si ce n'est pas à cause de ce milieu, où j'ai observé
tant de gens, que j'ai choisi d'étudier en sociologie.
Le culturisme est donc beaucoup plus que la
recherche de gros bras dans un «isolement total», ce que certains «penseurs»
croient à tort, comme si les culturistes ne voyaient rien d'autres que leurs
muscles. C'est un entraînement dans un milieu social. Si l'activité est individuelle,
le milieu, lui, est riche en interactions. Paradoxalement, plusieurs activités
d'équipe, en érigeant la confrontation en système, sont beaucoup moins riches
socialement, sauf peut être pour les membres d'un même équipe.
Le
culturisme est enfin un «outil» de santé. Ce n'est pas une cure miracle ni une
médecine. Non, mais de faire travailler ses muscles -- et son système
cardio-vasculaire -- ne dois pas faire de tort. Au contraire. D'ailleurs,
combien de médecins disent dans les médias qu'on ne fait pas assez d'exercice.
Alors de faire de l'exercice et de vouloir conserver son corps en santé --
notamment en prenant garde à ses habitudes de consommation -- n'est pas mal comme projet personnel.
En conclusion, comme il n'y a souvent
qu'un pas entre apprendre à respecter son corps, son esprit, et les autres, le
culturisme est une activité positive pour vous et pour la société. Je ne peux
que vous encourager à devenir culturiste à votre tour si vous ne l'êtes pas
déjà. Et rappelez vous que ce n'est pas la grosseur des bras qui fait le
culturiste, mais l'esprit, le désir de s'entraîner,... et de se dépasser. Si ça
ne vous donne pas de gros trophées, ça vous donnera une bonne dose de
satisfaction personnelle!
Quelques
idées pour monter davantage à bord ...
Par
Michel Handfield
Mémoire soumis à une consultation publique de la
STCUM en 1989. Il était daté!
04-10-89
Problématique:
Selon la dernière enquête
"origine-destination" de la S.T.C.U.M., il y a une baisse sensible de
l'usage du transport en commun. La question est alors "que faire pour
accroître le nombre d'usagers?"
En tant qu'usager depuis plus de 30 ans -- j'ai
commencé à prendre les transports en commun alors que je n'avais que quelques
mois (je me rappelle même les "trolleybus") -- j'ai pu faire quelques
observations à ce sujet. La principale est qu'hors des heures de pointes il y a
moins de clients et moins de service. C'est là un point essentiel. Je suis
d'accord avec vous pour dire que des aires de stationnement, une carte
combinée, des voies réservées aux autobus, etc., vont probablement inciter le
public à prendre davantage les transports en commun. Mais ce n'est pas tout.
En fait, il vous faut aussi -- et peut être surtout
-- accroître la clientèle dans les heures creuses et les fins de semaine. Le
transport en commun ne doit pas seulement être vu comme un moyen d'aller au
travail. Il doit être perçu comme un moyen de déplacement de qualité et une
alternative valable aux autres moyens de transports que ce soit pour aller à un rendez-vous
(d'affaire, galant, ou professionnel), "magasiner", pratiquer des
loisirs, ou tout simplement "sortir" par plaisir. (1)
Pour cela il faut cependant des incitatifs. La
publicité en est un. Le parrainage de certaines activités de loisirs en est un
autre -- par exemple un rallye
photo/métro et une exposition des meilleures photos dans un lieu accessible par
le métro. Mais, malgré l'effet positif de ces moyens, ils sont loin d'être
suffisants. Des incitatifs plus puissants sont nécessaires.
Un bon incitatif serait d'établir une nouvelle
politique tarifaire pour attirer de nouvelles clientèles. J'ai deux hypothèses
à ce sujet.
Cependant, avant de vous les soumettre il faut souligner
que les prix seront les suivants à compter de 1990. Pour le passager régulier
(entre 18 et 65 ans) la CAM reviendra à environs $1.06 par jour (32.75$/mois)
-- soit 53¢ le passage pour un aller-retour par jour; le prix du billet sera de
1$; et le passage en argent de $1.25. Pour les clientèles bénéficiant d'un
tarif réduit (étudiants de moins de 18 ans et personnes âgées de plus de 65
ans) l'on parle d'environs 40¢ par jour pour la CAM ($12.50/mois); de 43¢ pour
les billets; et de 55¢ pour le passage en argent. Ceci vous donne une certaine
marge de manœuvre. Sur cette base, voici donc mes hypothèses.
Hypothèse
1: tarification flexible
On sait que les fins de semaine et jours fériés les
autobus sont moins achalandés. S'il y aurait une politique tarifaire incitative
peut être que le public prendrait davantage les autobus durant ces périodes.
Ainsi, du samedi soir (19 heures) au dimanche soir,
ou le dimanche seulement, le tarif pourrait être réduit à 90¢ ou 1.00$ pour la
clientèle régulière et à 40 ou 50¢ pour les
clientèles bénéficiant du
tarif réduit de façon
à encourager l'usage des transports en commun pour la pratique des
loisirs. Ceci ne pénaliserait personne, car les usagers qui ont une C.A.M.
paient moins que cela et ceux qui utilisent des billets peuvent les conserver
pour la semaine. (2)
Avantage:
L'avantage de cette nouvelle tarification est
qu'elle inciterait le public à prendre davantage le transport en commun qu'il ne
le fait les fins de semaine. Ainsi la hausse de passagers reliée à cette
politique compenserait pour ses coûts à court terme. A long terme cela créerait
de nouvelles habitudes de transport plus avantageuses pour la S.T.C.U.M., car
le goût de prendre les transports en commun se ferait probablement sentir sur
d'autres périodes de la semaine. De plus, cette politique ne serait
probablement pas trop difficile à administrer, car il n'y aurait qu'une seule
période-rabais: la fin de semaine.
Désavantage:
Peut être qu'en période de rodage du système, avant
que le public ne soit bien informé, il y aurait des pertes de revenus. Mais
avec les hausses de passagers cette tendance pourrait rapidement être corrigée
et avoir l'effet inverse: des hausses de revenus.
Conclusion:
Ce scénario pourrait faire l'objet d'études
approfondies de la part de la S.T.C.U.M. pour en évaluer l'impact positif ou
négatif et prendre une décision appropriée.
Hypothèse
2: paiement réduit pour courtes distances
Souvent les gens ne prennent pas l'autobus parce
qu'ils jugent ne pas aller assez loin pour payer le plein tarif. Les coûts de
l'autobus et du chauffeur étant fixes, un tarif spécial sans correspondance
(par exemple 75¢ pour la clientèle régulière et 30¢ pour les autres) pourrait être
accordé.
Avantage:
Le premier avantage de ce nouveau tarif est qu'il
inciterait davantage de gens à
utiliser les transports
publics sans coûts
supplémentaires pour la
S.T.C.U.M., car l'autobus passe par là de toute façon mais avec moins de
passagers à son bord. Ainsi ces nouveaux
passagers contribueraient à amortir davantage les coûts de la S.T.C.U.M.
Le second avantage est que pour attirer ces
nouveaux passagers aucun investissement en matériel n'est nécessaire.
Ce tarif spécial pourrait aussi avoir l'avantage de
diminuer les tentatives de fraudes et de discussions avec les chauffeurs, le
prix apparaissant plus raisonnable pour une courte distance.
Désavantage:
A court terme le désavantage sera la perte de
revenu due aux gens qui étaient prêts à payer le plein tarif pour une courte
distance. Cependant, à long terme, les hausses de la clientèle et de la
fréquence des passages devraient contribuer à accroître les profits de la S.T.C.U.M.
Conclusion:
Tout comme pour l'hypothèse précédente, cette
hypothèse devrait faire l'objet d'une étude approfondie.
Il serait intéressant d'appliquer ensemble les scénarios 1 et 2. Leurs effets combinés devraient
contribuer à accroître l'utilisation des transports en commun, ce qui
soulagerait quelque peu le réseau routier de Montréal et apporterait de
nouveaux revenus à la S.T.C.U.M.
***
Conclusion:
Ce ne sont là que les idées d'un utilisateur.
Peut-être que des études approfondies montreront qu'elles ne sont pas rentables.
Peut être qu'à l'inverse elles seront considérées rentables et viables et qu'à
long terme elles contribueront à accroître le nombre d'usagers, en leur
redonnant goût aux transports en commun, et relanceront la S.T.C.U.M. vers une
nouvelle croissance. Ce sont là des possibles. L'avenir en dira la valeur.
Mais, en toute conscience, pouvais-je conserver ces idées pour moi seul?
Qu'elles soient bonnes ou non, le fait d'en parler peut faire ressortir de
nouvelles idées. C'est ce que je souhaite pour moi et tous les autres usagers
des transports en commun.
Michel Handfield,
Notes :
1. A ce sujet Louise Roy écrivait ce qui suit en
1981:
« Les déplacements
à l'heure de pointe étant principalement
effectués pour le motif travail (60%),
certains besoins de déplacement ne
s'expriment pas à travers la demande observable. C'est le cas des
déplacements pour des activités ayant trait à
l'obtention de services
professionnels, des pratiques de loisirs et d'achats.
L'agrégation des zones d'analyse et le caractère homogène postulé des
"usagers" ne permettent pas de
raffiner la connaissance des
besoins et des comportements. » (Roy, Louise, Entre ingénieurs et usagers: le sociologue et la planification des
transports, p. 315 in ACSALF: colloque
1981, L'intervention sociale, Canada:
Éditions Coop. Albert Saint-Martin, 1982.
2. Ceci va à l'encontre de la politique actuelle de
la S.T.C.U.M. qui, pour favoriser l'usage régulier du transport en commun, fait
absorber le gros de la hausse aux passagers "occasionnels", et
favorise les clientèles régulières (C.A.M. et billets). (La Presse, 22 sept.
1989.) Cependant, ce n'est pas ainsi qu'elle va amener de nouvelles clientèles
-- depuis 5 ans elle subit une chute d'achalandage de 1% par année. Pour cela,
au contraire, il faut qu'elle attire les clientèles passagères avec une grille
tarifaire appropriée de manière à leur donner/redonner le goût des transports
publics. Ensuite elle pourra penser les retenir avec la C.A.M. et les billets.
Ce n'est pas non plus en coupant le service et en étendant les périodes
d'attente qu'elle va encourager les gens à prendre l'autobus. Quand on attend
30 minutes sur certains parcours en hiver on pense plutôt s'acheter une voiture
dès qu'on en aura les moyens. C'est là une cause de perte de la clientèle à ne
pas négliger. Comme toute entreprise, pour tirer un bénéfice il faut parfois
penser investir. Et si vous ne voulez pas investir dans des moyens de
transports plus nombreux (comme accroître la fréquence des autobus ou ajouter
de nouveaux moyens de transport -- moins coûteux que le métro -- comme les
tramways dans certains secteurs de la C.U.M.) comment voulez-vous attirer de
nouveaux clients. Quand vous demandez "comment stimuler la demande de
transport en commun sans augmenter l'offre" (p.4 du document de
consultation) et, probablement, sans modifier les prix -- puisque ceux-ci ont
été déterminés avant votre consultation -- c'est un peu comme si un commerçant
demandait à ses clients quoi faire pour qu'ils reviennent chez lui tout en leur
disant à l'avance que leurs recommandations ne seront suivi qu'en autant
qu'elles ne changeront pas sa façon de voir et de faire -- façon qui a pourtant
contribué à éloigner ses clients! C'est
un geste vide de sens, car comment augmenter une demande si on ne change pas
l'offre pour qu'elle corresponde davantage aux besoins des demandeurs. Si
l'offre ne correspond pas aux besoins, comment peut-il y avoir une hausse de la
demande? Dans ces conditions il ne peut
y avoir qu'une baisse de la demande. Cela ne peut que signifier la poursuite de
vos problèmes selon moi.
La Politique de
consultation publique en matière d'urbanisme
Par
Michel Handfield, M.Sc. sociologie
Délinquant Intellectuel
pour penser autrement!
Co-éditeur de Societas Criticus,
revue de critique sociale et politique
Montréal ( non daté, mais probablement automne 2000)
***
Si je me fie à la séance
de présentation du projet de Politique de consultation publique en
matière d'urbanisme, plusieurs groupes sont susceptibles d'intervenir
sur le sujet. Je vais donc me concentrer sur les aspects que je juge les plus
importants pour améliorer ce projet.
1. Élargir l'accès à
l'information:
Pour favoriser l'accès
aux informations concernant les demandes de dérogation, cette information doit
être disponible sur le site Internet de la ville, incluant le projet tel que
présenté par le promoteur, de façon à ce que les citoyens y aient accès pour le
faire circuler et le travailler.
Il est vrai que tous
n'ont pas accès à l'Internet. Mais, comme de plus en plus de gens y ont accès,
dans chaque communauté locale, il se trouvera quelqu'un pour partager
l'information avec les autres.
2. Les référendums:
C'est là le point
majeur. L'impression que m'a donnée la présentation du projet de Politique
de consultation publique en matière d'urbanisme du 20 juin 2000 est un
ajout d'étapes d'informations et de discussions entre promoteurs et citoyens.
C'est un léger plus, car si le promoteur est à l'écoute des citoyens, il peut
en sortir des améliorations à son projet.
Cependant, si le
promoteur n'est pas à l'écoute des citoyens et que le Parti au pouvoir (quel
qu'il soit) décide de passer outre aux recommandations des instances de
consultation (ce qui s'est vu à quelques occasions déjà) pour faire plaisir à
un promoteur ou parce-que le projet plaît à l'administration, sans égards aux
citoyens, il passera. Seuls les délais
auront été allongés. A ce sujet rappelons quelques manchettes:
"Urbanisme: où
s'arrêtera le dérapage de l'administration Bourque?" De Gérard Beaudet, professeur à l'institut d'urbanisme paru dans la
section Opinion de La Presse (17 juin 1999, p. B 3). L'auteur y souligne que:
"Un promoteur peut maintenant construire en contravention de son permis et
négocier des ententes avec des locataires pour des usages non autorisés,
apparemment au vu et au sus de l'exécutif, qui s'engage à avaliser la chose
après la tenue d'une séance d'information tenue par la Commission de
développement urbain." Tel fut le cas du Loblaw
de la gare Jean-Talon.
"Habitat Chambord:
dernier appel des citoyens du Plateau Mont-Royal" (Amélie Régis, La
Presse, 8 juillet 1999, p. A 7). On y lit, entre autres, que "La
construction de ce nouveau quartier résidentiel exige un changement de zonage.
Mais avant même que celui-ci n'ait été adopté, le promoteur avait déjà commencé
à vendre ses condos. Les résidants en sont venus à croire que l'administration
du maire Pierre Bourque avait déjà fait son lit dans
ce dossier."
"Des citoyens sans
voix" (Kathleen Lévesque, 12 juillet
1999, www.ledevoir.com). Encore un
extrait éclairant: "Il y avait eu la Ferme sous les noyers, Habitat Chambord,
et maintenant voilà la Redpath. Les citoyens n'ont
pas droit au chapitre. Et pourtant leurs préoccupations concernant
l'aménagement urbain et la préservation du patrimoine sont tangibles. On
peut le constater dans les pages des journeaux ouvertes aux lecteurs, qui ont été prises
d'assaut depuis quelques mois."
En fait, si on veut
une Politique de consultation
publique en matière d'urbanisme digne de ce nom, elle se doit:
1) de permettre aux
citoyens de demander la tenue de référendums pour toutes les dérogations au
plan d'urbanisme. D'ailleurs 4 des 5
membres de cette Commission d'étude viennent de villes de la banlieue de
Montréal où le droit aux référendums existe - puisque seul Montréal et Québec en
sont exclus;
2) de partager, entre la C.U.M. et les municipalités de l'île, les services
(comme l'urbanisme) qui ont des
implications locales et régionales. Cela s'accompagne de l'obligation de tenir des consultations près des lieux
concernés (sans considération aux frontières municipales, parfois la frontière
d'une ville se trouvant dans la cour des citoyens de l'autre ville) et d'avoir
recours aux référendums si les citoyens le demandent. C'est d'ailleurs ce qui
manque actuellement à Montréal.
Le droit aux référendums
aurait aussi un impact positif sur
l'assainissement des mœurs électorales, car quelle que soit l'implication des
promoteurs dans les campagnes électorales, ils n'auraient jamais de garantie
quant à l'acceptation de leurs projets, ceux-ci pouvant être rejetés par
référendum. L'intérêt des promoteurs dans les élections municipales serait donc
moins grand. Un plus pour la démocratie.
Naturellement, on pourrait aller beaucoup plus loin sur ce sujet, la démocratie
et les mœurs électorales, mais tel n'est pas l'objet de cette Commission.
3. L'illusion
concurrentielle:
Enfin, je me dois de souligner les illusions sur lesquelles
se fonde la CDU pour autoriser ses projets. Elles sont au nombre de deux.
i) Le "mur" de
Montréal:
L'administration Bourque parle d'une île, une ville et pourtant elle agit
comme si Montréal était séparé de ses banlieues de l'île par un mur. En effet,
Montréal semble de plus en plus favoriser l'implantation des grandes surfaces
sur son territoire, prétextant un exode économique vers les banlieues de
l'île, alors que souvent la grande
surface de banlieue est dans la cour arrière des citoyens de Montréal. Et y travaillent des montréalais! Cette
spécialisation économique, qui pourrait être un atout, est vue comme une
concurrence déloyale! Triste réalité.
Ce manque de vision fait
en sorte que des terrains prometteurs pour des développements futurs et des
aménagements urbanistiques intéressants (parcs, etc.), qui amélioreraient la
situation économique et sociale de la ville de Montréal à moyen et long terme,
sont dilapidés pour une fausse concurrence entre Montréal et les banlieues de
l'île. Le recours au référendum
amènerait peut être une certaine dose de gros bon sens (ou de sens commun) dans
l'analyse de tels projets. Car actuellement, même si nos élus prônent une
vision d'insulaire, ils agissent encore, du moins en manière d'urbanisme, comme
si Montréal vivait en vase clos, isolé de ses banlieues! La complémentarité ne
semble pas encore dans leur vocabulaire. Malheureusement pour nous, car nous
aurons des dizaines de grandes surfaces
et plus aucun terrain à offrir pour des entreprises prometteuses dans quelques
années! Nous allons faire quoi? Commencer à vendre des parcelles de parc?
ii) La concurrence:
La seconde illusion qui
guide la CDU est celle de la concurrence. On semble appliquer le paradigme que
plus on autorise de permis de construction à des grandes surfaces, plus on
accroît la concurrence pour le bien des consommateurs montréalais.
Ce serait comme dire que
plus on ouvre des jardins communautaires, plus on accroît le taux de natalité. En effet tout le monde sait
qu'il pousse plus de choux en banlieue qu'à la ville et qu'il y a plus
d'enfants en banlieue qu'en ville. En conséquence, si on fait pousser plus de
choux en ville, on devrait accroître notre taux de natalité! C'est là une
illusion statistique, car s'il y a plus
de choux et d'enfants en banlieue, il n'y a pas de relations causales entre les
choux et les enfants! Au même titre, la
croissance de la concurrence n'est pas nécessairement la meilleure pour le consommateur, car si
cette concurrence est le fait de "killers", qui éliminent les petits
commerces, elle a plutôt l'effet inverse: à long terme elle réduit la
concurrence et l'offre de services aux consommateurs!
Pour illustrer ce
propos, voici un extrait d'un livre de Jean-François Kahn, où, décrivant un
village européen, il dit:
…
une vieille retraitée des postes lui avait indiqué les emplacements de ce qui,
naguère, avait abrité deux bouchers, un bazar, une boulangerie et une
pâtisserie, un marchand de couleurs, un charcutier spécialisé (…) la mercerie,
le coiffeur, (…) le cinéma, le marchand de fleurs et de graines, le
bistro-billard.
De
tout cela, il ne restait rien. À la place, deux super-marchés
et un "hyper" rayonnaient sur une trentaine de villages (…). Un seul
cinéma situé en ville (…) remplaçait les vingt-cinq salles qui, trente ans plus
tôt étaient réparties entre les communes
(…).(…) Régression absolue. (Jean-François Kahn,1997, Le "Retour de Terre" de Djid
Andrew - critique de la raison capitaliste, Paris: Fayard, p. 62)
Ici aussi, le recours au
référendum pourrait apporter une certaine dose de gros bon sens (ou de sens
commun) dans l'analyse des projets.
Conclusion:
En conclusion, Monsieur
le Président et les membres du Comité, vous vous devez, pour le bien des
montréalais de suggérer l'adoption des référendums à Montréal pour les projets
d'urbanisme et de le souligner aux personnes concernées au Gouvernement du Québec.
Ce sera un plus pour la démocratie montréalaise. Je vous remercie pour votre
attention et je suis disponible à répondre à vos questions si tel est le cas.
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13 janvier
2009